‹ Histoire générale, civile, religieuse et littéraire du Poitou (volume 2)Chapitre 13 sur 24 · T. IV 'IS · texte numérisé non relu

T. IV 'IS

Mort de l'impéra- Pimpératrice Judith, qui fut inlmmée dans l'église Saint- Martin, près de Luitgarde, femme de Charlemagne, morte en 800, au moment où ce prince, par une singulière coïncidence, venait de partager ses Etats entre ses trois fils (^). Cette mère, dont les caprices compromirent la famille impériale dans ses membres les plus importants, dont Pambition ne put donner au fils qu'elle tenait tant à voir régner qu'une royauté dont les amertumes ne sont en rien comparables aux malheurs dont elle accabla le royaume, s'acquit une autorité qui valut à toute sa vie des chagrins dont elle ne triompha que par le zèle intéressé de ses favoris. Quant aux crimes dont elle fut chargée, pendant une existence qui s'usa vite en de tels combats, on ne sait s'ils furent inventés par les envieux de Bernard de Septimanie, ou révélés par des ennemis dont la colère put souvent les imaginer et s'en prévaloir. C'était déjà trop à une femme de son rang d'y compromettre sa dignité personnelle et son honneur chrétien ; mais quel historien, après tant de siècles, n'ayant comme témoins pour ou contre que des contemporains rendus suspects par leu^s attaches à des partis opposés, peut se prononcer en de tels procès où la politique dissimule autant que la fraude y met d'astuce et d'artifice ? Quoi qu'il en soit, des graves accusations pèsent sur la dignité morale de cette femme trop célèbre. Le plus coupable, celui que les siècles blâmeront de tous les malheurs dont Judith fut Finstrument funeste, ne fut-ce pas celui qui, l'associant à sa vie, lui céda toute sa puissance, lui permit d'en abuser si complètement? Mais ce sont de ces mystères qu'il faut laisser juger par la Providence , et que l'homme ne sonde jamais assez prudemment.

Hervé, fiisdeRny- Lcs conséciuences de la mort de Raynaud et de la victoire

nsurl, devient comte '■

dHeibauge. de Lambert se firent ressentir aussitôt dans le bas Poitou.

Charles le Chauve, très affligé de cette mort, avait nommé

(a) Chalmel, Tablettes chronologiques de Touraine, p. 40 et 47.

comte d'Herbauge Hervé, son fils aîné, mais Lambert voulut pousser plus. loin son ressentiment victorieux; il s''empara bientôt du comté d'Herbauge au nom de Noménoé, et, pour mieux s'assurer la garde du pays, il y plaça ses trois neveux, à nui il en donna le gouvernement. Gaiffre Les Bretons s'atin-

' ^ ^ bueiit la partie srp-

s'établit dans le territoire d'Herbauge, Remire dans celui 'enyionaie du bas

^ ' Poitou.

de Mauges ; celui de Tiffauges fut confié à Thibaud, qui était le plus jeune. Ainsi le Poitou perdit, mais non sans retour, une partie considérable de sa Marche septentrionale. Tous ces pagus d'une vaste étendue passaient à la Bretagne et au diocèse de Nantes, qui se terminait alors à la Loire, et ils restèrent dans cette nouvelle condition au moins jusqu'au milieu du x® siècle («).

Le comte Hervé, qui garda si peu de temps le pays d'Herbauge, reparaîtra bientôt dans nos annales. C'est le môme, croyons-nous, qui fut blessé en 866 au combat livré à Bissarte par les Normands, où ceux-ci eurent le dessus. Hervé ne se tira qu'avec peine de la mêlée où avaient péri un grand nombre de braves seigneurs sur lesquels nous reviendrons plus tard (b).

Raynaud, en mourant dans sa malheureuse expédition Bernard ii, comte

•^ ' '^ . de J'oitou.

de Bretagne, laissait un fils du nom de Bernard, qui lui succéda en qualité de comte de Poitou. Il avait épousé Bilichilde, fille de Roricon P^, comte du Mans w, et était neveu de saint Guillaume de Gellone par son père Adalelme, second fils de Thierry : il appartenait par conséquent à la famille de Charlemagne (14).

Comme de grands événements d'un souverain intérêt Nouveau partage du

^ territoire français de-

pour notre province et pour toute la France vont solliciter cidé à Verdun, notre attention, hâtons-nous de dire les conséquences de cette longue attente de sept à huit mois qui avait fait trouver si lentes les décisions dont s'étaient chargés les

(a) Longnon, Mémoires des A^itiquaires de France, t. XXXVII, p. i-i-9, et Géographie de la Gaule au F/" siècle, p. 576.

(b) Cf. Mauléon, Les Carlovingiens, II, 282.

(c) V. Art de vérifier les dates, XIII, 84.

cent vingt commissaires de Metz. Le temps venu, ils se réunirent à Verdun, où les trois princes se rendirent à la fois. Le désir d'en finir se faisait sentir à chacun d'eux, par besoin de la paix d'abord, et surtout parce qu'un ennemi de plus en plus redoutable, les hordes danoises, venait de recommencer de terribles entreprises en divers lieux de la France. Aussi le travail des commissaires fut accepté sans discussion : Louis eut tout ce qui dépendait de l'empire français au delà du Rhin, et de plus les villes et les territoires de Spire (16), de Worms (17) et de Mayence (18) ; nous ne l'appellerons donc plus, avec tous les historiens, que le Germanique. Lothaire, outre l'Italie et son titre d'empereur, eut tout le pays d'entre le Rhin et l'Escaut, le Hainaut et le Cambrésis, avec quelques autres comtés d'en deçà de la Meuse, depuis la source de cette rivière jusqu'au confluent de la Saône et du Rhône ; et au delà toute la ligne du Rhône jusqu'à la mer, avec les comtés bordant les deux rives. Charles eut tout le reste de la France, par conséquent la Ncustrie, l'Aquitaine, la Septimanie entière, la Marche d'Espagne, et la partie méridionale de la Bourgogne appelée transjurane (^o.

Pour la première fois peut-être depuis la mort de Louis le Débonnaire, les trois frères se trouvèrent d'accord, semblèrent contents du nouvel état de choses et se séparèrent en se jurant de garder entre eux une paix qu'il importait tant de ne plus troubler.

Progrès des Nor- Cependant, lorsque ces difficiles discussions se traitaient

mandsdansl'iutérieur '■

de la France. gi lentement et retenaient toute l'attention de la royauté et

de la noblesse, nous avons vu les Normands commencer à s'assujettir les plus belles contrées de la France. Des pays arrosés par la Seine, ils étaient descendus vers le Maine, déjà fort maltraité par les guerres intestines, et qui, sans plus de courage que d'espérance, se laissa piller sous le poids de ces masses cruelles qui, d'ailleurs, n'ayant rien à

(a) Annal. Berlin. — Annal. Fuldens., in ann. 8i3.

conquérir en des plaines ruinées, so jetèrent sur la Touraine, où ils éprouvèrent une terrible défaite à Saint-Martin-dc-la- Guerre (19), où les Tourangeaux portèrent les reliques de leur saint évêque et se battirent avec un héroïsme inspiré par la foi. C'était le 2 mai, et déjà les hordes se disposaient à passer la Loire, qui les séparait de l'Aquitaine, lorsqu'elles furent conviées à se tourner vers la Bretagne. L'indigne du coime umblrt™^ auteur de ces perfides propositions n'était autre que ce Lambert qui, toujours irrité d'avoir perdu le comté de Nantes, avait résolu de se venger sans mesure des mépris qu'il avait éprouvés. Il comptait ravager tout le littoral gauche de la Loire qui dépendait du Poitou, et s'emparer de Nantes qui résistait encore, et dont il devait s'assurer pour pénétrer dans les provinces du Nord. Voyant que la ville se croyait en sécurité dans la vaste enceinte de ses murailles épaisses, protégées en outre par le fleuve, et que déjà les moines d'Indret (20), avertis de l'approche des païens, s'y étaient retirés comme dans un asile sur avec leurs reliques et leurs trésors ; il épia les progrés de la marche journalière des terribles étrangers, qui, après avoir côtoyé la Bretagne, s'étaient arrêtés dans le port du Croisic (21), et y préparaient leur irruption dans le pays. C'est là qu'il fut les trouver et les engager à augmenter paMe^Normands"'^^ leurs richesses par le pillage de l'opulente cité de Nantes ; il se mit lui-même à leur disposition pour les guider dans un itinéraire inconnu pour eux, et les mena ainsi jusqu'aux abords de cette capitale, où ils massacrèrent une foule d'habitants, firent de nombreux prisonniers, et ne disparurent avec eux qu'après l'avoir inondée de flots de sangr^). Quand cette catastrophe arriva, le 24 juin, il y avait plus d'un mois que s'était passée l'affaire de Messac. On voit que Lambert n'avait pas mis un long temps à consommer sa trahison.

(à) D. Bouquet, t. VII. — Depping, Expéditions des Normands, 2e parlie, p. 80 et suiv. — Notre Histoire de Saint-Martin de Vertou, 2e édition iu-18, p. 206 et suiv.

Ravagede la Vendée De Naiites à Noirmoutier , il n'y avait pas loin, et cette

et de l'Anjou. .1 , i . , i 1 1 •

lie, et son monastère, et les hangars que les pirates y avaient construits étaient devenus l'entrepôt des dépouilles de la contrée. Pendant que les uns y dirigeaient leurs barques afin de les y décharger, les autres, en plus grand nombre, passaient la Loire ou débarquaient sur les côtes occidentales de notre province, et ravageaient toute la vaste étendue où se trouvaient les pagus de Mauges, de Tiffauges et d'Herbauge, pillant et brûlant les églises dans tous les lieux qu'ils purent envahir. C'est à cette course qu'il faut attribuer la ruine des deux îles d'Aix et de Ré, très peu éloignées du littoral de la Saintonge. Dans la première, ils brûlèrent un prieuré fondé par un saint ermite à qui avait survécu un petit nombre de ses frères ; l'autre vit détruire le monastère de Sainte-Marie. Ils détruisirent aussi celui de Saint-Filibert de Grand-Lieu («). L'Anjou fut aussi attaqué ; ils y réduisirent en cendres Saint-Florent de Montglonne, et • y établirent leur quartier général dans une île en face de l'abbaye, île qu'il n'est plus possible de reconnaître à cause des transformations du fleuve, et, pour y passer plus facilement l'hiver, ils y apportèrent des maisons en bois et en fer prises dans les environs : ce qui indique assez, d'après les chroniqueurs du temps, qu'on bâtissait alors avec ces matériaux des habitations qu'on changeait de place à volonté. Mais nous reviendrons sur ces faits qu'il nous faut abandonner pour nous occuper dés à présent d'autres épisodes qui n'intéressent pas moins notre histoire locale. Ils ruinent Maille- Eq attendant, uous ne pouvons oublier de quelle façon ils traitèrent la pauvre petite île de Maillezais, qui fut sans doute révélée aux Normands, quoique assez avancée dans les terres, soit par leurs courses en plaine, soit par le cours de l'Autise (22) ou de la Vendée qui la bornaient au levant et au couchant jusqu'au Sud, où elles se jettent dans la Sêvre-Niortaise. En effet, les affreux conquérants

(c) Clironic. Namnet. — Annal, de Saint-Bertin.

zaïs

suivaient par instinct la pente des fleuves et des rivières où ils savaient devoir rencontrer des centres d'habitation, et par conséquent des églises qu'ils recherchaient surtout. A Maillezais, ils ne trouvèrent presque que des colliberts, formant la plus grande partie de la population, peuplade paisible, adonnée en famille à la pêche, à la culture des terres et à Texploitation des forêts qui couvraient Fîle. La haine des hommes fut plus forte en cette occasion que Tamour du pillage, qui n'eut point à se satisfaire, les richesses manquant absolument à do pauvres colons qui n'avaient autour d'eux que leurs femmes, leurs enfants et leur terrain. Mais une église, pauvre sans doute, était là, vénérée sous le nom de Saint-Pient, dont nous avons vu la fondation w, et que la pieuse colonie fréquentait avec ferveur lorsqu'aux jours de pêche on lançait sur l'Océan de nombreuses et fragiles barques. Eglise, habitations, rien ne fut épargné. Un combat s'engagea où le courage des insulaires fit du mal à leurs ennemis ; mais ceux-ci plus nombreux et plus forts encore de leur naturel féroce que de la faiblesse inexpérimentée de leurs victimes, en tuèrent beaucoup, et ne se retirèrent qu'après avoir tout saccagé et réduit de plus de moitié le ' petit peuple absolument ruiné. Il faut aussi ajouter aux victimes de cette attaque, un grand nombre de colons employés dans les plaines environnantes, qui, au bruit de l'arrivée des Barbares, s'étaient réfugiés dans l'île qu'ils regardaient comme un asile, et qui ne fut pour eux qu'un tombeaux. Nous avons parlé en son temps w de la fondation du Lesmoinesdever-

^ -^ tou évacuent leur m 0-

monastère de Vertou par saint Martin, disciple de saint "^sièie. Félix de Nantes. Cette communauté, qui avait fait beaucoup de bien dans la région pendant les trois siècles de son existence, par la prédication, la culture des terres et l'influence qu'elle y avait prise sur la civilisation, était

(a) V. ci-dessus, ad ann. 564.

