‹ Histoire générale civile, religieuse et littéraire du Poitou. 3Chapitre 1 sur 25 · LIVRE iXXX · texte numérisé non relu

LIVRE iXXX

Depuis l'avènement de Pépin II en Aquitaine jusqu'à sa déchéance

(De 845 à 848)

ous avons laissé Pépin II à Dordone, jouissant, .^^^f^ ^^^^^^ ^^

après une vie si agitée de travaux et d'inquiétudes, du calme qu'on goûte toujours mieux après une victoire chèrement achetée. Il devait le trône que son oncle venait de lui abandonner moins à des succès brillants qu'à la ténacité de son opposition et de ses espérances. Et pourtant, rien ne lui assurant mieux que par le passé la persévérance des vues pacifiques de l'empereur, et de son côté cédant volontiers à son caractère inquiet et soupçonneux, il commença à se garder en reprenant bientôt sa politique remuante contre les desseins qu'il prétait follement à celui dont la suzeraineté lui restait importune. C'est pourquoi il songea à se faire un allié de ce roi de Bretagne qui s'était montré capable de tenter des conquêtes au-delà de son pays. Noménoé accueillait ces ouvertures en prévision de quelques troubles prochains entre lui et les Francs, tant il était peu éloigné d'y recourir encore pour satisfaire son insatiable ambition. Il y avait plus : on ne doutait pas que Pépin ne fût capable de s'associer, par un crime

BretODf.

impardonnable, à ces sauviages ravageurs de nos provinces qu'on appelait les Danois. Cette seule appréhension donne la mesure de Testime qu'inspirait le prince aquitain : aussi on n'hésita pas à lui faire prévoir les conséquences d'une prise d'armes, et les trois frères Lothaire, Louis et Charles lui avaient dépêché de Thionville des envoyés chargés de lui faire comprendre aussi bien qu'à Noménoé qu'ils se verraient l'un et l'autre attaqués à la fois par eux tous, s'ils essayaient le moindre mouvement qui pût troubler de nouveau la paix publique {a).

NonveiieconventioD Dcs mcuaccs faitcs d'uuc façou si explicite firent rentrer

entre lai et Charles ^ ^

leGiiaDve. q^i cux-mômes les deux conspirateurs. Ils furent d'ailleurs

encouragés dans ce retour par un désir également exprimé chez les Francs et les Aquitains de voir enfin cesser des luttes onéreuses pour tous. Le Breton rentra dans le silence, et Pépin profita de la leçon pour venir signer avec son oncle un traité confirmatif de celui de Saint-Benoît-sur- Loire, se reconnut son vassal, et lui promit par serment de le servir en toute occasion. Par ce même acte. Pépin entra entièrement dans ses droits royaux, et vit revenir à son parti beaucoup de seigneurs qui, incertains d'un avenir mal dessiné jusque-là, étaient restés attachés à celui dô Charles (t).

Raynnifei-, comte Cclui-ci songca dés lors à s'assurcr des provinces qu'il

de Poitiers, redevient *^ r ^

duc d'Aqniuine. s'était réscrvécs dans l'Aquitaine septentrionale, en leur donnant un gouverneur dont l'attachement lui fût connu. A ce titre, personne ne lui pouvait être plus utile que Raynulfe, qui lui était toujours resté fidèle pendant ses trop longues contestations de famille. Ce Raynulfe était le fils de Bilichilde et de Gérard, comte d'Auvergne (1), tué en 841 à la bataille de Fontenay, sous les drapeaux de Charles le Chauve. Il était d'ailleurs gendre de Pépin I®' et déjà comte de Poitiers depuis 839. Pépin vit ainsi augmenter son

(a) Annal, Bertin.j ad ann. 8U. — AnnaL Metem., ibid. ip) Annal Berlin,

fîlSTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU ^845) 3

territoire de celui de PAngoumois et de la Saintonge ; mais il rcQut en même temps le titre de duc d^Aquitaine, tout en prardaut celui de comte de Poitiers. Telle est Porigine de runlon des deux maisons de Poitou et d'Aquitaine, dont nous savons que saint Guillaume de Gellone avait été le Yéritable chef.

Un autre membre de cette famille devint alors comte Gumamnen, comte

de Toulouse.

bénéficiaire de Toulouse, à qui Pépin II en confia le gouvernement : c^était Guillaume, deuxième du nom, fils aîné de Beraard de Septimanie et de Dodane, petit-fils comme Gérard d'Auvergne du même Guillaume de Gellone. Il n'avait que dix-neuf ans, et avait fait prévoir son intelligence et sa valeur lorsque Tannée précédente, après la mort malheureuse de son pore, il avait saisi le sceptre de ses Etats, résolu de les garder à toute outrance. Pépin ne pouvait donc mieux abriter de ce côté son autorité royale. Tout en n^étant plus en réalité que le suzerain du jeune Guillaume, il Pavait là en un poste avancé qui lui assurait la paix dans cette extrême limite de sa domination.

Ainsi fut établie la division réelle de PAquitaine en deux eo quoi consiste ce

double gouveruement

provinces qui restèrent séparées sous le nom de première, <*« l'Aquitame. donné à toute la partie méridionale posée entre le Lot et les Pyrénées, et de seconde, qui comprit tout le pays qu^on parcourt du Lot à la Loire. Celle-ci fut celle du Nord; Tautrc, celle du Midi ; et cette division dura jusqu'en- 928, époque où nous verrons Ebles Manzer réunir pour la première fois le titre de Comte de Poitiers à celui de Duc d'Aquitaine, lequel titre passera à ses successeurs, qui le garderont jusqu^à la réunion du Poitou à la France en 1137. Voilà donc cette grande province, jusqu'à présent divisée en deux portions toujours convoitées par des souverains dont la rivalité Pavait ébranlée, devenue, non plils un royaume à côté d'un Etat secondaire, comme tous les sioiples comtes, mais Phéritage réel et dans une parfaite unité d^une dynastie qui s'y maintiendra pendant plus de deux siècles, et ne s'absorbera dans la France que pour y

contribuer à cette grande et longue autonomie dont notre pairie se glorifiera plus que toute autre, jusqu'au moment où les fautes des princes et des peuples commenceront, hélas! la décadence du plus beau de tous les royaumes après celui de Dieu !

chiiTb! d^Ataûii. ^ Charles le Chauve, après ses dernières infortunes en

\A(imt. Aquitaine, avait passé les fêtes de Noél 844 dans sa

maison royale de Quiercy, voisine de celle de Compiégne. 11 était venu ensuite prendre sa demeure d'hiver dans cette dernière avec la reine Hermentrude et toute sa cour, pour y célébrer ses noces, dont les troubles récents avaient fait différer la solennité. Dans les premiers jours de janvier, on y vit arriver Obbonius, Tabbé du monastère d'Âlaon, dans le diocèse d'Urgel. Ce monastère était de fondation toute récente, sur les confins de la France et de r Espagne, et suivait la règle de saint Benoît, comme toutes Jes maisons monastiques de ce temps (2). Obbonius en était la premier abbé, et il venait sous les auspices de Bézarius, son métropolitain de Narbonne, demander la confirmation de Pacte de fondation de son abbaye. ïitBtoirt de ta ton- Pour donoer cette approbation, il fallait examiner la

<^e«i3m. charte, et Texposé quen avait fait le pétitionnaire semblait

consacrer de la part des fondateurs des droits qui parurent tout d'abord contestables, parce qu'on y semblait revenir sur des confiscations de territoire faites par les Mérovingiens sur les rois d'Aquitaine de la race de Boggis et de * ses descendants. Cette reprise de droits périmés aurait constitué une usurpation illégale au profit de ces derniers, en établissant comme usurpateurs véritables les rois de la seconde race, dont le droit féodal ou les conquêtes avaient consacre tour à tour ou à la fois la légitime propriété. Charles voulut donc prendre le temps de réfléchir avant de faire droit à la demande d'Obbonius; et bientôt, en examinant en conseil avec les grands et les prélats du royaume les donations faites au nouveau monastère par le comte Wandrégisile, sa femme et ses quatre fils, on

reconnut que ceux-ci avaient réellement établi leur générosité sur ce fait, quMls auraient vraiment repris une sorte de possession sur toutes les terres dont Charlemagne et ses successeurs s'étaient emparés sur la branche ducale d'Aquitaine, issue de la race royale des Mérovingiens. Il fallut faire une enquête exacte sur les droits des fondateurs, et poser nettement ceux qui étaient restés à Wandrégisile et à ses fils. Pour cela, un acte fondé sur une connaissance claire et très précise des faits historiques consignés dans les annales des deux derniers siècles, établit que la ligne de Charibert, roi d'Aquitaine, fils puîné de Clotaire II, et frère consanguin de Dagobert P'^, s'était divisée en deux branches dont Eudes, roi d'Aquitaine, petit-fils de Charibert, fut le chef. Hunold, son fils aîné, et ses descendants, possédèrent l'Aquitaine et la Gascogne, mais ils la perdirent par confiscation, pour s'être constamment tenus en révolte contre les princes carlovingiens. Hatton, second fils du duc Eudes, forma une seconde ligne. Ce qu'elle posséda de la Gascogne passa à la première * ligne par le mariage d'Adèle, petite-fille d'Hatton, avec Waifre, duc d'Aquitaine et fils d'Hunold. Le comte Wandrégisile, cousin de Charles „ , , ..

^ ^ Et àa donations

le Chauve et son homme-lige, qui avait reconquis sur les *^^^ de ses fou- Maures le territoire d'Alaon, se l'était donc attribué à tort comme domaine propre ; ce territoire repris par l'ennemi ne devait appartenir qu'au souverain que la guerre en avait dépouillé. Wandrégisile et les siens avaient donc dépassé leurs pouvoirs en étendant leurs dons à l'abbaye d'Alaon jusqu'à la nantir de terres situées en Aquitaine et en Gascogne, dont la première branche de sa famille avait été légalement privée par une confiscation pciéritée. . Tels furent les documents qui infirmèrent aux yeux du conseil royal les droits des donateurs, et, par suite, la donation elle-même. Rien ne paraît plus exact et mieux motivé que cette décision basée sur la reUgieuse observance des conventions et des règles de l'équité. C'est, dit avec raison un historien, une de ces pièces de chancellerie qui font

honneur à la justice du roi et aux lumières d'un siècle qui n'avait pas encore perdu tout Téclat que lui avait imprimé le génie de Charlemagne (a;.

Après cette discussion approfondie, Charles le Chauve refusa de confirmer la donation de Wandrégisile en tout ce qui concernait l'Aquitaine et la Gascogne. Néanmoins, il regarda comme un acte de justice de confirmer les autres donations, et accorda au monastère dés privilèges considérables et des immunités et franchises parmi lesquelles on remarque surtout l'exemption pour le temporel de toute autre juridiction que celle du roi de France, et de celle do Tévêque d'Urgel pour le spirituel.

Nous nous serions moins étendu sur ce fait, s'il n'avait mis au jour, d'une façon aussi nette que précise, la suite des épisodes que nous avons raconté des longs démêlés qui remplirent le viii® siècle, entre les descendants aquitains des Mérovingiens et les rois de la seconde race. L'instrument qui en résulta et qui devait assurer les droits de l'abbaye d'Obbonius, aussi bien que les justes prétentions des rois de France, est d'une haute importance pour l'histoire de nos contrées méridionales, puisqu'il a fixé la chronologie de beaucoup d'événements et éclairci une fouleM'obscurités. C'est ce diplôme vraiment remarquable qu'on a désigné sous le nom devenu célèbre de Charte d'Alaon; on voit que nous ne pouvions la passer sous silence. Elle fut donnée le -21 janvier 845 (3). Aaiheniiciw recon- Dcs critioues out attaoué l'authcncité de cette pièce

Doe de la charte d'A- i ^ i

ïaon- parce qu'elle a été longtemps ignorée ; mais les raisons

qu'on a données de cette supposition restent sans force devant l'exartien de ce procès historique. La charte d'Alaon, em^velie jusqu'au xvi® siècle dans les archives nationales, avec tant d'autres qui y dormaient, fut apportée en preuve plusieurs fois pendant le cours du xii®, lors de contestations judiciaires, et y fit foi en faveur de. ceux qui l'avaient

{a) Mauléon, Les Carlovingiem, II, 246.

invoquée. Plusieurs savants la connurent des le xvi®, et elle fut enfin imprimée au commencement du xvii®(4).

Pépin n, après la signature de ses promesses envers ^^o'^'.^ISj^fi^e^sJipt- Charles le Chauve, avait besoin du repos qu'il était venu cLifrrectdeBiùiSiic, prendre à Dordone. Il y demeura, grâce à sa lassitude, quelque temps sans rien témoigner de ses ressentiments qu'il ne savait pas maîtriser, ni de ses projets de rébellion ultérieure, dont il semble que son caractère n'eût su so passer. On a de lui quelques diplômes de cette année, datés de ce château du Périgord, entre autres, le premier qu'on connaisse émane de lui, en faveur du monastère de Moissac (5), qui datait déjà de deux cents ans. Un autre de la mùme année confirmait les privilèges de Tabbaye de Saint-ChafTre en Vêla} (6), autour de laquelle avait déjà commencé à se former une petite ville, devenue aujourdlmi un chef-lieu de canton de la Haute-Loire. Gauthier, qu'on ne connaît pas autrement, était alors abbé de Saint-ChafiVc, et c^cst lui que Pépin reçut avec bienveillance, et ù qui il' assura, arec les immunités de son abbaye, la posses:^ion de plusieurs prieurés qui lui étaient soumis dans Je pays et ailleurs m). Le dernier abbé de Saint-ChafTre fut le célèbre Lefranc de Pompignan, évoque du Puy, qui la garda de 1747 à 1790.

Ce dernier diplôme de Pépin, datant de la fin de Tannée, ^|îj;|^"*^* ^^ " nous prouve qu'il se trouvait bien à Dordone, mais non pas qu'il y pourvût beaucoup au soin de ses Etats, qui semblaient poui'tant, dos lors qu'il 'en avait une possession définitive, devoir devenir l'objet de sa surveillance et de sa protection. Il ne paraît pas qu'il en fût ainsi, et cette quiétude, au moment où de nouvelles expéditions des Danois venaient encore désoler les rivages de la haute Aquitaine, prouvaient peut-être en lui une arriôre-pensée et un intérêt secret à ne pas trop déranger des ennemis dont il pouvait bientôt avoir besoin. Ceux-ci, à qui sans doute

{â) Gailia chml., IJ, col. 760 cl suiv.

poliûiiue.

importait beaucoup moins une telle alliance, n'en avaient pas moins repris le cours de leurs déprédations. Arrivés

t^£ K^nninis rtii- eettc fois par l'embouchure de la Seine, qu'ils avaient déjà fréquentée, ils avaient rançonné le roi de France à Saint- Denis ; puis, se répandant par une nouvelle navigation sur les côtes de notre Océan, on les vit avec effroi reprendre dans ces parages toute la rapidité de leurs courses. Ils ne s'arrêtèrent pas cette fois à Noirmoutier, où ils n'avaient plus que faire depuis sa destruction de l'année précédente. Ils commencèrent dans le courant de mars à se jeter sur l'île de Ré, qui n'avait pas encore eu leur visite. Là, près du rivage méridional, dont ils surent franchir les rochers, était le couvent de Sainte-Marie, fondé vers 730 par Eudes, duc d'Aquitaine, qui y reposait avec sa femme Valtrude («). Les brigands n'en firent en un jour qu'un monceau de ruines, si bien que dans une charte de la même année Charles le Chauve n'en fait mention que comme d'un lieu détruit.

