‹ Histoire générale, civile, religieuse et littéraire du Poitou (volume 4)Chapitre 14 sur 20 · LE TRÉSOR ACTUEL DE SAE · texte numérisé non relu

LE TRÉSOR ACTUEL DE SAE

La Révolution de 89 avait, parmi ses i le zèle inné du renversement de la religi( elle, comme elle a toujours fait depuis, églises, puis à leur fermeture, enfin i pasteurs et à la ruine de tous les établi Ainsi, à Taurore même de ses triompht de la légalité nouvelle et de cette légish par les francs-maçons de l'Assemblée être la Convention, on vit, en août 171 municipalité de Poitiers se faire ouvrir les couvents de femmes, s'y emparer de d'or et d'argent, vases sacrés, reliquï tout ce que les temps anciens et le m accumulé de merveilles artistiques. — < velle couche aimaient les châsses et le:

TRÉSOR ACTUEL DE SAINTE-CROIX

plus que les pieux ossements qu'ils renfermaient, e1 toujours, ceux-ci furent retirés violemment de leurs réceptacles, indignement rejetés ou sacrilégement i par terre ; et c'était chose navrante de voir les désolées 'de Sainte-Croix s'empresser, en pieu recueillir les moindres parcelles de ces débris sa supplier qu'au moins on les en laissât dépositair ainsi que la vénérable supérieure, madame d' reçut dans un pan de sa robe une portion considi crâne de sainte Radégonde, dont le précieux i d'or suffisait à contenter la diabolique cupidité des

La paix revint lentement, et ne laissa aux sf que la honte de leurs violences criminelles. Mai rendit pas aux victimes les saintes richesses vc tes bourreaux. !1 fallut se contenter longtemps des dépouilles qu'on avait pu sauver, leur donner de i sanctuaires en bois ou en carton, de pauvres enca< privés de toute ornementation, et les épouses pa Jésus-Christ se virent pendant de longues années à n'orner que de leur pauvreté les membres inai leurs saints qu'elles avaient tant aimé à enrichir.

Cependant elles ne les aimaient pas moins. Elles toujours leur religieuse opulence, et aspiraient à i pour ces estimables débris d'autres asiles que des de bois ou des toiles qui les laissaient invisible: temps arriva tardivement, mais à la grande joit pieuses filles, quand une église nouvelle leur donnée, dont les voûtes pussent abriter dignen restes de tant de saints que quatorze siècles accumulés dans la sainte maison.

Dieu avait prédestiné à cette œuvre une femn intelligence nourrie aux bonnes traditions de

454 HISTOIRE GËKÉaALE Dl

monastique, d'un esprit élevé, et dévouement égalait la piété éclair supérieure actuelle, entreprit cette bi y réussit comme à tant d'autres soii autour d'elle l'antique piété du m< régularité des disciples de saint Beni chapelle des saintes reliques a ét( avec autant de goût artistique que d Là, autour d'un autel central que d' envoyée de Constantinople à sainte R les capses, les statuettes, les cofTret de tout genre et de toutes formes, qu' découverts, que l'art a élégamment sentent jusque dans leurs moindres amis de la famille monastique, tes ceux, du Poitou et des contrées a plages et des forêts du Nord — mi et considérables restes de la grande f qui semble revivre avec elle dans pendant un siècle de persécutions e' sont rendues par la longue persévér nistrative de la Révérende Mère F sainte Radôgonde doivent nous oc offrent, quoique trop rares, hélas ! ' de constater comme un des plus { son histoire.

Parlons avant tout du reliquaire tout Poitiers peut voir chaque anné l'église de la sainte, et qui contient u de son crâne authentiqué pour la mentionné dans un inventaire de 1( resta à l'abbaye que sur les instar

TaËSOa ACTUEL DE SAINTE-CROIX

rassemblée, et au prix de la capse d*or qui Pavait jusque-là. Outre cette portion de la charpente osseuse tête, la belle châsse moderne contient encore une part la mâchoire inférieure encore garnie de deux dents Puis enfin un fémur entièrement conservé, dont la prés( il faut le dire, est en contradiction avec les indication la châsse elle-même. Celle-ci, en effet, représente à de ses extrémités extérieures un buste de la saint cuivre doré et signifie la tête qui y est contenue ; à l'i extrémité est un bras exécuté dans les mêmes condit: en dépit de l'os fémoral qu'on aurait dû y figurer, i erreur est grave, car elle donne' une fausse indica Lassus, le célèbre architecte qui avait dessiné la chi avait agi d'après des renseignements erronés, aussi que lorsqu'il timbra de gueules le chapeau épiscopa surmonte les armes de M" Pie w.