(b) Pétri Malleaceiisis Historia. — Mémoires des Antiquaires de VOuest, XXXIX, 44.

(c) Cf. ci-dessus, ad ann. 564, lib. VII,

dans toute son efïïorescence, et ses paisibles travaux continuaient le zèle dont son saint fondateur Pavait animé. Elle avait pour abbé Raimbaud, un de ces hommes qui n'ont jamais apparu sur la scène du monde, mais qu'on trouve toujours d'autant plus capable de faire face à de grandes infortunes, et d'une énergie qui égalait sa prudence. Leur voyage avec Pendant ouc Nautes , qui n'en était éloigné que de deux

les reliques de leur ^ ' ^ o i

saint patron. licucs , subissait toutcs Ics horrcurs d'une ville prise

d'assaut, les citoyens qui s'en étaient échappés et qui fuyaient de toutes parts dans les campagnes apportèrent jusqu'à Vertou la fatale nouvelle. Les moines ne perdirent pas de temps, et l'un deux nous a raconté quels soins furent pris aussitôt des belles choses contenues au trésor du florissant moutier(a). Déjà trop expérimentés de ce qu'on avait fait ailleurs en pareil cas, ils enfouirent ce qu'ils avaient de plus important, prirent note de chacune des cachettes, choisies pour la plupart dans l'église même, sous le pavé, sous là masse des autels ou dans les cloîtres. Nous savons du religieux qui écrivit bientôt après le récit de ces scènes lamentables qu'une foule d'objets précieux furent ainsi soustraits à la rapacité des nouveaux Vandales, et Cfie l'on enfouit dans la forêt, autour de l'abbaye, jusqu'à d'énormes masses de plomb, destinées à l'église abbatiale qu'on s'était proposé naguère de rebâtir.

La sainte maison avait pour avoué (selon la coutume du temps) un certain Bodilon, gentilhomme de la contrée, qui, se tenant à la hauteur de sa charge et de ses engagements, déclara que rien ne lui coûterait pour sauver les reliques du saint patron, et qu'il s'exposerait à tout perdre avant de les abondonner. Tout récemment on avait exhumé ces précieux restes ensevelis dans l'église monastique ; on s'était pourvu, pour les y enfermer dignement, d'une châsse d'or enrichie de pierreries. On disposa cette châsse, garnie des saints ossements, sur une litière que devaient porter à

{a) Cf. BoUand., Vita S. Martin., t. II, juii., p. 210 et suiv.

bras des frères se relevant tour à tour. Six navires disposés sur la Loire se trouvèrent prêts à recevoir autant d'importantes cargaisons. On y transporta à dos de bêtes de somme tout ce qu'il était possible de ravir au pillage. Puis on se mit en marche, suivant le rivage que les barques côtoyaient : on cheminait au hasard pour ne pas trop s'en éloigner, au milieu des sanglots et des larmes, dans une sorte de désordre inévitable parmi tant de gens dont beaucoup avaient été laissés à leur initiative personnelle. Pour comble de malheur, le vent s'éleva tout à coup avec violence et fit sombrer dans le fleuve deux des navires trop chargés. Néanmoins on marchait toujours, désireux de mettre la plus longue distance possible entre soi et l'ennemi, qui ne pouvait tarder d'arriver dès qu'il aurait appris la fuite des exilés. Raimbaud songea à se réfugier dans la petite ville de Noviheria qui n'était pas loin, et qui est devenu depuis le gros bourg de Gennes (23), situé sur la Loire à quinze ou vingt lieues de Nantes. Là, de fortes murailles pouvaient aider à une défense s'il en était besoin; on y avait aussi un château qu'il n'était pas facile de forcer. On y put entrer après beaucoup de fatigues, mais elles furent bien compensées par des miracles nombreux qui forcèrent la pauvre caravane à des stations pendant lesquelles du moins elle goûtait un peu de repos (^).

Le monastère bâti à Durinum par ce même saint Martin, Ruine de saint-

^ Georges de Montaigu.

sous le vocable de saint Georges, à une lieue au Sud de Montaigu, éprouva le même sort, et suivit la fortune de l'abbaye dont il était un prieuré. Là, on le sait, était aussi un prieuré de Bénédictins, sous la direction de leurs frères les religieux de Vertou. Ces deux maisons furent également évacuées ; et bien leur en avait pris, car à peine les Vertaviens avaient disparu de leur monastère, qu'il devenait la proie de l'ennemi, ruiné de fond en comble, et quelques jours après,

(a) Miracula et tmnslationes B. Martini, ap. Bolland., t. II, jun., p. 810 et suiv.

la Vendée, avec ses pagus florissants, essuyait les mêmes infortunes {a). Dans ces malheureuses campagnes, pas une chaumière ne resta sur pied ; c'en fut fait des abbayes, qui virent périr leur vie glorieuse de tant d'année, et qui ne devait jamais se relever qu'à demi de cette chute irréparable. Nouvelles vicissi- Les ravagcurs , après ces fructueuses expéditions, reti-

tudes de Noirmoutier. ~ ' ^ . ^ '

rérent tout ce qu'ils avaient déposé dans l'île voisine de Saint-Florent et cinglèrent vers INoirmoutier, où ils avaient conservé leurs habitudes de chaque été. Nous savons que cette île n'avait que trois lieues de long sur une de" large. Le sol y était à moitié couvert par des forêts qui, plus d'une fois, avaient servi de refuge aux moines et à un certain nombre d'habitants, lorsqu'ils y avaient été surpris par le retour des sauvages navigateurs. Soit qu'ils se fussent pratiqué, selon l'usage constaté de ces temps difficiles, des souterrains munis de provisions, d'où ils pussent épier le départ de l'ennemi, soit que celui-ci ne s'y occupât guère que du partage de son riche butin, ils parvenaient à se soustraire à sa vue et à éviter un esclavage certain dont ils savaient les cruelles rigueurs ; et quand les Barbares avaient disparu pour de nouvelles courses, ils respiraient encore dans une sainte pciix qui les attachait à ces lieux bénis, où ils aimaient à unir toujours leurs prières et leurs .espérances d'un meilleur avenir. Et quand, un jour, ils apercevaient les voiles revenant vers leurs tristes rivages, ils regagnaient leurs retraites, et les jours de douleur recommençaient (*). Ces détails prouvent qu'il n'était resté qu'un petit nombre de religieux dans cette île qu'on n'avait pas voulu abandonner entièrement, mais dont on avait fait comme un pauvre prieuré dépendant de Déas. Ainsi s'explique très bien ce qu'en a raconté un moine dans un récit qu'on ne peut taxer d'exagération (24).

Cette fois, une scène sanglante suivit le retour des

{a) V. notre Histoire de Saint-Martin de Vertou, p. 215. [h) Mabilloiij Annal. SS. Ord. S. Bencd., ad aun.

Barbares dans leur île. Ils y étaient revenus avec beaucoup Les Normands s'y

1, ,11 j •, » -xi" ,1 1 baitent entre eux et

d or et d argent, soit monnaye, soit en bijoux, et de nombreux rubandonuent. prisonniers destinés à les suivre dans un pénible esclavage. Là un vif démêlé eut lieu à Toccasion de la répartition de ces richesses que les uns voulaient avoir en proportion de ce qu'ils avaient apporté à la masse, et que les autres exigeaient qu'on partageât également. Bientôt on en vint à se battre. Pendant cette querelle devenue sanglante, les prisonnniers se jetèrent dans les bois, et quand la mêlée eut fini, les combattants, saisis d'une terreur superstitieuse en voyant la terre jonchée de leurs morts et de leurs blessés, se hâtèrent de remonter dans leur vaisseaux. Jetés par la tempête sur les côtes de la Galice, ils voulurent débarquer à la Corogne (25), mais ils en furent repoussés avec de telles pertes, que sur quatre-vingts vaisseaux qui formaient leur flotte, ils en perdirent cinquante avec les trésors dont ils les avaient chargés. Malheureusement la France ne s'en trouva pas mieux. Ils portèrent leur rage de'iaFraS"^^"^' vers le Midi, pillèrent Bordeaux, ravagèrent Bazas, Lectoure, Dax, Bigorre, Bayonne, Oléron, Condom. En vain Totilon, comte de Gascogne depuis 819, voulut les arrêter en se portant au devant d'eux avec des forces bien supérieures ; mais la stupéfaction, le découragement plongeaient les populations dans une telle inertie que ses troupes se laissaient égorger sans combattre. Tarbes périt bientôt avec tous les monastères du Bigorre, et d'anciens évêchés, devenus autant de ruines, furent abandonnés pour toujours. Mais enfin les vainqueurs finirent par payer cher leurs succès. Lorsque, chargés de nouvelles dépouilles, ils remontaient vers le Nord, les paysans du Bigorre, enhardis par l'avantage qu'offraient les défilés de leurs montagnes, attaquèrent les Barbares sous la conduite du même Totilon, et les taillèrent en pièces, sans que, dit-on, il en échappât un seul. Cette grande revanche fut prise le 24 mai 843, sous l'invocation de saint Messelin, prêtre du pays, qu'il avait déjà délivré des Wisigoths, au vi^ siècle (26).

Voyage des reliques A A'ertou, fjuelques moiiies s'étaient cachés, pendant le Msion."^ " ^"^''"^ pillage, dans les solitudes voisines, et, après le départ des Danois, ils étaient rentrés dans leur maison brûlée et dévastée pour en recommencer l'existence, sans croire à la possibilité d'un retour des brigands, qui n'avaient plus d'intérêt à y revenir. Il en avait été ainsi à Saint-Herbeland, abbaye bénédictine fondée vers Tan 710, dans l'île d'Indrct, dont nous avons parlé ci-dessus (27), à Saint-Florent de Montglonne, à Saint-Filibert de Grand-Lieu, où, devenues plus pauvres mais non moins zélées, les victimes avaient cherché tout d'abord à relever les autels et à recommencer leur vie de travail et de prière. Et néanmoins, pendant que les hommes du Nord procédaient, dans le bas Poitou, aux exploits que nous avons vus, le gros de la communauté avait quitté Gennes, et faisait suivre la Loire à ses trois barques, qu'il accompagnait toujours avec ses reHques, afin de leur ménager, par la Vienne et la Dive, un trajet qui les fît enfin aboutir à Ansion, autrement dit Saint-Jouin de Marnes, situé à l'entrée du Loudunais, sur les bords de cette dernière rivière.

Mais là les attendaient encore des difficultés qu'ils n'avaient pas prévues, et dont il est bon d'exposer les précédents.

Comment les reii- Nous avous VU quc vcrs Ic milicu du viii^ siècle avait

gieux de ce monastère

étaient devenus cha- commcncé, Dour un ccrtalu nombre de monastères, la

noines réguliers, ' ^ '

transformation de la vie monastique en celle des chanoines ré2:uliers(^î). Sans avoir des données bien certaines sur les relations maintenues jusqu'à l'époque où nous sommes entre Vertou et Ansion, il fallait bien qu'il en existât encore, et de très prononcées, pour que les moines du premier de ces deux monastères n'hésitassent point à recourir au ne^ fut°" plus' ^''î'uQ sccoud. Ccttc coiifiauce s'expliquerait par ce fait, établi sur prieuré d' Ansion. ^^^ tradltlous veuucs jusqu'à uous , que saint Martin de Vertou avait été à la fois abbé des deux établissements (*).

(a) V. supra, ad ann, 758.

(6) Gallia Christiana, t. II. — Du Tems, t. II.