Les rdîgiCTï dû Cette funeste visite, et les infortunes de nos pauvres DeotDÈWp msulaires, éveillèrent l'attention des religieux qui habitaient

le continent ^t n'y vivaient que dans des transes continuelles. De ce nombre était surtout Hildebode, abbé de Noirmoutier, qui vit bien que les pirates, n'ayant plus rien à obtenir des îles voisines des côtes de la Bretagne et du Poitou, ne tarderaient pas à débarquer sur les terres du pays d'Herbauge. Il y avait donc urgence à abandonner Déas pour un lieu plus sûr. Ce lieu semblait se trouver dans Cunault, monastère élevé sur la rive gauche de la Loire, au-dessous de Saumur, et dont les moines avaient sans

El se Ktitcai à. doute déjà disparu par les mêmes motifs (7). C'était un lieu fortifié par le comte Vivien, abbé laïque à qui Charles l'avait donné quelques- mois auparavant, et qui l'avait convoité, quoiqu'il ne fût pas aussi considérable par ses bâtiments et le nombre de ses religieux que par les terres

(a) V. ci-dessus, ad ann. 726 et 735,

CamuUi

qui y attenaient. Ce lieu bien gardé par des tours, de hautes murailles et des fossés, sembla d^une meilleure défense à Hildebode, et Charles le lui accorda par une charte, sur les instances du comte Vivien lui-même, chargé par les religieux de négocier l'affaire. Là étaient restées ensevelies secrètement les reliques d'un saint Maxentiole, nommé vulgairement satnt Mézenceul, assez inconnu jusqu'à présent, mais qu'on honore à Baugé (8) et à Cunault le 17 décembre , sous le titre de confesseur. Ainsi , l'abbé de Noirmoutier établit ses frères dans ce refuge, et se proposa dV transférer, aussitôt que possible, le saint patron qu'il espérait y abriter sûrement (a).

Il paraît que ce ne fut pas le seul dépôt où durent se poî» à Messaj. -

. * * ^ ,„ . . Souvenirs de cette

cacher en Poitou des restes vénérés, sans que Ihistoire nous pirois«e. en marque bien précisément l'époque. Quoi qu'il en soit, on dut encore abandonner ce grand monastère de Cunault, sans doute tombé lui-même en possession des Normands, pour un autre asile de la même contrée où ils purent rester quelque temps après leur disparition. C'était l'éghse et le presbytère de Messay (9), paroisse du Loudunais. Ce Ueu était situé au Sud de Moncoritour, entouré de bois, et arrosé par le Prepson, au bas d'une coUine. Une telle solitude pouvait les cacher quelque temps, et rien n'y attirait Tatterition de l'ennemi. Charles ajouta à cette donation celle de terres assez considérables dans le voisinage, et même dans les environs d'Airvault (10). Soit que les exilés y aient bâti^ durant le séjour qu'ils y firent, une égHse plus digne de Tobjet qu'ils devaient lui confier, soit qu'on l'ait remplacée au xii^ siècle par celîe qu'on y voit encore, cette église mêle à tous les caractères du style roman primitif ceux d'une reprise de l'époque ogivale, et porte le vocable de saint Filibert, C'est tout ce qui y reste de ces anciens souvenirs, et la paroisse elle-même, devenue moins importante depuis 1790, fut réunie, après le Concordat de 1801,

(a) Ermcirtaire, lîist. transtat. 5. FUiberti, apud Mabillon, in h, ann.

CUir

tO HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (845)

à Téglise voisine de Saint-Clair, dans Tarchiprêtré de Loudun. On trouve en 854 et 915 des diplômes de Charles le Chauve et un autre de Charles le Simple, donnés en faveur des moines du lieu, qui y habitaient donc encore à cette dernière date (<?).

faroîsse de saiBi- Nous venons de citer une paroisse de Saint-Clair qui compte aujourd'hui parmi celles du doyenné de Moncontour (11). Dés le temps dont nous parlons, elle existait avec un tit^e paroissial, et avait été établie sur un fond nommé Aler, de Alerio, qu'elle conserva longtemps après qu*on lui eut donné le vocable de saint Clair, pour lequel on abandonna celui de saint Augustin, qui en était le premier patron. On voit par des actes authentiques qu'en 986, ce n'était encore qu'une villa (*) nommée Alertas; mais nous savons que les villas étaient presque toujours, surtout à cette époque, pourvues d'une église. Au xiii® siècle, en 1245, elle est un petit bénéfice de l'abbaye du Pin, près Poitiers, aussi bien qu'au xiv®. D'après les mêmes sources, il paraîtrait qu'elle ne reçut le nom de Saint-Clair qu'un peu avant le milieu du xv® siècle, probablement à l'occasion de quelques reliques du saint qui avait honoré le Loudunais autant par sa naissance que par son martyre, vers le milieu du m® siècle (c). C'est dans la plaine dominée par le clocher de cette paroisse que campa, en 1569, Tarmée du duc d'Anjou, depuis Henri III, avant la bataille de Moncontour qui délivra, le 3 septembre de cette année, le Poitou de l'invasion des Huguenots. Avant 1790, l'église de Saint-Clair était donnée de plein droit par l'évêque de Poitiers; une portion de son territoire dépendait de la baronnie de Moncontour, et la seigneurie de celle de Berrie. Le titre de grand Saint-Clair avait été donné à

(a) D. Bouquet, VIII. 314; VII. 528. — Guérin, Histoire de Vabbaye de Tôurnus, p. U6. — Redet, Diction, topog, de la Vienne^ p. 261. — Besly, CouUes de Poict., p. 8.

{b) Redct, Diction, de la Vienne, p. 373.

{€) V. ci-dessus, ad ann, 260.

Téglise paroissiale, pour la distinguer d'une chapelle située dans le bourg même, et dans laquelle se trouve une source limpide que la foule fréquente avec confiance pour les maladies des yeux (a).

Les soins pieux qu'on se donnait en ces grandes calamités ^^Famiocetirrnpiion pour sauvegarder tes trésors ecclésiastiques des atteintes des Normands, n'empochaient pas des fléaux d'un autre genre de désoler l'Aquitaine, où des famines fréquentes suivaient d'ordinaire les grandes guerres qui y interrompaient les travaux de Pagrieulture. Une de ces cruelles épreuves s'y fit encore sentir, en 845, et une grande mortalité en fut la suite. Ce ne fut pas tout; un autre genre d'anxiétés troubla ce malheureux pays. Des loups affamés, ne pouvant plus se jeter sur des troupeaux qui n'existaient plus, parcouraient les campagnes et dévoraient les hommes et les enfants que leur isolement laissait sans défense (^). Leur hardiesse, augmentée par la faim, rendait d'autant plus redoutables leurs bandes nombreuses, que la force manquait trop souvent à leurs victimes pour se protéger en les repoussant.

Cependant la Bretagne ne cessait d'avoir aussi ses Nonyeiicg méchan-

^ ^ celés de Lambert eu

lempetes^ grâce à la mauvaise foi de ceux qui s'y étaient Brei«g«e« emparé du pouvoir. Lambert y exerçait une véritable tyrannie, car l'irruption des Normands qu'il y avait attirés pesait encore sur les populations et lui avait mérité leur haine. Excommunié pour ses criantes injustices par Tévéque de Nantes, il méprisa cet avertissement salutaire, se logea dans la forteresse de la ville pour mieux braver lanimadversion publique, et persécuta ceux qui réprouvaient ce genre peu chrétien d'administration. L'évoque Actard, successeur de saint Gohard, que les Normands avaient massacré à l'autel, alla, en faveur de son peuple, trouver le roi de France j et lui suggéra, comme moyen do mettre un terme à ses exactions, de s'accorder avec Noménoé s'il

(a) Màmires des Anîiq. de l'Ouest, XIII, 256. ib) Amai. de Suint-Bertin, ad h. aim.

nménoé l'iban- Consentait à abandonner Lambert. Une négociation ayant mmô de chari«4 \t été mcnce dans ce sens, une rupture s'en suivit et ménagea à Charles, qui n'avait pas eu aussi facilement raison de la conduite de Noménoé, les moyens de le soumettre. Celui-ci, se voyant seul, demanda la paix quand il se vit dans rimpossibilité de résister à des forces naturellement supérieures aux siennes (<»).

Prtmiers mmY^.- Mais de tcls avantages n'étaient achetés que fort cher,

Bieats d6 14 féodalité. ^ ^ '

car ils ne réparaient guère le désordre où la France entière était plongée de toutes parts, et d'une frontière à l'autre. Une de ses plaies les plus profondes était dans l'indépendanco des seigneurs, qui s'accoutumaient peu à obéir au souverain, après s'être constitués eux-mêmes les maîtres de portions considérables du pays : car ils s'étaient habitués à décider, chacun à la tête de ses troupes, sur les questions les plus délicates de la politique et de la guerre. On commençait ainsi à se ressentir de l'abus que les rois avaient il fait de ces fiefs donnés en bénéfices à ceux de leurs sujets qui les avaient utilement servis dans la guerre ou dans le gouvernement. Il était déjà peu de terres ainsi concédées qui ne devinssent des prétextes de résistance au pouvoir, de conflits armés entre voisins, et de prétentions qui toutes finissaient par tourner au dommage de la puissance souveraine. Les dotations territoriales, les titres de noblesse et les charges qu'ils supposaient presque toujours, devenaient peu â peu héréditaires après avoir été d'abord personnelles, et Ton courait risque de voir des rébellions embarrassantes si Ton tentait de revenir sur des habitudes prises soit de livrer, soit de détenir des honneurs ou des propriétés, dont les leudefe se regardaient nantis à perpétuité pour eux et les leurs. •

u$ Kornindj «d Dc là uu défaut d'uuité qui rendait souvent le commanpaya. ^ ^'^ * dcmeot inerte et l'obéissance plus difficile ; de là, par conséquent, l'impossibilité de résister victorieusement, sans

(rt) Chroniques de Nantes, — Annal, de Saint-Bertin, ad h. ann.

un centre d'action et une autorité prépondérante, aux envahisseurs du sol, qui ne trouvaient devant eux aucun rempart solide, aucun courage qui les défendit. Par faiblesse et par inhabileté, Charles le Chauve avait cédé plus d^ne fois à ces étrangers , partout vainqueurs, et que leurs succès avaient habitués à rançonner les contrées et à y traiter avec les rois. C'était là pour eux un encouragement de devenir plus audacieux contre les peuples et plus hautains avec les grands.

Cette prépondérance prise par les pirates ne les rendait origine degwaierque plus redoutables, et partout on se garait d'eux par la fuite ou la retraite en des Ueux ignorés, au fond des forêts, dans les souterrains creusés exprès en pleine campagne, et dont l'entrée et la sortie multipliées avec art aboutissaient, plus ou moins loin des habitations, à d'autres solitudes secrètes qui leur ménageaient à l'extérieur des communications nécessaires. C'est l'origine de beaucoup des refuges souterrains qu'on découvre souvent encore dans nos campagnes. Là, d'étroites allées conduisent à de vastes salles, où les parois du roc, noircies par la fumée des lampes, attestent l'emploi de la lumière artificielle, et dont certains détours étaient renforcés par des portes solidement barricadées contre les découvertes possibles de l'-ennemi. 11 n'y avait pas jusqu'à des puits profonds, ménagés dans les couloirs factices, où les envahisseurs ne pussent se perdre sans retour, s'ils tombaient en ces pièges inattendus. Le Poitou^ dans toutes ses parties, aussi bien que les provinces voisines, compte en très grand nombre ces sortes d^asiles, dont beaucoup doivent être attribués, selon nous, à Tépoque que nous |étudions en ce moment («).

Temps malheureux où se fondait péniblement, à travers g.ifnfoîîifl'âroiuê des transformations si laborieuses, la grande patrie de *«« invasions. Philippe-Auguste et de saint Louis ! Ces précautions étaient

{a) Cf. Mém. d€i Ântiq. de VOuest, XXII, 15; - XXVII, 118, 175; - et ses BuUetm, XI, 524.

[ prises môme dans les villes, où certaines maisons en étaient

F ponrvuesj comme il en existe encore beaucoup à Poitiers.

I Mais jamais on ne s^était muni de plus épais remparts

ï que depuis les invasions normandes, auxquelles on ne

I voyait plus que ce moyen de résistance, qui pourtant ne

I les arrêtait pas toujours. Une des villes les mieux fortifiées

I de notre haut Poitou fut celle de Saint-Savin, sur la

I Gartempe. Nous Pavons vue se fonder autour de son

monastère, déjà célèbre par le nom de son saint patron et

Dt>dûii< son 3tR la remarquable capacité de ses abbés. En 845, Dodon

abtii)w* n'avait pas cessé de le gouverner. C'était un homme de

I tête, qui, d'abord, ayant dirigé ses moines de Saint-Genou-

I sur-Indre (12) avant d'être préposé à ceux de Saint-Savin,

I avait contribué puissamment aux développements de ce

r dernier lieu. Par suite du système adopté en faveur de la

discipline religieuse, fort endommagée par les troubles du

ï temps, on n'avait pas cessé de confier la conduite de plu-

I sieurs monastères à un même abbé, qu'on jugeait d'assez

I d'expérience, d'énergie et de savoir pour mener à bonne

r fin les institutions ébranlées, ou d'autres dont c'était le

seul moyen do favoriser l'établissement. C'est par cette

l raison, qu'en cette même année 845, Raymond, comte de

Limoges, plaida Dodon à la tête de l'abbaye de Saint-

Albinien de HutTec, au diocèse de Bourges (13) ; et toutefois,

les fréquentes absences qu'il fut obligé de faire à cette

occasion n'altérèrent en rien les soins que demandait sa

principale charge. Il ne négligea rien pour fortifier sa ville

et sa demeure monastique, et, dès l'année suivante, oh y

vit arriver en grand nombre les religieux de Glanfeuil (ou

Saint-Maur-sur-Loire), d'Autun, de Saint-Maixent et de

Saint-FloFunt de Montglonne, qui s'y réfugièrent avec les

corps de leurs saints patrons, et purent ainsi échapper aux

fureurs des acharnés ennemis de la chrétienté (û).

le ^TrJL'^'miacîet Hébrouiii , notrc évêque de Poitiers, qu§ nous avons vu

Prei.

