LIVRE VI
Depuis la fondation de Sainte-Croix de Poitiers
jusqu'à la souveraineté
en Poitou du roi d'Austrasie Sigebert
(De 5i5 ;i 562)
oitiers que nous avons vu pris et démantelé par les Vandales au commencement du v*' siècle, s'était relevé énergiquement depuis lors. On avait vu les Wisigoths s'empresser, quand ils le prirent en 453, de le fortifier à leur usage, et Clovis, après sa victoire de Voulon, l'avait rendu d'autant plus important, et replacé par là au rang des villes de premier ordre. A l'abri de cette paix et de la })rotection royale qui l'entretenait, ses établissements chrétiens s'étaient développés avec succès. Les cours publics d'études et d'éloquence n'avaient pas cessé longtemps d'y fleurir. La basilique de Saint-Hilaire surtout y brillait autant par sa réputation que par ses magnificences ; et comme si elle eût eu besoin d'une gloire de plus pour ses annales, Radégonde, en arrivant à Poitiers, s'y était choisi un refuge contre des persécutions redoutées : elle habitait une partie des vastes dépendances du monastère. C'est de là qu'enfin elle écrivit à Clotaire pour lui renouveler sa déter-
Physionomic de la ville de Poitiers à cette époque.
Comment Radégonde s'y établit.
426 HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 550)
mination de ne jamais rentrer dans le monde. Elle lui exprimait en môme temps le désir de construire dans ce lieu béni un couvent où d'autres femmes pussent venir chercher avec elle un asile contre les dangers et les dégoûts de la vie publique. Enfin elle suppliait le roi de consacrer ce vœu par des largesses que Dieu ferait tourner à Favantage de son règne et qu'elle comptait employer au plus tôt. Clotaire, qui vit bien qu'il ne pouvait plus compter sur la sainte femme qui lui parlait ainsi, se rendit à ses désirs avec une remarquable déférence, et il chargea l'évêque et le gouverneur de seconder la pieuse entreprise, et de fournir sur le trésor public tout ce qui serait nécessaire à son accomplissement. On y mit donc une grande diligence, et les travaux commencèrent vers 550, sans qu'on puisse affirmer positivement cette date. Mais ils durèrent huit ou dix ans, ce qui s'explique par la beauté et la grandeur de cette vaste entreprise.
Commencements du Cependant, pour coucilier ce laps de dix années avec
monastère de Sainte- ^ ' , ,, . .
Croix, l'assertion de Baudonivie, qui dit, en parlant de lactivité
que mirent l'évêque et le duc à hâter les travaux : celeriter feceruiit, on peut supposer que la construction fut poussée jusqu'à pouvoir admettre en peu de temps un certain nombre de religieuses. Car il ne faut pas oublier que ce fut seulement en 559 que Radégonde la fit accepter par les évêques de la province, dans la lettre qu'elle leur adressa à ce sujet (a). En effet, non seulement on vit s'élever sous le vocable de Notre-Dame un monastère assez vaste pour pouvoir contenir, outre d'immenses jardins et de larges et nombreuses dépendances, un logement qu'occupèrent bientôt plus de deux cents rehgieuses, avec une église proportionnée à tout le reste ; il fallut aussi pourvoir aux Et de la collégiale «oius spiritucls dc ccttc grande famille par une collégiale de prêtres qui en fut voisine ; de là la construction d'un
(fl) Voir un manuscrit du xiF siècle provenant des archives de Sainte-Croix, à la Bibliothèque de Poitiers, ou dans M. de Fleury, p. 420.
de Sainte-Radéb'onde.
HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 550) 427
autre monastère d'hommes avec une seconde église, celle-ci destinée à la sépulture commune des religieuses. Cette destination la rejetant, par une obligation légale, en dehors des murs de la ville, où nous savons qu'il n'était pas permis d'inhumer, il fallut que les nouveaux religieux destinés à la desservir eussent une demeure qui les y annexât. Le couvent des femmes, au contraire, placé en arriére de l'église-cathédrale et aussi à l'orient de la cité, était protégé par une enceinte murale. Une protection de même genre fut donnée au monastère extérieur qui, selon les besoins de ces temps, agités si souvent de guerres ou d'attaques inattendues, s'entoura avec son église Notre- Dame de murailles épaisses, flanquées de tours nombreuses, et sembla ajouter ainsi un complément remarquable à ce côté de la ville, qui, par là, se rapprocha du Clain presque jusqu'à ses rives (<?;.
Au reste, nous devons remarquer ici que ces deux fondations simultanées d'un couvent de femmes et d'un couvent voisin de religieux, destiné à seconder la vie spirituelle de celles-ci, fut un des premiers exemples de ces deux vies monastiques destinées à marcher parallèlement. Les reproductions de ce système se multiplièrent bientôt, et au siècle suivant, il était rare de voir une maison considérable de femmes se former ainsi, sans qu'aussitôt une autre d'hommes fût chargée de sa direction. En 661, une autre sainte Radégonde, abbesse de Maubeuge(l), institua et dota richement dans l'église de Saint-Quentin (2) douze chanoines (3), afin qu'ils prissent soin des filles de Sainte-Marie de Maubeuge, dont la maison touchait presque à la leur. Dans le môme siècle, le nom de Sainte-Marie-hors-lcs-Murs était donné aussi à une communauté d'Auxerre (4), et en 692, ce monastère de Moutier-en-Der (5) en Champagne, avait à desservir un couvent de vierges. Les Bénédictins
(a) V. D. Fonteiieau. — Baudonivie. — De Fleury, Hist., p. 103 et suiv, — 418 — De Bussière, p. 98.
prirent cet usage auquel ils tiennent encore. C'est un moyen très puissant que la règle soit mieux suivie et mieux comprise quand elle est surveillée par des directeurs qui la suivent eux-mêmes et en étudient l'esprit et le sens.
On voit aussi comment, dés ces premiers temps de Tefflorescence chrétienne, les communautés aimèrent à se ranger sous le vocable de la sainte Vierge.
Nous avons dit que pendant tout le temps que durèrent ces importants travaux, Radégonde liabitait la basilique de Saint-Hilaire. Là, solitaire autant que possible, et ne sortant <|ue pour suivre et activer les ouvriers, elle poursuivait ses bonnes œuvres tout en vivant déjà en recluse. De fréquents miracles continuaient, comme à Athies et à Sais, de lui attirer la vénération et la confiance des peuples et à ceux de la province tout entière s'associaient dans leurs louanges ces innombrables pèlerins qui se pressaient fréquemment des contrées lointaines, afin de prier près des cendres de rillustre docteur de la Gaule.
Origines de la pa- C'cst vers Ics ijremiéres années de saint Pient, en 542,
roisse de Saint-Vin- '■
cent-sur-jard. qu'ou trouve Oïl ^'cudée les origines de la paroisse de
Saint-Vincent-sur-Jard. Ce lieu s'appelait alors Becciacus et était, non une villa, mais un viens, espèce de bourg du pays d'Herbauges, où Clotaire, revenu d'Espagne avec son frère Childebert, fît bâtir une belle église pour y déposer une portion de la tunique de saint Vincent. Cet illustre diacre, martyrisé en 304 à Sarragosse, y était fort honoré, et l'on y conservait dans la cathédrale, avec son corps, beaucoup d'objets qui lui avaient appartenu, entre autres sa tunique, partagée entre les deux rois, qui l'obtinrent de l'évêque, à condition qu'ils n'attaqueraient pas sa ville épiscopale. Selon l'usage, le nom du lieu, où les reliques du saint attirèrent bient(M les pèlerins, se changea en celui de Saint-Vincent, auquel on ajouta sur-Jard^ parce qu'il se trouve à une petite distance à l'Est de ce bourg, autrefois considérable, et qui fut le chef-lieu d'un territoire. Ce lieu devint aussi une paroisse où fut établi plus tard le prieuré
de Tabbaye bénédictine de Talmont, lequel passa ensuite au Chapitre, puis au séminaire de Luçon (6).
Il faut nous arrêter maintenant à plusieurs faits intéressants qui se passèrent entre l'arrivée de sainte Radégonde à Poitiers et rachévement de son monastère.
L'année 545 fut surtout pour elle une "source de pieuses et profondes douleurs , et aussi pour la France : car la sainte reine et le pays perdirent sur la terre deux saintes âmes qui y laissèrent d'universels regrets.
Sainte Clotilde, Tauguste veuve de Clovis, n'avait pas Mon de saime cio-
' '=' 7 1 ti|,|(; veuve (le devis.
toujours pu éviter à son époux de trop célèbres injustices, et avait eu à gémir plus d'une fois sur des crimes et des malheurs dont s'étaient ensanglantés ses propres enfants. Rétirée à Tours, prés du tombeau de saint Martin, elle y acheva ses jours dans la prière et les aumônes. Elle y avait été visitée par Radégonde, avait mêlé ses larmes à celles de sa noble et sainte bru, et quand les événements les eurent séparées, elles ne cessèrent pas d'entretenir des rapports qui furent bien moins ceux de la famille que ceux de la sainteté. On devait à Clotilde plusieurs fondations monastiques à Auxerre, à Tours, à Chelles (7), aux Andelys(8), et aussi dit-on à Rouen, où le célèbre monastère de Saint-Ouen serait son ouvrage, sinon celui de Clotaire. Après sa mort, arrivée le 3 juin, son corps fut porté à Paris et placé par ses deux fils Clotaire et Charibert dans l'église des Saints-Apôtres qu'elle avait fait bâtir de concert avec Clovis (9). Ses rehques furent à diverses époques répandues en beaucoup d'églises de France (10).
Le S juin de la môme année, saint Médard, un autre ami saint Médard, sa vie de sainte Radégonde, tut aussi recevoir au ciel la récompense des pasteurs fidèles. Nous avons vu que la sainte avait reçu de lui le voile des diaconesses lorsqu'elle était venue le trouver à Noyon, où Clotaire lui-même l'avait fait conduire par ses officiers, avec tous les honneurs dus â son rang suprême. Dans ses jours de retraite, dans les appréhensions qu'elle avait éprouvées plus d'une fois des
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capricieuses exigences de Clotaire, la reine avait souvent
recouru aux prières du saint évêque et à ses sollicitations
toujours fructueuses près du roi de Soissons. Médard était
né à Salency (11) , dont ses parents étaient seigneurs , et
avait donné dès son enfance les prévisions d\in avenir que
les plus hautes vertus devaient sanctifier. Devenu évêque
de Vermaud(12) en 530, une invasion des Huns ruina sa
ville vingt ans après, et il transporta son siège à Noyon,
auquel fut bientôt uni celui de Tournay, et cette réunion
dura jusqu'en 114G. Ce fut le premier exemple de deux
diocèses gouvernés par le même évêque, le vœu du peuple
et du clergé Payant ainsi déterminé par estime pour la
sainteté de Médard. A peine chargé de cette double tâche,
Médard se dévoua à l'œuvre périlleuse et difficile des
peuples encore barbares des bords du Rhin qui habitent
aujourd'hui la partie occidentale des Pays-Bas. Ce fut
une grande œuvre que le Ciel bénit par d'innombrables
conversions. Après tant de fatigues le saint prélat mourut
à quatre-vingt-six ans, plein de jours et de vertus,
illustrés par de nombreux miracles qu'ont racontés ses
glorieux contemporains saint Fortunat et saint Grégoire de
Tours (^>. Le roi Clotaire, qui appréciait mieux les vertus
chrétiennes qu'il ne les pratiquait, voulut que son corps fut
enseveli à Soissons, dans un superbe tombeau, et reçût de
magnifiques funérailles auxquelles se rattache le souvenir
de nombreux prodiges. C'est sans doute aux pieuses
intimités du saint avec Radégonde que le diocèse de
Pohicrs dut, vers cette époque même et plus tard, un
certain nombre d'églises consacrées sous son vocable (13).
Saint Cilles honoré Le l^'" Septembre 547, qui était un dimanche, mourut près de Vismes, dans une abbaye honorée bientôt après de son nom, un saint abbé dont la dévotion se répandit promptement au loin et ne fut pas oubliée dans notre diocèse.
(a) Venanlii Fortunati, opp. pars secunda, p. 533. — éd. Migne, — S. Greg. Turon., Episc, De Glor. Confess., c. xcv.
HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 555) 431
Saint yEgidius, ou Gilles, était sorti d'une famille royale de la Grèce, mais craignant le monde et ses périls pour les âmes chrétiennes, il avait quitté Athènes à Tinsu de ses parents, et s'était venu établir aux côtes du Languedoc, près de l'endroit où le Rhône se jette dans la Méditerranée. Saint Césaire était alors évêque d'Arles. Sa réputation porta ^gidius à rechercher sa conduite, qui ne lui fut pas refusée. Après être resté deux ans sous la direction et les exemples de ce grand maître, il se retira dans une forêt qui porte encore son nom aujourd'hui : il y vécut de racines auxquehes il put joindre le lait d'une biche qui sembla venir tout exprés habiter sa caverne. Le roi Childebert, dont les chiens poursuivaient un jour Fintelligent animal, découvrit sa retraite, honora l'humble solitaire, et le força d'agréer qu'on lui bâtît un monastère sur le lieu môme qui lui servait d'asile : nouvel exemple de l'empressement des princes à multiplier ce moyen d'action civilisatrice. Beaucoup de miracles du saint autorisèrent cette confiance. Gilles vit augmenter rapidement en quelques jours le nombre des religieux qui voulurent se joindre à lui ; il devint leur Abbé, forcé par leurs instances, reçut la prêtrise devenue indispensable au gouvernement de ce troupeau, et il y atteignit une vieillesse avancée.