Toutefois, comment concilier ces deux idées généralement acceptées avec l'indépendance qu'on affecta à Ansion envers les pauvres moines exilés? C'est une question que comment Ansion

'■ ^ '^ prit la règle des cha-

les documents historiques ne semblent guère éclaircir, noi nés réguliers. mais qui n'en apparaît pas moins dans les circonstances actuelles avec une véritable importance. La solution de ces doutes se trouve d'ailleurs certainement dans ce fait que l'abbaye d'Ansion, quoique plus ancienne, est regardée comme la fille de Vertou, ce qu'on ne peut attribuer qu'à certains événements survenus à la suite de quelque grand majheur dont Ansion aura souffert sans qu'on en retrouve de traces écrites : ce qui n'empêcha pas que, par suite de l'installation que nous allons voir des moines de Vertou à Ansion, Vertou dut se trouver dés lors sous la tutelle des enfants de Saint-Jouin, dont il finit par n'être plus qu'un prieuré. Toujours est-il que les exilés n'étaient pas au bout de leurs épreuves, comme ils l'avaient espéré en se dirigeant vers le haut Poitou.

Les cénobites d'Ansion avaient subi de cruelles atteintes on refuse d-y recevoir les exilés de Ver-

des guerres de Pépin le Bref en Aquitaine et de celles qui 'ou, s'en étaient suivies sous Charlemagne. Ces derniers conflits surtout lui devinrent funestes, et la maison, pillée et brûlée par des partis opposés, resta plusieurs années dans un pitoyable état de délabrement. Ce ne fut qu'après un certain intervalle de paix, et moyennant de coûteux efforts, que l'on put arriver à une reconstruction des lieux réguliers et à y rendre la vie intérieure plus conforme à l'esprit des saints fondateurs. Mais, par un malheur que nous avons plus d'une fois observé en pareil cas, la discipline, forcément abandonnée si longtemps, s'était affaiblie en proportion dans ces âmes d'abord si ferventes, et quand il fallut reprendre les austères habitudes de la règle, on trouva que ce n'était plus une sauvegarde, mais un joug, et l'on ne craignit pas de chercher à s'en alléger le poids. On trouva d'ailleurs dans les tendances de l'époque un prétexte et des moyens qui favorisèrent trop cette regrettable lâcheté. En

un mot, les moines de la Dive étaient devenus des chanoines réguliers. A la faveur des troubles qui avaient désolé tantôt le Poitou, tantôt le pays de Mauges, ce régime facile s'était introduit sans la participation de Vertou, et déjà s'hélait prolongé depuis plusieurs années, quand on Tignorait encore aux bords de la Loire. Heureusement nos prétendus réformés avaient même négligé, peut-être à cause des événements politiques, de prendre l'assentiment du souverain, si jaloux de voir invoquer son autorité usurpée, en ce temps où elle entreprenait si souvent contre l'Eglise. Variations arrivées Fulcradc, le mêuic abbé qui avait gouverné sous la dépenarcVraonastèrer^"' dauce dc la maison mère, et qui, peut-être, n'avait ambitionné ce titre et favorisé cette petite révolution qu'afin d'en secouer le joug, vivait paisible à la tête de sa communauté, et ne se doutait nullement des événements accomplis à quarante lieues do lui. Il fut donc étonné lorsqu'un religieux dépêché par Raimbaud pour lui annoncer son arrivée et celle de sa colonie voyageuse lui demanda en même temps de se préparer à recevoir de nouveaux hôtes avec le corps de leur illustre patron. Sa première pensée répondit peu à ces justes prétentions. Rassemblant à la hâte le gros de sa communauté, il fit comprendre que ce rapprochement pourrait bien mettre en question le nouveau régime ; qu'au moins arriverait-il que les moines voulussent devenir les maîtres malgré ce nouvel ordre de choses, ce qui ne pourrait durer avec la paix parmi eux. On leur fît donc répondre qu'ils eussent à se retirer. Ceux-ci auraient résisté en vain ; ils se résignèrent donc à ce mépris de leur droit et à cette espèce d'impiété qui refusait un asile aux restes d'un saint ; mais, résolus aussi d'user du dernier moyen qui leur restât, ils reprirent leur marche pénible à travers le Poitou, le Berry et le Limousin jusqu'en Auvergne, où résidait alors Pépin II, maintenant toujours ses prétentions contre Charles le Chauve, et à qui le Poitou restait encore soumis. Ceux lie veitou Hs arrivèrent à Clermont, résidence du prince, après

recourent à Pépin II,

beaucoup de fatigues, mais honorés sur leur route à traveis

les villes et les hameaux, pour le précieux dépôt dont ils n'avaient pas voulu se séparer. Pépin accueillit nos cénobites selon leurs espérances, et trouva justes leurs réclamations. Il leur donna des lettres rovales, ordonnant la QuiréiabiitAtision

" ' sous leur autorité.

remise immédiate de l'abbaye et de ses domaines aux religieux de Vertou, et chargeant Ranulfe P"", comte de Poitou, de les leur faire rendre après en avoir chassé tous ceux des chanoines qui ne voudraient pas revenir à la règle monastique. Le triomphe était complet : la pieuse caravane reprit donc son chemin et bientôt se remit en possession de ses foyers. Ce dernier voyage ne fut pas moins glorieux à saint Martin, dont ils entouraient les reliques en priant et chantant des psaumes ; de nombreuses guérisons s'opérèrent sur son passage (a).

Revenons maintenant à ce qui s'était passé à Montglonne ^ L" religieux de

■l ^ O Paint-Floreiit et de

et à Déas. Les moines, instruits des catastrophes arrivées saint.-Fiiibert se ré-

' i fugient a Tournus.

en Touraine et à Nantes, n'avaient pas attendu que l'ennemi arrivât chez eux pour vider les lieux et en emporter tout ce qu'ils purent. Les premiers résolurent d'abord de se retirer à Saint-Filibert de Grand-Lieu pour s'y concerter avec les frères et y arrêter des mesures communes. Il n'y avait guère de Saint-Florent à Déas qu'une distance de quatre lieues, qui ne suffisait pas pour soustraire ceux de ce dernier endroit aux craintes qui agitaient les autres. Les deux Chapitres se réunirent ; il fut arrêté qu'on fuirait ensemble avec les reliques de chaque couvent, et comme ceux de Saint-Filibert croyaient avoir une ressource certaine contre les calamités présentes que tant d'expériences leur avaient fait prévoir, ils offrirent à leurs voisins éperdus de les guider dans une môme retraite qu'ils s'étaient choisie en Bourgogne. C'était la petite ville de Tournus (28), où était une abbaye entourée d'une enceinte circulaire, avec des tours crénelées, des fossés, des ponts-levis et d'autres fortifications qui en rendaient l'abord d'autant plus diflficile

(a) Tout ce qui précède est raconté plus au long dans notre Histoire de Saint- Martin de Vertou., cliap. xvi et xvk, avec citation des sources.

que la ville était placée sur une hauteur escarpée. Cette abbaye ne leur appartenait pas encore ; mais ils y avaient une affiliation qui les autorisait à en user librement. Il fut convenu qu^un asile y serait donné en outre à ceux de Montglonne, moyennant qu'ils défrayeraient en route leurs frères de Déas, appauvris par leurs précédentes détresses, et ils s''acheminèrent ensemble vers la Bourgogne, précédés de la châsse de saint Florent. Celle de saint Filibert avait été cachée à la manière ordinaire, dans quelque lieu où l'on espérait la retrouver bientôt. Tant est fort le sentiment qui ramène toujours vers le sol où est particulièrement la patrie !

Concile réuni par i\ est tcmos dc revcuir aux événements de Thistoire

Charles le Chauve a '■

couiaines. générale de la France qui se rattachent à notre Poitou.

Charles le Chauve, devenu empereur, avait exclu complètement de toute puissance dans ses Etats le jeune roi Pépin II, qui cherchait pourtant à se maintenir dans la partie méridionale de TAquitaine, le Poitou, la Saintonge et l'Angoumois inclinant toujours plus en sa faveur, parce qu'ils l'avaient vu dans sa jeunesse brave et attaché aux errements de sa dynastie. C'est sans doute pour ajouter une digue morale aux moyens d'opposition matérielle qu'il comptait bientôt employer, que le roi de France voulut avoir dans le Maine, où il résidait à la fin de Tannée 843, une assemblée d'évêques qui se tint à Couiaines (39) : c'était la villa ou maison de campagne de l'évêque du INIans Albéric. Cette réunion, à laquelle figurèrent un certain nombre de seigneurs laïques, a cependant retenu le nom de Concile. Quelques-uns ont placé Couiaines sur la Vienne, entre Candes et Chinon ; mais la présence d'Albéric, évêque du Mans, a sainement persuadé au Père Sirmond {a) qu'il s'agit bien ici de la localité que nous croyons préférable. Quoi qu'il en soit, on voit que le prince de qui est émané le décret conciliaire y est profondément préoccupé de la

(a) Concil.j ad ann. .S43.

restauration de Tordre public et des pouvoirs qui le Matières qu'on y

,• ,T -i-i'- p ^ , 111 - traite pour le meilleur

soutiennent. Le pays avait ete si prorondément bouleverse régime de gouvemepar les troubles des cinq dernières années, que tout était à refaire. Il fallait reconstituer le sentiment des devoirs envers Dieu, envers l'Eglise, envers le roi, et aussi les devoirs de celui-ci envers les peuples. Toutes ces matières formèrent le fond d'un capitulaire dont Charles recommanda l'exécution aux évêques et aux grands du royaume, promettant de punir celui qui lui donnerait un conseil contraire à la justice, et voulant que quiconque en serait prévenu se fît une obligation de l'en avertir (^). Toutes ces mesures étaient fort sages, et constituaient réellement les éléments nécessaires d'une régénération des deux pouvoii's, dont le plus grand intérêt est de marcher de concert au bien temporel et spirituel des peuples.

A cette assemblée, on vit figurer un certain Warin avec Le comte warin y

assiste.

le titre de duc d'Aquitaine. C'était le même qui s'était toujours montré fidèle à Louis le Débonnaire dans ses plus grandes infortunes, qui s'était distingué à la bitaille de Fontenay-en-Puisaie, et qui, depuis cette affaire, avait toujours bravement agi en toutes choses dans le parti de Charles le Chauve. A dater de cette époque, on ne le voit plus nulle part, et il est croyable qu'il fut un des seigneurs tués un peu plus tard à la bataille d'Angoulême, parmi ceux qui vinrent du Nord pour aider au siège de Toulouse. Les principes émis dans le capitulaire de Coulaines charies reprend la

•)',•, i*i -ji 1 1. guerre contre Pépin

n étaient sans doute aussi nettement renouvelés que parce et le siè-e de Touque le temps semblait venu où la paix étant dans le gouvernement de la France, il fallait la ramener partout, surtout en Aquitaine, où elle n'était pas encore. Pépin II, qui n'avait pas quitté les armes, avait espéré améliorer ses affaires en entretenant la guerre dans les contrées de notre pays qui entraient moins dans ses intérêts. De là quelques retours à des hostilités dont il avait retiré certains

[a] Hardouin, ConciL, t. IV, ad h. ann.

louse.

avantages partiels dans les provinces septentrionales de l'Ouest. Charles, que chaque jour rendait plus désireux d'en finir .avec lui, se décida à reprendre le siège de Toulouse, qu'il avait été forcé d'abandonner l'année précédente, et il partit pour y présider en personne. Cette expédition est restée assez obscure, quant aux détails, dans les historiens, qui en établissent mieux le résultat que les divers épisodes («). Ce qui est certain, c'est que Pépin, qui n'avait pas voulu se renfermer dans la ville, opérait dans la partie supérieure de son royaume par des escarmouches où il eut l'avantage ; il intercepta même des renforts considérables que les hautes provinces devaient envoyer seconder les opérations du siège. Ce fut l'occasion de plus d'un combat, de marches et de contre-marches qui toutes contribuèrent à reculer l'investissement de la place par des secours qui n'arrivaient pas, et tenaient Charles dans une grande anxiété. L'Angoumois surtout fut L'évêqaedePoiiiers le théâtre d'uuc actiou décisive. Il y eut là, dans le courant d'Angouième. dc mai 844, une afïaire très importante, et dont les consé-

quences affaiblirent considérablement le parti du roi de France, car l'évêque de Poitiers Hébrouin ayant appris' l'embarras où se trouvait ce prince, n'hésita pas à l'aller secourir, et partit de sa ville épiscopale avec des forces considérables levées dans le Poitou. Le 7 juin, il se trouva en présence de Pépin, qui, instruit de la marche de ces troupes, accourut au devant d'ehes quand elles traversaient l'Angoumois. Il les attaqua si vigoureusement près d'Angoulême, qu'il les mit en déroute sans perte sensible de son côté, mais au grand détriment de son ennemi, qui y vit périr ses principaux personnages. Les chefs, abandonnés de leurs soldats, tombèrent presque tous dés le premier choc, les uns tués, les autres faits prisonniers. Des premiers furent Hugues, abbé de Saint-Quentin, oncle de Charles le Chauve'; Rickbode, autre .abbé dont on ne dit pas le Siège,