(û) MaJjillon, Aîiml Bened., III, p. 87.

revêtir un caractère un peu trop guerrier, ne perdait pas de vue cependant les intérêts deTEglise et les soins multiples de son niinistùre sacré. Occupé à la cour, où il était le plus souvent retenu par son titre d'archichapclain du roi, il était en même temps abbé de Saint-Germain des Prés, et ayant su plusieurs faits miraculeux arrivés dans ce monastère, soit après la prise de Paris par les Normands, soit quand ils en furent partis, il ne voulut pas les laisser ignorés, et donna ordre à deux moines de son monastère d'écrire ciiacun une relation fidèle de ces miracles d'après le rapport d'un témoin oculaire (a). Il s'agissait de Ragenaire, cliof des pirates qui avait envahi la capitale de la Neustrie, lequel se vantant devant le roi de Danemarck, Horic, d'y avoir dévasté Téglise de Saint-Germain, tomba pendant ce récita la renverse, en s'écriant que ce même Germain le meurtrissait de coups, sous lesquels il expira avec plusieurs de SCS complices. Un autre soldat avait vu sa main se dessécher au moment où il avait frappé de son épée une des colonnes du tombeau de saint Germain. Hobbon, envoyé de Louis, roi de Germanie, à la cour d'Horic, était présent quand le premier de ces prodiges arriva. Le second était attesté devant lui par le soldat qui en avait été frappé. Ces circonstances étaient trop décisives pour ne pas mériter rattenlion, et Hébrouin crut de la gloire de Dieu et de Tédification publique de ne pas laisser périr pour riiistoire de son monastère des faits si remarquables. Les deux moines se mirent donc à l'œuvre; mais, soit quUs n'eussent pas satisfait le goût littéraire de leur abbé, soit, comme l'affirme D, Rivet, d'après Mabillon, que l'abbé craignît d'offenser celui des deux dont l'ouvrage aurait été jugé le moins bon m^ celui-ci ne jugea pas à propos de publier leur ouvrage. Ce fut son successeur à l'abbatiat, Gauzlin, qui chargea Aimoin, religieux de la même abbaye,

(âO thOnllon, ub/sup., IV. p. 105.

(i) D. ïliYCt, UisL liitér., V, 646.

16 HISTOIRE GÉNÉRALE t)U POITOU (845)

de composer des deux écrits un ensemble que nous possédons encore et dont nous avons tiré cet exposé (a) (14). Ti méiiAee }M iûié- C^est à la recommandation de ce même évéque, qui

réts de son lUbiyç un i 7 t.

ciaufteiL n'avait pas abdiqué le titre d'abbé de Glanfeuil, appelé

déjà Saint-Maur-sur-Loire, que le roi fit donner à ce monastère, par acte du 21 octobre 845, plusieurs terres, dont quelques-unes encore incultes ; puis plusieurs villas avec leurs champs, vignes, églises et leurs appartenances, telles que moulins, cours d'eau, pâturages, avec les colons et les serfs qui y travaillaient déjà. C'était un dédommagement des violences et des ruines que les moines avaient subies des Danois. A diverses reprises, il obtint encore du même prince des secours plus étendus pour Saint-Germain des Prés, avec des confirmations de donations antérieures, des immunités considérables, et le droit d'élection de ses abbés par la communauté sans aucune entremise des rois ou de leurs magistrats.

pr^HwîiMt'i^ifûïî ^^^'^ ^^^ autre de ces chartes est plus curieuse, parce 110111 d« ce letnp^, qu'elle contient toutes les formules employées alors par les donateurs qui voulaient affermir entre les mains des donataires les biens qu'ils leur cédaient, lesquels plus tard auraient pu être contestés ou revendiqués par des héritiers avides et de mauvaise foi. Cette pièce, antérieure de quelques années (839), constate la cession faite par Roricon I®% comte du Maine, sa femme Milechilde et son frère Gausbert, d'un alleu (15) §itué en Anjou. Il y avait là une église avec tous ses droits de dîme, d'oblation et de sépultures. Il cédait avec elle ses serviteurs et ses servantes, entre autres quelques-uns avec leurs enfants, sans rien excepter des diverses appartenances des lieux, telles que les avaient possédées ses ascendants. Le tout était offert en même temps au Dieu tout-puissant, à notre Sauveur Jésus-Christ, à sa Bienheureuse Mère toujours vierge Marie, au Bienheureux apôtre Pierre, patron du monastère de Glanfeuil,

(a) Cf. Aimoin, De Miraculis S, Gennani, ap. opp. (Migne, Patrologie lot,, CXXXIX); — Longueval, VII, 118; — D. Rivet, Hist. liUér.j V, 42.

ttrSTOmE GÉNÉRALE DU POITOU (845) 17

ou reposait le corps du glorieux confesseur saint Maur, où Gausbert, frère de Roricoa, avait embrasée la vie monasi\([ae, aussi bien que son fils Gauzlin qu'il y avait offert à Dieu. L'acte se terminait par la formule habituelle de malédictions et do menaces des peines éternelles contre quiconque oserait jamais revenir sur cette donation, sous quelque prétexte et à quelque titre que ce fût. Afin d'en assurer la teneur et d'en perpétuer Taccomplissement, Hébrouin^ étéquc de Poitiers, parent du comte, et Dodon, évêque d'Angers, y apposaient leur signature, et déclaraient excommuniés ceux qui attenteraient à ces volontés ainsi exprimées, et signées au monastère même de Saint-Maursur-Loire par dix autres témoins, le 1®^ mars 839, vingtsixième année du règne de l'empereur Louis le Débonnaire. Hébrouîn fit aussi confirmer par Charles le Chauve Aoires fman à

*■ Saint -GcnnaiB des

les libéralités et privilèges dont Charlemagne avait doté ^^' Tabbaye de Saint-Germain, qui était alors en dehors de Paris, et q.u'on nommait par cette raison Saint-Germain des Prés. Le roi se faisait fort, par lui et ses successeurs, d'assurer par ce diplùme tout ce dont avaient joui les abbés et les moines depuis la fondation de leur monastère en 558, lesquels, par cela même et pour se pouvoir donner plus librement au service de Dieu et prier avec plus de lerveur pour la famille royale, avaient été exemptés de toutes charges publiques et de toute juridiction autre que celle du roi (a).

Cette sollicitude d'Hébrouin pour les intérêts des communautés dont il avait la charge lui valut la reconnaissance de ses religieux. Elle prouva aussi que l'éloignement habituel de ces abbés^ dty'à commandataires , ne leur était pas aussi nuisible qu'il le semblerait tout d'abord, car, en laissant toujours dans le cloître un prieur instruit et zélé qui y tenait leur place et en avait la direction, c'était toujours à Fabbé proprement dit que celui-ci recourait dans

(û) a Besly, Et!e$q. de Pokt*, p. 22 et suiy.

les cas de quelque importance ; et citait par lui qu'on arrivait facilement aux faveurs royales et au redressement des torts que les grands pouvaient leur faire souffrir («). A de telles conditions, l'absence de Pabbé y était moins sensible, et la discipline claustrale maintenue par le prieur ne souffrait en rien de la vie extérieure du premier dignitaire.

f:pr*ieiitioi.sde5sei^ Cgs lorts Quo nous sigualous de la part des grands

{meurs tiiqups oonlre * '■ . ^

rK^Hi^^e au coGciie de n'étaieuti. malheureusement pas imaginaires. Un concile tenu à Meaux, le 17 juin 845, avait signalé dans le manifeste des évêques, servant de préface à ses canons, combien étaient graves alors les abus que les grands faisaient peser sur TEglise. A lire dans les historiens du temps les pièces probantes de ces injustices, on s'étonne que nos historiens modernes^ et de ceux qui auraient dû les peser plus attentivement, aient méconnu le bien-fondé des plaintes émises par l'épiscopat, dont les seigneurs de la cour s'avisèrent d'infirmer les décisions conciliaires, sous prétexte qu'ils entraient par là dans les affaires politiques (c'est ainsi qu'ils qualifiaient les leurs), et il suffît d'énoncer leurs prétentions pour Leofs injti»iim Comprendre si leurs droits étaient réellement attaqués. Il s'agissait, dans le concile, de revendiquer les biens ravis aux églises dans les temps de troubles par les grands, qui en avaient toujours profité pour s'enrichir. Ceux-ci résistaient, soutenant que la noblesse avait besoin de ces richesses pour soutenir l'Etat, qui ne serait rien sans son influence et ses services : comme si ce n'était pas le clergé qui, par les siens, ^vait soutenu, depuis l'origine de la monarchie, la Fratice tout entière contre les ébranlements qui, mille fois, l'eussent détruite sans retour! Cette noblesse si tiére de ses services militaires, prétextes de ses spoliations, se gardait bien de dire aussi que la plupart de ses membres étaient des favoris des princes servis par eux beaucoup moins dans les combats que dans les plaisirs,

(a) V. Aimoin, De B. Mauri miraculis, c. iv et v.

HtSTOIRÈ GÉNÉRALE DÛ POITOU (846) 19

les chasses ruineuses et les voyages scandaleux ; que l'argent ravi aux monastères et aux évêchés servait très i>eu à rhonorabililé de leur position sociale, mais beaucoup à leur luxe et à leurs débauches, beaucoup à introduire leurs concubines à la cour, à laisser périr les hôpitaux dont ils avaient l'entretien et qui tombaient de détresse, à livrer enfin, par une détestable simonie, les abbayes et les évêchés à des sujets indignes dont les grands secondaient les démarches et favorisaient les désordres (a). Ainsi on ne pouvait pas accuser les seuls Normands de mettre la France au bord .de 1 abime ; ces seigneurs, si fiers de leur autorité et de leurs exploits, n'y contribuaient pas moins, soit en la défendant maJj soit en y perdant les mœurs et en mettant la religion au-dessous de leurs intérêts matériels. Le roi Charles luimême n'était pas resté étranger à ces méfaits. Il avait fait plus d'aune fois des donations illicites des biens ecclésiastiques, et trouvait dans cette facilité une raison personnelle d*être moins sévère envers ceux qui Pimitaient (*).

Les reproches qu'autorisaient tant de faiblesses d'un côté et r,iai mor^i ,iu foilaûi d injustices de 1 autre n'étaient guère moms applicables en Poitou et en Aquitaine, où les mêmes causes devaient produire les mêmes effets ; et il est bon de les voir à leur source même, pour^ se garder contre les faux jugements d'écrivains égarés qui trouvent la cause des seigneurs meilleure que celle du clergé (c;. Là, on vivait plus paisible depuis que Pépin avait cru devoir feindre une placidité qui était loin d'être résolue pour toujours. Quelques lueurs d'histoire locale jaillissent alors dans notre province, qui semblait respirer après la disparition des Normands, et les préoccupations propres à la paix se font jour au milieu des obscurités de l'histoire politique, que nos annales n'ont pu dissiper. L'abbaye de Saint-Maixent, entre autres, nous

(a) ContU. Melâem, ap. ConciL Gallic. III, 25.

ib) Loii[F de Ferrïèros, Epist, 45. — Labbe, Concil, VII, BU et 816.

k) Daniel. 11, 538. — Longucval, VII, 28 et suiy. — Et la vérité dans Robrbacher, XH, 72 el auiv.

âO HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (846)

laisse quelques vagues données de son existence au ix^ siècle, quMl est bon de consigner ici.

ccsiûs fle raihaia Nûus avons vu, en 833, Pépin venir passer les fêtes de Pâques, et obtenir qu'Abbon, qui s'en était fait abbé laïque et y résidait comme chez lui, se désistât de ses prétentions et y embrassât la vie d'un simple moine. Depuis ce temps, jusqu'au commencement du x® siècle, nous ne suivons les abbés qu'à la trace de quelques indications incertaines, si bien *:[u'on ne sait presque rien de deux ou trois de ceux qui m A?duiu^'' ^™'"^^* y président. Ce sont Arnulfe, Audoin et Autbert, dont on connaît à peine quelques donations qui n'ont d'autre intérêt que de nous éclairer peut-être sur certains noms de lieux de notre contrée. Arnulfe, par exemple, n'est connu que par une concession à titre d'usufruit qu'il fit, coYnme abbé de Saint-Maixent, à un personnage nommé Jausbert, de deux quarts de terre, dans la villa Bonogilum (16), à la charge de payer annuellement, le 26 juin, jour de la fête du saint patron, un sou d'argent et les dîmes dont la valeur est aujourd'hui très difficile à déterminer (17). Cet acte serait du 1*^^ avril, sans indication précise de l'année {a).

Ht dernier reçoit Si Ton s'cu rapportc à la série des abbés de Saint-Maixent donnée par les Bénédictins (*), le successeur d Arnulfe aurait été Audoin, quoique D. Martenne l'ait cru plus ancien, mais sans motiver assez son opinion. Ce dignitaire n'est connu que par un acte dans lequel un certain Attelais lui donne une saline, située dans un marais appelé Yaia, dont la position devait être celle du village actuel d'Yves (18), désigné dans une charte de ce temps, comme voisin de Châtel-Aillon(19). L'abbatiat d' Autbert est dépourvu de toute espèce de souvenirs ; les dyptiques le placent aprèf^ Audoin, et ne mentionnent que son nom jusqu'au commencement du x® siècle w.

NûBTdiesincuramn^ Mais CCS intcrvallcs d'une tranquillité douteuse n'empê-

ûa Nuruacitlâ.

(a) GalUa christ., ub. sup.

(b) Gailia christ., II, ub. sup. — Du Tem», II, 447. {{■) Gailia christ., ub. sup.

chaicnt pas les Danois de revenir et de désoler la France à des périodes régulières. En 846, ils reprirent leurs courses sur les rivages de l'Ouest. Cette fois, il paraît que, tout en détruisant les reliques des saints et les églises, Pavarice y avait plus de part que Timpiété. Ils dispersaient les restes vénérés des pieux fondateurs de la religion, ils incendiaient les monastères et les églises, mais ce n'était qu'après avoir dépouillé les châsses de leur riche matière, de leurs pierreries et de leurs bijoux émaillés, et les sanctuaires de leurs vases sacrés, de leurs tapisseries, de leurs meubles précieux et des étoffes d'or et d'argent qui revêtaient les prêtres et les autels. Au mois de mai, ils s'craparôrent du monastère de Saint-Michel-en-l'Herm et de celui de Luçon, qui, depuis leur ruine de 830, avaient cherché à se relever et jouissaient effectivement d'une liajx relative, l'ennemi n'étant pas revenu depuis lors dans cette extrémité de la Vendée. Toutes les petites îles de ce rivage, celles d'Aix (20) et d'Oleron (21), les villes naissantes toil^'^u^sSlntonge" alors des Sables (22), de Marennes (23) et d'autres modestes localitos de TAunis qui se sont perdues ou qui ont revécu parla pêche ou l'industrie, tout disparut sous le fer et le feu, qui effacèrent avec leurs moindres traces les vestiges mêmes des hommes forcés d'aller au loin soutenir une existence qu'ils n'avaient gardée que pour souffrir (a). Hildebode était alors abbé de Lucon et de Saint-Michel (*). , HUdebodc, ;bbé de

* LncoQ, se réfugie à

Il fut obligé de se retirer avec tous ses frères dans cuuauii. Tabbaye de Cunault, où ceux de Déas les accueiUirent cordialement* Ce séjour ne fut pas inutile à ses hôtes, au profil desquels, comme à celui des pieux étrangers, il se mit à bâtir un château fort capable de les défendre contre une attaque des Barbares. Avec des moines, de telles œuvres n'étaient ni difficiles ni longues à accomplir. L'activité, le zèle, leur venaient de l'obéissance inhérente à leur vocation,

(a) Besly, Comtes de Poict.^ p. 14.