Ses reliques sont conservées à Toulouse. Le Poitou en a dû recevoir à diverses époques d'assez nombreuses portions, si l'on en juge par le nombre des lieux de dévotion qui y sont répandus. Une petite ville de la Vendée porte son nom (14), où se trouve encore une cure, et autrefois un prieuré y relevait de Saint-Michel-en-l'Herm. Sur l'ancien territoire d'Herbauges, un autre prieuré dépendait en 1087 du château de Rié (15), un troisième enfin de celui de Lusignan. Dans Poitiers, trois chapellenies de ce nom étaient à la nomination du Chapitre de Saint-Hilaire ; deux autres existaient à Maulay (16) et à Saint-Maixent. L'Eglise de Poitiers fait mémoire de saint Gilles au 1*^^' septembre, anniversaire de sa mort.
Revenons à sainte Radégonde et à ses œuvres.
Les auteurs contemporains que nous sommes obligés de suivre, varient sur la date précise qu^il faut donner à Pachèvemcnt du monastère dans lequel il tardait à Radégonde de s''enfermer. Ils hésitent entre les années 554, 556 et 559 ; on paraît pencher vers cette dernière date, depuis que riiistoire, mieux étudiée, a mieux rapproché en sa faveur certains détails qui se corroborent mutuellement. On se tait pourtant sur ce qui se passa de remarquable dans un espace de prés de dix ans entre l'arrivée de la sainte à Poitiers et la clôture de son monastère. Il faut nous y arrêter quelque peu.
Le séjour que fit Radégonde dans l'asile de Saint-Hilaire était pour elle un moyen de grande paix. Elle y continuait sa vie de prières et de bonnes œuvres, sous la pieuse et attentive direction du saint évoque Fient, qui lui en avait ouvert les portes. Heureusement secondé par Austrapius, il obtenait de la cour des sommes considérables pour hâter la construction des deux monastères poitevins, et de son côté, la reine témoignait sa gratitude par une condescendance qui ne se démentit jamais. EHe aimait à lui confier d'abondantes aumônes pour ses pauvres et ses églises ; c'était elle aussi qui lui fournissait les pains de pure farine qu'elle faisait de ses propres mains pour le service de l'autel. Quant à l'essaim de jeunes filles qu'elle espérait voir partager bientôt sa vie cloîtrée, il est reconnu qu'il se forma bien vite autour d'elle. En ces temps de foi vive, où tant de solitaires s'isolaient du monde, à l'abri des montagnes et des forêts, les femmes avaient aussi leur vie religieuse à part, laquelle consistait à rester dans la famille sous la protection de leurs parents, mais faisant avec le vœu de chasteté profession d'une vie retirée et étrangère à toutes les pratiques mondaines. Beaucoup s'étaient sans doute promises déjà à sainte Radégonde et des plus élevées par leur rang dans la société franque. On le conclut naturellement do la supplique de la pieuse reine
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demandant à Clotaire la liberté et les moyens de fonder une maison où elle pût rémiir autour d'elle de nombreuses vierges consacrées au Seigneur. On pense bien aussi que pendant les années qu'elle habita à Saint-Hilaire, il se fit beaucoup de recrues, touchées par ses vertus autant que par le désir de se réfugier autour d'elle contre les tristesses et les périls de ce monde si étrangement bouleversé. Tout le faisait craindre, en effet, aux âmes pures, sans que rien contribuât à le leur faire aimer. Nous verrons bientôt les preuves de ces inductions.
Un fait curieux et qu'il ne faut pas omettre dans l'histoire de ces origines de Sainte-Croix, c'est qu'à la tête de la communauté naissante., Radégonde, qui ne pouvait suffire aux innombrables détails d'une administration compliquée, se fit remplacer d'abord à titre d'Abbesse par une de ses sœurs du nom de Richilde, et lui confia la direction spirituelle du monastère, se soumettant elle-même à sa conduite. Cette première Abbesse aura été sans doute bénie par saint Fient (17).
Au commencement de ce siècle, la ville de Niort, dont il Origines de lavuie
' ' de Niort.
nous faut parler maintenant, était à peine connue sur l'emplacement qu'elle occupe. Là venait aboutir, à travers les terres inondées de la Saintonge et de l'Aunis, ce promontoire des Pictons que nos auteurs les plus compétents s'accordent aujourd'hui à y reconnaître. Un fait récent a semblé constater la justesse de cette opinion, lorsque, vers 1883, on découvrit dans le faubourg de Bessac, appartenant à la paroisse de Saint-André, un banc d'huîtres fossiles, aux valves unies, dont la présence exclut désormais, selon nous, toute indécision sur ce point.
La Sèvre, cachée au milieu de marais profonds, coulait entre les deux collines, sans avoir encore de nom. C'est vers l'an 550 qu'on attribue soit à un détournement de son cours, devenu indispensable dans ce but, soit au retrait des eaux, occasionné par quelque événement oublié (18), la réunion des deux points opposés, déjà habités depuis longtemps.
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et que cet état des lieux rapprochait plus ou moins au moyen de barques venant de Tune et de Pautre rive. Ce qui paraît certain, c'est que ces deux villages, posés, Tun au nord, Tautre au sud de la rivière, avaient un seul et même nom qui prouve la fréquence de leurs relations : c'était Noiordum, dont l'origine celtique prouverait en même temps l'antiquité du lieu et l'intéressante topographie, car il viendrait de noviorituirij, c'est-à-dire nouveau guéj nouveau passage (19). Toujours est-il qu'après ce dessèchement des terres marécageuses, les deux points extrêmes se rapprochèrent pour ne faire qu'un même centre d'industries agricoles et de travaux communs.
Nous savons que la partie méridionale de la ville avait vu s'élever pour elle, par les soins de saint Palais, évêque de Saintes, une chapelle où fut honorée la mémoire de saint Vaise, son prédécesseur ; c'est la première mention du culte chrétien que nous offrent les souvenirs de cette contrée qui appartenait à la Saintonge. Sur la colline du Nord, on érigea une autre chapelle en l'honneur de l'apôtre saint André et dont la date nous est absolument inconnue. La population qui appartenait au Poitou était donc chrétienne, et des deux côtés la foi devait avoir été annoncée par quelquesuns de ces premiers missionnaires, envoyés dès le premier siècle par saint Martial, vers toutes les limites de notre pays (20). Quel étonnement ne nous saisit pas quand on compare aujourd'hui cette ville de vingt mille âmes, florissante par le commerce et toutes les industries de notre civilisation, avec ces deux bourgades vivant en des cabanes de roseaux des produits de leur pêche dans les eaux qui faisaient de chacune une presqu'île, et de leurs chasses dans les forêts incultes qui les entouraient! Du côté de Saint-André était une mansion assez nombreuse de Teifales, que nous avons vus établis par les Romains sur d'autres points de la province et qui, dés le iv® siècle, s'étaient gardés de fuir avec eux devant les invasions des Barbares dont ils auraient plutôt secondé l'étabhssement.
HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 550) 435
Mais les événements qui, au commencement et pendant la première moitié du vi^ siècle, changèrent la face politique de la Gaule, les virent invariablement attachés à cette position, où il est bien probable que saint Senoch, leur compatriote, sera venu les visiter au vi^ sièle. Quoi qu''il en soit, ces Teifales, mêlés à la race gallo-romaine, s'implantèrent si bien de ce côté de la ville, qu'ils s'y mêlèrent plus tard aux indigènes, entrèrent dans leur vie sociale, et y perpétuèrent jusqu'à nos jours par les mœurs autant que par leur conformation physique, sur le côté oriental de la Vendée, un caractère germanique dont les traits n'échappent pas à l'observateur.
Telles sont les origines de Niort, où des fouilles récentes ont fait découvrir les traces d'une civilisation et d'un commerce qui, du côté de Saint-André surtout, supposèrent à certains points de son voisinage une existence bien antérieure peut-être à la ville primitive de Novioriturrn.a)^ dont les progrès se sont développés rapidement au point d'en faire depuis six ou sept siècles la seconde ville du Poitou.
Ici se placent, nous semble-t-il, les commencements de commencements de
■•■ ' ' saint Jumen.
l'union que Dieu se plut à former entre sainte Radégonde et saint Junien. Celui-ci était né au commencement du VI® siècle, à Champagne (21), une propriété de famille que ses parents, d'origine noble et distinguée, possédaient sur le territoire de Brioux (22). Son enfance, intelligente et studieuse, fît présager ses rapides progrès dans les sciences humaines et dans les saintes lettres, qu'il étudia sans doute à Poitiers où depuis saint Hilaire les écoles n'avaient cessé d'être en réputation [b). Ces études lui inculquèrent de bonne heure, sous des maîtres chrétiens, l'estime des vérités divines, trésor préférable à tous ceux que l'esprit
(fl) Cf. Bulletin de la Société de statistique des Deux-Sèvres, 1864, p. 38.
{b) De Ferrières, Etat des lettres dans le Poitou, in-S", p. 23. — Wiillin Boëcc, Vit. S. Juniani, ap. Mabiilon, p. 300.
Ses relations avec
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d'orgueil fait tant rechercher parmi les hommes. Aussi songea-t-il, encore très jeune, à se retirer dans la solitude, en dépit d'autres projets que ses parents avaient formés. Et après s'être coupé lui-même les cheveux (a) en signe de renoncement au monde, il habita quelque temps la villa de Champagne, y donnant par une vie vraiment cléricale un témoignage évident de sa vocation. La grâce n'y fit que de plus touchants effets dans son cœur et lui inspira d'embrasser le silence plus strict des anachorètes. Il passa donc de Champagne dans les bois de Chaunay, qui n'étaient pas loin et dont l'épaisseur, comme le silence absolu, devaient mieux favoriser sa retraite (23). Il y resta quelque temps, y vécut en reclus, s'occupant uniquement à la psalmodie et à la contemplation. Mais Dit3u a toujours quelque chose à faire de telles vertus, et elles ne demeurent pas longtemps ignorées. Leur bonne odeur s'exhala dans sainte Radégonde. j^ coutréc, ct Radégoudo fit manifester à Junien son désir de le connaître et de l'entretenir. Junien, de son côté, n'ignorait pas les miracles de piété qui brillaient dans cette vie si illustre et si humble. Des rapports suivis s'établirent dès lors entre eux; mais ils n'eurent pour but que leur avancement mutuel dans la vertu. Ainsi Radégonde se chargeant de fournir de vêtements le solitaire, celui-ci, pour sa part, confectionnait quelques-uns des instruments de pénitence dont la fervente reine se servait. Au ix^ siècle on gardait encore dans le monastère de Sainte-Croix un cilice de poils de chèvre et une chahie de fer, dont elle avait entouré son corps. De ces témoignages de céleste intimité résulta la promesse mutuelle que le premier des deux qui mourrait en ferait prévenir l'autre par un messager disposé d'avance, afin que le survivant priât pour le défunt (*). Nous verrons de quelle façon extraordinaire ce pacte touchant dut plus tard s'accomplir.
(a) Prop, dioc, Pictav., 1682, p. 77.
(h) WuUia Boëce., Vita S. Juniani.
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En dehors de notre province, mais après y avoir fait un dSert^^''''^^^'^^ bien qu''elle ne doit pas oublier, mourait le 1^^ mars 550 saint Aubin, évêque d'Angers, qui fut une des lumières de son époque. Breton d'origine et né au diocèse de Vannes en 470 d'une famille considérable, il était entré dès sa jeunesse au monastère de Cincillac, récemment fondé en Anjou (24), et ses heureuses qualités, secondées d'une piété soutenue, lui en firent donner la direction. Il avait alors trente-quatre ans. Il s'acquittait de cette charge avec beaucoup de succès depuis vingt-cinq ans, lorsqu'il fut élu évêque d'Angers en 529. Son zèle se manifesta dés lors pour le maintien de la discipline ecclésiastique, sans laquelle il n'est point de clergé possible, et contre les mariages incestueux qui désolaient alors l'héritage du Seigneur. Il trouvait cette sainte ardeur dans son habitude du recueillement et de l'oraison. Il avait fallu l'enlever de son monastère pour lui imposer le fardeau de l'épiscopat : il n'y changea rien à sa vie pénitente, on lui vit la même patience, la même charité. En 538 il assista au troisième concile d'Orléans, qui laissa d'importantes règles pour les mœurs des laïques et du clergé, et afin de consommer cette œuvre pour son diocèse, il fit avec saint Lubin de Chartres le voyage d'Arles pour y consulter saint Césaire, qui était alors, nous l'avons vu, un des flambeaux de la Gaule chrétienne. Ce fut à lui que l'on dut, en 543, l'établissement à Glanfeuil-sur-Loire de la première abbaye de Bénédictins qui vinrent en Anjou sous la conduite de saint Maur. L'abbaye prit le nom .du saint Abbé, et celui d'Aubin en devint inséparable. Celui-ci mourut plein de jours et de mérites, déjà octogénaire, et fut inhumé dans un petit oratoire de sa ville épiscopale. Ses rehques furent transportées par son successeur Eutrope, dans une ègUse plus convenable qui prit le nom du saint et devint la célèbre abbaye si renommée du xviii^ siècle et à laquelle se rattache le souvenir d'un grand nombre de miracles que Dieu accorda à la sainteté de son digne confesseur.