(a) Sirmond, Capitulaires de Charles le Chauve, p. 38.

cousin du même prince, et par conséquent des trois rois. Il n'y eut pas jusqu'aux porte-étendards Raban et Eckart qui succombèrent tous deux, ce qui semble indiquer une vigoureuse défense dans une ardente mêlée. Parmi les prisonniers, on vit les deux fils d'Eckart dont les efforts ne purent sauver ni la vie ni le drapeau de leur père ; Loup, abbé de Ferrières (30), au diocèse de Sens ; plusieurs comtes et deux évêques, dont Pun, Ragenaire, occupait le Siège d'Amiens, et l'autre, notre Hébrouin, celui de Poitiers. On voit que celui-ci n'avait pas renoncé au parti de Charles comment use troule Chauve, qu'au moins il avait toujours suivi t«). S'il faisait hommerde gu™rè.'*^ la guerre aussi bien que plusieurs autres prélats à qui cette journée coûta la vie ou la liberté, c'est qu'ils étaient assujettis, à leur prince en qualité de vassaux par des domaines encore appelés bénéfices qui les mettaient dans l'obligation de mener leurs troupes à la guerre. Encore auraient-ils pu se souvenir qu'à la diète de 803 (&) tenue à Worms, les gens d'église avaient été exemptés de tout service militaire, et devaient s'y faire remplacer par le comte de la province ou quelque officier de leur maison. Mais les guerres civiles sortent toujours des régies du droit, et semblent autoriser dans chaque parti des infractions qu'il n'est guère possible de réprimer, et qui ne s'expliquent jamais que par des raisons de partialité ou d'ambition. On pourrait cependant dire ici à la décharge d'Hébrouin qu'il était retenu par trop de liens au service de Charles le Chauve pour n'être pas forcé par lui d'oublier dans de si graves circonstances l'obligation qu'a toujours un évêque de préférer les lois de l'Eglise aux exigences des souverains.

Pendant que Charles, logé de nouveau au monastère de Mon de Bernard de Saint-Sernin, comptait sur le secours qui devait le rejoindre

(a) Annales de Saint-Bertin, ad ami. 84-4. — Daniel, II, 327 et suiv. — Mauléon, Les Carlovingiens, II, 243. — Annal. Metens., in h. ann.

(6) V. ci-dessus, ad h. ann.

devant Toulouse, un personnage, que nous avons pu étudier plus d'une fois dans ses rapports avec lui, arrivait au camp royal': c'était Bernard de Septimanie, qui ne s'était pas assez méfié de la trop juste réputation qu'il s'était faite, et espérait toujours de la part de Charles cette même condescendance qu'il en avait éprouvée si souvent. Et cependant combien sa position était fausse après tant de déloyauté dans sa conduite passée et l'état de rébellion quasi ouverte où il s'était mis tout récemment ! Car, étant encore un des gouverneurs de la Marche espagnole et duc de Languedoc, il avait pensé à se faire une souveraineté de ces deux gouvernements. Charles ne l'ignorait pas. Il avait pu le juger aussi dans ses relations précédentes, où il l'avait sans cesse trouvé plus qu'équivoque, aussi disposé à servir les intérêts de Pépin que les siens mêmes, et par cette raison n'épargnant ni les promesses sans accomplissement, ni les apparences d'un zèle sans effet. Il ne craignit pas cependant, dés qu'il sut l'arrivée de Charles sous les murs de Toulouse, de venir lui faire sa cour. Mais avant qu'il eût pu se présenter, le monarque instruit de sa présence le fit arrêter. Il y avait dans le cœur de celui-ci une vieille et trop juste rancune qui lui faisait regarder Bernard comme la cause active de son dernier échec devant Toulouse. Il savait aussi combien de fois il avait paru abandonner Pépin, puis était revenu â le servir, sous prétexte de ménager entre les deux princes une réconciliation qui ne se faisait jamais. Bernard, interrogé sur ses desseins, afïïrma qu'il venait de Barcelone pour s'aboucher avec Charles et embrasser son parti en délaissant celui de Pépin, dans lequel,' précédemment encore, il jouait le principal rôlef^). Après tout ce qui s'était passé, on ne pouvait guère croire à de telles assertions. Son procès ne fut pas long : un tribunal improvisé s'en empara; on examina sa vie, et ayant été jugé digne de mort, il eut la tête tranchée le

(a) Annales de Saint-Bertin^ ad ann. 844.

même jour. En réfléchissant sur tant de trahisons et sur le triste salaire que Bernard en reçut, on n'aurait pu plaindre que Dodane.... Dieu, en l'appelant à lui, lui avait épargné cette dernière amertume.

Il nV a peut-être aucun fait dans notre histoire nationale Jugement sur cette

•^ ^ catastrophe,

qui ait été plus diversement raconté, et dont les historiens se soient indignés plus gratuitement selon nous. A entendre certains d'entre eux, Bernard aurait été tué en trahison par Charles le Chauve, qui Paurait percé de son épée au moment où le comte se relevait après s'être agenouillé à ses pieds. Mais rien ne peut faire croire à cette fable qu'aucun écrivain du temps n'a mentionnée (31). Bernard était assez coupable pour être trouvé tel par un tribunal composé d'hommes qui l'avaient vu à l'œuvre, et rien dans les habitudes de Charles le Chauve n'autorise à le croire capable d'un crime impardonnable, quand il eût été plus sûr de presser sur la conscience des juges, autre crime dont personne ne l'a accusé Gt).

Nous devons à la vérité historique de témoigner que la Et combien Bernard perte de Bernard n'imposait un grand sacrifice ni à la France, qu'il n'avait jamais servie franchement, ni à l'Aquitaine où son caractère peu honorable avait souvent jeté et entretenu le désordre. Toute sa conduite avait été d'un homme qui ne prétendait s'attacher ni à Charles ni à Pépin, tout en feignant de les servir tous deux. Les annales du monde sont pleines de ces exemples, d'où les ambitieux devraient tirer d'utiles leçons de prudence, qui pourtant leur servent peu. Bernard avait feint trop longtemps d'aspirer à la confiance de ses maîtres en simulant un rôle sincère de conciliateur : ce qui n'est pas douteux, c'est qu'il lui préféra toujours le calcul des intérêts peu honnêtes qu'il jugeait propres à grandir sa fortune, et comme tant d'autres, il trouva dans ces voies détournées l'abîme mérité où il devait périr.

(a) V. D. Rivet, Histoire littéraire, VII, 640.

Sa sépulture à Tou- ChaHes, saiis doute pour ajouter une note d'ignominie au supplice que le comte venait de subir, avait ordonné que son corps restât trois jours privé de sépulture, exposé au lieu même où il avait perdu la vie, ce dont il se serait bien gardé s'il eût été lui-même coupable d'un assassinat. L'évêque de Toulouse profita, dès le lendemain de l'exécution, d'une chasse que le roi avait été faire dans une forêt voisine pour donner au malheureux duc une sépulture honorable dans une des églises de la ville.

L'Aquitaine méri- Mais pendant que ces tristes affaires se consommaient

d lonale se soulevé en i ■••

faveur de Pépm. sous Ics murs de Toulousc, OU y apprit les malheureuses défaites qui émouvaient encore tout l'Angoumois. Un autre contre-temps vint s'y joindre. La mort de Bernard, rendue plus odieuse par les circonstances fabuleuses qu'on avait peut-être déjà répandues dans le public pour soulever une plus grande indignation dans les populations méridionales de l'Aquitaine, donna lieu à une vive explosion. Elle se manifesta parmi les Toulousains, qui jurèrent de ne pas se rendre, et bientôt toute la contrée, avec la Marche d'Espagne, se déclara pour Pépin II (a). Guillaume, premier fils de Bernard et de Dodane, s'enferma dans Toulouse, où il soutint la résistance des habitants. Ce jeune prince n'avait que dix-huit ans, et déjà aussi brave qu'intelligent, il s'empara, aussitôt la mort de son père, de tout ce qu'il avait possédé en Septimanie, dans la Gothie et le comté de Barcelone. Tant d'événements d'une haute gravité, joints aux déceptions que Charles venait d'éprouver, firent comprendre à celui-ci qu'il devait renoncer à ses opérations militaires. Abandonnant le siège, il vint demeurer quelques jours, vers le milieu de juillet, à l'abbaye de Saint-Benoîtcharies le Chauve sur-Loirc, OÙ il Comptait prendre quelque repos (32). C'est

la lui abandonne. , , -n -i i • i . i •

la que, sagement conseillé, il se décida, après plusieurs mois d'hésitation, à signer, en septembre 844, une paix qui laissait à son neveu la souveraineté de l'Aquitaine, dont il

(a) Chron. Engol. — Adhémard de Chabannais. — Chron. Malleac, in h. ann.

ne se réservait que la suzeraineté, avec la pleine propriété du Poitou, de la Saintonge et de PAngoumois, dont les peuples semblaient d'ailleurs peu jaloux d'appartenir à Pépin.

Maintenant, ne sortons pas de la période que nous venons de parcourir sans établir quelques faits qui intéressent notre Poitou, trop souvent effacé sous les événements généraux qui agitent l'Aquitaine.

On sait que depuis leur expulsion de la province, après Les wisigoths réla bataille gagnée à Voulon par Clovis en 507, les Wisigoths, manie. ^"^ '* ^''^'" à de très petites exceptions près, avaient quitté la France et s'étaient retirés en Espagne'. Mais ils regrettaient toujours le beau pays de leurs aïeux, que troi's siècles d'exil n'avaient pu leur faire oublier ; plus d'une fois, ils avaient imploré, sans pouvoir l'obtenir, la grâce de revenir au moins s'établir dans la Septimanie, occupée par eux jusqu'en 725, époque où ils en furent chassés par les Arabes. Pépin II, à qui ils s'adressèrent dans ce but, crut se fortifier par des alliés utiles dans le court intervalle qui s'écoula entre l'abandon du siège de Toulouse par Charles le Chauve et la signature du traité de paix de Saint-Benoît-sur-Loire. Une émigration de quelques milliers des Wisigoths d'Espagne se fit donc en 844, et devint dans le pays une espèce de garnison étrangère, comme les Teifales, alors entièrement effacés dans la contrée, et qui n'étaient plus guère que dans le bas Poitou. On fit plus que de leur donner cette hospitalité; oh leur concéda même, ce qui prouve bien qu'on les regardait comme de profitables alliés, de conserver certains de leurs usages nationaux, tels que des tribunaux exclusivement composés de juges indigènes. En outre, ils étaient exempts de toute la juridiction du comte territorial, sauf pour les trois cas de meurtre, de rapt et d'incendie (^). Leurs magistrats décidaient aussi, dans toutes les causes qui

(a) Baluze, Capitul., I, 254. — Appendic. ad Capitul., n° 32. — La Fontenelle, Rois et Ducs d^ Aquitaine, p. 258.

regardaient les personnes des particuliers, les affaires des serfs, et autres semblables, où tout se réglait d'après leur droit national.

Origine de la pa- Nous reucontrons ici pour la première fois le nom de

roisse (le Curçay en -i i

Loudunais, dcux paroisses de notre diocèse dont les origines doivent

se rapprocher beaucoup de cette époque. Louis le Débonnaire avait donné au monastère de Saint-Martin de Tours le domaine de Curçay (33). Ce lieu était déjà fort ancien sur la voie romaine de Poitiers à Doué, et son nom latin (34) ne l'attribue pas moins à l'ère gallo-romaine que ses monnaies n'indiquent son importance au ix^ siècle. C'était alors une villa posée sur la Dive, entre Thouars et Loudun, mais dans le pagus de ce dernier castrum, qu'entouraient dans un rayon de quelq^ues lieues un certain nombre de monuments celtiques qui n'ont pas entièrement disparu. Une charte de Charlemagne de l'an 775 l'avait déjà attribué au célèbre monastère tourangeau (a), ce qui ferait supposer que cette seconde donation faite par Charles le Chauve serait une simple restitution comme on en voyait en si grand nombre dans ce temps-là. Quoi qu'il en soit, rien ne nous prouve que Curçay ait eu alors un titre paroissial ; mais étant devenu la propriété de Saint-Martin de Tours, il fut bientôt élevé au titre de prieuré, qu'il posséda jusqu'en 1790, •D'Antoigné en An- ct par ccla même la paroisse y fut établie. Plus tard, le

JOU. . , , ••lit

village voisin d Antoigné (35) étant devenu une prévôté du même monastère, ce fut le prévôt, qui, par une concession de l'abbé, présenta à la cure de Curçay. Il y eut mêiAe dans ce dernier lieu, qui ne manqua pas d'acquérir bientôt quelque importance, deux paroisses, l'une de Saint-Gervais, l'autre de Saint-Pierre, qui toutes dpux dépendirent de l'archiprêtré de Loudun (t).