\h] IK Esitcimot et Du Tems, II, 520,

KùUïdIfl frise de

de la loi du travail qu^elle supposait. C^étaient là des ouvriers qu'on employait à la fois avec autant d'économie que de succès. On voit par là même comment ces hommes humbbs et laborieux utilisaient leur obscurité, leur silence et leur abnégation du monde à l'avantage de la société dont ils n'exigeaient rien et à laquelle ils se donnaient tout entiers.

On pense bien que ces vertus ne touchaient pas beaucoup les natures grossières et sauvages de leurs farouches persécuteurs. Ceux-ci laissaient volontiers s'enfuir au loin pour s'y fortifier leurs malheureuses victimes, qu'ils espéraient retrouver un jour quand elles se seraient remises en ^tat d'être pillées de nouveau. Cette fois donc, au lieu de s^avancer plus sur le continent, ils revinrent sur leurs pas, cinglant vers l'Ouest des terres qui forment aujourd'hui notre département de la Vendée. Là était la petite île d'Yeu (24), où des moines, entourés d'une population restreinte de pêcheurs, habitaient déjà, et préludaient au monastère plus considérable qui devait s'y former au xïi® siècle sous le nom de Notre-Dame-la-Blanche. Cette île n'y avait que peu d'étendue ; un rocher élevé en pointe, et que les navigateurs apercevaient de loin, lui avait fait donner le nom' d'//<? du Pilier. Le petit couvent y était assez pauvre, mais c'était un couvent, et cela suffisait pour exciter avec la passion haineuse des Barbares la cupidité qui les dominait surtout (a). Ils s'y arrêtèrent donc, y firent leur œuvre ordinaire de destruction, de carnage et de spoliation, jusqu'à n'y laisser après eux que des larmes et des débris sanglants et enfumés.

De là, dans le courant de juin, ils se dirigèrent vers Noirmoutier, où, depuis leur dernière apparition, on avait encore relevé avec une incroyable ardeur le château, le monastère et les murailles qui devaient défendre le sol. Une attaque, où la rage secondait la vigueur des Barbares, eut

(a) L*abbé Aillcry, Fouillé du diocèse de Luçon, p. 23.

bientôt tout renversé sous leurs coups. Tout fut détruit de nouveau ; il ne resta que les traces d'un vaste incendie, et une solitude si complète, que les inurs noircis par les flammes auraient fait donner (a), selon quelques-uns, à la pauvre île désolée le nom de Noirmoutier, qu'elle n'aurait eu que depuis lors (25). Enfin, ils ne se contentèrent pas de si peu; ils portèrent leurs fureurs vers les bords de rOcéan, où s'élevaient déjà des villes florissantes, et débarquèrent entre Bordeaux et Saintes : tout y devint leur proie. Là ils prirent Blaye, malgré sa citadelle, Libourne et d'autres villes dont la proximité de la Gironde favorisait le commerce et enrichissait leurs habitants. Puis ils se dirigèrent vers la Saintonge, où la ville principale off'rait avec ses églises et ses palais un nouvel appât à leur cupidité. Ce qu'il y avait de pire en ces tristes circonstances, c'est que de toutes parts ils voyaient fuir les populations affolées, à qui la pensée de se défendre ne venait même pas. Aussi les vainqueurs passaient d'une province à Pautre, d'un rivage à un autre rivage, sans redouter aucune résistance. Ils n'avaient qu'à se montrer ou seulement à pjibic««e de u refaire répandre le bruit de leur arrivée pour balayer devant **»'*™*eux les routes, les fleuves et les champs devenus déserts. Les bois devenaient le refuge de tous, avec leurs souterrains plus ou moins récents dont beaucoup avaient déjà abrité, lors des invasions de la Gaule, d'autres populations désolées. On ne trouvait pas même un chef militaire qui vint à la rencontre des terribles envahisseurs. Les grands se cachaient eux-mêmes, donnant l'exemple de la peur à la suite d'un roi qui naguère n'avait éloigné l'ennemi qu'à force d'or et d'argent.

Cette fois pourtant, on était prévenu que le dessein des aa^ wïiïTJliS^I Danois était de se porter sur Saintes, et, après l'avoir prise ciJi^*^^^ ** et saccagée, de gagner Bordeaux pour lui faire éprouver h môme sort. On n'y crut pas devoir agir par la peur,

(a) Manuscrit de Dofour, p. 4. — M. Tabbé DuTressay, Hist. de Luçon, 1, 125.

et Ton se décida à une courageuse résistance. La Gascogne avait alors pour comte Seguin, un ancien gouverneur de la Saintonge que Charlemagne y avait préposé d'abord, et qui, en 846, venait de recevoir le gouvernement de Bordeaux et de Saintes, où il était né. La gravité des circonstances persuada à Charles le Chauve, à qui appartenait cette dernière ville, d'envoyer dans la Saintonge déjà envahie un officier qui la connaissait mieux que personne. Seguin reçut donc Tordre de s'y diriger avec des troupes nombreuses. Déjà, Tannée précédente, il s'était opposé, dans le Bordelais, au même fléau sans aucun succès; il ne fut Bataille et incendie P^^ P^^^ heurcux Cette fois. Une action s'engagea dans ëesaintes.où il périt. |^g plaincs de Saintes, où le malheureux comte fut défait, devint prisonnier, et reçut la mort, quelques jours après, de ses féroces vainqueurs, impatients de ne pas voir venir l'énorme rançon qu'ils avaient exigée. Bientôt la ville fut prise d'assaut, malgré la courageuse défense de ses habitants. L'évêque Aton, qui avait fondé en 837, avec Pépin II, l'abbaye de Saint-Jean-d'Angély, fut massacré, et les flammes allumées partout y consumèrent jusqu'au dernier monument et à la dernière maison. Ainsi périrent en même temps le généreux défenseur de l'antique cité des Santons, et la citadelle même, que ne put sauver un de ses plus fidèles enfants. Seguin, au milieu des tristes défections qui signalaient trop son époque, mérite le respect et l'admiration de la postérité, bien plus pour ce sacrifice qu'il fit de lui-même à son pays que pour avoir été le père de ce Huo'n de Bordeaux qui joue un rôle si merveilleux dans la chevalerie des romans mérovingiens. PasHUnimité de Pendant que ces tristes événements épouvantaient le Midi, le roi de France s'occupait à peine, dans le centre de ses Etats, de constituer un ordre solide où le gouvernement pût s'affermir et fermer les plaies que les guerres civiles lui avaient faites si envenimées et si profondes. On doit Ure surtout les conciles de ce temps pour se faire une idée de la licence des mœurs perdues par la noblesse, des vexations

Charles le Ghaove.

qu'elle imposaït au peuple et au clergé, et comment, par Pabus

du pouvoir et Toubli des saintes règles de la foi chrétienne,

elle usurpait même sur les dcoits de la royauté pour

s'établir définitivement au-dessus d'elle, après s'être posée

d abord à son niveau. Chose admirable, et qui prouve bien

Tatieation que Dieu a toujours sur son Eglise! Les évêques, ^vêq1iÏÏ**Mr""rîdmu

forcément mêlés aux intérêts de la vie mondaine et admi- n»«irat»oodecctciDps

nistrative, autant par leur position que p'ar le caractère de

leurs alliances qui les rattachaient en grand nombre à la

famille royale ; ces hommes, dont plusieurs sans doute

étaient arrivés à Tépiscopat, moins par une véritable

vocation que par la simonie et la faveur, n'en tenaient pas

moins la main aux règles fondamentales de la société

chrétienne^ et déjà s'établissait contre eux l'antagonisme

des seigneurs et des grands, tolérant avec peine qu'on leur

di.sputàt leur prétendu droit à tous les excès. Nous avons

Ml ceux-ci s'insurger, au dernier concile de Meaux, contre

Tautorité des Pères, et gagner à leur cause le roi lui-même,

qui avait promis de les soutenir et qui ne tint pas sa parole.

Il fallut qu'une autre assemblée conciliaire, tenue à Paris le

14 février 846, revint sur cette affaire, et conjurât le prince

de QC pas souiïrir plus longtemps ces débauches d'esprit et

de mœurs. Afin de gagner du temps, et par une mesure Leggeignenrscom-

qui ne dissimulait pas assez cette lâcheté, Charles remit ^'^'^^^^^^'^^

Taffaire à une assemblée qu'il indiqua à Epernay (26), au

diocèse de Reims, pour le mois de' juin suivant. Les

seigneurs s'y conduisirent en ennemis de l'Eglise, le roi,

en prince sans caractère ni dignité. Les évêques furent

éloignés de rassemblée où l'on délibéra sans eux, et l'on

osa bienlùt après leur envoyer un choix de dix-neuf de leurs

propres canons qui ne traitaient en rien ni des dérèglements

condamnés dans les seigneurs ni de leurs déprédations ; on

ajoutait qu'ils étaient les seuls que le roi et eux voulaient

abservcr <j).

(o^ W mr Guérin, les Conciles, II, i22. — Sirmonl, III, 35. — Annal. Berlin,, id h. aoB. ^ Longucval, VII, 129.

Nous rappelons ce fait inouï jusqu'alors, pour montrer combien s'était affaibli, par suite des guerres civiles, Pesprit de foi et de soumission aux plus simples régies de la morale chrétienne. Quelques historiens ont mal jugé ceux de ce siècle, quand ils semblent les accuser d'avoir vu superstitieusement dans l'usurpation des biens ecclésiastiques une cause providentielle de tous les fléaux qui frappaient la France. Outre que l'usurpation est toujours UQe injustice qui déplaît à Dieu, cette iniquité n'était pas la seule qui pût attirer sa vengeance sur un pays où le dévergondage des mœurs publiques était porté à l'excès dans tous les rangs de la société, mais surtout chez itm mœoTs dii^ ceux qui devaient donner les meilleurs exemples. C'était *'^"*^'* de là, au contraire, que partaient les plus déplorables

scandales. L'usure, l'adultère, le rapt étaient des crimes devenus communs et que les évoques ne pouvaient tolérer sans paraître les excuser contre leur plus impérieux devoir. Donnons une seule preuve de cet abaissement moral. Un seigneur nommé Gislebert, vassal du roi Charles, avait porté l'audace jusqu'à enlever une fille de l'empereur Lothaire, et était revenu en Neustrie se marier avec elle. L'empereur, à tort ou à raison, soupçonna Charles d'avoir autorisé cet attentat. Celui-ci protesta qu'il n'y avait eu aucune part ; mais Lothaire en garda un ressentiment qui devait bientôt servir de prétexte à de nouvelles ruptures RnvPET^s dfç Nor- entre les deux frères («). Peu après, les Normands, qui, encouragés par ces dissensions, s'étaient maintenus quel-

Pques semaines en Saintonge, au grand détriment de la malheureuse province, se jetèrent sur le Limousin, prirent Limoges, et ne s'en allèrent qu'après avoir laissé la contrée dans le deuil et la pénurie de toutes choses, ivtiîns'^ifuiîavic De son côté, Pépin II, qui restait inactif en Aquitaine, i;ii»wve. s'était attiré le mépris du peuple et des grands par

rindignité de sa conduite morale et le peu d'ardeur qu'il

(a) Longueval, VII, 130.

avait mis à repousser les Normands. Il n'aurait pas dû lui suffire de dépêcher Seguin à leur rencontre ; il devait s'y porter lui-mômc, et la perte du malheureux comte, qui était généralement aimé, avait ajouté à l'antipathie de ses sujets. Il ne fut pas difficile à Charles le Chauve de mettre à profit ces dispositions contre son neveu. Au reste, Pun et l'autre tenaient assez peu au traité de Fleury-sur-Loire, et comptaient bien le rompre à la première occasion, Charles ne supportant qu'à regret la perte de l'Aquitaine, où il aurait voulu régner seul et entièrement, et Pépin souffrant malgré lui la suzeraineté de son oncle. Mais quelle raison pouvait mieux autoriser les prétentions de ce suzerain que la perfidie du jeune prince, dont on avait découvert que s'il n'avait pas mieux combattu les Barbares, c'était qu'il les avait attirés lui-même pour les faire servir à ses desseins? Celle perfidie aurait suffi pour détrôner un prince coupable de l'avoir conçue , et servait à souhait les desseins de son aQtagouistc , d-ailleurs aussi peu loyal que lui à beaucoup d'égards. Mais la faiblesse du roi de France, qui ne se décidait a smr en roi quà labri de certames ruses peu daM radminuiriiiga

r ■ . , . , deceltti d.

royales, ne lui permettait de rien entreprendre en cet état de choses qu'avec une' grande circonspection. Il en donna uue nouvelle preuve dans un de ses capitulaires de 846. Bes vue:s justes sur le gouvernement des provinces, et le besoin de l'emettre l'ordre partout où il avait été troublé ou méconnu, le décidèrent à établir que le titre d'envoyés royaux (missi dominici), confié jusque-là, à des époques indéterminées, à des seigneurs et à des évoques appelés à visiter les comtés pour y constater les abus et les réformes nécessaires, serait confié désormais aux évéques seuls dans leur diocèse, afin que cette portion de l'administration fût revêtue à la fois d'un caractère d'intégrité et de douceur paternelle. Rien n'était plus propre à ramener les esprits par la foi à des idées de soumission et de paix. Mais les seigneurs comtes ei ducs pensèrent autrement : ils revendiquèrent absolument pour eux seuls les droits

remis aux mains des évêques comme autant d'attributs primitifs, et toujours maintenus, de leur charge paternelle envers les peuples. Charles, en cette circonstance, abdiqua encore son autorité jusqu'à révoquer ce règlement salutaire et laisser les leudes s'attribuer le droit de lui désobéir. Un châtiment personnel ne tarda pas à l'en faire repentir. diSiïï^if^^^^ C'est de cette rébellion de palais que surgit l'habitude 3ïiMtilîi~w^^^^^^ bientôt prise par les grands de s'attribuer l'exercice* de tous les actes judiciaires dans leurs domaines. Ces domaines, tenus jusqu'alors en bénéfices royaux, commenraient à devenir héréditaires, de viagers qu'ils avaient été d'abord : ils fortifiaient donc le pouvoir des possesseurs en ùlant d'autant plus à celui du roi. Ce fut une énorme faute â Charles le Chauve d'abandonner de telles prérogatives de sa couronne à des ambitieux qui ne devaient pas manquer de s'en servir contre lui. En effet, chaque seigneur comment-an t alors à exercer sur son territoire la justice souveraine, ne permit môme pas que leurs jugements fussent portés en appel à la justice du roi («). C'était répudier un principe qui, depuis, n'a jamais manqué de faire un des attributs les plus honorables de la royauté.

