DOIS
Cette imposante cérémonie finit par une acclamation Nouvelles proposi-
. . lions (le paix faites à
générale ; prmces et soldats témoignèrent une grande joie Loitaire. de cet événement. Il restait cependant encore aux deux frères à tenter une dernière démarche prés de Lothaire afin de ramener à un accommodement sans lequel il n'y avait qu'à redouter de sa part quelque nouvelle entreprise. Pendant qu'ils envoyaient vers lui pour lui faire des propositions de paix, ils voulurent donner à l'armée et au peuple un délassement dont le souvenir consacrât ce qui venait de se passer. Nous devons le mentionner comme étant le premier exemple de ces tournois qui devinrent ensuite si célèbres et varièrent les pages historiques de notre nafion comme autant de curieux intermèdes à des événements qui n'avaient pas toujours des apparences aussi pacifiques.
La noblesse qui entourait les princes aimait surtout ces prigine des tourjeux guerriers qui allaient à son tempérament et que les peuples du Midi affectionnaient par dessus tout. En cette circonstance, rien ne manquait à un tel divertissement, ni les acteurs, ni les spectateurs, ni la lice aux vastes dimensions. On y développa l'image fidèle d'une guerre véritable avec toutes ses phases, tous ses caractères, toutes ses péripéties. Ce furent des combats simulés où les uns couverts de leurs boucliers marchaient à l'attaque des autres ou se dérobaient à leur poursuite ; l'infanterie cédait aux efforts des cavaliers qui pliaient à leur tour, puis revenaient à la charge et regagnaient le terrain qu'ils avaient perdu. Les deux rois ne restèrent pas simples spectateurs de cette mêlée inoftensive. Ils s'y associèrent à la jeune noblesse et attirèrent l'attention avec les applaudissements de tous les ordres par l'ardeur dont ils donnèrent l'exemple. Le choc de leurs armes, le cliquetis de leurs lances et de leurs épées excitaient l'admiration des spectateurs. La joie universelle ajoutait à ces scènes bruyantes un caractère de modération qui ne se démentit pas un instant, et parmi un si grand nombre d'étranger, nul ne fut blessé ; rien n'altéra la bonne intelligence des combat-
tants (a). On voit que c'était une de nos petites guerres actuelles.
Loihaire refuse la Après quelqucs jours passés en ces exercices militaires,
paix et pille Aix-la- . . , .-i
Chapelle. Ics jeuues rois se rendu^ent a Worms, ou ils voulurent
attendre la réponse que leurs ambassadeurs devaient rapporter d'Aix-la-Chapelle. Ceux-ci, nous le savons, devaient y porter des propositions de paix. Le malheureux prince ne voulut même pas les entendre. A cette nouvelle, Farmée toute entière, encore pleine de l'enthousiasme qui s'était emparé d'elle dans la scène émouvante de Strasbourg, demanda à grands cris d'aller combattre l'auteur de tous les maux de la France. Lothaire s'était retranché à Sainsik, village près d'Aix-la-Chapelle, dont il avait fait un camp de défense. Les abords en étaient empêchés par des troupes posées sur la rive gauche de la Moselle ; les princes s'y portèrent le 17 mars 842, renversèrent ces premiers obstacles, et se disposèrent à faire payer cher à ce frère ingrat le mépris qu'il faisait de leurs ambassadeurs. Celui-ci, instruit de la déroute de ses serviteurs, quitte
Sa fuite honteuse . . a • i r~ii n
devant ses frères. SOU camp, revicut a Aix-la-Chapclle, et n y osant attendre l'ennemi, il en enlève tous les trésors, y compris ce qu'il y avait de plus précieux dans l'église Notre-Dame, que Charlemagne s'était complu à construire et à enrichir. Dans cette église était une vaste table d'argent, faite par ordre de l'illustre aïeul, où étaient représentés en bas-relief les deux globes avec toutes leurs divisions géographiques et astronomiques. Il brisa ce chef-d'œuvre remarquable, en distri-bua les débris avec d'autres largesses à ses troupes et à ses partisans, qui, le lendemain, n'en refusèrent pas moins de le suivre lorsque s'échappant, par Châlonssur-Marne et par Troyes, où tout le pays s'était soulevé contre lui, il gagna Lyon, d'où il comptait se réfugier plus vite, au besoin, dans son royaume d'Italie.