Curçay eut à cette époque un atelier monétaire. La monnaie qui nous en reste est un triens d'or qui vaut à peu

(a) V. D. Bouquet, Scrip. Hist. Franc, V, 757.

(b) Y. Besly, Evesq.j p. 56 et suiv.

prés douze à quinze francs de notre monnaie actuelle. Elle porte d'un côté une tête barbue et diadémée, avec les mots curciaco vi (vicus). Le nom de vicus équivalait à un lieu plus considérable qu'une villa, un de ces centres d'habitation que nous appelons depuis longtemps un bourg. L'autre côté de cette pièce porte, selon l'habitude, le nom du monétaire Fedegiusmo (netarius) w.

En même temps que le domaine de Curcav, le monastère ^ Et de samt-iéger de Saint-Martin acquit du même prince le hameau de Vrère, destiné à recevoir en réserve les denrées provenant des dépendances agraires du susdit prieuré. Ce hameau existe encore dans la commune de Saint-Léger-de-Montbrun (36), qui déjà aussi était une paroisse du pagus de Thouars, et dont nous voyons à ce propos la première mention. On peut croire qu'elle devait sa fondation à quelqu'un des évêques de Poitiers, prédécesseur d'Hébrouin, car, jusqu'à ces derniers temps, elle était à la* nomination de l'Ordinaire diocésain, qui nommait de plein droit. Dans cette paroisse étaient dix chapelles, tant dans l'église dédiée à saint Léger qu'en des châteaux ou habitations particulières, et un prieuré de l'Ordre de Saint-Augustin, appelé Saint-Léonarddes-Bruyères, à la nomination de Saint-Laon de Thouars (t).

La charte qui nous donne ces détails est datée du 5 janvier 844, et fut confirmée encore en 862 par ce même Charles le Chauve. Une particularité du temps, c'est que cette donation avait été faite à Saint-Martin pour y pourvoir à cette portion du vêtement des religieux qu'on appelait la chappe (cappa) (37). Nous avons vu («) qu'au Mans une donation, prise sur le domaine d'Ardin, était exclusivement destinée à entretenir le luminaire de la cathédrale.

(a) M. Lecointre, Essais sur les monnaies du Poitou. {Mém. des Antiq. de l'Ouest, t. VI, 263. — VII, 203.)

(6) Beauchet-Filleau, Pouillé du diocèse de Poitiers, p. 317. — Beauvallon, Pouillé de 1792, p. 52 et 147.

(c) V. ci-dessus, ad amu 667.

Autreparoissed'An. C'est de Cette même pièce que nous tirons la preuve Slùit"^'^^^' qu'une autre paroisse existait déjà alors sous le nom d'Antoigné avec une église de Saint-Pierre-és-Liens. Les plus anciens actes qui en parlent ne remontent pas à la fin du xi« siècle, mais il n'y a pas d'actes ni plus authentiques ni plus résistants que les monnaies, dont le type est un indice irrécusable d'une époque historique. Cette petite paroisse, qui pouvait avoir quelque population agglomérée sous les Mérovingiens, et dont le nom atteste une localité gallo-romaine, est la moins peuplée aujourd'hui du canton de Châtellerault ; la cure était pourvue par le prieur voisin de Saint-Romain.

Mort de Hugues Eufiu uu pcrsonuagc Qu'a rendu célèbre sa mort à la

l'Abbé, ancien reli- i o i

gieuxdecharroux, bataille d'Angoulêmc de cette année mérite que nous le considérions un instant comme l'un des plus originaux de son temps par la double position qui l'y fit remarquer. Il s'agit de Hugues, surnommé VAbbé, parce qu'il avait possédé à titre bénéficiaire, selon l'abus si répandu alors, les abbayes de Saint-Quentin en Vermandois (38) et de Saint- Bertin en Artois (39). Fils de Charlemagne et de Régine, qui fut une de ses femmes de second ordre, il devint à charge à Louis le Débonnaire dès le commencement de son règne, *et ce monarque, dont l'inhabile politique ne savait que donner dans les excès du mal ou du bienj songeait plus au bien-être de ses propres enfants qu'aux promesses faites à son père de traiter en princes de sa maison les trois fils qu'il avait eus de Régine et d'Adalinde, Hugues, Drogon et Thierry. Sous prétexte de décliner pour plus tard, les conflits qu'eût évités la sagesse d'un bon gouvernement, il fit raser en 818 les trois trères, qu'il enferma dans des monastères et força de recevoir les ordres sacrés. Les voyant dès lors en dehors de toutes prétentions au pouvoir temporel, il songea à leur donner une position élevée. On ne voit pas ce que devint Thierry; Drogon fut évêque de Metz en 826, et Hugues, entré à Charroux, y fit profession et reçut bientôt le titre des deux riches abbaves de la

Picardie et de l'Artois. Malgré ces graves motifs de ne

cultiver que la paix, le prince devenu religieux et admis à

la cour, qui était son lieu de naissance, se souvint trop du

sang guerrier qui coulait dans ses veines, et ne craignit

pas de prendre parti dans cette grande et malheureuse

guerre de famille. Ce fut la cause de sa mort prématurée,

sinon d'une gloire digne de son illustre parenté. Il y avait Poète anonyme de

pourtant alors au monastère de Charroux un poète qui, pour

n'avoir pas encore de réputation, n'en fut pas moins inspiré

par ce lugubre événement. Il composa sur la mort de

Hugues, qu'il regardait sans doute comme appartenant

toujours à son abbaye, une espèce de complainte latine

de huit strophes de sept vers de rythmes différents. C'était

peu harmonieux, et l'imagination n'y avait qu'un rôle

restreint. L'auteur n'y fait pas moins l'histoire à peu près

complète de son héros, le montre élevé au sacerdoce dans

le monastère qui était devenu son berceau, et attaché plus

tard au parti de Charles le Chauve, dont il suivit fidèlement

le drapeau. Il avait demandé aussi à recevoir la sépulture

dans ce premier asile de sa jeunesse, ce qui eut lieu, et

détermina sans doute le poète à célébrer ainsi le souvenir

d'un de ses anciens frères, revenu, pour y reposer dans la

paix, au lieu qu'il n'aurait jamais dû quitter («).

Après le siège de Toulouse, Charles le Chauve s'était Nouveaux désordres

en Aquitaine.

retiré dans le Maine. Le fils de Bernard de Septimanie, en s'emparaat des Etats de son père, ne pouvait pardonner au roi de France la mort de celui-ci : il songea à affermir sa puissance en s'alliant à Pépin, dont il reconnut la souveraineté. Il fit plus : on le vit traiter avec Abd-el-Rhaman III, roi de Cordoue, et ouvrir ainsi aux Musulmans la partie citérieure de l'Espagne qu'il possédait. C'était donc de ce côté de l'Aquitaine une complication contre les espérances et sans doute aussi les projets de Charles, dont l'idée fixe était certainement toujours de se débarrasser de Pépin en

(a) Gallia Christ., V, 52. — Dom Bouquet, Scriptores, V, 39 et suiv. — Dreux du Radier, Biblioth. liitér., I, 157. — Notre Hist. de Charroux, p. 66.

Mort du comte Ber- s'annexEiit soo Foyaume. D'un autre côté, la portion du

nard et d'Hervé, comte . . n • , > i r • x -i • i

d'Herbauge. Poitou qui confinait a la Loire se trouvait soumise, depuis

l'invasion des Bretons, partie à Noménoé, partie à Hervé, devenu comte d'Herbauge depuis la mort de son père Raynaud, tué à Blain (^). Désireux de le venger contre Lambert, il fut approuvé dans ce dessein par Bernard, l'ancien comte de Poitou que nous avons vu disgracié par Louis le Débonnaire, et qui, pour éviter la vengeance de ce monarque, s'était retiré près d'Hervé, dont il avait l'amitié. Il crut lui être utile en secondant ses projets d'attaque, et se mit avec lui dans ce but à la tête des troupes poitevines. Une rencontre eut lieu ; les Bretons s'étant portés ardemment vers l'ennemi qu'on leur avait annoncé, Hervé et Bernard attaquèrent avec un courage plus louable qu'heureux, car ils furent défaits et restèrent parmi les morts à un endroit que les auteurs ne nomment pas w.

Bégon, comte de H importait beaucoup de ne pas laisser sans chefs un

Poitiers et duc d'A-

qui'aine. pays exposé tous les jours à des irruptions, soit des

Bretons, soit des Normands. C'est pourquoi Charles le Chauve s'empressa de confier le commandement de ce territoire à Bégon, alors comte de Paris, homme de courage et d'expérience, qui devint en même temps comte de Poitiers et duc d'Aquitaine en place de Bernard de Septimanie. Ce personnage avait épousé Alpaïde, fille de Louis le Débonnaire et sœur de Charles le Chauve w. Il était donc aussi allié à l'évêque de Poitiers Hébrouin. On espérait qu'il trouverait dans le haut rang de duc d'Aquitaine des éléments de succès contre des ennemis de grande valeur, li construit la for- Mais à cc movcu il fallait en aiouter d'autres d'une résis-

teresse de Bignon- " ''

la-Ghâsse. tauce plus matérielle. Bégon fit donc bâtir une forteresse

(a) V. ci-dessus, ad ann. 838.

{b) V. Chronique d'Angouléme, Adhémard de Chabannais^ et la Chronique de Maillezais.

(c) HénauU, Hist. de France^ 1, 71. — Besly, Comtes de Poict., p. i2.

au centre de sa juridiction militaire, et que nous croyons s'être élevée au lieu connu aujourd'hui sous le nom de Bignon-la-Châsse (40) , à égale distance à peu près de la Loire et du monastère de Saint-Georges de Montaigu. Les derniers vestiges en ont disparu, mais c'est peut-être à cette protection que cette abbaye et celle de Vertou durent de pouvoir se rétablir, Tune plus tôt, l'autre plus tard, après leur destruction. De ses hautes tours, le duc observait la campagne et pouvait s'opposer aux moindres mouvements de l'ennemi. Cette surveillance parvint à paralyser l'action de Lambert, qui conservait sa domination sur une partie du territoire poitevin, dont les neveux Waifre, Remir et Gérard occupaient les abords sur divers points de son voisinage. A cette forteresse il avait ajouté une petite ville qui l'entourait d'une enceinte fortifiée et qui n'eut pas de peine à. se peupler, car, outre qu'eUe était assez bien munie pour se défendre par ehe-même, ses habitants comptaient encore sur l'avantage de voir accourir à leur secours, en cas d'attaque, les nombreuses troupes que Bégon avait le droit d'appeler à lui par son titre même de chef militaire de toute l'Aquitaine. Bégon se trouvait donc assez fort pour entreprendre de se débarrasser de ses trois antagonistes, et il résolut de les refouler l'un après l'autre. Il commença par marcher contre Waifre, qui ne vit rien de sa mon daas un plus prudent que d'abandonner le terrain ; sur quoi Bégon retourna sur ses pas pour rentrer dans sa ville. Mais comme il allait passer le gué d'une petite rivière appelée le Bléson (41), qu'entouraient des bois épais, et qu'il était près de rentrer dans son château, il fut cerné subitement par ce même Waifre, qu'il croyait bien loin, et qui, s'étant rallié à ses deux frères, revenait avec eux pour l'attaquer de toutes parts. Il se vit donc traqué de tous les côtés à la fois. La position ne lui était pas favorable. Au Nord, un tertre élevé rendait le terrain fort inégal. Une déclivité assez rapide, couverte encore aujourd'hui des débris d'une construction fortifiée, dont le centre semble avoir été la base, et que la

combat.

tradition lui attribue, n'existait pas alors, et, de ce côté, un plateau presque régulier se couronnait de quelques roches plus ou moins abruptes : c''est là, près de ce ruisseau, côtoyé du Nord au Sud par la voie romaine de Rezé à Saint-Georges, que Bégon fut atteint par ses ennemis. Pour le rejoindre, ils avaient sans doute suivi cette voie, dont on aperçoit encore la ligne abandonnée au moyen âge, et déjà peut-être remplacée alors par un chemin nouveau d'un entretien moins coûteux. L'un de ces acharnés poursuivants, Waifre sans doute, plus intéressé que personne à venger sa récente défaite, qui avait aussi résulté d'une ruse de guerre, chercha Bégon à travers la mêlée, et, dans une sorte de duel, le renversa avec son cheval dans le cours d'eau, où le malheureux prince, embarrassé dans sa lourde armure, trouva la mort.