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Le zèle de ce bon pasteur dut s''exercer dans le Poitou, car notre diocèse conserve des monuments en assez grand nombre qui en rendent témoignage et y glorifient sa mémoire par un culte non interrompu. Sa fête s'y célèbre le 1^^ mars.
La Vendée a ses paroisses de Saint- Aubin-les-Ormeaux (25) et de Saint-Aubin-la-Plaine(26). Dans la portion de ce beau pays qui est restée à l'Eglise de Poitiers, on trouve les églises paroissiales de Saint- Aubin-Ie-Clou (27), de Saint- Aubin-de-Baubigné(28), Saint-Aubin-du-Plain(29). Le prieuré de Saint-Aubin-du-Dolet (30), près Mirebeau, relevait de l'abbaye de Bourgueil du diocèse de Tours. Un autre prieuré, dépendant de Saint-Cyprien de Poitiers, existait dans la paroisse et sur les confins mêmes de celle de Vivonne(31) (Vienne).
C'est vers ce temps qu'apparaissent les premiers revers d'un homme qui honora peu le Poitou, et qui dut sa trop fameuse célébrité à son ambition malheureuse et à ses crimes justement expiés.
Il s'agit du comte Leudaste, un de ces parvenus qui n'ayant pu atteindre à la dignité des sentiments que supposent toujours mieux une haute naissance et l'éducation qu'elle admet, tomba de toute sa hauteur, comme tant d'autres, dans l'abîme creusé par ses intrigues, son ambition et son orgueil. Il était né en 537, dans l'île de Ré (32), où son père Léocade était serf de l'intendant des vignobles du fisc. Il joignait à une intelhgence peu commune une humeur altière qui lui fit supporter difficilement sa condition, et il nourrit longtemps le projet d'en changer. La première tentative qu'il fit ne lui réussit pas. Il fut pris après s'être échappé de l'île, ce qui ne l'empêcha pas de recommencer deux autres fois sans plus de succès. Mais enfin il y gagna des coups en grand nombre et une oreille de moins, dont l'absence devait à jamais rappeler sa faute et signaler son état d'esclavage. Il n'en fut pourtant pas découragé. Le roi Charibert, toujours docile à ses mauvais instincts, avait abandonné Ingoberge, sa femme légitime et
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vertueuse, pour la remplacer par une femme de bas étage, depuis quelque temps au service de la reine. Cette femme nommée Marovefe, était aussi de File de Ré, où son père vivait d'un commerce de laine ; elle y avait connu Leudaste qui ne manqua pas de se faire présenter à elle. — Grégoire de Tours qui la connaissait du reste, et de qui nous empruntons les circonstances de ce récit (^), raconte qu'il fut d'abord employé dans les cuisines du palais, puis à la boulangerie. Mais c'était là trop peu de chose pour le mérite qu'il se croyait, et grâce au bon vouloir de son obligeante compatriote, le roi lui confia quelques soins de ses écuries. Il s'avança avec une assez grande habileté dans ce métier pour arriver bientôt aux fonctions principales de cet emploi, équivalent à ce qu'on appela plus tard connétable.
Cette faveur ne fut qu'un moyen de plus de se livrer à SCS vices qui devinrent bientôt de honteuses passions. Son ambition et sa vanité n'eurent plus de bornes, quand il se fut mis par ses relations journalières si avant, dans les bonnes grâces du roi, que rien ne devait plus lui être refusé. Il s'achemina surtout vers ces succès en flattant par des présents habilement choisis et offerts l'avarice de ce maître qui joignait ce défaut à tant d'autres qui ne valaient pas mieux. Par là aussi, il comptait arriver plus haut, et ne cacha plus ni ses intrigues, ni ses espérances. C'est probablement à cette époque, et vers 555, que venu à Poitiers par quelque motif que nous ignorons, et logé dans les dépendances du monastère de Saint-Hilaire, il s'y comporta de telle sorte, et attira l'attention publique par une conduite si méprisable que Radégonde ne pouvant plus ni les ignorer, ni les souiïrir, exigea que l'indigne personnage quittât la ville : ce que son crédit n'eut pas de peine à obtenir. Cette disgrâce dont une âme basse n'a jamais de peine à se consoler, ne l'empêcha pas plus que la hon-
(a) Hist. Franc, lib. V, c. xiv, xlviii et suiv, — Lib. VI, c. xxxi et suiv.
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teuse mutilation de son oreille de continuer ses manœuvres. Devenu homme libre par son titre de Comte des écuries, sa vanité n'en fit qu'augmenter. Il se mêla à toutes les affaires du temps, qui pouvaient à la faveur de sa protectrice, lui ménager de la considération et des richesses ; il en abusa pour afficher toujours plus un faste insolent, capable de l'élever à d'autres charges où nous le trouverons bientôt.
L'Idolâtrie en Poitou Plus CCS coutrastcs sout communs à cette époque entre
a cette époque. ■■• '■
les natures comme celles de Leudaste et de saint Aubin, mieux on comprend que le christianisme ne triomphait pas encore des mœurs et des habitudes païennes, malgré les mémorables exemples qui en faisaient prévoir le succès. Le paganisme opposait encore librement ses orgies, à l'austérité de la morale et des pratiques de la loi de Dieu. Un grand nombre de païens existaient encore qui gardaient le culte des idoles, et à l'occasion de leurs fêtes sacrilèges, on passait les nuits, à s'enivrer, on se livrait à des plaisirs désordonnés, à des chants et à des danses de femmes. C'était surtout à la campagne que ces scènes scandaleuses se passaient ; il n'était pas rare d'y voir élever des chapelles ou des statues aux fausses divinités ; et quand les prêtres catholiques s'efforçaient de détruire ces superstitions, on les repoussait violemment, et l'idolâtrie continuait. Les rois, sur la demande des évêques, y mirent cependant . obstacle, et en 554 Childebert P"*, qui régnait à Paris, prit l'initiative de mesures sévères dans une lettre au clergé et au peuple où il ordonna la destruction des idoles érigées sur les terrains particuliers et interdit toute pratique païenne, toute résistance aux prêtres qui les condamneraient, et défendait aux fauteurs de disparaître du lieu sans avoir donné une caution (^). Ces mesures devinrent communes aux autres royaumes des Francs, et dans le Poitou, on en dut la divulgation aux soins et à l'influence de sainte
(a) Greg. Turon., Hist. Franc, lib. IV, c. xx. — Migne, PatroL, t. LXXl, col. 1159.
Radégonde que la sainteté de sa vie rendait vénérable à tous les princes de la famille royale.
En ce même temps et vers Tannée 550, nous rencontrons s^ïSeTriou*^^ un moine illustre dont nous avons à parler comme d'une des gloires de son siècle.
Quoique né à Nantes en 527, saint Martin de Vertou, appelé ainsi du monastère qu'il fonda sur les bords de la Sèvre, à deux lieues de sa ville natale, appartient bien plus au diocèse de Poitiers où commencèrent ses travaux, qu'il y continua jusqu'à sa mort. Il était d'une famille riche et honorée, son père étant gouverneur de Rezé, ville alors bien plus considérable qu'aujourd'hui, et assise sur les bords de la Loire. Le nom de Martin, qui lui fut donné au baptême, était d'un heureux présage pour un avenir de sainteté. Sa jeunesse se passa dans l'étude des lettres sacrées, dans une régularité et une ferveur religieuse qui firent de lui le modèle des jeunes gens de son âge par la dignité de ses mœurs et le calme heureux qui étouffa ainsi le germe des mauvaises passions. Dieu récompensa cette fidélité à la grâce baptismale en l'appelant à son service, et il reçut vers 550 le diaconat des mains de l'évêque Eumérius, qui mourut cette année. Saint Félix ayant succédé à celui-ci, fut pour le peuple de Nantes, en même temps qu'un génie bienfaisant, un pasteur remarquable de zèle et de piété, que Fortunat connut et aima, et auquel il adressa plus d'une fois ses poétiques encouragements. A peine cet excellent pasteur put-il disposer de Martin, qu'il l'éleva au diaconat. C'était en 552 , et bientôt après il l'adjoignit à titre d'archidiacre pour s'en aider dans son administration et ses fonctions sacrées.
Les Archidiacres étaient des diacres , chefs des autres , Les archidiacres et
' leur rôle dans les
clercs du même Ordre, et ajoutaient à la direction de ceux-ci diocèses. d'autres soins du ministère ecclésiastique ou de l'administration diocésaine. Ils suppléaient par là dans la ville épiscopale ou dans les autres paroisses au petit nombre des prêtres occupés à des devoirs ou à des fonctions qui n'étaient
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possibles qu'à leur Ordre. Ils réglaient donc, sous Pautoritô des évêques, la marche des affaires, surveillaient Paccomplissement des canons, visitaient les paroisses, et remplissaient enfin les devoirs et la charge de nos Vicaires Généraux actuels, qui, par suite de cette ancienne coutume, conservent encore le titre d'Archidiacres par rapport à telle contrée dont le soin et la surveillance leur sont dévolus. L'élévation de ce rôle, dont on voit l'importance dans ce siècle, s'accrut bientôt en proportion du respect qu'il inspirait, et il finit par se continuer même pendant la vacance du siège. L'âge de Martin ne fut pas un obstacle à cette entière confiance de Félix qui, entouré d'un grand nombre de clercs du même ordre, beaucoup plus âgés, partagea de préférence avec le saint jeune homme les offices de sa charge laborieuse. C'est que la sainteté' peut suppléer à l'expérience, qu'elle acquiert d'ailleurs plus vite par les dons de conseil et de force qui sont les fruits nécessaires du caractère sacré.
Saint Martin de L'éloqucncc naturelle de Martin, secondée d'une instruc-
Vertou évangélise la ,,iiiia i
Vendée. tiou solidc ct d uu zèlc ardent du salut des âmes, persuada
à saint Félix de lui confier le ministère de la prédication. Il y eut du succès, d'abord dans les diverses îles qui, autour de celles de Bouin et de Noirmoutier, forment un archipel sur la côte occidentale de la Bretagne et du Poitou. Ces îles étaient habitées par des pirates saxons, et devenaient par cela même inabordables à quelque étranger que ce fût. Partout ailleurs, dans le pays qui formait entre la Loire et l'Océan la première marche du Poitou, des peuples à demi-sauvages n'avaient d'autre culte que le paganisme obstiné, quoiqu'ils eussent été visités dès le temps de saint Hilaire par saint Vivence et d'autres missionnaires dont Herbauge y résiste. Hous avous parlé. Une viUc principale s'y distinguait
son^châiiment provi: ^^^^^^^^ p^^ g^^ mauvaiscs mœurs et son impiété, rebelle depuis deux cents ans à la parole sainte dont elle avait même perdu le souvenir. C'était Herbauge, élevée à la pointe méridionale du lac de Grand-Lieu, et dont l'impor-
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tance avait fait donner son nom au territoire qui Pentourait. Si nous en croyons les vieilles traditions du pays, elle avait été fondée par les habitants de Nantes après la destruction de leur ville par les lieutenants de César. Sa position sur la Boulogne (33) y favorisait le commerce en lui donnant de faciles communications jusqu'à la Loire et à la mer. Avoisinée par les deux pagus de Retz et de Manges, cette cité devint considérable par ses relations que favorisait la vaste étendue de sa partie méridionale. Rezé surtout avait alors une grande position. Le chorévêque Adelpliius, avant son épiscopat, et pendant que les Wisigoths ariens occupaient Poitiers, n'avait pas manqué d'évangéliser ces cœurs endurcis. Ils n'en valaient pas mieux soixante ans après, et ce fut vers eux que se porta d'abord le zèle du jeune missionnaire. Il y fut très mal accueilli, se vit obligé de fuir un peuple qui menaçait sa vie en blasphémant, et les souvenirs de la contrée attestent que leur ville, assise sur les bords du lac, y fut engloutie aussitôt par un châtiment du Ciel qui ne laissa plus d'elle aucune trace. Ce grand revers affligea notre saint, qui rentra à Nantes, s'y prépara au sacerdoce, et bientôt, âgé de trente-sept ans, s'en alla porter la parole de Jésus-Christ à des populations mieux disposées, et parcourut dans ce but la Neustrie, l'Angleterre et l'Italie pendant une dizaine d'années.