Les deux rois étant arrivés à Aix-la-Chapelle, qui était
(a) INithard, liJj. III, in fin.; — Guizol, III, 481 ; — Mauléon; — Daniel; — Mézerai, in h. ami.
toujours le centre de l'empire, et où ils comptaient imposer des conditions définitives, ne s'y arrêtèrent pas, poursuivirent Lothaire, et résolurent de terminer avec lui tout différend en le faisant déclarer déchu par une diète de l'empire. C'était Punique moyen légal de détacher les peuples de sa cause en lui enlevant authentiquement les droits ou qu'il avait eus, ou qu'il prétendait avoir sur tout le pays, en deçà des Alpes et d'au delà du Rhin. On ne lui contesterait pas son royaume d'Italie, mais on le contraindrait d'y demeurer pour ne plus troubler la paix de personne.
C'est ce que les deux rois obtinrent des évêques aussitôt n est dépossédé de
^ 1 lempire.
consultés par eux sur la légitimité de cet arrangement. Nous Raisons politiques
de cette mesure.
ne reviendrons pas ici sur les raisons qui, dans un empire électif, où le peuple était appelé à se prononcer, où les évêques, c'est-à-dire la partie la plus éclairée de la nation, étant surtout consultés d'après la constitution même du pays, autorisaient cette décision dont nous avons vu d'autres exemples applaudis par le pays tout entier. C'est toujours dans le même esprit d'opposion calculée que, par un mensonge politique appelé libéralisme, certains auteurs ont contesté la justice d'une telle décision. Oublions la passion qui inspire ce faux raisonnement; jugeons, d'après les institutions du temps, l'esprit national, la législation en usage ; oublions le gallicanisme du xvii^ siècle et le système révolutionnaire du xix^, et nous reconnaîtrons qu'au ix^ la paix de plusieurs royaumes, la stabilité des pouvoirs et le bonheur des peuples ne pouvaient recourir à une politique plus élevée et plus digne d'une nation chrétienne.
Quand Lothaire se vit ainsi traqué en dehors de toute Ruses de Lothaire autorité sur la France et la Germanie, il comprit la nécessité d'abandonner son système abusif d'entêtement, et n'hésita pas à prendre Tinitiative de propositions qui pouvaient avoir pour résultat d'améliorer ses affaires. Quoique déchu de l'empire, il feignait de ne compter pour rien cette déchéance, et demandait qu'à titre d'empereur et d'aîné de la famille, un nouveau partage lui fît donner un peu plus du tiers des
pour y échapper.
provinces contestées, à l'exception de la Bavière et de l'Aquitaine, où chacun conserverait ce qu'il avait déjà. Louis et Charles accueillirent ces nouvelles exigences et renoncèrent, par une condescendance dont ils devaient se Conférence de Ma- repentir, au dernier partage qu'ils s'étaient fait. En consé- Qui lui rend son qucucc, il S sc donnèrent rendez-vous dans une île de la
itre et augmente son ^ . ,„, . . i -» t a in.\ , i - i * •^ , \
îrritoire. Saoue (8), voisuie de Maçon (9), et appelé alors Ancila (10).
Lothaire s'y trouvait alors, comme ses frères à Chalon-sur- Saône, d'où ils se pressèrent de partir. Arrivés au heu de la conférence, ils se promirent une mutuelle amitié, et ne se séparèrent qu'après s'être engagés à nommer chacun quarante députés qui se réuniraient à Metz pour régler définitivement la portion de territoire qui devrait appartenir à chacun. Il fut provisoirement arrêté que Charles posséderait toute la partie de la France située à l'occident du Rhône, de la Saône et de la Meuse, et que Louis aurait la France germanique avec le Rhin pour limite au levant. Il restait par conséquent à Lothaire les contrées entre la Meuse et le Rhin, entrj le Rhin et la Saône, entre le Rhône et les Alpes : points importants pour lui, car ils établissaient sans obstacles les communications les plus faciles avec son royaume d'Italie '«).