11 est inhumé à Ccs héroïqucs défuuts avaient ordinairement choisi à

Saint-Georges.

l'avance leur sépulture dans quelque monastère qu ils affectionnaient. Durinum (ou Saint-Georges) était cher à Bégon; il avait désiré y reposer, et il fut inhumé dans l'église du petit monastère, au lieu de l'être à Saint-Filibert ou à Vertou, l'un et l'autre aussi rapprochés de son château, mais qui n'étaient pas encore relevés de leurs ruines et ne devaient pas l'être de sitôt (<î).

Les trois pagus du Après sa victoire, Waifre se porta sur la ville et le châ-

bas Poitou sépares de ^ ' ^

la province. t^au de Bégon, dont il s'empara. Il s'y établit aussitôt, et de

là il domina la contrée. A la faveur de cette position, son autorité s'affermit si bien, que les trois pagus de Manges, de Tiffauges et d'Herbauge furent séparés dès lors du Poitou et réunis pour un temps au comté de Nantes w. La règle bénédictine Heureuscment que les moines de Vertou, après tant de vicissitudes, avaient pu s'établir enfin sohdement dans leur abbaye d'Ansion, déjà connue plus généralement sous le

(a) Besly, Comtes de Poidou, p. 12. — Notrs Histoire de Saint-Martin-de- Vertou, p. 218 et suiv.

(6) Chronic. Namnet. — Fragm. hist. Britan, Armorie, ad ann. 844.

nom de Saint-Jouin de Marnes, à cause de la proximité du village (42). Protégés de Pépin, dont les affaires semblaient prendre des formes meilleures, ils fondaient solidement, à la place de la règle canoniale, celle bien plus généralement conservée de saint Benoît; ils augmentaient les bâtiments monastiques, déposaient la châsse de saint Martin prés du corps de leur saint fondateur, et, à la fin de 844, ce noble gage de leur piété était déposé dans une église nouvelle dédiée à saint Jean TEvangéliste, le premier des solitaires, et à Pierre, le patron de l'Eglise universelle. De son côté, Vertou n'était pas non plus entièrement abandonné. Quelques religieux, après le départ des Barbares, y étaient revenus vivre de privations et de tristesses ; mais une tendre dévotion pour ces lieux sanctifiés par les vertus et les miracles de leur père, et non moins par les saints exemples que trois siècles y avaient consacrés, les retenait dans ces cloîtres délabrés et sous ces voûtes où la prière silencieuse remplaçait les pieuses mélodies d'un si heureux passé. Pépin II, délivré des poursuites de Charles, se reposait château de Dordone

A ' i ^ ou de Castillon.

de ses fatigues et de ses émotions dans une sorte de paix qu'il goûtait. au palais de Dordone, un de ses châteaux du Périgord. Ce château tirait son nom de la rivière sur laquelle il était bâti (34), et est devenu dans la suite, sous le nom de Castillon (44), une petite ville de Guyenne, que nous verrons figurer dans les fastes de nos guerres contre les Anglais. Mais, à cette époque, les romanciers et chanteurs de gestes, trompés par la ressemblance de certains noms de lieux, transportèrent dans le Nord de la France des faits qui s'étaient passés réeUement, en tout ou en partie dans l'Aquitaine, et en particulier dans le Périgord, Qui empêcherait même de croire que Tauteur des premiers matériaux de cette légende fût venu d'Aquitaine dans le pays où il transporta le théâtre de tant de hauts faits? De là ce célèbre conte des Quatre fils Ai/mon, qu'il La légende des

^ c/ .y ' 1 quatre fils Ajmon.

est bon d'élucider, puisque l'occasion s'en présente, en lui rendant sa véritable valeur historique. Comme elle

Ses origines faba- iio fut écrite qu^à la fin du xii^ siècle, et par divers auteurs dont les récits ne firent bientôt plus qu'un même poème, on doit peu s'étonner des contradictions de géographie ou d'histoire qui s'y rencontrent, et comment du seul terrain où se passèrent les actions héroïques des quatre frères on les a implantées avec leurs exploits dans la France septentrionale, et môme dans la Saxe, dont le poète les a faits originaires. A l'en croire, ils étaient même les fils d'un roi de ce pays, ce qui est déjà une contradiction avec sa chronologie la plus avérée w. Une autre erreur capitale se trouve dans l'application au règne de Charlemagne, qui occupe une place distinguée dans le poème, de tout ce qu'il faut vraiment reporter au régne de Charles le Chauve.

Elle appartient réel- La pareutô qui cxista entre ce jeune prince et la famille

lemeut à l'Aquitaine. i -r-w • • ■ r^

des comtes de Poitiers autorisa peut-être cette erreur. Ce qui paraît certain aujourd'hui, c'est que ces quatre fils devenus si célèbres sous le nom de leur père, et qui sont les héros de notre roman, guerroyèrent beaucoup plus dans le Périgord que dans la Saxe ; que la fameuse forêt des Ardennes qui existait entre la Meuse et le Rhin avait son homonyme dans celle de Cadouin (45), désignée alors comme tant d'autres sous le nom générique à^ Ardennes (46), et que l'Aquitaine fut le théâtre des exploits des quatre chevaliers bien plus que l'Alsace, la Flandre et les immenses solitudes qui en couvrirent l'ancien territoire, et vers lesquelles il paraîtrait que nos braves se seraient réfugiés après une mémorable défaite dans leur pays. Nous ne pensons donc pas qu'il faillie attribuer absolument ni à notre contrée ni aux provinces rhénanes le souvenir exclusif de nos immortels aventuriers. Leur migration forcée d'une contrée à l'autre aura naturellement porté les Trouvères à placer leurs scènes merveilleuses sur le sol où le pouvoir de Charlemagne, dont ils ont fait le principal antagoniste des fils d'Aymon, était le plus actif et le plus

(o) Art de vérifier les dates, XVI, 145.

sujet.

continuel. Il n'y a donc que quelques noms à changer, soit de personnes, soit de lieux, pour retrouver la vérité historique et la démêler des poétiques fables qui en ont fait un jeu d'imagination.

Nous avons vu qu'en 838 Emenon ou Avmon, comte de Pond histoii.iue Poitou, se posant en antagoniste de Louis le Débonnaire, avait proclamé à Poitiers la royauté en Aquitaine de Pépin II, mais que celui-ci succomibant peu après sous les efforts de la politique et de la force, il s'était vu dépouillé de sa dignité et obligé de se réfugier près de son frère Turpion, qui était alors comte d'Angoulême(fl). Il succéda à ce frère, comme nous le verrons en 863, et devint en môme temps comte du Périgord, qu'il garda jusqu'en 866, où il mourut. C'est lui-même qui aurait eu pour fils les quatre héros qui nous occupent, et dont l'histoire n'a pas afïïrmé la descendance aussi sûrement que la légende se plaît à l'établir. Ce serait, à en croire cette dernière, d'abord Renaud de Montauban, le plus remarquable, puis Alard ou Adelard, dans lequel on voudrait voir le fameux abbé de Corbie, et enfin Guichard et Richardet, les plus jeunes, mais aussi valeureux que leurs aînés. On ne voit guère ce que ces jeunes seigneurs, nés sur les bords de la Dordogne, auraient été faire dans les Ardennes des Carlovingiens, quand leur rôle, comme fils d'un comte opposé à Louis le Débonnaire et à Charles le Chauve, les rattachait bien mieux à l'Aquitaine et au Périgord. Cet abandon d'un théâtre où leur bravoure devait les retenir ne pouvait qu'être nuisible à la guerre prolongée avec tant de succès en faveur du jeune roi, dont leur père protégeait la couronne. Toujours est-il que cette translation s'est faite sans que le poète se méfiât plus de ses données géographiques que de sa chronologie même ; car les noms de Montauban (47), de Mussidan (48), de Terrasson (49), de Dordone et d'çiutres encore se trouvent transplantés bien loin du Périgord, qui les

(a) V. ci-dessus, ad mm. 838.

réclame, et s'y dépaysent au profit des forêts et des montagnes du Nord.

Action du poème. D'aprés le légendaire, Charlemagne, sans lequel ni lui ni ses imitateurs à venir ne pourront concevoir un poème héroïque, vient de faire tuer Beuves d'Aigremont, père de l'enchanteur Maugis. Renaud, neveu de Beuves, reproche à l'empereur ce meurtre, et s'en venge en brisant la tête de son neveu Bertholain ; puis il s'enfuit, suivi de ses trois frères, et arriva à Dordone, où sa mère, alarmée des vengeances possibles de Charlemagne autant que de la malédiction paternelle encourue par ses quatre enfants, leur conseille de se réfugier dans les Ardennes. Si l'on compare ces données à l'histoire contemporaine, on se demande comment Emenon ou Aymon a pu maudire ses quatre fils pour un acte d'hostilité envers un prince dont il s'était fait l'ennemi ; on cherche en vain ce château de Dordone aux environs d'Aix-la-Chapelle, et l'on voit bien que les Ardennes, devenues le refuge des proscrits, ne sont ....... pas les plus voisines du palais impérial. Cette invraisem-

En quoi 1 histoire y ^ ^ ^ '^

est contredite, blaucc n'apparaît que très peu aux yeux de l'auteur, qui

trouve dans ces profondes vallées et ces hautes montagnes, dans ces bois élevés et touffus qu'avoisine la Meuse, un théâtre où la chasse et la pêche fournissent abondamment ses fugitifs de saumons et de sangliers. C'est sur une montagne baignée par ce fleuve qu'ils se construisent, pendant sept années, un château fort, auquel l'aîné des quatre frères donne son nom (50). C'est cet aîné qui paraît toujours à la tête des expéditions et qui soutient tous les assauts auxquels ses frères ne prennent pas moins de part sous sa conduite. Avec eux, il défend sa forteresse contre Charlemagne, qui vient les y assiéger dés qu'il apprend qu'elle leur sert d'asile. En vain le magicien INIaugis, cousin de Renaud et fils de Beuves, emploie tout son art pour la défense de la place, qui tient longtemps. Il est dans la destinée de l'illustre empereur de maîtriser tous les obstacles ; et enfin Renaud, obligé de céder,

abandonne un poste qui n'est plus tenable ; ses trois frères ne s'échappent avec lui qu'à la faveur des épaisses forêts qui les environnent. Toutes sortes d'épreuves les attendent dans ce désert, d'où cependant ils épouvantent les environs par des faits de sfuerre où leur valeur se si2:nale. D'ailleurs, le Et la fabie mêiée à

^ ^ ' la vérité.

merveilleux vient seconder leurs entreprises. Ils ont trouvé un cheval extraordinaire, d'une force extrême qui s'augmente en proportion des fardeaux. Ce Bavard est fée, et rien ne peut ni l'arrêter, ni l'abattre ; aussi le montent-ils tous quatre à la fois, pendant que leurs trois écuyers chevauchent à leur suite, chacun sur un cheval différent, qu'il leur faudra bientôt manger, faute de vivres. Cette vie si rude a duré sept autres années. Ils s'en lassent enfin, reviennent à Dordone, où leur mère les reconnaît à peine, tant ils sont défigurés par les souffrances. Mais là est encore leur vieux père, Aymon, que son serment lie toujours à Charlemagne, et qui les chasse de sa présence pour ne pas manquer de fidélité à son souverain.

C'est alors la Gascogne qui devient le théâtre des aventures de nos proscrits , toutes plus merveilleuses les unes que les autres. Enfin ils se dispersent après plusieurs victoires de Charlemagne ; trois d'entre eux se retirent en diverses solitudes où ils vivent en ermites ; Maugis luimême va cacher sa vie dans une caverne des Ardennes, où il ne songe plus qu'à sauver son âme, et Renaud, qui se dirige vers Cologne et qui s'y emploie à la reconstruction de la cathédrale, y vit dans la pratique des vertus chrétiennes, et passe avec une réputation populaire de sainteté dans les annales des biographes (51).