Ce dernier pays semble avoir été sa plus laborieuse station, et ici se présente encore un côté à ne pas néghger dans l'étude des hommes et des choses de ces temps si peu connus. Martin, après avoir passé quelques mois à Rome et puisé près du tombeau des Apôtres comme à la source du zèle et de la force sacerdotale, s'arrêta dans les Alpes pour y goûter encore la solitude religieuse qu'il aimait tant. Ce qu'il y fit nous porte à croire qu'il s'arrêta alors sur la limite où ces montagnes séparent le Piémont et la Savoie, et dans la chaîne que forment le Grand et le Petit-Saint-Bernard. Là devait encore s'exercer pour le bien-être du prochain cette charité que les saints exercèrent
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toujours jusqu'à Théroïsme de Pabnégation, et qui leur fit oublier si souvent leur propre repos pour joindre au salut des âmes des soins matériels qui importaient au bonheur et à la civilisation de leurs contemporains. Dans le pays sauvage que Martin venait d'aborder, de formidables glaciers coupaient comme autant de précipices ou de blocs inaccessibles les rudes sentiers qui menaient à de rares cabanes de bergers isolés tout l'hiver, vivant à part, et condamnés, par les insurmontables difficultés des chemins, à rester presque toujours privés des communications nécessaires d'une famille à l'autre. Les saints, quand la Providence les attirait en de telles solitudes, appréciaient ces difficultés et plaignaient ces pauvres habitants privés de tout. Plus familiers qu'eux avec la science des constructions qui suppose la connaissance des calculs, des mesures et de la dynamique, ils les poussaient à frayer sous leur direction des routes et des sentiers praticables, à élever des ponts sur les torrents ou les rivières, très rapides en ces localités montueuses, et ne manquaient pas de s'attirer la reconnaissance avec l'admiration de leurs protégés. Ainsi saint Senoch le Teifale avait multiplié de semblables ouvrages autour de son ermitage aux confins de la Touraine et du Poitou (^). Ainsi au xii^ siècle saint Bénezet, surnommé saint^Benoît du Pont, outre beaucoup de travaux semblables, avait construit sur le Rhône le fameux pont d'Avignon qui y perpétue son souvenir (*). Vivifiés par de telles œuvres, les contrées où s'arrêtaient plus ou moins ces merveilleux ouvriers changeaient de face pour ainsi dire. Que devient l'entêtement hostile des philosophes devant cette religion du moyen âge capable par sa foi de tels prodiges, et que les peuples reconnaissants suivaient avec une si admirables simplicité ?
(a) Greg. Turon., Vita Pnlrum, c. xv. — Bolland., 28 octob., V, p. 770.
(6) Cf. M?r Guérin, Vies des Saints, ou Petits Bollandistes, au 14 avril. — Propres d'Avignon et de Viviers.
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L'exemple de cette vie aussi dévouée que pénitente attirait la foule autour de Martin. A ces peuples ravis il prodiguait aussi la prédication ; mais le génie de cette vie solitaire qui était alors le céleste mobile de si grandes choses n'en vivait pas moins en lui, et il se disposait sans le savoir, encore, par la visite de nombreux ascètes à devenir le fondateur d'un des plus illustres monastères de son temps. Nous l'y retrouverons pour goûter la pieuse suavité de sa sainteté et de ses travaux.
Revenons à sainte Radégonde et à la part qu'elle devait prendre nécessairement aux grandes agitations du monde, qu'elle avait fui, et qui l'atteignaient toujours malgré elle.
La pieuse et énergique princesse ne laissait pas d'avoir bien des déboires à subir de ceux-là même qui ne lui refusaient pas leurs hommages de respect. Elle n'était plus mêlée aux tumultes, disons mieux, aux désordres des cours, mais elle n'en ressentait pas moins les profondes tristesses causées par ce qu'elle savait chaque jour des discordes des rois qui s'étaient partagé la France, et de leurs fils dont l'ambition effrénée ne reculait devant aucun acte de violence et de déloyauté. De là des guerres incessantes, des envahissements de territoires, des usurpations sanglantes et des persécutions contre l'Eglise dont les évêqués, même en conciles, étaient maltraités, nous l'avons vu, en dépit de leur caractère et de leurs droits. C'était pour Radégonde d'assez graves chagrins, qui lui devinrent de fréquents sujets de gémissements devant Dieu.
Cependant Clotaire, toujours roi de Soissons, s'entendait Révoltes de chramnc
. contre son père Clo-
mal avec ses ireres, dont il cherchait à s attribuer les Etats, '«'^c. Sa conduite morale n'avait aucune retenue, et, dés ce monde, lui attira de justes sévérités de la Providence. Celui de ses fils qu'il aimait le mieux était l'amé, Chramne, né d'une union illégitime. On remarquait sa beauté, son courage et ses belles qualités de l'esprit. Clotaire lui ayant donné le gouvernement de l'Austrasie, le malheureux, qui s'était fixé à Clermont, n'y donna bientôt que des preuves inces-
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santés de sa dépravation et de sa débauche, de sa violence et de son impiété. Le roi auquel des plaintes arrivaient de toutes parts contre ses crimes réitérés chaque jour, n'y put résister, et rappela prés de lui cet étrange dépositaire de son pouvoir dans une de ses plus belles provinces. Chramne refusa d'obéir, se prépara à la résistance, et inspiré par Wiliacaire, ancien gouverneur de l'Auvergne, et qui résidait à tiers!" ^'^^*'"' '' "'" Clermont, en qualité de duc d'Aquitaine, il quitta Clermont à la dérobée et vint s'établir à Poitiers où l'attirait aussi bien un certain de ses favoris nommé Léo, homme cruel, violent, du plus mauvais conseil et dont le nom, dit un historien fa), indiquait parfaitement le caractère. A Poitiers, Chramne n'eut pas honte de continuer sa vie de débauche, sans égards pour Radégonde qui, vénérée de tous, devenait en quelque sorte le témoin forcé de ses scandales, et sous les yeux même de saint Pient qui donnait l'exemple des plus saintes vertus. Mais un tel homme ne s'arrêtait devant personne. Austrapius, lui-même, en qualité de premier officier du roi dans le Poitou, avait dû montrer au jeune prince une opposition officielle et désapprouver sa conduite. Chramne se porta contre lui à des violences, et il ne lui eût
Austrapius se réfu- , , - i-i i -x • i -e • < t»
gie à saiut-Martin de pas cchappe S il ivavait OU som de se retugier a iours
Tours
dans la basilique de Saint-Martin. Ce refuge inviolable n'en fut pas moins surveillé par son ennemi, qui l'y suivit, l'y tint étroitement assiégé, et veihait à ce qu'on n'y laissât point passer de vivres. Le malheureux gouverneur y serait mort de faim sans un miracle qui aurait fortifié au besoin la confiance du peuple dans le saint protecteur de l'illustre église. Un juge, forcé par Chramne de s'y introduire, osa répandre par terre un verre d'eau qu'une main charitable venait d'apporter au capfif; mais le méchant homme fut saisi aussitôt d'une fièvre qui l'enleva dans la nuit suivante. Quant à Austrapius, le moyen employé contre lui servit à sa délivrance, car à la faveur de l'émotion générale, il put
(«) Greg. Turon., Hist, Franc, lib. IV, c. xvi.
s'évader et s'éloigner de cet ennemi acharné : ceci se passait en 557.
Pendant que le jeune prince s'attirait ainsi la haine et le mépris des honnêtes gens, Clotaire était occupé à une guerre injuste contre les Saxons. Il s'empressa de dépécher contre ce fils rebelle ses deux autres fils Charibert et Gontran. Ils le rencontrèrent plus tôt qu'ils ne l'avaient soupçonné, car déjà Chramne, sorti furieux de Tours où le peuple s'était prononcé pour Austrapius, s'était avancé dans le Soissonnais, et y dévastait tout avec des troupes levées en Auvergne et en Poitou. Pendant que Radégonde qui gémissait de ces conflits sacrilèges, priait avec ardeur, un orage empêcha les deux armées d'en venir aux mains. Après divers incidents, Chramne se réfugia à Paris dont son oncle Sigebert était roi. Celui-ci l'encourageait dans sa révolte, lui faisait jurer par les reliques des martyrs, de ne jamais se réconcilier avec Clotaire, se vengeant ainsi du roi de Soissons qui venait de s'approprier les Etats de son neveu Théobald, roi de Metz, mort sans enfants cette même année.
Chramne cependant, malgré ces menaces, ne tarda pas à se voir à bout de ses ressources. Il fit avec son père une paix de mauvaise foi qui ne pouvait être de longue durée, il en profita au moins pour retourner à Clermont, où il épousa une fille du duc d'Aquitaine Wiliacaire. Toutefois son action dans le gouvernement de la province ayant soulevé de nouvelles animadversions en ranimant les anciennes , il songea à s'éloigner encore , renoua ses intrigues contre son père et s'apprêta à une nouvelle révolte. Il fallait bien songer dés lors, contre cette nature qui poussait la perfidie jusqu'au parjure, à une répression aussi sévère qu'efficace. Et pourtant une longanimité de trois ans fit encore reculer le père devant les crimes du fils; mais un dernier excès de celui-ci détermina enfin une prise d'armes. Clotaire, devenu héritier de toute la monarchie française par la mort de Childebert, s'avança contre son
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fils jusque sur les terres de la Bretagne, dont le comte Clionobort l'aidait dans sa rébellion. Un combat sanglant
Mort de chramne. sc livra OÙ Chramne, vaincu et pris, fut condamné à mort par son père, qui fit mettre le feu à une chaumière où il s'était réfugié avec sa femme et ses filles. Pour en finir avec ces tristes événements, nous avons un peu anticipé sur les dates, cette mort cruelle étant aurivée en 561 (a).
Troisiùmc concile ^^ milicu dc CCS commotious guerrières dont la Gaule
de E'ans. ^
septentrionale était depuis si longtemps agitée, la discipline ecclésiastique souffrait de cruelles atteintes, les biens de FEglise étaient pillés sans merci, les temples sacrés consumés par les incendies, les inimités s'enflammaient et produisaient des dissentions toujours renaissantes. A ces malheurs, à leurs déplorables conséquences, on ne pouvait opposer que le ferme langage de l'Eglise et les saintes régies qu'elle ne manquait jamais d'y opposer. C'est pourquoi Childebert, aussitôt que la paix s'était faite après la première révolte de Chramne, avait réuni en 557, à Paris même, qui était le siège de son gouvernement un concile, le troisième tenu en cette ville, ou quinze évêques renouvelèrent les anciens canons contre les envahisseurs des biens de l'Eglise, contre les mariages incestueux dont les princes eux-mêmes donnaient de trop nombreux exemples. On condamnait aussi les nominations abusives faites par les rois à des évêchés dont ils pourvoyaient leurs favoris, en dépit des canons et de la dignité sacerdotale. Rien n'est imposant comme ce zèle de la vérité et du bien qui s'oppose aux infractions des plus saintes régies quand elles sont violées par ceux qui devraient les défendre. On sent toujours là l'esprit de Dieu dans l'impartialité d'une justice surhumaine.
Parmi les quinze évêques qui assistèrent à ce concile, nous ne trouvons d'en deçà de la Loire que Léonce de
(a) Greg. Turon., lib. XV, c. xvi. Epithom., c. lu. — De Bussièrc, Hist. de sainte Radégonde, p. 128.
HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 557) 449
Bordeaux, deuxième du nom, dont Fortunat parle avec éloge dans ses poésies (<-r). Saint Pient, encore évêque de Poitiers, n'y parut point, sans doute parce que la seconde Aquitaine avait eu moins à souffrir des maux qu'il y fallut réparer ; mais surtout aussi parce que déjà Fabbaye de Sainte-Radégonde s'achevait à Poitiers, et que plus que jamais la sainte reine avait besoin de son assistance et de ses conseils m.
Le 14 mars de cette même année, l'Eglise de Chartres perdit son digne pasteur saint Lubin dont nous avons déjà parlé plus d'une fois. Il avait assisté au cinquième concile d'Orléans, tenu en 549, et au second de Paris deux ans après. Ses dernières années furent éprouvées par de cruelles souffrances, ayant une partie du nez rongé par un chancre. La patience fut son grand remède et son principal mérite : il en donna l'exemple en se réfugiant dans l'agonie et la passion de Jésus-Christ. C'est ainsi, dit saint Fortunat, qui écrivit sa vie, qu'il expira en offrant au souverain Maître avec les talents reçus de Lui, ceux qu'il avait su y ajouter pour sa gloire. Il fut enterré dans l'éghse de Saint-Martinen-Vallée, située dans un des faubourgs de Chartres. Le saint lieu devint dès ce temps un rendez-vous de prières où Dieu daigna accorder maintes fois à ses serviteurs des grâces nombreuses et de remarquables guérisons. Ces miracles multipliés firent lever son corps de terre afin qu'il pût être vénéré plus facilement par les fidèles. Il y fut en effet conservé en entier jusqu'en 1568. Les huguenots le brûlèrent alors en saccageant la ville et les églises. La tête seule fut sauvée de leurs fureurs, reportée dans la cathédrale et reconnue juridiquement en 1587, sous l'épiscopat et par les soins de Nicolas de Thou. Plusieurs paroisses portent son nom dans le diocèse de Chartres et ailleurs.
(a) Uiscellan, lib. IV, c. ix.
(b) Concil. Gall. rom., t. I, p. 313.
On l'honore à Poitiers sous le rit double, le 15 septembre, qui est l'aniversaire d'une de ses translations (a>.