Dans cette même châsse se trouve une touffe de che noire ayant appartenu à sainte Radégonde. Cette coi n'a pas lieu d'étonner autant qu'on a bien voulu le Sous prétexte que la sainte était morte à soixante-sept sa chevelure aurait dû avoir blanchi... Mais il n'est pj que ces cheveux lui furent empruntés après sa mort, ei rend probable qu'on avait pu les lui prendre en une di fréquentes occasions où les religieuses diminuent chevelure à mesure qu'elle repousse après leur profes On en dirait autant des cheveux de la sainte Vierge, une touffe blonde et très fine atteste ceux d'une jeune quoique la mère du Sauveur soit morte dans un âge avj

(a) Ce beau Iravail d'orféTrerie, exécuté aux frais d'une souscription sùoe, a coûté 18,000 francs. D'aucuns pensent encore que c'était un pe cher.... — Au reste, cetie erreur dont nous parlons ici, et qui a fait prei fémur pour le bras, vient de ce que les religieuses, en faisant l'inventa teors reliques, en 1G74, avaient cru voir une portion du bras, là oi réellement la partie médiane du fémur, dont les deux extrémités avaii sciées. Hais la science médicale doit toujours présider à ces sortes d'inspe et si celte dernifere translation eût été assistée de médecins. J'erre devenue impassible.

t6 HISTOIRE GâNËRALE DU POITOU

es cheveux apportés d'Orient à Sainte-Croi 'idemment de la jeunesse de Marie, et prouvent is ce temps-là, on s'empressait de recueillir

de conserver avec une pieuse vigilance ti ïuvait avoir appartenu à la Sainte-Famille. Dis 16 les cheveux argentés de saint Jean-Baptisi

teinte qui devait leur appartenir, car ils furent iparés de la tête du Précurseur après sa mort,

est vrai, quand il était dans la force de 1 eilli pîtr là pénitence et le travail. Ainsi Tespi ition et une critique éclairée peuvent aider >nstater l'authenticité de faits et de choses qu'el gnes de notre vénération.

Enfin cette châsse contient aussi un fragment )ir qu'avait porté sainte Radégonde. Afin de )nserver il est recouvert d'une gazei Mais des tistent encore dans la maison qui l'ont vu et ssurent que c'est un genre d'étoffe dont on se s( . dont leurs voiles sont encore faits.

Les siècles avaient accumulé dans tous les i le grande quantité de reliques diverses qui jnues à différentes époques, et en des occasior anquait jamais d'écrire dans les chroniques de mté. Ces acquisitions de parcelles des corps ss )u surtout à partir du x^ siècle, lorsque après lions si fréquentes opérées par la crainte des '. !S accidents inévitables causèrent la dislocatior ansportés et occasionnèrent des partages dont 1 les fidèles se montrèrent pieusement jaloux pendant quelques rares exemples qui, bien anté ces translations, établirent que les corps saints re divisés : ainsi, rien ne nous apprend que s£

TRÉSOR ACTUEL DE SAINTE-CROIX

eût rapporté à Poitiers pour son église de Saint- Saint-Paul autre chose que des portions séparées d martyrs. Mais c'est surtout depuis ces bouiever du X" siècle que les reliques furent divisées en fav d'églises déjà anciennes, soit de nouvelles qui se k sous tant de vocables jusqu'alors inconnus. Beau ces registres dont nous parlons se sont perdui heureusement les reliquaires y suppléaient par les tiens et étiquettes dont chaque objet avait été mm ainsi qu'à Sainte-Croix un grand nombre de rel existent encore et sont connus certainement Tabsence des capses qui les avaient d'abord renf Ainsi nous pouvons citer ici du trésor de notn abbaye des reliques de smnt Goar, dont nous avons la vie (j), et qui durent y venir au xi* ou xii* siécl que nous en sachions trop les circonstances. Puis des restes très divisés des Saints Innocents, ma par Hérode, et dont quelques-uns sont reconnus dents pour n'avoir eu à l'époque de leur mort que d( à vingt-quatre mois, ce qui est très conforme au 1 l'Ecriture (*). Saint Martin, saint Fortunat, saint Jun aussi- représentés par des portions plus ou moins dérables d'eux-mêmes : on en a aussi de saint qui avait à Poitiers, dans le quartier de la Trini église paroissiale disparue dans le cours du xvni» s Un certain nombre de petits vases en verre ou en renferment des restes authentiques de liquides dif vénération par leur nature même ou par les traditii s'y rattachent. L'une est étiquetée du sang des min Notre-Seigneur ; une autre de l'huile du tombeau rf Catherine, une autre encore de l'huile miraculei

(a) Ci-dessus, ad ann. 575.

ib) Occidit onrnes pneros qui eraat in Betlileem, et in omnibus (in bôHotu et infra. (Halth., Il, 16.)