On voit, par les principales péripéties de ce récit, comment les quatre fils Aymon durent être originaires du Périgord, puisque la Dordogne n'a jamais coulé parallèlement à la Meuse ; comment ils y reviennent après de longues et difficiles aventures, et pourquoi leur biographe, reportant leurs exploits à l'époque où florissait Charlemagne, a dû les faire agir dans le pays que ce prince habitait plus ordi-

nairement. Il les eût laissés probablement en Gascogne, s**!! avait voulu garder plus fidèlement la chronologie de Louis le Débonnaire et de Charles le Chauve ; mais la gloire du grand monarque effaçait trop la gloire déjà ternie de ses descendants pour qu''on songeât à suivre une autre filière, celle-ci étant déjà commune aux romanciers, qui groupaient de préférence autour de lui ces grands coups d'épée, ces voyages périlleux et ces hasards magiques si communs dans les ingénieux prédécesseurs de TArioste et du Tasse. On ne croyait pas, pendant les trois siècles qui retentirent du nom glorieux du fils de Charles-Martel, qu'un personnage épique fût assez glorieux lui-même s'il n'avait pour protecteur ou pour adversaire le héros qui avait dominé son siècle et porté si haut le royaume des Francs. Quel est l'auteur de C'cst douc uu foud liistoriquc ct Vraiment aquitain que

ce récit, et son époque, i^. ,,, iy-v m a

la table héroïque des Quatre jiLs A y mon. A travers les ombres que la mythologie chevaleresque y répand sur la vérité, nous y avons vu poindre des faits, des personnes et des lieux qui nous ramènent aux pages les plus acceptées de nos propres annales. D'aiUeurs, on avait beau jeu de créer des chimères sur des temps merveilleux déjà séparés par près de quatre siècles de celui où elles étaient mises au jour. C'est au xii^, et sous le règne de Philippe-Auguste, que Huon de Viheneuve, dont on ne sait ni l'origine ni la vie, donna, après plusieurs autres romans de chevalerie, celui dont nous venons de parler. Il composa aussi un autre livre de même genre intitulé : Regnault de Mantauban, évidemment inspiré par le souvenir des Ardennes, et dans lequel il amalgame aux contemporains de Charles le Chauve plusieurs chefs de la croisade entreprise contre Saladin en 1189.

N'oublions pas cependant que ces poèmes n'eussent pas été traités avec cette ampleur homérique lorsque Pépin II résidait aux premiers jours de sa royauté dans ce château de Dordone, où nous l'avons quitté. Il aurait eu alors ses cantilénes dans le genre et le style de celles que nous avons

VU consacrer à la mémoire de Hugues PAbbé et des autres héros morts sur le champ de bataille. Les Chansons de gestes vinrent bientôt après, au ix® siècle, et furent suivies par les poèmes plus laborieux des Trouvères aux x^ et xr, et au xii^ des ménestrels (a).

Ces détails nous ont entraîné un peu loin de la suite de nos événements. Mais il ne fallait pas les oublier, puisqu'on y trouve un intéressant spécimen de notre littérature locale et des noms héroïques, dont il était bon de restituer à notre pays les attachants souvenirs.

(o) Cf. Hist. littér. de la France, t. XVI. — M. Aubertin, Hist. de la langue et de la littérature françaises au moyen âge, t. I, p. 147 et suiv. — Et surtout M. Angcl Fayotte, Origine des villes de Ribéirac, Mussidan, etc. (Analyse d'une Etude historique de M. Balguerie), p. 16 et suiv. In-S», Ribérac, 1881.

Malines, Melchliniaj Malinœ, grande ville de 20,000 âmes, appartenant aujourd'hui à la Belgique, à quatre lieues Nord-Est de Bruxelles.

Note 2

Sandwich, Rutupiœ portuSj ville maritime de 6,000 habitants, dans le comté de Kent, à cinq lieues de Cantorbéry,

Note 3

Saint-Gall, Monasterium Saneti Galli, abbaye de Bénédictins fondée en 614 par saint Gall , disciple de saint Colomban , dans une solitude profonde, à l'extrémité méridionale du lac de Constance, et qu'on nommait alors Durgandum. C'est aujourd'hui une ville de 15,000 âmes, capitale d'un canton de la Suisse. C'est dans la bibliothèque de cecte abbaye que furent découverts, en 1413, les manuscrits originaux de Quintilien, Silius Italiens, Valerius Flaccus, Ammien- Marcellin, et les traités de Cicéron Des Lois„ et De l'Orateur.

Note 4

Mantes, Medanta, sur la rive gauche de la Seine, à 12 lieues de Paris; elle était forte et entourée de murs épais. Soùs-préfecture de 5,000 âmes du département de Seiae-et-Oise. Cette ville passe pour avoir appartenu aux Druides.

Note 5

Eponne, lieu ancien, situé sur la rive gauche de la Seine, à 2 lieues Sud-Est de Mantes; aujourd'hui bourg de 1,000 âmes, dans Seineet-Oise.

Note 6

Strasbourg, Strasburgum , Argentoratum. C'était le passage le plus ordinaire entre les Gaules et la Germanie. Cette ville, déjà importante sous les Romains, était la capitale de l'Alsace, dont les peuples s'appelaient Trihoei. Avant 1870, elle était, depuis

la réunion de l'Alsace à la France en 1681 par Louis XIV, et par suite du traité de Riswick, capitale de cette province. Elle devint, en 1790, chef-lieu du Bas-Rhin, et elle l'était encore, avec une population de plus de 50,000 âmes, quand une des plus grandes humiliations que la France ait subies la fit retomber, avec tout le territoire qui en avait fait une province du Saint-Empire, aux mains de TAllemagne,.. Que Dieu pardonne à ceux qui l'ont fait!

Note 7

Pro Deo amur, et pro Christian poblo, et nostro commun salvamento, distdi in avant, in quant Deus savir et podir me dunat, si salvareco cist meon fradre Karlo, et in adhjuda, et in cadhuna cosa, si cum om per dreit son fradra salvar dist, in o quid in mialtre si fazet. Et ab Ludher nul plaid numquam prindrai qui meon volcist meon fradre Karle, in damno sit.

On voit, par ces quelques lignes, que la langue romane était déjà dénaturée elle-même dans ses rapports avec le latin , que le peuple ne savait plus parler dans sa pureté, et qu'il remplaçait déjà par quelque chose qui se perfectionna plus tard, des idiomes variés du Midi. C'est de là que vient la langue française, laquelle a conservé cependant , à travers ses lentes et nombreuses transformations , moins de rapports avec le français d'aujourd'hui qu'avec l'idiome encore en usage chez les peuples du Languedoc, de la Gascogne, de la Provence et même de la Catalogne. (V. Nithard, De dissentionlbuSj etc., lib. IIL — Guizot, III, 470.)

Note 8

La Saône, Arar^ Araris, Sançona, a sa source dans les Vosges, en Lorraine', à 4 lieues au-dessus de Darnay, et se jette dans le Rhône au-dessous de Lyon, dans l'ancienne abbaye d'Aunay.

Note 9

Mâcon, MatlseOj ville importante de l'ancienne Gaule lyonnaise, chez les yEdui. Son premier évêque ne date que de 536 à 553. Elle était de la Bourgogne ; chef-lieu aujourd'hui de Saône-et-Loire, baignée par la Saône, et peuplée de 12,000 âmes.

Note 10

Ile d'Ancila ; elle porte aujourd'hui le nom à! Ile de la Palme. C'est une des plus considérables de la Saône. Plus tard elle appartint à la célèbre abbaye voisine de Tournus, à qui Guillaume II, comte de

Mâcon, la donna en 1210. — V. le Guide pittoresque du Voyageur en France^ département de Saône-et-Loire, p. 7.

Note 11

Adhémar de Chabannais, dans D. Bouquet, Script. Rer. Gallie., VI, 265. — Cet auteur, que nous citons ici pour la première fois, était un moine de Saint-Martial de Limoges, dont le surnom vient de son lieu de naissance, Chabannais, chef-lieu de canton de la Charente, sur la Vienne. Adhémar ou Aymar écrivit une Chronique de France^, qu'il commença à l'entrée de Pharamond dans les Gaules et conduisit jusqu'en 1029, étant mort l'année suivante dans un voyage en Terre-Sainte. Sa chronique, insérée par le P. Labbe dans sa Bibliothèque des Manuscrits , se trouve en grande partie disséminée dans VHistoire des Comtes de Poictiers, de Besly. Elle est fort succincte, et se contente le plus souvent de citer les faits historiques ; mais elle a cela d'utile qu'elle indique toutes leurs dates, dont un très petit nombre peut être contesté.

Note 12

Saint-Sernin. Ce monastère avait été fondé, vers la fin du iv^ siècle, sous le vocable de saint Saturnin, martyr, qui avait été le premier évêque de Toulouse, et dont le nom actuel n'est qu'une contraction du premier.

Note 13

Messac, MessiacuSj commune du canton de Bain, a 2,500 âmes, près de la Vilaine.

Note 14

Blain, chef-lieu de canton, à 2 lieues Nord-Est de Savenay, bourg considérable de 2,500 habitants. Au ii" siècle, ce lieu devait garder en grande partie l'importance qu'il avait eue sous les Romains. Alors cinq voies romaines y aboutissaient, et le sol conserve encore de nombreux débris de l'époque gallo-romaine. La direction de ces cinq voies n'est plus parfaitement connue par suite de leurs destructions successives. On a seulement, dans ces derniers temps, très bien distingué l'une d'elles allant à Nantes, et une autre conduisant à Vannes. (Leroyer, Notice sur la Loire-Inférieure^ p. 106 et suiv.)

Note 15

V. Tableau généalogique de la famille de saint Guillaume ^ dans Mauléon, Les Carlovingiens„ II, 124. — Dufour observe avec

justesse que D. Vaissette n'a pas assez distingué ce Bernard du marquis de Septimanie de même nom. Ce qui a pu causer l'erreur du savant Bénédictin, c'est que la mort de l'un et de l'autre date de 844, comme nous ne tarderons pas à le voir. (V. les Appendices du liv. III de Dufour, Manusc.j mihij p. 3.)

Note 16

Spire, Notiomagus Nometum, capitale des Nomates, sur le Rhin, dans la première Germanie. Elle a 6,000 âmes, et appartient aujourd'hui à la Bavière.

Note 17

Worms, Vermetio Borbetomagus , dans la Gaule Belgique, capitale des Vaugiones, ce qui la fit nommer Augusta Vaugionum jusqu'au temps de Charlemagne. Elle eut un évêché dès le iV siècle, et était d'une certaine importance, occupant la rive gauche du Rhin; elle a 6,000 âmes, et appartient à l'Allemagne.

Note 18

Mayence, ancienne Moguneiaeum, puis Moguntia, fondée sur la rive gauche du Rhin, vis-à-vis l'embouchure du Mein, épiscopale au III* siècle, et métropole en 745. Elle fut métropole de la première Germanie et siège d'un gouverneur des Gaules sous les Romains. On attribue sa fondation à Drusus, frère de Tibère.

Note 19

Saint-Martin-de-la-Guerre, Sanctus Martinus de BellOj, ainsi nommé des reliques du saint , en souvenir de la victoire remportée sous sa protection. — On a nommé depuis, très maladroitement, Saint-Martin-le- BeaUj cette localité pourvue dès lors d'une église. C'est aujourd'hui une paroisse de 500 habitants, dans le canton d'Amboise (^Indre-et-Loire). C'est ce lieu que quelques-uns ont pris à tort pour le théâtre de la bataille de 732. (Voir ci-dessus, t. III, p. 297.)

Note 20

Indret, Antrum^ Antriginum, est une petite île de la Loire, située en face de la BasseJndre, petit port à 2 lieues à l'Ouest de Nantes. Dans cette île, qui n'a guère qu'un quart de lieu de circonférence, fut bâtie, en 696, une abbaye de Bénédictins, par saint Erbeland, moine de Saint-Wandrille. Il y amena douze religieux et y construisit deux églises, l'une de Saint-Pierre, l'autre de Saint-Paul. Ce

monastère était connu depuis longtemps sous le nom ài'Aindre ou Aindrette ; c'est sous ce nom qu'en parlent les historiens modernes. (V. Longueval, VII, 104.)

Note 21

Le Croisic, Corhilum, Croeiliacum, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Savenay (Loire-Inférieure), a 2,500 habitants, et occupe la pointe d'une belle rade qui se développe en hémicycle sur l'Océan. C'était, en 813, une île très rapprochée du continent, et qu'on y joignit plus tard, grâce aux mouvements de la mer. Sa population, toute de marins, s'emploie à la pèche.

Note 22

L'Autise, Altisia, sort des collines qui s'élèvent à l'Ouest du bourg de Mazières, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Parthenay (Dèux-Sèvres), passe aux Groseillers, à Xaintrai, à Ardin, et entre dans le département de la Vendée, où elle baigne Saint-Hilaire-des-Loges et Nieuil, se perd au pont d'Oulmes et reparaît à 3 ou 4 kilomètres plus bas, pour aller, divisée en deux branches, enfermer l'île de Maillezais, et tomber dans la Sèvre- Niortaise à Maillé même.