Pendant que les désordres de Chramne et les dissensions intestines des princes français retentissaient dans le Poitou, un événement d'un autre genre venait étonner le diocèse par ce qu'il avait d'inattendu, autant que d'inusité. Le duc Austrapius, par une de ses singularités qui prouvent combien les idées chrétiennes étaient encore mêlées de mondanité dans les chefs d'une nation à demi-civilisée, s'était dégoûté en apparence, de la belle position qu'il occupait dans la magistrature guerrière du pays. On peut croire que ce dégoût lui venait surtout de ses dernières aventures, de son séjour forcé dans la basilique de Saint- Martin, au péril qu'il y avait couru de sa vie lorsque Chramne l'y avait fait garder de si prés, enfin de ce secours inattendu qu'il y avait reçu de saint Martin, vengeant son asile de l'officier qui le violait. Ces faits purent lui sembler autant de motifs pour se ménager dans un avenir prochain un poste où moins de périls menaçassent sa vieillesse. Chramne parti de Poitiers et Clotaire revenu de ses guerres contre les Saxons, le gouverneur du Poitou fut dédommagé par un accueil d'autant plus cordial des avanies que lui avait values le service de son maître. Il profita de ce surcroit de faveur pour tracer la nouvelle voie qu'il avait méditée et s'ouvrit au roi du désir qu'il nourrissait de succéder à Pient sur le siège de Poitiers. Un ambitieux qui s'exprime ainsi devant un roi tout-puissant , à qui rien ne résiste, quand un roi croit devoir payer par de telles faveurs l'attachement d'un sujet fidèle, arrive toujours à son but, en dépit des plus hautes difïîcuhés morales. Clotaire n'hésita pas à promettre son influence pour l'élection du favori aussitôt après la mort du saint évêque ; peut-être même comptait-il mettre en jeu le peu de scrupule que les rois ses contemporains ressentaient comme lui-même, à
(a) VU. Leobini, ap. BoUand., U mars. — Lecointe, Annal. Benedict., ad ann. 557.
HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 558) 451
remplacer par leur bon plaisir les moyens canoniques usités dans le choix des évêques. Austrapius reçut donc la prêtrise, peut-être de saint Pient lui-même, à qui il avait bien pu s'ouvrir de la nouvelle vocation, sans lui confier l'usage qu'il en comptait faire. Mais en voyant de quels succès ultérieurs fut suivie cette introduction dans la cléricature, on comprend que ce simple premier degré du sacerdoce ne devait pas suffire à un homme déçu, qui n'avait renoncé à des grandeurs terrestres que pour trouver mieux dans un autre ordre de choses. Le duc obtint donc de l'évêque, et encore plus du roi, de recevoir la consécration épiscopale et de devenir un de ses chorévêques destiné à le seconder dans ses travaux d'administration diocésaine (34). Ce titre arrivait très bien là pour justifier en apparence les prétentions d'un avenir qu'on croyait prochain. C'était un moyen très bien ménagé pour réaliser l'arriére-pensée que nous supposons, et pour le comprendre, il ne faut que bien concevoir l'organisation ecclésiastique de ce temps-là. Ainsi semblaient se concilier les aspirations d' Austrapius avec le droit inattaquable de l'évêque donnant un titre canonique à un nouveau clerc, comme à un coadjuteur de son ministère. C'est pour la même raison que Pient lui confia un certain nombre de paroisses en quelque partie de son diocèse, que Grégoire de Tours nomme Castrum Sellense^ sur la situation duquel on discute encore, mais où nous ne pouvons voir que la localité connue aujourd'hui sous le nom de Celle-l'Evêcault (a) (35).
Une telle concession, très inusitée, ne pouvait résulter que d'une pression exercée par le roi sur la volonté de Pient, lequel abandonnait ainsi une portion de son diocèse que rien ne pouvait l'autoriser à démembrer, ou bien elle ne mettait Icsdites paroisses aux mains d' Austrapius qu'en l'établissant surveillant secondaire, toujours subordonné à l'autorité légitime du chef du diocèse, n'altérant par cela
(a) Jacobs., Geogr. de Grég. de Tours, p. 149. Cet auteur pense aussi que le Castrum Sellense était Celle, doyenné du pays de Melle. C'est une erreur.
même aucun des droits inaltérables de l'Eglise, et ne laissant réellement à Austrapius qu'une délégation qu'il avait acceptée provisoirement, ne pouvant avoir mieux. Ce n'en était pas moins une affaire, traitée entre un prince et un favori aux dépens d'un tiers, et devenant un acte arbitraire d'un côté, une usurpation de l'autre. C'était donc là une de ces combinaisons toutes dressées en dehors de la Providence et qu'Elle se plaît à déjouer, comme il ne manquera pas d'arriver à celle-ci.
Une autre ordination de ce genre, mais qui n'éleva point
jusqu'à l'épiscopat celui qui en fut honoré, vint presque
aussitôt après offrir à un grand personnage du môme
temps un refuge passager contre les fatigues d'une vie
. , ... abritée. Nous avons vu Wiliacaire encourager l'infortuné
Wiliacaire.ducdA- o O
quitaine, complice de Chramiic daus SCS révoltcs, lui donner sa fille Chalda en
Chramne. '
mariage, et, par ses complaisances, ménager son propre avenir dans les bonnes grâces d'un héritier de la couronne. Ce Wiliacaire étant duc d'Aquitaine, aurait dû conserver sa province au roi, qui la lui avait confiée. Y recevoir un prince révolté, souffrir à Poitiers même ses plus grossiers désordres et contracter avec lui une alliance de famille, c'était donner à Clotaire autant de motifs de le frapper d'une juste sévérité (a). Ce n'était donc pas sans raison que voyant son ami vaincu, recourant à un moyen qui avait si bien profité à celui-ci, il se sauva à Tours pour s'y abriter dans le refuge ordinaire. Il n'y prit cependant pas tant de précautions qu'il ne se hasardât trop en dehors de la basilique. Des soldats avaient ordre de le guetter, et quand il avait cru pouvoir un jour se relâcher de sa réserve habituelle, ils se jetèrent sur lui, l'enchaînèrent, lui lièrent les mains sur le dos, et le conduisirent au palais. Le captif se mit alors à invoquer par des cris son céleste protecteur, le conjurant à haute voix de ne pas l'abandonner. Saint
(a) Cf. Besly, Ducs d'Aquitaine sous la première lignée. A la suite des Comtes de Poitou, p. 9, édit., 1644. — Aimoin, lib. Il, 28 et 30. — Paul-Emile, De reb. gest. Francor., Ob. I.
HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 558) 453
Euplirone, alors évêque de Tours depuis deux ans, se trouvait précisément sur les remparts voisins de la basilique, il fut témoin de ce désespoir mêlé de tant de confiance, et priant avec lui, il vit soudain tomber ses chaînes et ses mains redevenir libres. L'escorte n'en conduisit pas moins son prisonnier jusqu'au palais, où Ton dut le charger de nouvelles chaînes. Mais à une invocation du pauvre duc, elles se rompirent encore. Témoin de ce prodige, Clotaire n'y résista point et rendit à Wiliacaire ses bonnes grâces. C'est de celui-ci que Grégoire de Tours tenait ce fait qu'il a consigné dans son ouvrage Sur les Miracles de saint Martin (a).
A la suite de ces événements, et peut-être forcé par iiesi ordonné prêtre. Clotaire de prendre un parti qui semblait lui interdire toute ingérance ultérieure dans les conspirations de son fils, le trop heureux officier se jeta dans la cléricature, reçut bientôt la prêtrise et parut se tenir quelque temps dans les convenances de ce saint état. Mais de telles vocations ne résistent guère aux assauts des vieilles passions ou des hommes qui s'en sont fait un calcul. La dernière révolte de Chramne arrivée trois ans après, trouva l'ancien duc d'Aquitaine trop disposé à la seconder encore. Comme ce maître parjure, il succomba dans sa défaite. Une fois de plus la basilique de Tours devint son asile, et il réussit à s'y prémunir contre la vengeance royale : mais ce salut ne fut pas de longue durée. Les gens de guerre chargés de le surveiller et de le prendre s'il était possible, se décidèrent, voyant l'inutilité d'une longue attente, à en référer au roi, qui, n'écoutant alors que sa colère, ordonna de brûler le saint lieu. Wiliacaire y périt, laissant un terrible ceniiede'safoTMSn exemple d'une grande ambition déçue et du châtiment mérité que le Ciel réserve souvent ici-bas à la perfidie et à l'impiété. Grégoire qui rapporte cette grande catastrophe, nous apprend que son prédécesseur saint Euphrone vit la
(a) Lib. I, c. Liv.
de Tours.
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belle basilique se relever. Honteux de sa colère sacrilège, Clotaire céda aux remontrances de saint Germain de Paris, et reconstruisit avec plus d'éclat (a), Téglise vénérée qu'il fit couvrir de lames d'étain, selon Pusage de ce temps. Il paraît par la charte déjà citée, que le prince coupable en ordonnant Pincendie, avait cédé à un mouvement de vengeance contre les évêques de ses Etats qui lui avaient contesté le droit de s'attribuer le tiers du revenu de toutes les églises (36).
Nouvelles tentatives Qq prince, cu ciui la foi dominait malfîrré les intempérances
de Clotaire contre i 7 i o i
sainte Radégonde. ^q ^^ ^[q^ jjq savait pas plus sc garder contre ses flatteurs, que vaincre la tyrannie de ses caprices indomptés. Ses générosités en faveur du monastère élevé par Radégonde, avaient permis, aussi bien que les sacrifices personnels de la sainte reine et de nombreuses familles patriciennes, de conduire à bonne fin cette œuvre immense qui bientôt allait ajouter une importance de plus à la cité des Poitevins. Déjà la renommée avait porté au loin la réputation de ces beautés architecturales que les étrangers admiraient, et à la cour on ne se préoccupait pas moins de l'opinion que le roi pouvait s'en faire. Celui-ci, par un de ces retours qui lui étaient trop fréquents, sentait renaître les anciennes oppositions de son cœur à mesure que s'approchait le jour d'une séparation irrévocable. Quelques courtisans saisirent l'occasion de flatter ce penchant, et n'eurent pas de peine à lui persuader de nouveaux efforts pour rappeler prés de lui une femme dont les charmes n'avaient rien perdu de leur attrait. Trop docile à ces impressions, Clotaire se résolut à un coup de main et disposa tout pour l'accomplir. Mais astucieux autant qu'avide, il feignit un pèlerinage à Tours, où le tombeau de saint Martin semblait l'attirer. De là il serait facile de simuler une visite à saint Hilaire, un pieux désir de voir comment s'achevaient les grands travaux des deux monastères de Poitiers, et ce fut le double
(a) Greg. Turon, ub. sup., lib. V, c. xx. — Fredegar., Epillwm., c. L. — Chalmel, ad h. ami. — Bouchet, Ami. d'Aquit., éd. 1644.
HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 558) 455
motif donné à ce voyage. Il fut splendide par le cortège qui accompagna le prince ; mais le prétexte n'en resta pas si complètement secret que certains amis que Radégonde avait toujours gardés à la cour, ne se crussent pas obligés de l'avertir des idées que nourrissait le roi, et comment d'habiles courtisans l'y entretenaient. Epouvantée par ce comment eiie en
" '^ ^ triomphe.
nouveau danger au moment où elle croyait toucher au terme de ses efforts, la triste princesse se jeta au pied de la croix, invoqua le secours du Ciel, redoubla ses pénitences, et mit en prières avec elle toutes les ferventes filles qui déjà l'entouraient, et s'étaient accoutumées avec elle à servir Dieu dans la retraite. En même temps elle crut sage de recourir aux moyens do la prudence humaine, et sachant que saint Germain, évêque de Paris, accompagnait le roi, elle lui écrivit par son homme d'affaires Proculus pour qu'il joignît ses instances aux siennes, afin qu'elle continuât d'être oubliée et que le prince abandonnât ses déplorables desseins. Ce fut à Tours même que le prélat reçut la missive de cette reine suppliante. Sans tarder, il se rendit prés du roi qui priait au saint tombeau, le conjura avec larmes d'abandonner son projet, lui représentant que cette violence serait un sacrilège capable de hâter sur lui la justice de Dieu, qu'il devait au contraire fléchir par une piété fervente et désormais irréprochable. Ces paroles dites avec l'autorité inspirée d'un vieillard vénéré l'emportèrent sur la pensée d'un nouveau crime, et le repentir revenant, le roi chargea le saint d'aller lui-même porter à Radégonde la promesse qu'il ne songerait plus à elle : il y ajouta de riches présents pour son entreprise.
On voit par certaines expressions de ce récit emprunté à , commencements de
■'■■'■ J. la vie régulière au
l'historien Grégoire et à Baudonivie que déjà était près de se «"OMstère de Poitiers,
terminer la glorieuse abbaye, qui allait prendre un rang si
distingué parmi celles de la France ; qu'il devait y avoir
une partie du bâtiment servant déjà de demeure à Radégonde
et à un certain nombre de religieuses ; que la maison avait
un homme d'affaires chargé des soins matériels ; et par là
s'explique ce que les biographes nous rapportent de la vie commune où la pieuse reine se faisait l'amie de tous, gouvernait par sa surveillance intelligente, exhortait par ses entretiens journaliers, et donnait en tout ses chers exemples d'édification, de pénitence et d'humilité. Ces détails supposent nécessairement une communauté déjà formée, et expliquent fort bien comment saint Germain, envoyé à Poitiers par Clotaire pour implorer son pardon d'une épouse si souvent outragée, put procéder à la bénédiction de la seconde abbesse.