Ainsi l'année 846 se terminait pleine encore, des troubles qui duraient depuis si longtemps, et dont beaucoup pouvaient être attribués à la mauvaise politique de Charles et à une prudence insuffisante dont le défaut n'apparut pas à ses contemporains aussi bien qu'aux siècles suivants. Le nôtre surtout peut en juger mieux par un plus grand nombre de documents étudiés ; on y peut donc restreindre à leur juste valeur les exagérations sur les mérites et ses qualités de ce fait nilîhr llshUKi, ptûnco. Un grand lustre de son règne fut surtout le zèle qu'il mit, en cette même année encore où nous sommes, à favoriser les lellres et les sciences. C'était en lui le fruit des instructions de sa jeunesse qu'on avait nourrie d'études solides et assidues. 11 en avait gardé le goût et ne négligeait rien

(a) Mabillon, AnmL Bened., ad aun. 846. — Art de vérifiei* les dates, \\ iGS.

pour Tentretenir en lui et le développer dans les autres. Aussi il prenait soin, aussitôt que la paix était rétablie, de rouvrir les écoles, dont plusieurs s'étaient vues ainsi reconstituées en Poitou, comme à Charroux, à Saint- Maîxent, à Saint-Savia et à Ansion(<2).

L'année 847 ne fît que continuer les affligeantes péripéties . iichercheàdéiacher

^ ^ '^ ^ les Aquitains de leur

.qui avaient signalé les précédentes. Charles le Chauve, roipepinii. mal conseillé sans doute par les grands qui le dominaient et compromettaient sa réputation autant que son gouvernement, oublia^ on peut mieux dire trahit les engagements qu il avait pris envers Pépin quand il lui avait cédé la sou- Teraineté de rAquitaine. Cette souveraineté, il avait toujours kndu â se la conserver de fait, et n'avait omis aucun moyen de le prouver. Cette année encore, et dès le mois de janvier, il envoya des émissaires dans notre contrée, qui devaient, sous prétexte de sa suzeraineté, s'informer de tout ce qu^elle était censée avoir le droit de contrôler, mais en réalité pour observer les dispositions des esprits à regard du roi, et reconnaître le plus ou moins de sympathie qu'il inspirait à ses sujets et à sa cour. Ces envoyés allèrent plus loin ; ils se firent des confidents qui se détachèrent du prince; ils prirent des mesures qui aigrirent celui-ci et le portèrent à dépasser aussi les pouvoirs convenus en sa faveur par le traité de Fleury-sur-Loire. Il fit donc des actes d'autorité souveraine en dehors de son droit, et augmenta les mécontentements de son oncle. De là, pour Tuii et l'autre, des récriminations secrètes, mais bientôt publiques, et des orages nouveaux qui furent bientôt sur le point d'éclater.

Il est certain que Pépin avait donné contre lui beaucoup DièiedeMéersen. de griefs par son alliance avec les Normands, que personne ne pouvait lui pardonner. Il s'entendait aussi avec les Bretons, que Noménoé aurait volontiers conduits à son secours pour la soumission de toute l'Aquitaine. Charles,

(o) D. Rivet, Bisi. lUtér.j I, 484 et suiv., 701 et suiv.

30 HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOtJ (847)

qui n'ignorait rien de ces projets hostiles, et dont les frères voyaient aussi bien que lui ce qui compromettait leur sûreté, comprit le besoin d'une entente au profit de Tempire français, et convoqua l'empereur Lothaire et Louis le Germanique à une assemblée où ils pussent conférer des événements. Elle se tint au mois de février 847, à Meersen, aujourd'hui petite ville sur la Meuse, à une lieue Nord-Est de MaOstricht. C'était alors une villa, royale, appartenant à la" France. Les trois frères s'y trouvèrent entourés d'un grand nombre de seigneurs des trois royaumes. La première de leurs décisions, approuvée de toute la diète, fut de ne jamais se séparer, redoutant que leur désunion ne devînt encore fatale à leur autorité. On chercha aussi à concilier les intérêts du peuple avec certaines modifications apportées dans la législation suivie jusqu'alors en des points de Kéfonnt de la lé- haulc importauce. Ainsi, après avoir ordonné que les églises soient remises en possession de tout ce qu elles avaient eu au temps de Louis le Débonnaire, défendu les rapines et les violences t qu'on avait cru, disait-on, permises jusqu'alors, i et puni, d'après les lois antérieures, toute personne coupable de vol et de rapt, on arrivait à répudier un autre genre d'abus invétéré dans les habitudes des seigneurs, qui, se faisant déjà et trop souvent la guerre entre uux, s'appropriaient par droit de conquête, non seulement des territoires que leurs adversaires ne possédaient que sous la dépendance du souverain, mais encore les serfs, ou même les hommes libres qui vivaient sur le EtdeitwtbnadM territoire envahi. Cette injustice tendait à détruire les liens leigûtois. j^ jg^ famille et l'inviolabilité du mariage ; elle dépaysait

des familles entières en les privant de la plupart de leurs libertés, et les arrachait au sol dont elles se faisaient un revenu fixé par les lois et qu'elles pouvaient améliorer de plus en plus. Un capitulaire décréta donc que chaque homme libre pourrait choisir le seigneur de qui il voudrait relever, que ce seigneur fût le roi lui-même ou l'un de ses leudes. On ajoutait à cette disposition tutélaire, et qui

faisait aussi sa part au maître du sol, que nul homme libre ne pourra passer de la dépendance de son seigneur à celle d^un autre sans une raison reconnue valable, ni cet autre le recevoir que diaprés les coutumes établies dans chaque royaume. On voit qu'ici un instrument public commence à donner aux coutumes force de lois. On allait plus loin, et afin sans doute de restreindre les cas de guerre particulière, tout homme libre pouvait se refuser à marcher sous la bannière de son seigneur, si celui-ci n'avait à défendre que ses intérêts particuliers. Il en était autrement s'il s'agissait de repousser une invasion, t car alors, dit le capitulaire^ tout le peuple doit marcher sans aucune exception valable * (a>.

On pourrait s'^é tonner que les seigneurs présents à cette diète, et dont un grand nombre s'étaient si nettement révoltés contre les canons des assemblées de Meaux et d'Epeniay, aient accepté àMéersen de telles restrictions de. leur pouvoir devenu si tyrannique. Mais sans doute ils comprirent que ces lois qui, d'ailleurs, n'étaient que le rappel de celles qu'ils avaient trop oubliées, retrouvaient leur absolue nécessité en des circonstances qui bientôt allaient en démontrer le haut intérêt. Peut-être aussi que ces courtisans si flers devant un roi dont ils savaient la faiblesse. Tétaient un peu moins devant le caractère tout différent* qu'ils reconnaissaient à ses deux frères. Leurs audaces de Tannée précédente n'étaient plus de mise quand une immense majorité entendait autrement qu'eux les intérêts de la patrie et de la religion.

Une question politique, dont la solution plusieurs fois Nouvel ordre de

succession au utoe

prononcée n'en avait pas moins subi de graves altérations, fut de nouveau proposée dans cette diète et résolue selon les véritables besoins de l'époque. La cause de beaucoup des guerres qui avaient désolé la maison de France et centriste ce vaste pays depuis la fin de la première race

(a) Contentm ad Manuan., Capitul. Cari, calvi. (Apud Migne, Patrol, lat.j U ex VU, art. 5, 6 et suiv.) — D. Bouquet, Script. Rer. Gai, t. VIL

était dans le droit de tous les enfants du roi à la succession de leur père. S'il y avait plusieurs rois de la même maison, comme il arrivait toujours depuis la mort de Charlemagne, et que Pun d'eux succombât, celui ou ceux actuellement ri^gnants qui lui survivaient devaient-ils entrer en possession de ses Etats au préjudice des propres enfants du roi mort laissés par lui en bas âge ? Nous avons vu que sur ce point il n'y avait eu jusqu'alors rien de réglé, la seule loi à ce sujet ayant été celle du plus fort. On avait l'exemple de Charlemagne, qui, après la mort de son frère Carloman, S'était saisi de son royaume d'Austrasie, au détriment de ♦ ses deux fils (a). Plus tard, inspiré par la loi franque, il avait voulu que si quelqu'un de ses trois enfants laissait en mourant un fils, et que le choix du peuple se prononçât en sa faveur, celui-ci fut couronné comme souverain et que ses oncles y donnassent leur consentement (^). On voit que c'était là une succession directe à la couronne, capable, si on Pavait respectée, de faire éviter de malheureuses dissensions. L'assemblée de Meersen adopta cette règle comme loi de l'Etat. Ce fut une de ses décisions les plus graves pour la paix de l'avenir. Malheureusement les prétentions trop écoutées de la féodalité, qui commençait à se poser en face du trône, firent bientôt de larges brèches à cette muraille de défense.

Motifs exposés par Mais uue autro question, bien plus actuelle, et qui avait i'opjK.s^T h la Hî- peut-être préoccupé lesprit de Charles le Chauve quand l'^ciU' il avait proposé à ses frères de se réunir en cette conférence,

c'était la position que s'était faite en Aquitaine le jeune roi Pépin, qui, en prévision, d'ailleurs, des attaques ouvertes qu'il redoutait de son oncle, avait enfreint les conditions mêmes de sa royauté. L'esprit soufflé par lui dans sa grande province ne pouvait que le faire mal juger. On savait ses affinités avec les Normands; on lui. connaissait

(a) Aubert Le Mire, In cod. donat, piar, c. XV.

(h) Charta Divis. imperii Car. magni^ apud Migne, tom. CXIV.

des liaisons avec les Sarrasins, qu'on pouvait le soupj;onner dVppeler dans son royaume contre les Francs ; et il était vrai que sa politique tortueuse songeait à s'entourer de tels auxiliaires, contre tous les sentiments de patriotisme et d'honneur national. Outre ces raisons déjà assez valables, Charles pouvait en avoir une autre plus digne d'un roi désireux avant tout des intérêts les plus sérieux de son peuple. Que serait-il arrivé, en effet, si, pour s'assurer rAquitaïnej que sa conduite personnelle faisait trop vaciller enli'e les mains de Pépin, celui-ci eût invoqué Talliance de deux nations également animées au pillage par la haine du christianisme et l'espoir de se rendre maîtresses d'un pays où il leur fût devenu facile de tout préparer pour une conquête, au-delà de la Loire , du sol le plus fertile et le plus envié depuis si longtemps? Ces sérieuses appréhensions pouvaient ùive celles d'un roi de France qui en eût souffert le premier, et secondèrent beaucoup dans l'assemblée la proposition faite par Charles de se prémunir par une entente commune contre de très prochaines agressions. Après être oo cherche comre

11 iT 1 ^1 -^ lui ralllance des Bre-

Qonc convenus entre eux d une alliance encore plus étroite tons ci dci Normands, et qui les obligerait de s'aider mutuellement en cas de guerre, les princes dépéchèrent à Noménoé et aux Normands des ambassadeurs chargés de leur persuader une action commune avec eux contre Pépin, dont on comptait prévenir ainsi les instances en sa faveur. On voit ici qu'enfin les brigands du Nord s'étaient fait un rôle très respectable. Pour le roi d'Aquitaine, on ne lui donna môme pas le titre de roi dans les lettres qui lui furent remises : on lé traitait simplement de neveu ; on lui offrait, pour éviter la guerre, qu'on lui déclarait par cela même, de se contenter de quelques comtés dans PAquitaine du Midi ; enfin on lui assignait un rendez-vous à Paris pour la Saint-Jean-Baptiste de cette année, c'est-à*dire dans quatre ou cinq mois.

Voilà dorfc à quoi se bornèrent pour le moment les résultats de cette diète qui paraissait grosse d'émotions, et qui n'aboutit qu'à déshonorer devant leurs ennemis les trois

rois qui montraient leur manque d'énergie et la faiblesse de leurs moyens.

NopéBoés'ynfjsç, Aussi Noménoé, qui s'était toujours obstiné à se regarder comme indépendant du roi de France, malgré la reconnaissance qu'il devait à Louis le Débonnaire, se moqua de l'ambassade et des ambassadeurs. Pour montrer quel peu de cas il faisait de ces ouvertures ; il revint à ses projets ambitieux de royauté indépendante; mais, comme ses évêques dépendaient de la métropole de Tours et se refusaient à le couronner, il s'en vengea en dévastant les terres des chrétiens, brûla les églises, prit le patrimoine des pauvres et des nobles, et, chassant les évêques, il bouleversa les évêchés, établit de sa seule autorité une métropole à Dol, et se fit sacrer par le titulaire qu'il y plaça (a). Trop faible pour, venger cet affront, Charles tourna ses efforts vers l'Aquitaine, où il comptait sur des intelligences. L*sNûriiuTjdi.?aîû^ Pcudaut Qu'il sc préparait à l'envahir, les Normands, qui jiioijaeiitiebasPm[ûB trouvaient plus commode la guerre à leur propre compte que l'alliance d'un prince dont ils avaient éprouvé la nullité, sc jetèrent sur la Bretagne, où le nouveau roi fut vaincu par eux en trois combats, et n'obtint leur retraite qu'à force d'immenses sacrifices d'or et d'argent. Forcés ainsi de quitter les côtes armoricaines, ils vinrent, d'autant plus ardents, se jeter sur le bas Poitou, dans le pays d'Herbauge, qu'ils inondèrent encore de leurs hordes. Ils y détruisirent tout, et, le 29 mars, dans la semaine de la Passion, ils s'emparèrent du monastère de Déas, où rien ne resta qui n'eut été incendié de fond en comble (*). Malheureusement, ce ne fut pas tout : ils traversèrent le Poitou dans tous les sens, et n'en firent qu'un tas de décombres. Les saintes retraites de Luçon, de Maillezais, de Saint-Michel-en-1'Hcrm, ayant été traitées comme Déas, la bande féroce n'épargna

{(i) Sirmond, Concil, t. II, p. 409. — Longueval, p. 163 et suiv. — Depping» E^éditions des Normands, p. 96.

(b) Chronic, EngoUsm, — Annal, de Saint-Bertin, in h. anû.

pas plus les autres solitudes du pays. Les grandes villes ou les monastères fortifiés, prévenus par la douleur publique, avaient organisé une défense formidable, et firent payer cher aux pillards le temps qu'ils mirent à les battre vainement en brèche. Cependant ils ne craignirent pas de s'attaquer aux cités les plus renommées : Bourges, Angers, Tours, Clermont avaient été prises, dépouillées et laissées dans une affreuse détresse. Ils ne négligèrent pas Poitiers ; qil*SLtef°'^^"*" mais la ville résista à un siège pendant lequel elle se rendit imprenable, sans que nous sachions quels furent ses défenseurs, qui auraient dû être, semble-t-il, ou Pévêque Hébïouin, ou le comte .Raynulfe !•''. Mais Hébrouin était 1

sans doute à la suite de Charles le Chauve, près duquel le retenait souvent son titre de premier chapelain. Rien ne nous dit ce que le comte de Poitiers faisait alors dans sa ville ou ailleurs. Quoi qu'il en soit, la rage des aventuriers Rawgedeicienyin'avait pas attendu un échec devant les murs vaillamment défendus pour s'exercer sur les deux célèbres établissements du Suburbium. Là était toujours Saint-Hilaire avec son collège de religieux, Sainte-Radégonde avec ses vierges iî

et son monastère de chapelains. De ces deux saintes 1

maisons, la première eut le sort de Nouaillé et de quelques |

ermitages épars autour de la vieille cité : elle fut réduite 5

en cendres ; l'autre, abritée sous les remparts de la cité, 1

ne souffrit que peu des assauts repoussés de toutes parts ; ^

mais sa basilique, élevée hors des murs, succomba sous i

les flammes, dont on ne put la défendre. Les prêtres, i;

dispersés, comme ceux de Saint-Hilaire, dans les forêts •

voisines, s'y cachèrent quelques jours, puis, après le départ des Barbares, ils revinrent dans la ville, où retentissaient à la fois les actions de grâces et les lamentations.