Note 23

Noviheria. Le nom de Novlheria fut donné à cette ville en 817,

quand les moines de Déas y firent une halte en transportant les

restes de saint Filibert à Cunaut, comme nous le verrons bientôt.

Par ce fait même, le lieu d'asile devint comme une nouvelle île

d'Hério. Mabillon l'avait pris pour Vihiers, autre localité de l'Anjou

qui en diffère beaucoup. C'est aujourd'hui un chef-lieu de canton de

Maine-et-Loire de 800 habitants, et de l'arrondissement de Saumur,

qui n'en est éloigné que de 3 lieues vers le Nord-Ouest. Noviheria

avait alors une église de Saint-Vétérin, qu'il ne faut pas confondre

non plus, comme quelques-uns l'ont fait, avec Saint- Varent, dans

les Deux-Sèvres.

Note 24

V. La Fontenelle, qui contredit cette narration d'un témoin oculaire, sous prétexte que l'île ne pouvait contenir un grand nombre de religieux {Rois et Dues d'Aquitaine^ p. 252).

Note 25

LaCorogne, Coruna, Coraniunij, éiSiit dès lors, comme aujourd'hui, une riche et forte ville de la Galice, dans une péninsule de l'Océan. Elle est peuplée de 21,000 habitants.

Note 26

Ce lieu est appelé, par Grégoire de Tours, MisilinOj et aujourd'hui, dans le pays de Tarbes, saint Meselin. Une procession s'est faite chaque année depuis ce temps, le 24 mai, à Tarbes, en souvenir de cette délivrance. Sa fête est le 7 mai. — V. Grégoire de Tours, De Gloria Confessor, c. xlix. — M»"" Guérin, Vie des Saints, au 7 mai. — Daveza et Macaïa, Essais historiques sur le Bigorre, t. I, p. 52. — Art de vérifier les dates, IV, 240.

Ce saint Herbeland ou Hermeland, appelé encore Erblain ou Erbland, est honoré dans les diocèses do Nantes et d'Angers, le 25 mars, qui est le jour de sa mort en 720, à Nantes. Il a aussi une fête au diocèse de Rouen, le 18 octobre, jour sans doute de quelque translation de ses reliques. (V. D. Lobineau, \ies des Saints de Bretagne, t. II, p. 179 et suiv.)

Note 28

Tournus, Threnorchium et Tenurtiiinij chef-lieu de canton de Saône-et-Loire, peuplé de 5,500 habitants, dans l'arrondissement de Mâcon, à 5 lieues de distance entre cette ville et Chalon-sur- Saône, et sur la rive droite de cette rivière. C'était, d'après la carte de Peutinger, un village des Eduens, dans la Gaule celtique. Saint Valérien y avait été martyrisé en 179, et le roi de Bourgogne, saint Contran, y avait élevé, vers 580, une abbaye sous le nom de ce saint, en place d'une simple chapelle que desservait un seul prêtre du temps de Grégoire de Tours. — Nous verrons comment, en 975, cette abbaye fut donnée aux religieux de Saint-Filibert.

Note 29

Coulaines est l'ancienne Villa Colonia. Ce Coulaines est devenu une paroisse de la Sarthe, à une lieue au Nord du Mans, ayant une population de 6 à 700 âmes.

Note 30

Ferrières, Ferrariœ, abbaye bénédictine fondée en 630, dans le Gâtinais, sous le double vocable de Notre-Dame et de saint Pierre. Aujourd'hui commune de 5,600 âmes, à 3 lieues Nord de Montargis (Loiret). Ce Loup de Ferrières, ainsi appelé de ce monastère dont il

devint abbé en 842, était né aux environs de Sens, avait étudié à Fulde sous Je célèbre Raban-Maur, et embrassa, jeune encore, la vie monastique à Ferrières. Ses œuvres furent publiées par Baluze en 1664; on y trouve l'intéressant recueil de Lettres qui, avec ses ouvrages théologiques, nous ont laissé sur l'histoire de son temps une foule de détails qui nous ont souvent éclairés dans quelques-unes des notes précédentes, et qui nous serviront encore dans certaines autres qui suivront. Ce fut un des plus élégants prosateurs du ix® siècle; il mourut en 862.

Note 31

On ne trouve pour la première fois cette grave accusatioa contre Charles que dans un fragment d'une Chronique d'Odon Aribert, qu'on ne peut attribuer, d'après D. Vaissette, qu'au xi" siècle, où l'on commençait à écrire en langue romane, qui est celle de cette chronique. Or, tous les chroniqueurs du ix^ siècle que nous suivons ici, et que nous avons souvent indiqués, ont écrit en latin. Il y a donc deux cents ans entre Aribert et les événements qu'il raconte. Où les avait-il pris? C'est pourtant cette version aussi improbable que bâtarde qu'ont préférée Mauléon (p. 244), La Fontenelle (p. 260), Fauriel, dont ce dernier fait toujours plus de cas qu'il ne mérite souvent, et quelques autres qui ont eu plus de goût pour la tragédie d'Aribert que pour le drame déjà assez lugubre des Annales de Saint-Bertin et de Réginon. M. de Beauchamp, dans la Biographie universelle de Michaud (t. IV, p. 277j, affirme « que les plus habiles historiens n'ont pas fait difficulté d'admettre les circonstances de la mort de Bernard. » Nous voyons ici que les contemporains n'en ont rien dit; que Dom Vaissette les réfute, et Daniel, qui raconte le fait sans ces détails fabuleux, est certainement assez habile pour qu'on puisse adopter son sentiment, qui est le nôtre.

Note 32

Saint-Benoît-sur-Loire, abbaye bénédictine fondée avant 650, et d'abord nommée de Fleury, Floriacense, à cause de sa belle et riante situation sur le fleuve. Elle est à 10 lieues au Sud-Est d'Orléans, dans un bourg du Loiret, ayant une population de 2,000 âmes.

Note 33

Curçay et non Curzay, comme l'écrit La Fontenelle, ce qui le ferait confondre avec cette dernière localité, qui n'est pas moins

ancienne, mais se trouve dans le territoire de Lusignan. (V. Mém. des Antiq. de l'Ouest, X, 385.)

Cureiaeum, Curçay, paroisse de 600 âmes , canton des Trois- Moutiers, arrondissement de Loudun (Vienne).

Note 35

Antoigné, Antoniacum, lieu fort anciennement connu, était sur la Dive, et appartenait à l'Anjou, dont il occupait la Marche poitevine, à trois lieues au Nord-Ouest de Curçay. — Au reste, il ne faut pas confondre ce village d'Antoigné avec celui qui se trouve sur la rive gauche de la Vienne, aune lieueauNordde Châtellerault.

Nous parlons ici de Prévôté. Ce terme exprimait une sorte de dignité équivalante à celle d'un prieur, et que certains monastères employaient comme synonyme de prieur. Avec le temps, on arriva jusqu'à la donner à tous les chefs de corps, par exemple dans les Chapitres, où le doyen était, selon les usages des lieux, appelé aussi prévôt (prœpositus , chef, préposé). Depuis Philippe-Auguste, au XI* siècle, ce titre prit de l'extension et s'appliqua à des magistrats civils et judiciaires. Il y eut un grand prévôt de la maison du roi, qui avait juridiction sur tout le palais royal, un prévôt de Paris, qui y exerça toutes les fonctions administratives. Ce qu'on appelait maire dans toutes les villes fut le prévôt à Paris et à Lyon, mais le prévôt des marchands, parce qu'il était élu par la bourgeoisie et le commerce. (V. Piganiol, Hist. de Paris; Chéruel, Dictionnaire des Institutions de la France.)

Note 36

Saint-Léger-de-Montbrun est à 2 lieues au Nord-Est de Thouars. C'est un bourg de 900 habitants. Vrère en est très rapproché, et possède une source sulfureuse qu'on y laisse inutile.

Note 37

La chappe était alors et resta longtemps après une sorte de robe à larges dimensions, garnie d'un capuchon qui garantissait la tête de la pluie comme le reste du manteau en préservait tout le corps. Le large manteau actuel des Dominicains peut en donner une idée très exacte. Ce manteau, jeté par les moines sur leur costume

monastique, était commua à toutes les coaditioas, qui s'en servaient surtout pendant l'hiver contre le froid et la pluie. La chappe actuelle conservée dans certaines parties' des offices liturgiques est un souvenir de celle de nos aïeux.

Note 38

Saint-Quentin, Sanetus Quintinus Veromanduensis ^ fondée vers 497 comme ermitage, mais devenue abbaye en 650. — Elle touchait à la ville de Noyon (Oise).

Note 39

Saint-Bertin, Sanetus Bertinus, construite en 626 au diocèse de Saint-Omer (Pas-de-Calais), en un lieu nommé d'abord SitJiiu, près de la ville actuelle. C'est là que furent écrites les Chroniques et les Annales de Saint-Bertinj que nous avons citées si souvent.

Note 40

Bignon nous semble, et non sans raison, si l'on observe les distances et les traditions du pays, avoir occupé le sol couronné jadis par le château de Bégon. Ce n'est plus à présent qu'un petit monticule flanqué d'une ferme, au bord du Blésou, dont nous allons parler dans la note suivante. '

Note 41

Le Bléson prend sa source aux Brouzils, canton de Saint- Fulgent (Vendée), et va se jeter dans la Sèvre-Nantaise, près et au Nord-Ouest de Saint-Fiacre, après avoir traversé le territoire de l'Herbergement, de Saint-André-Treize-Voies, de Remouillé et d'Aigrefeuille, ne coule guère à plein bord qu'en hiver, et reste souvent à sec pendant une grande partie de l'été.

Note 42

Marnes, Marnœ, bourg des Deux-Sèvres, du canton d'Airvault, à 4 kilomètres Est de Moncontour, sur la limite de la Vienne. Il a 800 habitants.

Note 43

La Dordogne, Durania, est la plus belle rivière de France après ses cinq grands fleuves. Elle a sa source dans les monts Dore (Puy-

de-Dôme), puis se dirige de là vers le Cantal, qu'elle sépare de la Corrèze pendant plus de 30 kilomètres en coulant dans des gorges très étroites et très profondes; elle parcourt ensuite les départements delà Corrèze et du Lot, traverse dans toute sa longueur celui auquel elle donne son nom, et va se joindre à la Garonne au Bec-d'Ambès (Gironde). — La Dordogne fut appelée Dordone jusqu'au xvm'' siècle.

Note 44

Castillon-sur-Dordogne, chef-lieu de canton de l'arrondissement et à 35 lieues Nord-Ouest de Libourne. Elle a 3,000 âmes. On y voit, outre les ruines de son fameux château, un monument commémoratif de la défaite des Anglais en 1453, dans une bataille où fut tué avec son fils le général Talbot, comte de Shrewbury et de Waterford. (Voir toutes les Histoire d'Angleterre^ ad ann. 1453.)

Note 45

Cadouin, Caduinum, Cadunium, abbaye de Cluny, fondée en 1114 en Périgord, au diocèse de Sarlat; aujourd'hui chef-lieu de canton de l'arrondissement de Bergerac (Dordogne).

Note 46

Ardennes, Ordunœ, grands bois. V. M. Balguerie, Introduction, p. 10 et 20 de son Origine de la légende des quatre fils Aymon. — Maury, Hist. des grandes forêts de la Gaulej 167, 177 et 287.

Note 47

Montauban, village de 400 âmes, dans la Haute-Garonne, chef4ieu de commune du canton de Bagnères.

Note 48

Mussidan, chef-lieu de canton de 2,300 âmes, dans la Dordogne, arrondissement de Ribérac. Elle figure dans l'histoire de ce pays dès l'an 980.

Note 49

Terrasson, chef-lieu de canton de la Dordogne, de 3,000 âmes, arrondissement de Sarlat. Nommée Terracina en 512. Elle est sur la Vézère, et posée sur une éminence qui contribuait beaucoup à la fortifier.

Note 50

Château-Renaud ou Régnault, petite ville de 2 à 3,000 âmes, sur une montagne dont le pied est arrosé par la Meuse. Elle appartient au département des Ardennes.

Note 51

Il faut dire pourtant que ce saint Renaud, Regnaud ou Reignold est assez difficile à rencontrer dans ceux qui ont écrit la vie des saints. Il semble donc que notre héros n'ait été canonisé que par les auteurs du poème, lesquels auront trouvé une issue convenable à ses hauts faits de le faire mourir après une vie où se seraient mêlées héroïquement les prouesses de la chevalerie et les œuvres de la sainteté. Toujours est-il que les Bollandistes n'osent pas l'accepter, et que les mart^'rologes qui en parlent, semblent le mentionner sans une sécurité suffisante, puisque aucun d'eux n'indique le jour où sa fête sera célébrée.

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