Mort de RicMide. En effet, la première que sainte Radégonde avait mise en fonction , cette Richilde , que quelques historiens ont regardée à tort comme douteuse, venait de mourir, et le peu de détails que nous avons de sa vie et de son administration s'explique par le soin môme qui lui en fut confié avant l'établissement définitif de la communauté en un corps dont les membres ne devaient plus se séparer. Ce fut donc pendant six ou huit ans que la jeune Franque y dut garder la direction des affaires (37). Son gouvernement ayant commencé avec la vie commune vers 552, il avait fallu qu'une règle dirigeât toutes les habitudes de la nouvelle congrégation, et rien n'avait paru plus convenable que d'adopter celle que l'évêque d'Arles, saint Césaire, mort en 542, avait donné au monastère fondé par lui dans sa ville et que gouvernait sa sœur sainte Césarie. Richilde l'avait demandée à cette abbesse qui s'était fait une joie de la lui envoyer, et dés lors on s'y était conformé dans tout ce qui en était déjà appréciable à l'œuvre naissante. C'est ce que constate une lettre de Césarie en réponse à la demande de Richilde (a).
. La mort de cette dernière ne changea rien à la résolution que Radégonde avait prise d'abdiquer tout gouvernement supérieur. Elle voulait toujours qu'une autre devînt sa mère et sa maîtresse. Rejetant tout titre et toute action qui
(a) Cf. BoUand., t. III, aug., p. 61. — D. Martène, Thesaur. anecd., 1, IV et s. q.
Sainte Aguès, Abbesse.
HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 558) 457
relèveraient au-dessus de ses sœurs, nulle part elle ne voulait plus avoir ni sceptre, ni couronne.
Elle avait parmi ses religieuses compagnes, une jeune fille nommée Agnès qu'elle avait aimée dès son enfance à la cour de Thuringe, qui l'avait suivie dans sa captivité, qui avait dû à ses soins une éducation distinguée et quelques années après, le bonheur de sa vocation. Sous une direction si complète, la jeune vierge n'avait pu tarder à faire de grands progrés dans les voies de la perfection ; elle devint l'objet de l'admiration de ses sœurs, et l'humble reine qui avait fait triompher la grâce dans son propre cœur jusqu'à se perdre dans un cloître, se sentait pour elle une telle vénération qu'elle n'hésita pas à lui confier le soin absolu de sa grande famille. Ce fut donc sur la proposition de l'auguste fondatrice, du consentement unanime de ses sœurs, ratifié par les évêques de la province, qu'Agnès fut choisie pour Abbesse, et l'on fit coïncider cette élection avec la présence à Poitiers de saint Germain qui lui donna la bénédiction abbatiale en présence de plusieurs autres prélats. Ainsi fut inaugurée la seconde Abbesse de ce grand couvent poitevin qui portait alors le nom de Sainte-Marie, et qui ne prit celui de Sainte-Croix qu'un peu plus tard, au milieu de circonstances solennelles que nous raconterons bientôt.
Saint Germain dont nous venons de parler, et que l'Eglise samt Germain de de France regarde comme un de ses plus grands évêques, n'est pas moins cher à celle de Poitiers par la pieuse amitié qui l'unit à quelques-uns de nos saints les plus illustres. Il mérite donc ici nos pieux souvenirs et la même reconnaissance qui rendit son culte précieux à nos ancêtres.
Il était né en Bourgogne, sur le territoire d'Autun, dans les dernières années du v^ siècle. Après une enfance pleine d'innocence et de ferveur, il reçut en 533 d'Agrippa, évêque • d'Autun, le caractère sacerdotal, et de son successeur saint Nectaire, la direction de la célèbre abbaye de Saint- Symphorien. Il y vécut dans un si constant respect de la
458 HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 558)
régularité monastique et dans une si parfaite pratique des vertus chrétiennes, qu"'il fut honoré du don de prophétie et de celui des miracles, au témoignage de son ami saint Fortunat c[ui écrivit sa vie et que nous suivons ici (a).
Childebert, roi de Paris, Pavait en grande vénération et, en 554, il usa de son influence pour le faire nommer à ce siège qui venait de vaquer par la mort de saint Eusèbe. Heureux les rois qui, chargés par une pieuse condescendance de PEglise de la redoutable mission de distribuer les dignités ecclésiastiques, ne consultent ainsi dans leurs choix que le mérite et la sainteté de leurs sujets ! Au reste Germain, avait vu en songe quatre ans auparavant, un vénérable vieillard qui, en lui présentant les clefs d'une ville, lui annonçait que c''étaient celles d'un lieu célèbre que Dieu confierait à sa garde. Quoi qu'il en soit, le saint Abbé donna dans . sar nouvelle charge l'exemple d'une vie qui n'en fut que plus mortifiée et plus sacerdotale. Assidu à la prière qui est l'âme de tout apostolat, il se rendait chaque soir à neuf heures dans son église où se chantait le saint office, y assistait jusqu'à la fin, et n'en sortait qu'à l'aurore, demeurant ainsi devant le Seigneur tout le temps pendant lequel les clercs y revenaient jusqu'à trois fois. La splendeur du culte divin, la pompe des cérémonies sacrées, ne furent jamais plus touchantes que dans ces beaux jours de son pontificat, dont Fortunat nous a laissé de si poétiques tableaux (38).
Le roi Childebert lui permettait de puiser à pleines mains dans ses trésors pour le soin des pauvres et le rachat des captifs qui alors était une des œuvres de charité auxquelles on attachait le plus d'importance. Ces largesses furent récompensées dès ce monde, car ce prince étant tombé dangereusement malade à Chelles (39), maison de campagne qu'il possédait non loin de Melun (40), Germain lui rendit la
(a) Vid, opp. Venant. Fortun., Migne, col. 453 et suiv. —Miscellan., lib. II, c. XIII, col. 102.
HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 558) 459
santé par ses prières. Childebert consacra le souvenir de
cette guérison en faisant don à l'Eglise de Paris de cette
magnifique demeure («). Les choses changèrent bien après
le décès de ce prince. Etant mort sans enfants en 558,
Charibert lui succéda et fit monter sur le trône avec lui la
sœur de sa propre femme, nonobstant les salutaires avis
de son évêque. Ce fut alors qu'aussi ferme contre le vice
qu'il avait été doux et charitable en toutes les rencontres,
Germain excommunia le prince scandaleux qui mourut
prématurément, après avoir résisté aux^avertissements de la
grâce. Par les soins de ce prélat, s'était réuni le troisième
Concile de Paris, dont nous avons parlé, et dont les canons
4, 5 et 6 désignaient ostensiblement aux regards de tous
les princes qui, plus que personne, se rendaient coupables
d'inceste ou d'adultère.
Les raisons qu'avait le diocèse de Poitiers d'honorer cuue de sainte Geneviève à Poitiers, saint Germain, lui firent probablement adopter aussi le
culte de sainte Geneviève, la jeune vierge de Nanterre, qui,
par son courage et ses inspirations surnaturelles, sauva
Paris assiégé par Attila, en 451. Son culte ne consiste à
Poitiers que dans une simple mémoire, ajoutée' le 3 janvier
à l'office de l'octave de saint Jean l'Evangéliste. Nous
n'avons aucune église sous son nom , ni même une simple
chapelle. Mais ne semble-t-il pas qu'après avoir été si
longtemps et si souvent favorable à la Franco, tous les
diocèses y devraient honorer sa mémoire? — Et qu'en
a-t-on fait ! . . .
Un autre saint du même temps a droit aussi à notre enpôitou,
souvenir, parce qu'il a encore dans notre diocèse un culte
qui ne s'est pas entièrement effacé. Il s'agit de saint Mandé
dont le nom originaire semble avoir été Mandés ou Méen.
Il est honoré en Bretagne, dans l'Ile-de-France, en Berry,
en Poitou et en Aunis. Fils d'un roi d'Hybernie (Irlande), il
avait été consacré à Dieu avant sa naissance par ses pieux
* (a) V. la charte datée de janv. 528, l'an quinzième de son règne : Cartulaire de N.-D. de Paris, t. I, p. 276, in4o, 1850.
Saiut Mandé, honoré
4(30 HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 558)
parents, comme étant le dixième enfant de lem^ famille. Il devint donc prêtre, mais il ne quitta pas alors son pays où la prédication évangélique lui sembla plus nécessaire qu'ailleurs : il resta à la cour, et de là s'employa avec zèle à Tapostolat et aux œuvres de charité. Mais enfin l'amour de la solitude le poussa vers l'Armorique où de profondes retraites pouvaient seconder cet attrait. Saint Tugdual, qui venait de fonder son monastère de Tréguier (41), l'y accueillit avec joie; mais bientôt le nouvel hôte, importuné par les nombreux visiteurs que ses miracles attiraient autour de lui, passa un bras de mer et se réfugia avec deux disciples dans une des nombreuses petites îles qui bordent les côtes septentrionales de la Bretagne. Là, de nombreuses bêtes venimeuses disparurent par ses prières, ce qui le fit invoquer dès lors contre la morsure des serpents. On l'invoque aussi contre la phthisie. C'est vis-à-vis de cette île que fut établie, après sa mort, sur la terre ferme et au bord de la Manche, une chapelle où son corps fut déposé. Il s'y est formé un village nommé aujourd'hui Saint-Mandé, qui marque la pointe la plus septentrionale des Côtes-du-Nord, et constitue une paroisse de 400 âmes, dans le canton de Plélan.
Ceci s'était passé sous le régne, en Neustrie, de Childebert P% c'est-à-dire de 511 à 558.
Saint Mandé mourut à la fin du vi^ siècle ou au commencement du vii^.
Il ne fut point Abbé proprement dit d'un monastère en règle ; mais les iconographes lui ont donné la crosse, insigne de cette dignité, parce qu'il eut sous sa conduite un petit nombre de disciples qu'il forma à la vie parfaite. Son costume de bénédictin va bien à l'usage de son temps, où l'on commence à suivre la règle de saint Benoît (42).
En Poitou, saint Mandé avait une chapellenie dans l'église paroissiale de Tessonnières (43!, dont il est le second patron, la fête principale étant Notre-Dame de l'Assomption. Il v a aussi un village de ce nom dans la paroisse
HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 558) 461
d'Avanton, canton de Neuville (Vienne). Là était une chapelle qui dépendit en 1782 de Tévêque de Poitiers. Elle était mentionnée en 1484 parmi les revenus de Moutierneuf, pour Fentretien du luminaire.
Une autre chapelle du même vocable nV^st ])lus, dans Pancienne paroisse de Chassaignes réunie à celle de Monterre, au canton de Loudun, qu^me ruine s'*appauvrissant tous les jours. C'était Pancicn rendez-vous d'un pèlerinage qui attirait une grande foule le 18 novembre de chaque année (44); rien n'en garde plus le souvenir. Et il n'y a plus qu'à Tessonnières où la mémoire du saint reste honorée sous son titre de patron : le reste du diocèse l'a laissé périr, ce qui est regrettable.
Maintenant nous avons besoin, pour bien juger les événements qui vont suivre, de considérer l'état de la monarchie française et celui de notre province en particulier, à l'époque où nous arrivons.
En cette même année 558 où Clotaire venait enfin de ciotaire, roi de toute
la France par la pre-
promettre à Radégonde une entière et irrévocable hberté, f ^^aiIPlif""" ''^ un grand événement modifiait la face de ses Etats et en augmentait l'étendue. Deux ans auparavant, et de concert avec Childebert, roi de Paris, il avait donné une édition définitive de la loi salique, laquelle jusque là n'avait été qu'une réunion de diverses règles fondées sur le droit coutumier des Francs, conquérants de la Gaule (<-r). Dans cette œuvre des deux princes, les femmes continuaient d'être exclues du gouvernement comme incapables d'en soutenir le droit par l'épée, et l'application de ce principe ne tarda pas à se faire, par suite de la mort de Childebert qui expira le 25 décembre, ne laissant que deux filles de sa femme Ultrogothe. Ses Etats échurent alors légitimement à Clotaire, qui joignit ainsi aux possessions de Clovis le royaume de Thuringe, celui de Bourgogne et la Provence.
(a) Art de vérifier les dates, t. V, p. 381. — G. Gley, Langue et littérature des anciens Francs, p. 89, iii-S», 1814.