Situation dePépin II Qu voit qu'ou avait entièrement oublié, et non sans
lans l'Aquitaine.
intention, les intérêts de Pépin II, qui se prétendait toujours roi d'Aquitaine, et qui, réfugié à Toulouse, persistait à y maintenir son gouvernement. Cette déchéance officielle était le fait de Charles, et probablement aussi de sa mère, dont la volonté obstinée s'opposait toujours à celui que les circonstances avaient rendu l'antagoniste de son fils. Cette position était d'autant plus embarrassante que Lothaire lui-même, oncle du jeune prince éliminé, n'écoutant que son égoïsme, n'avait en rien essayé de défendre des intérêts qui lui avaient été commis, et qu'il avait juré de ne pas abandonner. Nous avons vu que Charles n'avait qu'une
(a) La Fontenellc, p. 247. — Mauléon, II, 241.
partie de PAquitaine ; c'était ia portion supérieure de la province, à peu prés de la Dordogne à la Loire ; tout le reste, depuis le premier de ces deux fleuves jusqu'aux Pyrénées, aux Cévennes et à TAude, restait attaché à la dynastie longtemps maîtresse du pays. Pour ou contre, les opinions y étaient nettement arrêtées. Le temps que Charles avait employé à parfaire son alliance avec Louis de Bavière avait été fort utile à Pépin, qui en avait profité pour faire agir toutes ses forces, s'assurer les places en les fortifiant, et réchauffer le zèle de ses partisans douteux. Mais tant de précautions n'avaient pu compenser la perte qu'il avait faite dans la personne de Lothaire, qui le délaissait malgré ses promesses les plus sacrées. La guerre se prolongea donc encore par des marches et des poursuites, par des attaques tour à tour repoussées dans la Gascogne et dans le Languedoc, car les hostilités ne se produisirent pas cette fois en deçà du Périgord, l'Angoumois, la Saintonge et le Poitou étant gardés par les troupes de Charles. Un point reste obscur dans les faits de guerre qu'amena le conflit de l'oncle et du neveu. On prétend que dans une rencontre où Charles s'était porté de sa personne, il avait pu s'emparer de lui, et qu'il l'avait gardé à sa cour^ sous prétexte de veiller à son éducation (11). Or, il y avait à cette assertion une réponse péremptoire : c'est qu'entre Pépin et Charles on trouvait à peine un ou deux ans de distance. Pépin étant né en 822 et Charles en 823, ce qui faisait celui-ci le plus jeune des deux. Au reste, ce fait n'a aucune trace sérieuse dans l'histoire, et il faudrait, pour le concilier avec les gestes ultérieurs de Pépin II, qu'il se fût échappé des mains de son oncle et rendu en Aquitaine. Un tel événement n'aurait pu laisser après lui de pareilles incertitudes, et son importance l'eût placé sûrement à une date et sous les yeux de personnages qui n'eussent pas manqué de le constater. Cette donnée doit donc être rejetée parmi les contes historiques. Ce qui est vrai, d'après Nithard, c'est que Charles imprima à son neveu plus d'une défaite
en Aquitaine. Il le força de se réfugier dans la partie méridionale qui lui appartenait encore («). Ces dispositions ' du malheureux prétendant prolongeaient la querelle ; c'est pourquoi Charles, ayant à s'occuper de bien d'autres choses, laissa sur les Marches de Gascogne le comte Warin avec un corps de troupes dévouées pour observer les agissements de son rival. Ces précautions n'empêchèrent pas celui-ci de dépêcher, avec des émissaires choisis, le comte de Toulouse, qui devait chercher à s'emparer de son oncle ; mais ce dernier, sans qu'on le sût encore apparemment, s'était éloigné, et apprit bientôt que Warin avait saisi plusieurs de ses émissaires, et que, dans une autre rencontre, il avait repoussé avec perte un parti assez considérable destiné à quelque surprise qui n'avait pas réussi (fr). Charles s'imagina alors de faire intervenir Bernard de Septimanie, qu'il avait disgracié depuis deux ans, afin qu'il ménageât une entente entre les deux concurrents. Mais Pépin crut voir dans cette démarche un signe de l'affaiblissement du parti qui combattait le sien ; il se refusa obstinément à aucun traité, ce qui détacha de son service quelques-uns de ses principaux leudes, fatigués sans doute de voir une telle guerre se prolonger si longtemps w. Mort de Dodane, Cette anuéc 842 fut probablement celle où mourut Dodane,
épouse de Bernard de
Septimanie. cettc uoblc ct pieusc femme de Bernard de Septimanie dont
nous avons parlé en louant son intelligence et ses vertus (d). Elle avait passé sa vie, depuis son mariage qui remontait à dix-sept ans, dans la petite ville d'Uzés, s'occupant beaucoup de l'éducation de son premier fils Guillaume, né en 826, celui que Bernard son père avait envoyé solliciter de Charles le Chauve les bénéfices dont il désirait garder la possession en Bourgogne. Sa vie agitée, et sa mort malheu-
(a) Nithard, ad ami. 8i2, lib. III. — Besly, Rois et Ducs d'Aquit., p. 27. {h) Besly, ihid. — Nithard, uh. sup.