(c) V. Dufoor, VAticim Poitou, p. 377.

i8 HI3TMRE GÉNÉRALE DU POITC

•aie deoant la Vraie Croix du irionastèi tint Fortunat a raconté lui-même commer une maladie des yeux dont il souffrait de i se les frottant avec de l'huile qui b mbeau de saint Martin.

Un des plus curieux reliquaires de )llection était le tryptique à fond d'or gar i reposait la sainte croix, entourée de gi lasse volée en 1793. Toutes les traditïoi accordent avec les inventaires du xvi* sii jtd c'est bien la même enveloppe dans laq istin II avait, en 569, envoyé le Bois S line. Ce tryptique formait une boîte un pei rge d'à peu prés 35 centimètres, se fei ïlets et garni d'une riche parure d'or récieuses. C'est cette parure qui tenta Svolutionnaires et la fît jeter, comme ils ans le creuset national. Il a donc fallu de roix un autre asile. C'est celui qui domii avons dit, toutes les autres reliques au-c sntral de la nouvelle chapelle des reliques

Une autre pièce remarquable, et qui es lire à l'abri d'une erreur traditionnelle onnue à Poitiers sous le nom de croix de sa tn sait, par les auteurs contemporains de e ses mortifications corporelles consista ur la chair une lame de cuivre découj roix, après l'avoir maintenue d'abord dai ui la surchauffait. A en croire les traditi et instrument de pénitence existerait enc ,utre que cette croix souvent prêtée aux i

TRÉSOR ACTUEL DE SAINTE-CROIX

plusieurs se sont sentis guerris. Les femmes y recourent surtout avec confiance et il n'y n'autorise une foi éclairée, si un grand non ou croient lui devoir des succès qu'après toi avec foi à l'action première de la Providenc certain, néanmoins, c'est que l'objet dont il jamais pu servir à l'usage qu'on suppose. L examen, en effet, démontre que c'est là un t les yeux expérimentés reconnaissent sans pe beaucoup plus travaillée qu'il ne l'aurait fi moyen de mortification, de 10 centimètres 12 de haut, de forme grecque, dont lé montar sillons s'élargissent un peu par les extrémités, donné à la croix pattée à ses quatre extrémité! et les bords qui le limitent sont garnis à plat ( d'argent figurant des zig-zags ou méandres qu toute la surface du montant et des croisill sont encore garnis de deux petits trous roni recevoir des cabochons ; car tous les vides ic furent remplis d'une pâte couverte d'émail comi encore certainement des trous ménagés dar chaque compartiment et qui devaient correspo de pattes ou clous destinés à assujettir la n: à l'intérieur. Au centre de la croix , et relié branches, est creusé un espace circulaire de : deur percé aussi de quelques marques de ( lequel avait été installée une relique.

Cet ensemble doit être, sans aucun doute vi« siècle. Son origine mérovingienne n'est f mais ce qu'il importe surtout d'observer ici, c nation bien établie d'après plusieurs in XVI* siècle. Plusieurs fois, après les dévasta par les protestants, on indique cette croix, ■ ité sauvée du pillage par le zèle éclairé qu mcore, car alors elle n'avait subi aucun dt qui la rendent depuis longtemps méconnaissal

:60 HISTOIRE GÊNÊEtALE DU POITO

lie avait dominé le fronton d'une gran( irnement principal du grand autel de Tégli itait renfermée l'insigne relique de la Saint* nédaillon central on avait logé un morceau aqueile saint Pierre avait expiré. Cette cro i la célèbre châsse par un boulon don emarquent encoi'e à son extrémité inférie etrouvée sa véritable destination, et l'c :omment on refuserait son respect et sa ibjet de dévotion populaire qui, pour n'a lainte Radégonde, comme on l'a cru longtt tas devoir perdre tout crédit parce que 1b *ierre y avait reposé tout près de celle du i là aucune superstition à blâmer, auc )rûscrire. La chose qui n'a pas été sanctifl rice de Sainte-Croix l'a été par le Print ilieux instruits par les découvertes de la sci lUX fidèles dans quel esprit et par que )euvent recourir toujours à l'objet si longt eur foi naïve et de leurs pieuses espéranc' in peu mieux que d'inspirer à Vautorité di [ui s'attaquerait vainement à de très vénérai

Les communautés sont essentiellement eur vœu de pauvreté qui ne nuit en rien aux ;ence, leur donne en même temps l'es ;hoses d'art, le soin de les perpétuer dans

(a) Ceci soil dit en passant à propos d'un mémoire | 'résor de l'abbaye de SaMe-Croix, où l'auteur n'a sufl lus déplorables hardiesses de la pensée, ni ses exogérali' Iroil lilurgique, en négligeanl trop sonvenl, d'ailleurs, la Ute même ne doit jamais oublier. V. ce Mémoire parmi le l'Ouest, 1880.