462 HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 558)
Il devint donc, en même temps que roi de la France proprement dite, le plus puissant des princes qui eussent régné depuis le commencement de la monarchie. Il s"'étendit ' de rOcéan à la Méditerranée par l'Ouest et le Midi, au Nord et à FEst par la Frise, la Saxe, la Bohême et la Lombardie. Paris devint le centre de cette toute-puissance qui semblait devoir exclure toute autre ambition, et cependant il ne fallut à ce roi que de minces prétextes pour faire une seconde guerre aux Saxons, devenus ses voisins. Pendant qu'il était tour à tour vainqueur ou vaincu chez ces peuples peu faciles à dompter, Chramne, avide d'indépendance, se révoltait deux fois et périssait misérablement comme nous l'avons vu dans le récit d'ensemble qu'il nous a fallu faire de ces terribles événements.
comEient s'expii- L'histoirc lUffc sévércment ces affreuses cruautés dont
quent les pénalités jn- '' "^
diciaires de ce temps, fut souihé trop souvcut l'âmc dc cc prlucc au Caractère violent, au cœur hautain, en qui les spontanéités de la colère ne laissaient aucun moment à la réflexion et dont le dernier crime surtout se ressentait d'une soif déraisonnable de vengeance et d'un insatiable besoin de punir. Il ne faut cependant pas oublier que ces exécutions habituelles d'une justice sanguinaire ne lui étaient pas personnelles ; elles étaient dans les mœurs publiques, elles s'exerçaient presque toujours sans préalables judiciaires, sur un mot d'un roi ou d'un officier, et avec une variété de supplices que n'autorisaient aucunes lois écrites. Arracher les yeux, couper les mains et les pieds, assommer à coups de bâton, déchirer de lanières dc cuir, n'étaient alors que des pénalités banales contre les méfaits ou les résistances d'un inférieur. A ce sujet nous devons citer une assez singuHôre façon de justice royale, plusieurs fois mentionnée dans Grégoire de Tours, et que les traducteurs ne nous semblent pas avoir toujours comprise dans son véritable sens. Il s'agissait de coups dc poings et de coups de pieds infligés à do certains coupables, en présence même du prince, à qui ils étaient amenés pour être jugés par lui. On croirait
à entendre ces traducteurs que le prince lui-même se portait contre eux à cette extrémité : et en effet le texte semble parfois rétablir. Mais on peut conclure d''autres passages semblables, que ce genre de châtiment était infligé sur l'ordre du roi par quelqu'un des officiers qui l'entouraient ; ce châtiment était bien administré en quelques occasions par le juge lui-même, mais il fallait qu'il manquât de dignité et qu'il exerçât une vengeance personnelle où sa colère avait une trop grande part. Ainsi notre historien tourangeau raconte que Rainulfe, qui s'était emparé de son évêché, en avait distribué les charges et les biens à ses créatures, et ceux qui refusaient ces faveurs sacrilèges n'avaient de lui que des coups de bâton donnés de sa propre main (45). Leudaste, au contraire, ayant calomnié le saint évêque devant Chilpéric, celui-ci, exaspéré, le fit charger de fers et mettre en prison « après l'avoir fait accabler de coups de pieds et de coups de poings par des officiers présents à l'audience (46). »
Telles étaient les mille expressions d'une justice sommaire abus cruels d'une autorité absolue et irrésistible, que n'éclairait pas plus les lumières d'une raison impartiale que les saintes règles du droit qui n'existait pas*
C'était une conséquence fatale et très difficile à modifier de ce système de la force brutale seule capable de conduire des nations barbares et d'y maintenir un pouvoir suprême qui valait encore mieux que l'anarchie. Les rois, à qui rien ne résistait, ne semblaient pas excéder leur droit en agissant dans toute l'étendue de cette pénalité dont ils étaient seuls juges, et nous croyons que malgré son horrible exagération, la sentence qui punit un fils deux fois révolté, toujours hypocrite et déloyal, ne dut pas sembler aux contemporains de Clotaire plus extraordinaire que la sanglante colère de Clovis à propos du vase de Soissons (47). Envers des hardiesses ou des crimes comme ceux de cette époque, on doit reconnaître que la terreur d'une législation arbitraire pouvait seule maintenir l'ordre dans un gouvernement quelconque
464 HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 558)
avec la soumission aveugle sans laquelle il ne pouvait y avoir de gouvernement. Mais une législation peut mettre V sa sévérité à la hauteur des crimes sans être barbare ; le
génie du législateur est tout entier dans cette exacte appréciation d'une pénalité qui ne soit ni injuste contre le mal ni faible dans ses moyens de répression. Le christianisme seul Et c'était Ic but providentiel du christianisme. Lui seul
remède possible aux ■■•
SÏÏe^^ '^'^ '* *°'^'^''^ pouvait opposer l'humilité, la charité, la pauvreté volontaire et la chasteté parfaite à une société où nous ne voyons dominer qu'un indomptable orgueil, une ambition égoïste, une insatiable avidité du pouvoir et des richesses, et une luxure que rien ne savait modérer. Ce grand combat ne pouvait s'exercer que par le double apostolat de la prière et de la prédication, que par la vie morale des pasteurs et par l'action non interrompue de l'épiscopat jetant dans ses décrets conciliaires les bases d'une législation civilisatrice et, redisons-le, ce fut une des grandes raisons qui portèrent les rois et les seigneurs à seconder par de généreuses largesses les institutions ecclésiastiques. C'est de leur sein en effet que sortaient les hommes doués de charité patiente et de lumières fécondes dont le monde ne pouvait plus se passer.
Clotaire «que ses égarements n'avaient pas empêché d'admirer les saints, s'était vu plus d'une fois inspiré par eux d'opposer des actes louables aux emportements de ses passions, à peine saint Germain l'avait-il fait renoncer avec éclat à ses extravagantes prétentions sur une épouse abandonnée par lui depuis quinze ans, qu'une autre occasion lui fut donnée de favoriser un nouvel établissement dont notre province devait bientôt s'enorgueillir. Possessions doma- Le Poitou Qui , avcc la Touraiue, avait fait partie du royaume d'Orléans, était tombé sous la domination de Clotaire quand ce prince et son frère Childebcrt s'étaient partagé en 526, la dépouille des petits-enfants de Clovis massacrés par eux. Notre pays n'avait pas cessé depuis lors d'appartenir à Clotaire. Nous avons vu qu'en 544 il y
niales de Clotaire.
HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 558) 465
avait donné à sainte Radégonde la terre de Sais. Il en possédait plusieurs autres dans la même contrée, entre lesquelles il faut distinguer, outre Niort et le Vieux-Poitiers, celle de Veuille (48) que nous verrons donnée par lui à la collégiale de Sainte-Marie-hors-les-Murs, et aussi Javarzay (49), prés Chef-Boutonne (50), comme ayant en même temps un château royal et un atelier monétaire. Nous ne tarderons pas à Ty voir. ]\Iais il est bon de signaler à cette occasion Pexistence et le fonctionnement de ces établissements monétaires dont le nom reviendra souvent dans notre histoire.
Les Romains depuis l'occupation de la Gaule sV étaient , .t>es ateliers moné-
J^ J- «^ taires sous les Mero-
crôé plusieurs officines où les monnaies étaient frappées vingiensdansiePoitou
soit en or, soit en argent et en billon. Elles portaient d'un
côté l'image du prince, de l'autre quelque symbole ou
emblème des armées, de la victoire ou du culte public.
Antigny (51), Brioux (52), Cenon, peuvent être regardés
comme des plus anciens ateliers du Poitou auxquels il faut
joindre peut-être le Jard (lartomco), et certainement Poitiers
lui-même, comme nous le verrons. Plusieurs de leurs types
reproduisent des têtes impériales. Plus tard, ces mêmes
types sont ornés des formes variées de la croix grecque ou
latine. Les établissements d'où ils sortent sont donc passés
aux rois chrétiens, et nous trouvons un grand nombre de
ces monnaies qu'on peut reporter aux v®, vi® et vii^ siècles.
A cette même époque , Poitiers avait son atelier ; Melle ,
qu'enrichissait ses mines de plomb argentifère, datait aussi
dés ce temps ses premières pièces, qui devinrent beaucoup
plus nombreuses et plus célèbres au siècle suivant.
Voutegon (53) , cité par Grégoire de Tours, Chemillé (54) et
Rezé (55), dont l'un dans le Maine et l'autre dans la Bretagne
faisaient alors partie du Poitou, ont jeté dans nos musées de
numismatique des témoins irrécusables de leur importance
avec les noms des ouvriers qui les avaient confectionnés.
Mais Javarzay, que nous venons de nommer, figure surtout
ici dans nos souvenirs historiques.
466 HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 558)
Les monétaires étaient placés par les rois francs dans la plupart de leurs palais établis en grand nombre dans la province où ils venaient résider en villégiature, ou bien ces artistes étaient entretenus par les villes. Les évêques en avaient aussi maintes fois ; puis les monastères et quelques seigneurs. On doit conclure que beaucoup d'orfèvres travaillaient pour leur propre compte, par des noms très variés qu''on lit encore sur leurs productions. Ajoutons que tous, outre la confection des monnaies courantes, s'occupaient aussi de la vérification et de Taffinage de Tor et de l'argent.
Il fallait, pour de telles fonctions, des hommes relativement habiles, ce qui n'empêche pas que certains types sont d'un horrible dessin. On devait les vouloir aussi des artistes d'une probité reconnue, et cependant un grand nombre ne tiraient pas moins des matières précieuses un profit qui altérait la valeur intrinsèque des espèces. Sous Clovis, on ne fit guère que des monnaies d'or, grâce sans doute à l'énorme quantité de lingots et de monnaies de ce métal pris sur les Wisigoths et les Allemands. Mais l'improbité des fabricants obligea de se méfier d'eux,' et les pièces d'or se firent très rarement jusqu'au x® siècle (56).
Quoique Javarzay ne nous ait guère laissé, et en grand nombre, que des monnaies de la seconde race, son atelier fonctionnait cependant sous la première (^). Là, nous l'avons dit, était un domaine royal. Nos traditions constatent que Clotaire y fit un séjour de quelque temps en 558, sans doute lorsqu'après avoir renoncé près du tombeau de saint Martin à troubler la solitude de sa sainte femme, il avait senti le besoin de retrouver la liberté d'esprit en des lieux moins fréquentés de la foule. Peut-être aussi voulait-il recourir à l'action de ses monétaires pour les riches présents qu'il destinait à la reine. Quoi qu'il en soit, son séjour y attira un hôte inattendu dont l'histoire allait entrer dans une nouvelle et intéressante phase.
(a) D'Achery, Spicileg., V, 158.
HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 558) 467
Saint Junien n'avait pu se cacher si bien dans sa solitude , Fondation par saint
••■ Junien du monastère
de Chaunay qu'il y restât longtemps isolé des hommes; de Mairé-rEvècauu.
la bonne odeur de ses vertus s'exhala, ses exemples
excitèrent le zèle d'un certain nombre de justes et de
pécheurs qui, soit pour avancer dans le bien, soit pour
travailler à leur conversion se portèrent vers lui, le conjurant
de prendre soin de leurs âmes. Junien, dont la chère
cellule n'était plus pour lui un lieu de méditations tranquilles,
résista à ces assauts méritoires qui menaçaient de changer
sa vocation ; mais , sur des instances réitérées et chaque
jour plus nombreuses, il consentit à recevoir des disciples.
Dés lors ceux-ci se multiplièrent bientôt autour de lui en
des cellules séparées et obtinrent que pour leur être plus
utile il fut honoré du sacerdoce. Cette auguste dignité, dont
il s'était toujours cru indigne, devenait en effet, une
ressource indispensable à son zèle. Sa consécration dut se
faire par les mains de saint Pient ; elle ne fît qu'augmenter
sa famille d'anachorètes et changea ses habitudes solitaires
en un véritable apostolat.
Quelques années s'écoulèrent, et déjà le désert de Chaunay ne suffît plus : il fallut songer à une demeure où la vie religieuse eut plus d'uniformités par l'observance d'une régularité mieux suivie. Près de là était un endroit retiré qu'ombrageaient des bois et des collines où de nombreux monuments druidiques attestaient les antiques superstitions des Gaulois, et qui devait devenir plus tard le lieu fort de Château-Larcher (57). Junien n'hésita pas à s'y transporter. Mais il ignorait que ce lieu appartenait au roi Clotaire, et dès qu'il y eut commencé son établissement son dessein fut traversé par des officiers de ce prince qui lui contestèrent le terrain en l'accusant d'usurpation sur le domaine royal. Junien, heureusement, apprit par là que le prince était alors dans son palais de Javarzay (.a) ; il y alla aussitôt, se justifia devant lui, et gagna si bien ses
(a) V. sur ces détails, VU. S. Juniani, apud Bouquet, III, 447 et suiv.
Mabillon, Ann. Bmed., I, lib. v, p. 152, nos 56 et 57, — lib. vu, p. 194, n» 42.
468 HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 558)
bonnes grâces que celui-ci, tout en le maintenant dans le territoire contesté, lui fit présent, en outre, d'une autre de ses terres, située à trois lieues au levant de Javarzay, où s'élevait un château entouré de murs. On désignait alors cette ancienne villa, devenue une propriété royale, sous le nom de Mariacunij et nous la connaissons encore aujourd'hui sous le nom de Mairé-rEvêcault(58).
Au comble de ses vœux, et mis en possession d'un monastère presque tout fait, le saint ne dut pas songer à poursuivre sa première entreprise sur un terrain encore inculte, et il s'établit à Maire avec ses frères. Il suivit dès lors en grande partie la règle de saint Benoît que sa perfection faisait admirer déjà dans tout rOccident(«) et ce fut une des premières maisons de France qui les reçurent. Ainsi dans cette nouvelle fondation l'on put s'occuper tour à tour de la prière, du travail des mains et de l'étude. Pour être plus à soi-même, le saint, revêtu du titre d'Abbé, et sans rien diminuer de la vigilance que ces importantes fonctions lui imposaient sur son monastère, se retirait autant que possible dans son ermitage de Chaunay. Là, par ses jeûnes plus rigoureux, par une oraison plus assidue il cherchait à se sanctifier pour lui et pour les autres, les inférieurs profitant toujours plus de leurs supérieurs quand ceux-ci ne se contentent pas de prêcher la ferveur, mais s'efforcent d'en donner l'exemple.