Car c'est à cette époque malheureuse qu'il faut attribuer, ^£1^^^^^^^^^^. i

avec' Bouchet (27)- et d'autres historiens du Poitou, le parti ^ûitnw!"'^"^^' que prirent, à l'exemple de beaucoup de communautés, les clercs de Sainte-Croix de Poitiers, de soustraire les reliques de leur auguste patronne aux recherches et aux profana-

lions des mécréants victorieux. Les religieux de Saint- Benoît de Quinçay étaient protégés par de fortes murailles a réi)rouve des balistes et des catapultes, dont Tennemi avait emprunté Pusage, pour battre les villes assiégées, aux années des Francs et des Romains. On songea naturellement à placer sous cet abri les reliques encore intactes de la sainte. Elles furent donc retirées secrètement de sa crypte, et une nuit les moines de Quinçay reçurent chez eux le précieux dépôt. Mais il n'y resta pas longtemps. Un tel gage ne pouvait s'isoler de sa demeure consacrée que pendant les jours du danger. A peine Pennemi eut-il disparu, qu'on se mit à réparer les désastres. Le monastère se releva bientôt avec sa basilique, dont la partie souterraine, où se faisaient les sépultures ' de la communauté, avait moins souffert, parce que les brigands s'occupaient moins de dépouiller les morts que les vivants, et bientôt un retour qui se fit de Saint-Benoît à Poitiers réintégra le corps vénéré en son premier tombeau élevé dans la crypte. C'était, d'après nos chroniques, le vingt-huitième jour de février w, qui fut sans doute celui de l'année suivante, car ces grandes catastrophes dataient de la fin de mars et des premiers jours d'avril 847. Mais, cette IS^eLS^'^^'^''^*^'^ f^'^ï ^^ pourvut solidement à sa sûreté contre de nouveaux dangers. C'était sous l'abbatiat de Gerberge, qui gouvernait ses sœurs depuis l'année 814. Nous l'avons vue ouvrir son église à Pépin P^ pour y reposer après sa mort, et son cloître à l'impératrice Judith, déchue un moment de SCS grandeurs de la terre. Il lui était réservé aussi de relever de ses ruines l'auguste asile où tant de populations, s'associant à la cité et à ses compagnes, étaient venues honorer si souvent fe reine fondatrice de la célèbre maison. Mais en cela elle dépassa les conditions habituelles. Jusqu'à des temps meilleurs, et jusqu'à ce qu'on n'eût plus

((i) riusaussais, Martyrol. Gallic.^ ad 18 febr.; — Bolland., Saiictis febr.; — Laliho, Biblioi, manusc.^ II, 611 ; — D. Fonleneau, t. LXI ; — et ci-dessus, l. il, f. i46 et suiv.

ruîscatîit^idenoa»

à redouter aucune irruption des cruelles hordes du Nord, rien ne lui parut plus sûr que de soustraire aux regards rasîle de sa sainte mère : on replaça donc le corps sacré àans la crypte, que dominait Tautel majeur; on ferma rentrée par un mur élevé sur toute sa largeur ; il n'y resta pas une seule ouverture laissant soupçonner un vide sous ce massif, qui ne semblait plus destiné qu'à servir d'une sorte de piédestal au sanctuaire. Le mystère de ce second ensevelissement entoura ce retour d'un voile impénétrable. De nouveaux troubles en prolongèrent la nécessité jusque bien avant dans le x'^ siècle. Gerberge, qui mourut vers 87G, ne Pavait révélé sans doute qu'à une ou deux de ses sœurs qui ne jugèrent pas opportun de le divulguer, et comme personne ne croyait plus à la présence delà sainte dans son tombeau primitif, on s'accoutuma à n'y plus penser, et le silence devint si absolu qu'il se perpétua pendant un siècle et demi, si bien que la crypte ne fut ouverte qu^en 1012, comme nous le verrons en son lieu. Poitiers ne fut pas moins heureux pour les reliques de ^ ceiics de «aim hî-

^ ^ ^ lalre demeareut à

saint Hilaire. Jusque-là, elles s'étaient conservées dans sa rouiers. basilique, fréquentée sans discontinuité par la vénération des fidèles et des étrangers; car Alcuin, qui florissait du commencement à la fin du ix® siècle, louait Poitiers de s-estimer plus riche de ce trésor que de tous ceux qui peuvent se vendre et s'aclieter (29). Les reliques y avaient été si bien cachées, qu'au -départ des Barbares elles restèrent sous les démolitions de l'église ; et comme à cette époque on construisait encore en bois mêlé de briques et de moelloas, la reconstruction du monastère, aussi bien que celle de Sainte-Croix, ne tarda que très peu, et le cuite des restes vénérés put en l'un et l'autre retrouver prom{>tement son ancienne gloire dans une nouvelle splendeur. Le temps viendra où cette paix trop courte forcera le précieux tombeau à d'autres destinées, pendant que celui de Radégondc gardera son abri sous ses voûtes consolidées jusqu'à des jours meilleurs.

Diète de Fiorfgny- Cependant Pépin , qui ne voyait pas sans de profondes îïpitt.^ ^^ ^ appréhensions les mesures sévères prises contre lui à Méersen, songea à s'en défendre et indiqua une diète à Florigny, palais royal quMl possédait sur le Cher, et dont la position n'est plus facile à déterminer ; on sait cependant que cette maison se trouvait sur la gauche de la Loire, qui arrosait encore une partie de l'Aquitaine («). Il y fut question des moyens de résistance contre les desseins avoués des riwilrM dîT-Fi" -^^^^s frères. Il n'était pas facile au jeune roi de se résigner rent de Montgioo&e. à' leurs plaus qui l'annulaient complètement, et il fit acte d'autorité à Florigny même en confirmant par un diplôme du 27 mai tous les privilèges accordés depuis Charlemagne aux moines de Saint-Florent de Montglonne. Ces religieux, comme beaucoup d'autres, étaient parvenus, après la ruine de leur maison par les Normands, à s'y reconstituer. Ils y avaient repris les exercices de la vie monastique, et recouvré même [quelques-unes de leurs propriétés restituées par de puissants ravisseurs. Quelque peu solide que leur parût le roi d'Aquitaine, sa protection devenait un fait décisif en leur faveur, puisqu'il avait encore l'autorité, et que ses actes ne pouvaient être* entachés dans l'avenir d'aucune nullité possible. Le prince donna même en cette circonstance, et probablement sur la demande de l'abbé, des soins sérieux à la bonne tenue de la communauté, mettant pour condition à ses faveurs que les moines, longtemps détournés des observances bénédictines par les troubles du temps et par les exigences des abbés laïques, reviendraient incontinent à la règle de saint Benoît, et ne se soumettraient jamais plus qu'à un supérieur régulier, nommé par la communauté en assemblée générale. Ainsi le comte de Poitou, qui avait exercé depuis longtemps une juridiction complète sur Saint-Florent, fut privé, à partir de ce jour, de toute action abbatiale sur l'abbaye et son territoire. La justice temporelle fut même accordée aux moines par une confirmation

(a) La Fontenelle, Rois et Ducs d'Aquitaine, p. 274.

tacite de Pusurpation que les seigneurs venaient d'en faire dans le domaine du roi de France, et de la sorte une assez * vaste étendue du pays fut gouvernée par le monastère revenu a sa première institution (û).

Mais il s'agissait bien d'autre chose dans le gouvernement «e^piSS *ïïS^iîg

d'Aquitaine que de ces épisodes paisibles de l'histoire du Snté!** ^* ** ^*'

Poitou. Vainement Pépin venait de concerter avec ses

partisans un plan de défense devenu indispensable à son

maintien sur le trùne. Conclure une alliance nouvelle, et

cette fois très ouverte, avec les Normands, appeler jusqu'aux

Sarrasins mêmes au secours de ses affaires désespérées,

c^élait un double rêve qui l'avait séduit depuis longtemps

et qu'il voulait enfin réaliser. Mais les Normands se sentaient

déjà implantés dans la France. Forts de l'impuissance de

ses rois, ils préfèrent de nouvelles courses faites dans la

liberté de leur action propre à une sorte de dépendance

d'un chef comme Pépin, dont ils appréciaient la valeur au

peu de dignité de sa vie et à l'estime que tout le monde en

faisait. Au lieu donc de répondre à ses offres, Asker, le

chef qui îes avait ramenés du Danemarck et des expéditions

faites pendant Thiver sur les côtes de la Frise et de

l'Ecosse, se lança de nouveau dans l'Aquitaine. Il prit sa

route vers Bordeaux, qui restait toujours son objectif et

dont il aurait voulu faire pour lui et sa nation un centre de

gouvernement. Charles le Chauve se mit alors à leur pour- ^^^"^^ ^J^^j ,2

suite à travers les provinces de nouveau saccagées, et les ^^^'^^^^

gagna sur les bords de la Dordogne , où ils s'étaient

embarqués pour arriver à Bordeaux. Là eurent lieu plusieurs

combats, où, malgré l'acharnement des Danois, l'avantage

demeura toujours à Charles, qui prit neuf de leurs barques

et tlt passer au fil de l'épée tous ceux qui les montaient.

Et comme pendant ces actions, qui s'étaient passées en

deçà du fleuve avec ceux qui n'avaient pu encore le traverser,

le gros de leur armée s'était hâté d'aller mettre le siège

(n) Mabillon» Annal. Bènid., an. 847.

Qui prenneTit Bordeaux, Livré [m Its

Ge qu'il fâut ]^eti&ct dfs \M\îi depuis le

SOUS Bordeaux, Charles les y suivit, les força de s'éloigner de la place, et quand il les crut en fuite, il revint sur ses pas au lieu de reprendre lui-même cette ville qui appartenait à Pépin, et de se poser ainsi en véritable antagoniste, dont il avait réellement le caractère et les projets. C'était là une grande faute dont les conséquences furent des plus funestes. A peine en effet, s'était-il éloigné, que les Normands revinrent, recommencèrent le siège, se ménagèrent des intelligences avec les juifs qui habitaient déjà cette ville en grand nombre à cause de son commerce maritime, et, grâce à celte trahison, ils s'en emparèrent à l'entrée d'une nuit obficure. Cet échec fut très sensible à l'Aquitaine. La grande ville fut mise à feu et à sang, les habitants tués ou réduits en esclavage, et leur duc Guillaume, qui l'avait vaillamment défendue, fut impitoyablement massacré sans qu'on ait jamais pu savoir ce qu'il était devenu. Ce Guillaume était ce duc amovible de Gascogne à qui Pépin avait donné la charge de Séguin après la mort violente de celui-ci, que nous avons vu tomber l'année précédente dans un combat contre ces mêmes déprédateurs.

Puisque nous trouvons ici les juifs pour la première fois dans cette histoire, il importe de s'en faire une juste idée, ce qui ne serait pas possible si l'on s'en rapportait aux panégyristes qu'ils ont souvent rencontrés parmi les annalistes modernes. On voit quel rôle détestable ils jouèrent en cette circonstance. De temps immémorial, il en avait étô ainsi par suite de la haine dont ils s'étaient fait une vengeance permanente contre le christianisme et ceux qui le pratiquaient. Après la prise de Jérusalem par Vespasien, ils furent tous ou esclaves ou dispersés. Ces derniers, restés libres, se réunirent, autant que possible, par groupes qui, sans abandonner leur foi primitive, se mêlèrent aux nations qui les accueillirent d'abord assez volontiers, mais qui s'accoutumèrent difficilement à leur voir conserver en face des mystères chrétiens leurs dogmes hostiles et leur cérémonial mosaïque. Bientôt ils se livrèrent

au commerce, qui les dressa facilement aux rapines des falsifications et de l'usure ; ce furent ces habitudes qui leur rendirent les populations hostiles et devinrent maintes fois contre eux la cause de mécontentements et d'animadversions traduites par des violences. Plusieurs fois les évêques, et même les papes, les protégèrent contre les entreprises trop méritées; mais cette indulgence ne rendit les mœurs *des juifs ni plus douces ni moins agressives. Ils supportèrent à de fréquentes reprises les sévérités administratives des comtes et des évoques, émus de leurs injustices contre leurs peuples. Il leur fallut subir des supplices, puis Pexil, des amendes et des surcroîts dUmpôts qui ne les convertirent pas à des mœurs meilleures. D'autre part, il suffisait qu'ils se montrassent les ennemis de TEglise pour trouver d'ardents protecteurs dans les écrivains anticatholiques. On sait que ces loyaux adversaires, par égard pour la philosophie et la charité, ne permettent pas aux chrétiens de se défendre contre Israël, par le glaive ni même par les accusations les mieux prouvées. Quand on a vu les juifs du moyen âge empoisonner les fontaines, tuer des enfants dans leurs cérémonies pascales, se procurer des hosties consacrées pour les profaner dans les cérémonies de leur culte, de chauds défenseurs. se sont trouvés qui ont nié ces monstruosités comme impossibles, et qui, accusant de calomnie les contemporains indignés, défendaient les coupables, devant le monde à venir, avec les accents d'une horreur profondément sentie. Eh bien ! nous les retrouverons à Tœuvre en plus d'une occasion désormais ; comme toujours nos apporterons nos preuves en citant nos sources, et nous pouvons encore, après des études sérieuses que notre siècle a faites sur cette question, demander aux contradicteurs de tous nos historiens ecclésiastiques de recourir, pour les mieux juger, à une foule de livres très dignes d'att^^ntion publiés à notre époque, et dont on aura à canclurc que les juifs de nos jours ne valent pas mieux, par leurs efforts intéressés contre la société actuelle, que ceux

Héole.

dont la trahison livra en 847 la ville de Bordeaux à la fureur des Normands (29).

Ruine du Médoc. Ceux-ci demeurèrent à Bordeaux tout le temps nécessaire pour le dépouiller aussi complètement q\je possible et s'y reposer dans un bien-être que rien ne vint troubler. Ils savaient bien à qui ils avaient affaire ! Après donc y avoir pris leur temps et leurs ébats, ils se répandirent dans le

Desirnciion de u Médoc (30), qui fut bientôt saccagé. De là, ils descendirent la Gironde jusque vers le Bazadois, qu'ils n'épargnèrent pas plus, et entre autres monastères détruits par eux, on vit sur la rive droite du fleuve, périr dans les flammes, après toutes les horreurs d'un siège soutenu avec une vigueur digne d'un meilleur succès, la célèbre abbaye de la Réole(31), que rebâtit peu de temps après Gombaud, évêque de Bazas (32).