(c) Nithard, lib. IV. — Chronique d'Angoulême. — Chronique de Nantes, {d) Cf. supr., ad ann. 825.
reuse que nous raconterons bientôt, n'ajoutèrent pas aux chagrins de cette digne mère, qui ne vit pas non plus comment son mari trouva dans un trépas violent la fin de ses intrigues et de sa politique déloyale. Les péripéties difficiles de cette existence si agitée durent être une incessante cause d'amertume pour une femme dont le devoir était de l'aimer, et dont la conscience chrétienne devait désapprouver ses incorrigibles dissimulations.
Pour que le nouveau partage proposé entre les trois rois . ^u^s^Ementi-udr^ pût se faire avec connaissance de cause et devenir définitif, on était convenu que les quatre-vingts délégués qui devaient le discuter auraient, pour prendre une décision, jusqu'à la oaint-Jean de l'année suivante 843. Durant cet intervalle, Charles demeura maître de la Neustrie, Lothaire de l'Austrasie, et Louis de la Germanie. Charles, qui habita dés lors le palais de Quiercy-sur-Aisne, profita de cette trêve pour épouser Ermentrude, fille d'Odon, comte d'Orléans, et nièce d'Adélard, comte du palais royal. Ce seigneur, qui avait été très puissant sous Louis le Débonnaire, s'était rendu fort agréable aux seigneurs français par le grand nombre de privilèges dont il les avait fait gratifier, tout en diminuant d'autant l'influence de son maître, qui perdait d'autant plus que ses sujets gagnaient en puissance. Quoi qu'il en soit, le crédit dont le comte jouissait encore à la cour, et surtout auprès des grands, entra sans doute pour beaucoup dans l'alliance consommée avec sa nièce. Les partisans du comte semblaient devenir un renfort assuré pour le roi qui devenait gendre de ce leude élevé si haut. Ce mariage se fit à Saint-Quentin, le 14 décembre 842 Ot).
Le roi passa dans cette ville les fêtes de Noël, après Pépmn défait en lesquelles il se rendit à Valenciennes et y fit à ses officiers les plus sûrs une distribution des postes importants entre la Seine et la Meuse. C'était s'assurer du pays pendant le temps qu'il en serait obligé de s'en éloigner, car il lui tardait
(a) Et non au printemps de 843, comme l'a dit Mauléon, II, 242.