TRÉSOR ACTUEL DE SAINTE-CROIX 461

sauvegarde d'un ameublement qui varie souvent et qui finit ainsi par avoir une grande valeur archéologique. Sainte- Croix possède un de ces meubles bien connus depuis quelques temps de tous les amateurs d'antiquité, grâce à la bonne pensée qu'on a eue de le publier par le dessin, la photographie, et une reproduction plastique en des conditions qui ne laissent rien à désirer. Je parle du Pupitre de sainte Radêgonde, dessiné pour la première fois par M. Paul Durand, en 1853, dans les Mélanges d'archéologie du P. Cahier, reproduit en 1859 par mon vénérable ami le baron Schauenburg, et moulé en plâtre tout récemment par mon ancien collègue M. de Longuemare. Ce pupitre, pris dans un morceau de chêne fortement teinté par les siècles, a toujours passé dans le monastère pour j'j'j y avoir été à Tusage de la sainte. Chargé de sculptures, 1'.' toutes empreintes du caractère iôratique du vi^ siècle, sa surface présente un plan incliné dont la partie antérieure n'a pas plus de 7 centimètres de haut sur 12 à 13 donnés à la partie supérieure w. Les quatre angles sont ornés, • dans un médaillon circulaire, des figures des animaux évangéliques ; ils régnent au-dessus et au-dessous d'une ' ' croix latine , offrant à sa branche supérieure ce léger /■ appendice recourbé à droite qui n'est qu'un abrégé du |ii chrisme : cette croix est inscrite dans un encadrement Y* oblong, dont les bords ont été striés. Trois autres compartiments occupent le milieu de cette intéressante surface. Au bas sont deux colombes adorant une croix grecque pattée, qu'entoure un nimbe strié; au-dessus le même ;ujet, avec cette seule différence que la croix est le véritable ihrisme de Notre-Seigneur. Enfin la portion centrale, à aquelle toutes les autres semblent converger, représente 'agneau sacré debout, ayant derrière lui un arbre qui ' )mbrage, et par devant une plante qu'il paraît brouter ou

a) It diffère ud peu, quant à ses mesures, de celles établies par M, Paul raiid, qoi nous donne «'«.lO sur O",!?. En écrivant ceci, j'ai le petit meuble is les yeux, et uo m'explique pas cette variante.

sentir : on sait que les plantes, la verdure en général, symbolisent dans les Pères le renouvellement de Tâme par le christianisme, et la vigueur des bonnes œuvres de la Toi. Tout cela séduit au premier aspect , car on se sent épri» d'une vénération religieuse pour un meuble venu jusqu'à nous à travers trente ou quarante générations, qu'ont touché des mains si pures, et qui fut le témoin, pour ainsi dire, de tant de veilles laborieuses, de tant de prières et d'oraisons dont la matière s'est déroulée si souvent sur cette étroite tablette qui se penchait sous des regards assidus. Car il faut bien observer que ce pupitre n'a pas de rebord antérieur qui pût y retenir un livre ouvert comme les nôtres. C'est qu'on faisait encore grand usage, à cette époque, de parchemins d'une certaine longueur que le lecteur développait sous ses yeux et qu'il y retenait par un double rouleau faisant contrepoids devant et derrière le pupitre. Pour n'avoir dû servir qu'à cet usage, le petit meuble ne s'usa point beaucoup ; et, malgré ce qu'il a d'un peu frusl quelques-uns de ses modestes détails, on voit bien qu'a treize' ou quatorze cents ans, la conservation est : entière que possible et qu'il a dû être préservé avec grande sollicitude, comme il l'est encore, par des n pieuses et dévouées. J'ajouterai pour dernier trait qi travail en est un peu lourd de sculpture, un peu élémer dans l'assemblage général des parties, mais qu'il ] tous les indices d'une œuvre mérovingienne dont le ci a bien retracé le type consacré au dessin et à la cist de ce temps. Tout nous persuade donc que sainte Radég a possédé et employé à son usage un meuble de d'autant plus précieux qu'il n'a en France, dit-on sculpture sur bois, ni son similaire, ni rien d'approc pour le style et les souvenirs. Je me garderai don penser avec un critique de premier ordre que le pu doit dater d'une cinquantaine d'années avant l'illustre r Pour prononcer un tel jugement, il faut une sagacité plus grandes, et j'aime mieux rester parmi les plus p

lÉSOR ACTUEL DE SAII

le abbaye a conserv

le une de ses richesse

;ervit au xiri" siècle à

e de pure fïirine, les

et à la communion de:

>uis, les religieuses de

i maison , toutes les h

re aussi comme aujoui

es communautés et

venir de notre chère s

e aimait à faire de ses

Pient, les -formes de

laque jour m. Ces torn

;eHe3 du xiii' siècle et

t de petits pains de i

Page 1