Affreux état de TA- Ou était cn plein été : la beauté de la saison, la longueur

quilaine. * / o

des jours favorisaient singulièrement les courses de ces voleurs^organisés, et, après tant de succès, ils convoitèrent d'autres villes où ils espéraient un riche butin. Périgueux n'était pas loin, et ils pouvaient y aller en remontant la Dordogne ; ils y allèrent, et tout y fut détruit et brûlé. Mais ils n'abordaient pas les grandes villes sans jeter dans leurs intervalles aux champs, aux bourgades et aux châteaux les mêmes malheurs : c'était une dévastation générale au milieu de laquelle on voyait les plaines, les bois, les bords des rivières, porter de toutes parts, avec des démolitions et des cadavres, le funèbre témoignage de l'envahissement du fléau. Encore s'ils se fussent bornés à ces cruautés! Mais, forts de leurs succès à peine disputés, toujours plus avides d'une proie facile, ils remontèrent vers le Nord du pays et revinrent vers Saintes et Angoulôme, qu'ils pillèrent de nouveau, puis pénétrèrent de là dans le bas Poitou, où les attirait surtout la ville de Melle. Piiuge «t iQceodie Ou Sait quellb importance avait alors cette localité, où

de Melle, ^ ^ '

continuait de s'exploiter un atelier monétaire moins riche par les espèces qu'on y fabriquait depuis plusieurs siècles

que par les mines de fer argentifère qui en produisaient le métal. Quand Phiver se fut passé à accumuler des ruines, parmi lesquelles on compte celles des plus beaux monuments de la Loire, de la Creuse et de la Vienne, ils arrivèrent enfin sur les bords de la Belle et de la Béronne, humbles rivières coulant dans des solitudes accidentées où se cachaient quelques églises inconnues comme elles, mais qui avaient le tort de représenter le culte chrétien. Ces pieuses demeures respectées de tous furent livrées aux flammes, et bientôt la petite ville qui conservait encore le religieux souvenir de saint Pient vit ces brigands insatiables se répandre dans son enceinte, et pénétrer dans les souterrains d'où sortaient déjà tant de sous et de deniers d'argent au double type de la Croix et de l'Eglise. Leur déception y fut grande cependant, car les lois n'avaient pas encore tellement réglé la confection des monnaies que beaucoup de princes et d'évêques n'en pussent faire à leurs types au moyen des lingots de métaux précieux qui n'étaient pas rares et dont la vente était fréquente. Pendant que ces Etdestini-Ftoroii

, , , , , , ... . de Moalf lomie.

bandes, dont le nombre s accroissait toujours, renversaient tout sur ces charmantes et malheureuses plaines, d'autres, inondant les terres supérieures, se répandaient dans les pays de Thouars et de Loudun, les traversaient parmi les dilapidations et le carnage, et marquaient leur passage sur la rive gauche de la Loire par une nouvelle destruction de l'abbaye de Saint-Florent de Montglonne (a). Là, on avait enterré le trésor prés des tombeaux souterrains des saints martyrs, soustraits eux-mêmes à tous les regards (*), et il y avait alors quelques jours à peine que le malheureux monastère avait conclu pour un échange de terres un arrangement avec un nouvel évoque de Poitiers dont nous aurons bientôt à parler w.

(a) Bouquet, Script, Rer. Gallic, t. VII, 255; — ilnnaL Bertin, ibid., p. 65"» . — Chrome. Norman, , p. 152 ; — Depping, 79.

{h) Peigné de la Cour, Chronk. Francor., p. 94 des Normands dans U Noyonnats.

{e) Dofour, Manusc., note 9 du livre III, p. 33.

Li ijfliiae H ks Ainsi se renouvelait partout le double fléau de la guerre rjui détruit tout, et de la faim qui décimait les familles et les livrait à la misère et à la mort. C'est sans doute à ce grand nombre de cadavres abandonnés sans sépulture qu'il faut attribuer une autre irruption non moins horrible. Des loups innombrables, attirés par cette affreuse jonchée, se répandirent partout, ajoutant une autre terreur à celle qui remplissait les habitations non entièrement désertées. Il fallut contre ce nouveau genre d'ennemis entreprendre une guerre en règle qu'on n'avait osée contre les Danois, car CCS animaux fondaient sur les hommes quand ils ne trouvaient pas de corps morts. On devait souvent arracher à leur avidité jusqu'à des enfants qu'ils attaquaient pour les dévorer. Tel est le triste tableau que fait de nos provinces, à ces époques néfastes, un moine de l'abbaye de Fleury, qui mêle au récit de miracles opérés pendant la translation des reliques de saint Benoît de patriotiques lamentations sur les calamités qu'il décrit et qu'il a vues (34).

Le malheur qui avait frappé la petite ville de Melle ne iut pas de longtemps réparable. Le tort fait à ses mines, la destruction furieuse de ses galeries et de l'outillage, lui causèrent des pertes considérables, et réduisirent à l'inactivité de nombreux ouvriers qui trouvaient là leur subsistance et celle de leurs familles. Beaucoup d'ailleurs avaient pu devenir les esclaves des Danois et durent les suivre dans leur pays. Cependant les ateliers se reformèrent après quelque temps, la monnaie y reprit son cours jusque vers le Tnilieu du siècle suivant, où ses types disparurent complètement aussi bien que l'ateher lui-même (û).

Au dire d'Adrevald, c'est surtout en Aquitaine que les peuples souffraient de ces lamentables afflictions. Le Berry, FAuvergne, la Gascogne et le Querçy, le Limousin et le Poitou, n'étaient qu'un vaste théâtre de deuil, de dévastations et de découragements. Quels ignobles contrastes présentaient

(a) Bulletin des Antiquaires de VOmst, XI, 22.

niiiicr do Mcild |H>uf

deviiut i^eà calant lU^.

avec ces indicibles malheurs Jes débauches effrénées dont les mémoires du temps accusent Pépin II !... Toute sa valeur avait consisté â changer de lieux, à se sauver d^uno de ses villas dans une autre pendant que les hordes Scandinaves portaient la torche et Tépée dans toute Tétendue de sa domination. Sachant déjà ce quUl voulait en faire, il se serait bien gardé de les repousser. Au reste, les vices de son père avaient été le plus certain de ses héritages, et comme si ce sujet de désaffection n^eùt pas suffi, il se montrait indigne d'une couronne qu'il aurait certainement conservée^ s'il eut su la défendre en Phonorant. Mais personne ne pouvait compter sur lui ; sa noblesse le méprisait aussi bien que ses peuples, et le temps sembla à tous être venu de chercher enfin un appui réel sous un sceptre plus capable de les protéger en leur indiquant le chemin de Ténergie et de T honneur. On venait de voir Charles le Chauve faire preuve de sollicitude royale en défendant le territoire et en infligeant quelques pertes à Tennemi déconcerté. La retraite maladroite qu'il s'était trop hâtée de faire et qui avait laissé Bordeaux à leur merci ; le motif, non encore avoué de cette campagne dans laquelle il avait peut-être plus songé, aux intérêts de sa politique qu'aux plus urgents besoins de son pays, préoccupèrent moins les esprits que le zèle apparent dont il avait fait preuve. Les seigneurs se sentirent disposés à chercher en lui une wantiiies dispMî-

, ,., , . 1 1 Uonsde ses fojelsà

ressource de salut quils désespéraient de trouver dans «on égard, leur roi. Ils savaient bien d'ailleurs en quels termes Pépin était avec ses trois oncles, et la sévérité dont ceux-ci avaient usé envers lui. Ils s'en furent donc le trouver en grand nombre à Orléans, sa résidence habituelle, où ils n'étaient pas revenus si vite sans être probablement convenus d'une scène décisive dont le dénouement n'était pas moins attendu en Austrasie qu'en Gascogne. Cependant ce CTand mouvement qu'on avait voulu mûrir, wpin confirme les

, ^ privilèges de Saint-

et dont les partisans avaient dû se grossir graduellement, ^^^^ ne tarda pas â se prononcer. Au mois de mars. Pépin, qui

tenait malgré tout à faire acte de souveraineté, même dans le Poitou, que Charles s'était pourtant réservé, s'en était allé à Saint-Maixent, dont il aimait le monastère. On lui fit une réception royale qui le disposa d'autant mieux à renouveler, sur la demande de l'abbé Arnould, les privilèges de Tabbaye. C'était le jour de Pâques, ce qui explique cette visite dont nous savons que les souverains avaient coutume de favoriser quelque abbaye. Au cérémonial solennel du jour, on ajouta celui de cette confirmation, qui se distingua par quelques détails tout particuliers et propres à en imprimer un profond souvenir. Ainsi, ce jour-là, le chancelier du prince apporta le diplôme pendant la messe principale. Il le déposa sur un autel voisin, où il reçut à la fin de l'office les signatures de Pépin, de l'abbé et des principaux personnages, moines ou officiers. Ces pièces regardaient surtout des terres et propriétés rurales possédées par les moines dans le pagus de Parthenay, ce qui indique fort bien que dès ce temps la capitale de la Gâtine jouissait d'une certaine importance territoriale {a). Après avoir reçu toutes les formalités nécessaires, l'acte fut déposé dans la crj pte, sur les tombeaux des saints patrons, saint Maixent et saint Léger, qui y reposaient encore (*). C'était là, semble-t-il, un gage peu sûr donné par un prince dont l'avenir était déjà fort équivoque. Mais des titres de ce genre restaient d^ns les archives, et faisaient date pour les cas prévus de contestations possibles. Il n'y aurait eu que la mauvaise foi et la violence qui pussent un jour les méconnaître et les annuler.

(a) D. Fonteneau, XV, 53.

{h) M. Ledain, la Gâtine, in-4o, 1876, p. 22.

Note 1

Cf. Art de oérljler les dates, X, p. 112 et 125. — Besly, Comtes âç. PoicéoUj, p. 13, a commis une grosse erreur en faisant Raynulfe premier ÛU de Bernard ^% comte de Poitieçs.

Note 2

AkoQ, AlaeooTij était la capitale d'un petit pays d'une quinzaine da lieues de superficie situé dans les montagnes de la Gascogne, non loin du petit fleuve Ballopc. Wandrégisile, comte du pays, et sa femme Marie l'avaient fondé à leurs frais en 832, sous le vocable de Notre-Dame. Ce lerritoîro avait été la frontière du royaume des Gûths quand ils furent s'établir en Espagne après leur défaite de VouJoo. Les Sarrasins s'en étaient emparés sous les premiers rois d'Aquitaine; mats Louis le Débonnaire la leur avait repris, et il appartenait à la France quand Obbonius devint abbé d'Alaon. C'est maintenant en partie la petite république d'Andorre, située sur le versant méridional des Pyrénées, et composée, outre la petite ville de ce Dom^ de dix communes et de trente villages gouvernés par un magistrat espagnol, sous le protectorat- de l'évoque d'Urgel d'un cùté^ et de la France de l'autre. Pour la France, Andorre relève du département de l'Ariêgo et de la préfecture de Foix.

Note 3

Ce 21 janvier est indiqué dans l'original par ces mots : duodeeimo kalendas februarii; on s'est donc trompé en établissant la date au mois de février, les calendes exprimant toujours un des jours de la dernière moitié du mois précédent.

Note 4

On trouve le texte en entier de cet acte important dans V Histoire des Conciles d'Espagne, par le cardinal d'Aguirre, t. III, p. 131 et suiv. ; — dans YHistoire générale du Languedoc, par D. Vaissette, t. I, p. 86 des Preuves, et dans YHistoire des Carlovingiens, de MauléoD, 1. 1, p* 326, et t. II, p. 246.

Note 5

Moissac , Moyssiaeum ou Mussiaeum , est devenu une souspréfecture de Tarn-et-Garonne. Cette ville doit son origine à Tabbaye bénédictine fondée entre 630 et 640, sous le vocable de saint Pierre, par notre saint Amand, qui fut son premier abbé. Elle était alors du diocèse de Cahors, et appartient à celui de Montauban depuis le remaniement du territoire français par les géographes de 1790. Cette abbaye fut des plus célèbres de la France, étant devenue, au xi° siècle, la métropole en Languedoc de Tordre de Cluny. C'est à Moissac que fut écrite, au xi** siècle, la chronique qui porte le nom de ce monastère, et dont Tauteur est resté inconnu ; elle est dans le recueil d'André Duchesne. (Cf. D. Vaissette, t. II, p. 172; — Bibliothèque de l'Ecole des Chartes j 3® série, t. ï, p. 89; — Migne, Dictionnaire des Abbayes, col. 531 et suiv.)

Note 6

Ce nom de Saint-Chafifre lui vient de celui (un peu dénaturé) de son second abbé Théoffray, neveu et successeur d'Eudes, son premier abbé en 570. C'est vers cette époque qu'elle fut fondée par Caîminius» duc d'Auvergne, dont elle prit d'abord le nom, déformé plus tard par Calmscium^ Calmeliacum, puis Carmery, et enfin' Sanctus Théo-fredus. Elle était sur la Calense, pelite rivière qui se jette dans la Loire, et du diocèse du Puy, à trois lieues Sud-Est de cette ville. En 732, les Sarrasins la détruisirent en venant se faire battre dans les plaines de Poitiers. Louis le Débonnaire l'avait fait restaurer, et c'est de ce rétablissement qu'on demandait à Pépin la confirmation.

Note 7

Cunault n'est plus qu'un village de 400 habitants, faisant partie de la commune de Trêves, dans le canton de Gennes (Maine-et- Loire). La fondation de l'abbaye, qui remonte au vu** siècle, était due à une générosité de Dagobert I•^ Il est probable que sa première ruine date des Normands. L'abbatiat, qui fut reconstruit au xn® siècle, est un monument des plus remarquables par le symbolisme de ses sculptures, et méritait la belle restauration qui en a été faite récemment avec autant de splendeur que d'habileté. Un fait singulier, c'est que ce monastère ne figure pas dans les livres spéciaux qui traitent des abbayes ou prieurés des Bénédictins. Cunault n'était plus d'ailleurs, depuis longtemps, qu'un simple prieuré de Cluny.

Note 8

Baugé, Balgiumj Balgiacwn, petite ville chef-lieu de souspréfecture de Maine-et-Loire, sur la petite rivière du Couaron. Elle

>fTW

a 4,000 habitants, à 36 kilomètres Nord-Est d'Angers. Son château avait été bail par Foulques Nerra, comte d'Anjou au xi® siècle.

Note 9

Messay, 3f€S9laeum, Heu fort ancien dont on n'a pas de notions aûîérieures à J*époque gallo-romaine. C'est maintenant un village de 3 à 400 habitants, du canton de Moncontour, et qui relovait en pariie autrerois de cette baronie.