Aquitaine.
d'étouffer en Aquitaine les derniers efforts de Pépin. Déjà parti pour ce voyage laborieux, il fut obligé de s'arrêter à Tours, où la reine Hermentrude, qui l'accompagnait selon l'usage, tomba malade et mourut après une maladie de quinze jours. Ce retard ne lui permit d'arriver que dans le courant du mois de mai. Il commença par mettre en action Ecfrid, comte de Toulouse et lieutenant du duc d'Aquitaine Warin ; ceux-ci, après avoir échappé à une embuscade que Pépin leur avait adroitement préparée, tombèrent sur ses troupes et lui firent essuyer une défaite sanglante qui obligea le malheureux prince à fuir et à se cacher. deSriesTeSve! Charlcs, rassuré de ce côté, marcha incontinent sur Toulouse, et forma son quartier général au monastère de Saint-Sernin (12), situé alors en dehors de la ville ; mais, après avoir entouré la place pour en faire le siège, ce qui demanda encore un laps d'une semaine, il se ressouvint d'une circonstance qu'il n'aurait pas dû oublier : c'est que le 24 juin suivant avait été fixé pour l'assemblée de Metz, où les derniers pourparlers devaient se tenir entre les trois frères. Il lui fallut donc lever le siège à peine commencé et reprendre le chemin de l'Austrasie. Dès le 16 mars 843, les députés qui n'avaient pu que préparer les termes de l'arrangement convenu, s'étaient entendus à Thionville sur les bases à proposer. Et pendant qu'ils opéraient ainsi, Charles le Chauve, qui semble avoir mis dans ses affaires plus d'activité que d'habileté et de réflexion, avait songé aussi à profiter du temps qui lui restait jusqu'à la fin de la trêve convenue pour se tourner contre Noménoé, qui, devenu roi de Bretagne par son consentement à des conditions de vassalité, ne tenait pas ses promesses, et tendait à une Ses troupes sont indépendance qu'il laissait trop apercevoir. Une expédition
défaites par le comte ^ ' ^ ^ '■
^^^^«'^' était devenue indispensable dans ce pays ; il fallut l'envahir
par une armée dont le commandement fut donné au comte d'Herbauge Raynaud. Celui-ci s'avança donc dans le pays jusque sur les bords de la Vilaine. Noménoé étant tombé malade, son fils Eripoé ravageait le territoire où l'on
avait refusé de le seconder. Là était, à cinq lieues au Bataille de Messac.
Sud de Rennes, le village de Messac (13), où le comte
rencontra ces hordes ravageuses, fondit sur elles, et les
battit au moment où elles passaient la rivière. Mais Eripoé
n'était pas seul : à une petite distance, il était suivi de
Lambert, cet ancien comte d'Herbauge que Charles avait
naguère dépouillé de son gouvernement des Marches de
Bretagne pour le donner à Raynaud. Le monarque s''était
fait par là un ennemi de plus : Lambert s'en était allé vers
le roi de Bretagne et lui avait proposé de le servir contre
l'ingrat qui venait de l'outrager, et de commander ses
troupes au service de Lothaire, dont il prenait enfin le
parti. Tout avait été fait dans ce sens. Lambert, saisissant
volontiers une occasion de se venger des Français, n'avait
pas hésité à entrer dans la guerre que leur avait déclarée
le roi de Bretagne. Il arriva donc sur le champ de bataille
au moment où, pleins de leur victoire, les Français s'étaient
débandés pour suivre en désordre leurs ennemis, et déjà
Raynaud, laissant imprudemment à ses gens le soin de
compléter la victoire, se reposait dans le village deBlain (14),
sur la route d'Ancenis à Redon, Il n'eut pas de peine à
changer la face des choses. Une nouvelle affaire s'engagea
entre lui et les vainqueurs. Ceux-ci, fatigués de la journée
et dispersés dans la plaine à la poursuite des fuyards,
eurent peine à se rallier. Les vaincus, voyant un renfort
inespéré se retournèrent, reprirent l'offensive, et deux mille
Bretons furent tués. Bientôt, par un revers subit, ce furent Mort de Raynaud,
. . T , , . , comie de Poitou.
les rrançais qui désertèrent en laissant beaucoup de morts sur la place. De ces derniers fut le comte Raynaud. Lambert, victorieux, marche sur Nantes, s'en empare au nom du roi de Bretagne, et, après avoir porté le fer et le feu dans le pays et dans l'Anjou jusqu'à la Maine, il reçoit du prince breton, qu'il venait de si bien servir, le gouvernement de Nantes et de toute la contrée environnante. Cette action s'était passée le 23 juin 843.
C'est cette même année que mourut à Tours, le 19 avril,