Note 10

Âtrvauhj Aureavallis, Aurivallis, que nos vieux livres nomment souvent Oirvau ou Orval, est une petite ville de 1,800 âmes, dans l'arrondissement de Parthenay (Deux-Sèvres), placée dans une vallée qu'arrose le Thouet coulant à 200 mètres, et sur la rive droite de cette rivière» Au fond de la vallée, nous verrons bâtir en 975, par une vicomtesse deXhouars, une abbaye de l'Ordre de Saint- Augustin, dont rarchitectô semble s'être inspiré de la cathédrale de Poitiers, et qui a comme celle-ci le vocable de saint Pierre. Son clocher surmonté d'une flèche exagone, est une des belles constructions du diocèse de Poitiers. Nous reparlerons en son temps de la ville et de labbaye*

Note 11

La petite commune de Saint-Clair a. 600 âmes, et n'est éloignée du canton que de 6 kilomètres à l'Est.

Note 12

Saint-Genou, Sanctus GenulfuSj avait été fondé, en 828, aux bords de l^lodre en Berry, sur un terrain nommé d'abord Strida^ par Geoffroy t duc de Bourgogne, en l'honneur de saint Sauveur, de la Sainte Vierge et de saint Genulfe, qui avait été, au iv* siècle, le premier évèque de Cahors. Saint-Genou esta présent une commune de 1,200 âmes, du canton et à 8 kilomètres de Buzançais. — On y suivait la règle de saint Benoit. (V. ci-dessus, ad ann. 830.)

Note 13

Saint- Albinien de Ruffec, Saneti Alhiniani Ruffiacensisy qu'il ne

faut pas confondre avec la petite ville de ce môme nom, qui appartient

au diocèse d'ÂDgoulôme. Ce Ruffec est aujourd'hui un gros bourg

de 800 âmes, sur la Creuse, et à 2 lieues Est du Blanc. Le corps de

I saint Albiaien, un des prêtres qui accompagnèrent saint Martial en

I LitoousiQ à la fin du i®' siècle de l'Eglise, et qui reposait à Limogés,

fut transporté à Ruffec par Raymond, comte de cette province. Ruffec devint plus tard un simple prieuré dont on ne voit plus que les ruines.

Note 14

Il ne faut pas confondre cet Âimoin, moine de Saint-Germain et contemporain d'Hébrouin, avec Airooin de Fleury-sur-Loire , qui écrivit aussi uoe Histoire des Francs, et qui y mourut en 1008. C'est une grosse erreur de Tabbé Tarbaraud, dans son article de la Biographie universelle de Michaud. Ce dernier, que nous avons cité fort souvent, passa de longues années d'étude et de professorat à Fleury, où il mourut en 889, après une vie toute d'austérité, de piété et d'humilité qui respirent dans ses écrits. Son principal ouvrage est intitulé : De gestis Francorum lib. V, qu'il a conduite jusqu'à la seizième année de Clovis II, c'est-à-dire jusqu'à l'an 634. Elle est parfois obscure, quoique d'une assez bonne latinité, parce qu'elle est trop abrégée, et manque assez souvent d'ordre et de chronologie. Il faut peu s'étonner, au reste, de ces défauts et des autres qui se remarquent chez les chroniqueurs des monastères, car il est souvent arrivé que des travaux de ce genre soient sortis imparfaits par la mort des écrivains ou par un événement qui enlevait ceux-ci à leur position et à leur vie littéraire. C'est pourquoi, croyons-nous, Aitnoin, dont les autres ouvrages prouvent de la littérature et du talent, ne nous a laissé qu'une sorte d'ébauche d'une histoire qui devait être perfectionnée. Elle forme cependant une étape assez utile pour les événements de cette époque peu éclairée par les historiens. Nous avons suivi, pour consulter cet auteur, l'édition de notre bibliothèque particulière, imprimée in-J^ en 1602, à Paris, par Jérôme Drouhard.

Note 15

Valleu était une terre possédée en toute propriété, libre de toute charge, et qui passait au donataire ou à l'acheteur avec ce même caractère d'indépendance absolue. Les alleux avaient pour origine les terres tirées au sort (allodium) par les Francs après la conquête, et qui n'étaient dès lors frappées d'aucune redevance ou dépendance li^gale. Comme c'était le fruit de la guerre, les femmes ne purent d'abord les posséder. Mais déjà, dès le vu® siècle, cette interdiction, prononcée par la loi salique, avait été modifiée, et les femmes, mariées ou non, avaient acquis le droit de posséder les alleux. (Voir Cherruel, Diet. de la France; voir Alleux et Arihman, I, 16 et 17).

Bonogilum. Plusieurs endroits de ce nom , qu'il faut traduire par Bonneuilj se trouvent encore dans la Vienne et les Deux-Sèvres.

Dans ce dernier département, un chef-lieu de commune, dans le canton de Chenay, sur la Dive ; puis un village, commune de François; un autre dans la commune de Verrières, près celle de Verrue, en Loudunais ; et enfin un dernier dans celle de Sainte-Soline : celui-ci se rapproche beaucoup de Saint-Maixent, et les autres ne s'en éloignent pas assez pour qu'on les croie étrangers à Tabbaye. Il est donc probable qu'il s'agit d'un de ces Bonneuil dans la donation d'Arnulfe.

Note 17

Toutes les mesures agraires ou autres, aussi bien que la valeur de l'argent, presque toujours calculée sur le prix du blé, ont tellement varié depuis ces époques reculées, qu'il est reconnu impossible de calculer justement les rapports à établir entre elles et les valeurs correspondantes de notre temps. La livre d'or et d'argent peut être réduite souvent à une appréciation approximative ; mais il en est bien autrement des fractions en sous et deniers dans lesquelles on se perd sans aucun résultat satisfaisant. C'est pourquoi on ne doit pas s'étonner que l'histoire nous laisse presque toujours à cet égard en de trop fréquentes incertitudes. Comment en serait-il autrement quand on voit la valeur monétaire varier presque à chaque changegement de règne, et que souvent dans le môme règne aller différent plusieurs fois ?

Note 18

Yves est aujourd'hui un village de 300 habitants, au Sud de Rochefort (Charente-Inférieure). (V. Mémoires des Antiquaires de rOuesi, XII, 357, et D. Fonteneau, XIII, 47.)

Note 19

Châtel-Aillon , Castrum Alionis, petit bourg aujourd'hui sans importance de la Charente- Inférieure, à 8 kilomètres Sud de la Rochelle, vis-à-vis l'île d'Aix. Après avoir été chef-lieu d'une viguerie et le siège d'une seigneurie possédée par une famille qui eut son illustration, la petite ville maritime, une des plus actives de TAunis et qui appartint au Poitou pendant une longue période du moyen âge, perdit son autonomie et sa vie féodale à mesure que la Rochelle s'agrandit. Nous en reparlerons en traitant ci-après des vigueries de la contrée. Châtel-Aillon n'a plus qu'une centaine d'habitants.

Note 20

Aix, petite lie près de la Rochelle, dans l'Océan, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Rochefort. Elle n'a pas 400 habitants,

mais elle possède une magnifique rade, où vont s'armer les vaisseaux copstruits à Rochefort. Ses fortifications sont de Vauban. Là était déjà, au IX* siècle, un prieuré de Noirmoutier, qui appartint plus tard à Cluny.

Note 21

Oléron, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Marennes (Charente-Inférieure), peuplé de 3,000 âmes, avec un château de défense pour la côte.

Note 22

Les Sables, petite ville nouvelle, sous-préfecture de la Vendée, doit son porl et son commerce à Louis XI, qui en organisa l'administration. C'était d'abord une station de quelques pécheurs qui vivaient de leurs courses §ur l'Océan comme au ix" siècle. Non loin de là, à une lieue vers le levant, est le château d'Olonne, bâti très anciennement pour protéger le rivage. La ville des Sables s'est considérablement développée depuis le milieu du xix® siècle, par ses bains de mer et ses constructions. Elle renferme environ 10,000 âmes.

Note 23

Marennes, Marines, chef-lieu d'arrondissement de la Charente- Inférieure, peuplée d'environ 5,000 âmes ; elle a une église romane avec un magnifique clocher en flèche du xiv* siècle. Son port communique à l'Océan, qui n'en est éloigné que de 5 ou 6 kilomètres à l'Ouest.

Note 24

Yeu, aujourd'hui l'Ile-Dieu, Insula de Oys, placée dans l'Océan à 3 lieues et vis-à-vis de Saint- Gilles-sur- Vie. (V. ci-dessus, ad ann. 60i.)

Note 25

C'est une erreur de M. de Riancey, dans son Histoire du Monde. La vérité doit être que le nom primitif de l'ile ayant été Herio, on rappela plus tard Her-moutier quand le monastère y eut été fondé : Herio monasterium. Noirmoutier n'est venu enfin que par la prononciation vicieuse que le peuple s'est faite de Ner en Noir. — Enfin, avouons aussi que le mot Noirmoutier aurait bien pu venir au XII* siècle par opposition au nom de la Blanche, donné alors à labbaye voisine de l'Ile d'Yeu, renouvelée à cette époque, et qu'on distingua de l'autre d'après le costume blanc de Citeaux qui y fut introduit. Cette dernière raison, à laquelle s'est arrêté Thibaudeau, semble la meilleure.

Note 26

Epernay, Spamacum, sur la Marne, à 6 lieues de Reiras; elle était déjà considérable au milieu du v« siècle, et joue un grand rôle dans l'histoire de Grégoire de Tours. Elle est aujourd'hui une souspréfecture de la Marne, avec une population de 6,000 habitants.

Note 27

Cf. Bouchet, Annal. d'Aquit., in-f% éd. 1644, p. 110. — Nous afOQS étudié cette date avec attention, et nous ne doutons pas que ceux qui Tont contestée se soient trompés très évidemment. (V. notre Anneau de sainte Radégonde, in-8**, 1863, p. 31 et suiv.; ou ci-dessus, t. II, p. 440.) — Nous devons faire remarquer ici qu'en suivant Bouchet quant à la date de 855, nous avons partagé l'opinion de plusieurs autres auteurs qui ont parlé comme lui à cet égard. D'antres par lesquels nous nous laissons guider ici attribuent le voyage de saint Benoît de Quinçay à l'année 847 : auxquels s'en rapporter? Nous n'avons aucune raison de nous prononcer, puisqu'en 855 il y eut aussi une apparition des Normands qui peut avoir donné lieu à cette équivoque. Mais l'histoire, et c'est l'essentiel, ne souffre en rien de cette apparente contradiction ; les circonstances du récit restent les mômes, et c'est surtout ce qui importe ici. .

Note 28

Beatiàs feeunda Pietavia beati Hilarii pontifiais reliquiia exultes quam vendiiionum et emptionum altereatione. (Alcuin, homil in naiivit. S. Wilibrordi.)

Note 29

Lire surtout, comme résumant très bien toute la procédure, le livre d'un ecclésiastique poitevin, qui a fait ses preuves en bien d'autres écrits : Les Jui/Sj nos maîtres, in-12 ; Palmé , 1882. L'auteur, M. l'abbé Chabauty, y prouve très nettement que les Juifs ont toujours été en hostilité à la société chrétienne, qu'ils sont affiliés aujourd'hui dans toutes les contrées du monde à la Francmaçonnerie, parce qu'ils ont toujours été, depuis leur dispersion à la an du i'''' BÎècle, une société secrète, ayant ses statuts et son but arrêté. Auiourd'hui, ils ne s'en cachent plus. Demandez-en des Dûuvelles à tous les Etats du Nord de l'Europe, et surtout à la France de 18 i8 et de 1870. — V. aussi Capefigue, Y Etat des Juifs an moî/en âge^ où l'auteur, qui n'est pas suspect de s'aveugler sur le compte de ses protégés, a dû mêler à des attendrissements sur

des infortunes trop méritées des vérités très utiles ici à la cause de Thistoire, qui devrait être toujours la vérité. Qu'avons-nous besoin aussi de citer la France juioe, de M. Drumond, et Ténorrae retentissement qu'ont eu ses cent vingt éditions dans un monde stupéfait de ces révélations jusqu'à présent inouïes? Mais ce qu'on nous permettra d'ajouter ici dans un gentiment très légitime d'orgueil poUevlrij c'est que M. Tabbé Chabauty avait précédé de trois ou quatre ans M. Drumond dans la lice où celui-ci s'est jeté avec une armure . plus complète et plus éclatante sans doute, mais aussi avec l'important avantage d'une publicité qui nous manquera toujours en province. Si le livre publié par notre docte confrère eût été pourvu des piquantes et innombrables anecdotes, si bien cousues, de M, Drumond, le public parisien, la presse surtout, si peu accommodante avec les auteurs des départements, se fussent mis à exploiter tant de révélations, et à tirer notre auteur poitevin de son honorable obscurité. Ce dernier n'en a pas moins une gloire qu'il faut bien reconnaître : c'est que son livre, précurseur de plusieurs années de Ib^ France juivBj en est un excellent abrégé. Les deux sources ont produit les mômes eaux, et ce n'est pas dans celle-là que les juifs pourront jamais se laver.

Note 30

Le Médoc, Medulicum pagus, entre la Gironde et l'Océan, avait pour chef-lieu Lesparre, aujourd'hui sous-préfecture de la Gironde de 10,000 habitants. Son territoire produit des vins renommés. Ses anciens peuples l'appelaient Meduli, Sidoine Apollinaire a célébré les huîtres du Médoc ainsi que ses produits vignobles. (V. Danville, Notitia GalUar.j p. 449).

Note 31

La Réole, Regala, bâtie à une époque inconnue, en un endroit appelé Squirsj sous le vocable de saint Pierre. Sous-préfecture de la Gironde, remarquable par ses restes d'antiquités romaines, fouillées avec succès par M. Balguerie, qui en fait une publication intéressante, in-f°, 1846.

Note 32

Bazas, Vasate, CoUio, autre sous-préfecture de la Gironde, évôché fondé vers 506, supprimé en 1790. — Elle est la patrie d'Ausone, et avait, sous les Romains, quelque importance. Elle n'a plus que de 4 à 5,000 habitants, à 14 lieues Sud-Est de Bordeau:ic

• Note 33

Cf. Adrevaldus Floriacensis, lib. I, De miraeuL S. Benedieti. — Cet écrivam, que des maladroits, comme Tabbé de Longchamps {Tabieiies des gens de lettres^ IV, 400), appellent André, et dont Ducaoge a mieux parlé au Glossar.j VI, p. 641, 1196 et 1339, était un des écrivains de ce monastère qui avaient travaillé à Thistoire de la translaiion des reliques du saint. On le cite avec éloge pour son amour de Tétude, sa régularité religieuse et Tintérôt de ses mémoires historiques sur les événements de son temps et de quelquesuns qui l'avaient précédé de très peu. Ayant écrit une vie de Gaussin, abbé de Fleury, qui mourut en 1029, Adrevald dut le suivre de près, mais ne mourut sans doute que vers 1010. Il appartint donc au XI* si^Ie et à. la dernière moitié du x\

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