Le don de prophétie et celui des miracles récompensèrent, même avant sa mort, une vie si fidèle à la grâce. Il prédit à une pauvre femme enceinte qu'elle aurait un fils de grand avenir, et ce fils, dont il fut le parrain, devint le bienheureux Ruremond, dont nous aurons plus tard à parler. Une autre fois, poursuivi dans un chemin isolé par des païens qui l'insultaient et menaçaient de le frapper en haine de sa rehgion, il s'arrêta à quelque pas d'eux, leur défendit de dépasser certaines limites qui les séparaient de
(a) Nous parlerons plus au long de cette règle au volume suivant.
lui, et quelques-uns ayant méprisé cet avis tombèrent morts, ce qui fut le signal de la fuite des autres (a).
Sainte Radégonde n'apprit pas sans une grande joie de jacommuSuS séquelles faveurs Junien avait été comblé. Elle avait vu se M"ie de Poitiers. clore ainsi, sous l'impression des meilleures espérances, Tannée 558 et commencer la suivante. Elle même reçut une nouvelle preuve de la sincérité de Clotaire dans le don qu'il fît à son couvent de la terre de Veuille que Sainte-Croix possédait encore en 1789. Cette donation fut faite à l'intention du prieuré d'hommes fondé en dehors de la ville pour le service du monastère ; elle consistait d'abord dans la villa possédée par le domaine royal à Veuille, puis en plusieurs fermes et possessions adjacentes. Tous les droits de justice et de juridiction seigneuriale étaient remis par lui aux mains des clercs de cette église. Un peu plus tard il y joignit, à la prière de sainte Radégonde, le château de Berthegon (59) ; et le bourg des Murs (60) avec les mêmes avantages, à titre d'entretien des clercs destinés au service de l'église.
D'après cette même charte, il paraît que l'éghse et le monastère dotés ici étaient d'un travail remarquable et vraiment royal. Il rassurait d'autant plus les espérances de l'illustre donateur dans les miséricordes "divines qu'il conjure ce nouveau clergé d'implorer pour lui.
Quant au grand monastère de Sainte-Radégonde qu'on Achèvement du mo-
cj 1 nastère de Sainte-Ra-
nommait déjà de Notre-Dame^ aussi bien que la collégiale d^gonde. . Hors-les-Murs, il se terminait lorsque ces grandes choses se passaient à Maire. C'était le premier monastère de femmes où la clôture dut être établie comme une indispensable condition, jusque-là inusitée pour les agrégations nombreuses, de la vie plus parfaite qu'on y allait mener. De là aussi la nécessité des vœux de pauvreté et d'obéissance qui n'auraient pu s'observer dans la liberté du monde, mais qui, dès lors, devenaient indispensables.
(a) V, nos Vies des Saints de Poitiers, p. 199 et suiv,, et Mabillon, 1 sec.
Son inauguratioD.
Chaque vierge venant se joindre à la fondatrice apportait donc son patrimoine, suivant l'exemple de celle-ci, qui ne s'était rien réservé, consacrant d'avance sa fortune princiére à l'œuvre grandiose qu'enfin elle terminait heureusement après dix ans de fatigues, de travaux et d'anxieuses contradictions. Ce fut un jour de deuil pubhc à Poitiers que celui où toute la cité, accoutumée aux gracieuses amabilités de la sainte reine, la vit se renfermer pour n'en sortir plus, derrière ces murs qui la séparaient pour toujours de la vie extérieure, mais quelle joie aussi pour ses nombreuses compagnes qui l'y suivirent, venues la plupart de patries diverses et éloignées, et d'autant plus heureuses de ne plus se séparer d'elle, de ne plus rien perdre pour ainsi dire de ses vertus ! D'après Fortunat, son biographe, une émotion générale s'empara de la population. La sainte fit à pied, suivie de deux cents jeunes filles, le trajet de la basilique de Saint-Hilaire à leur nouvelle demeure. Elles appartenaient en plus grand nombre, aux plus riches et plus considérables familles de la noblesse gallo-romaine; quelques-unes étaient même de race royale, et on voyait ainsi se grouper autour d'une reine qui dédaignait le monde pour le roi des rois, de nobles imitatrices qu'avaient attirées vers Lui, avec elle, ses douces vertus et ses éloquentes exhortations (a). C'était là pour beaucoup d'entre elles une vocation choisie par préférence aux séductions de la vie mondaine, pour d'autres une expiation de beaucoup d'entrahiements et de concessions faites au siècle : toutes y cédaient au saint attrait qui ravit les âmes, en dépit des époques les plus difficiles, vers les saints refuges où elles prieront pour le monde en s'unissant plus étroitement aux douleurs du Christ. Quand les grands du royaume, quand Clotaire et ses fils s'empressaient de s'alher à ce dévouement par de généreuses largesses, ils participaient eux-mêmes à
(a) Fortunat, Vit. S. Radégond., c. xxi. — Mabillon, Awi. Bmed., t. I,lib. v, p. 125. — Bolland., 13 aug., c. m, p. 71. — Greg.Turon., De Gloria Confess., c. cvi.
l'édification commune, ils compensaient pour la société si péniblement enfantée, les déplorables malheurs qu'ils lui causaient, et peu à peu la France s'acheminait à cette grandeur chrétienne qui l'a placée si longtemps à la tête de l'Europe civilisé, et qu'elle n'a perdue qu'en profanant ses primitives, ses plus glorieuses traditions.
Il importe, pour la connaissance des mœurs monastiques deSSeuses.^''"'*" de ce temps, que nous pénétrions dans le cloître de Poitiers, pour y étudier les occupations des sœurs et la vie, devenue plus austère que jamais, de Radégonde elle-même. Tout s'y fit, dés le jour de la clôture, avec l'ordre parfait qui en était la première condition. La prière commune s'y pratiquait nuit et jour à des heures régulières, la psalmodie s'y Travail et prière, observait en des Offices réitérés, la nourriture y était sobre et commune ; les rehgieuses, en dehors des heures canoniales, s'y partageaient les travaux de la maison ; tout s'y faisait par elles, les unes travaillant pour les autres, et chacune pour toutes, quant à ce qui regardait les soins des repas, la confection des vêtements et des tapisseries destinées au saint lieu, enfin l'entretien des locaux où se faisaient les différents exercices. Les semaines se succédant voyaient les mêmes personnes reprendre à leur tour les mêmes charges, contribuer à l'ensemble de ce gouvernement où tout le monde obéissait avec joie à une autorité unique, toujours écoutée, toujours aimée, et dans cette dépendance volontaire il n'y avait personne qui ne se dépensât a\^c générosité. Au milieu de ce grand nombre de femmes qu'animait un même esprit de zèle et de sacrifice, beaucoup, ayant reçu les éléments d'une éducation distinguée, étaient adonnées pendant quelques heures de chaque jour à la lecture et à la composition de confection des mamanuscrits. Dans de vastes salles, d'immenses tables °"^""^" étaient dressées, couvertes de feuilles de papier et de parchemin (61), d'encriers, de plumes, de petits vases à peintures diverses, destinés à orner les majuscules de minium, d'azur et d'or, et aussi de quelques arabesques
dont s'enrichissaient déjà les bords de ces pages merveilleuses dont pas une de cette époque n'a résisté aux ravages des hommes, des insectes et du temps. C'était ainsi que se formaient les bibliothèques où les ouvrages des Pères se reproduisaient nombreux, quoique lentement, avec le texte des livres sacrés, les chartes de fondations et de propriétés, types précieux, plus rares alors que jamais après les déprédations des Barbares, et dont beaucoup fussent demeurés inconnus à la postérité sans cet instinct providentiel qui, à toutes les époques, a porté Phomme à la conservation de ce qui honore sa nature.
Venus et humilité j)q tant de soius qui divisaient les phases régulières de
de sainte Radégonde. J- 1 o
Son éloquence. chaquc jour, Radégoudc se réserva toujours ce qu'il y
avait de plus désagréable et de plus bas. On ne nous dit point qu'elle se soit imposée cette tâche de l'écriture et des livres qui eut si bien convenue à sa belle intelligence. On ne la voit pas travailler aux tapisseries qui devaient parer les murs et le pavé des sanctuaires. Elle aimait mieux les plus infimes offices de la maison, s'humihant jusqu'à choisir les ouvrages qu'on impose ordinairement aux dernières servantes. C'était à ses yeux l'expiation de ces jours déjà si lointains qu'elle avait passés, disait-elle, dans l'oisiveté et l'abondance. Et à ces travaux qui fatiguaient son corps elle ajoutait les excessives rigueurs d'une pénitence continuelle dont la seule pensée effraie notre délicatesse (a). Mais à ses yeux tant d'actions méritoires n'eussent été rien sans la pratique d'une charité qui ne se lassait pas. Devenue pauvre volontairement, et n'ayant plus rien dont elle pût se dépouiller pour les indigents, elle obtenait beaucoup pour eux des princes ses parents. L'Abbesse Agnès lui accordait aussi quelques moyens d'assister les pauvres du monastère, où se faisaient de très larges aumônes, et quand la sainte reine en eut obtenu une fois un petit tonneau de vin à distribuer aux malades', elle ne put parvenir à le vider
(o) Bolland., c. m, p. 71.
pendant toute une année, quoique en donnant tous les jours. Dieu accordait ce miracle à sa foi et à son amour des indigents («). Mais un des emplois qu'elle remplissait volontiers et dont sa sainte supérieure Agnès ne manquait pas de la charger, c'était de faire à la communauté assemblée des conférences sur l'Ecriture et les Pères que son esprit élevé et son zèle des âmes lui rendaient faciles. Elle s'y exprimait avec autant de netteté que de douceur ; on voyait cette aimable éloquence jaillir comme d'une source limpide et rafraîchissante d'une âme qui aimait les âmes et qui, en abdiquant toute souveraineté sur elles, n'en sentait pas moins vivement le désir de les perfectionner dans l'amour et le service de Jésus-Christ w.
Il paraît que le monastère voisin des prêtres destinés au service de la grande communauté n'avança pas aussi rapidement que celle-ci. Sans doute le logement des religieux dut s'y faire tout d'abord, mais l'égHse resta longtemps sans être achevée, et nous verrons que plus de vingt ans après l'autel du cimetière destiné à la sépulture des religieuses dans la crypte pratiquée au-dessous du sanctuaire n'était même pas encore consacré w. Il est avéré pourtant qu'un certain Arnégisilo fut mis dès le commencement à la tête des clercs de Sainte -Marie avec le titre d'Abbé, c'est-à-dire de Père, ce qui suppose que le personnel de la collégiale s'instituait en même temps que le monastère des femmes s'installait près de lui.
C'était pendant que Radégonde consolidait .sa sainte maison que les déplorables querelles dont nous avons parlé se renouvelaient entre Clotaire et Chramne, ce fils dénaturé qui succomba enfin dans l'horrible supplice qu'il avait trop mérité. Ce tragique événement fut un de ceux qui signalèrent le cours de l'année 560. A peine cette barbare sévérité était-elle consommée, et la guerre finie,
(a) Fortunat, Bolland. et autres,
(6) V. les mêmes auteurs.
(c) Cf. Greg. Turon., De Gloria Confess., c. cvi.
L'église de Sainte- Marie-hors-les -Murs.
eSKf <=' ^'^ que Clotairc , qui n'avait que soixante-quatre ans , mais qu'avaient usé beaucoup de guerres et de passions brûlantes, se trouva accablé par ces derniers chagrins. A ces angoisses du cœur vinrent bientôt se joindre celles de la conscience. Sa colère apaisée par quelques jours de repos ne laissa plus de place dans son âme qu'au remords que lui inspira toute une vie d'usurpations, de débauches et d'assassinats. Pour calmer ces agitations, il voulut faire un pèlerinage à Saint-Martin de Tours, dont il venait de relever l'église incendiée (62). Il y fut accompagné de quelques saints évêques, et entre autres de saint Germain qui ne le quittait guère. Là, plus rapproché des pensées austères de la foi, inspiré par les exhortations de son vénérable entourage, et sans doute aussi à la pensée des vertus que pratiquait non loin de lui l'auguste reine dont les prières l'avaient si souvent aidé, il ouvrit son cœur au repentir chrétien, il versa des larmes sur ce tombeau dégagé par lui des ruines dont il l'avait couvert. C'était peut-être aux yeux d'un Dieu de miséricorde une pénitence efficace par laquelle il pouvait mériter un pardon que les hommes lui eussent justement refusé, et qui pût le disposer à une fin prochaine. En sortant de Tours, il se dirigea vers Compiègne, maison royale qu'avoisinait une forêt où il aimait à prendre le plaisir de la chasse (63). Dans un de ses violents exercices, une fièvre ardente s'empara de lui, le consuma en peu de jours, et il mourut dans le courant de novembre 561, après un régne de cinquante ans dont il avait terni la gloire par ses cruautés et ses excès (^j). C'était au jour anniversaire du meurtre de Chramne, bien fait pour exciter ses derniers repentirs.
La monarchie par- A uuc époquc OÙ Ics royaumcs u'étaicnt guéres acquis que par des conquêtes, ils étaient nécessairement regardés comme une propriété particulière ; et si le roi mourait, ses enfants se partageaient, avec ses dépouilles, les pays qu'il avait gouvernés. Les quatre fils de Clotaire, nés de (a) Greg. Turon., Hist. Franc, lib. IV, siib. fin.
lagéeentre ses enfants.
Puis à Sigebert, roi
différentes femmes plus ou moins légitimes, prirent donc chacun leur part de son héritage, et le royaume de France, qui n'était resté que -trois ans entre ses mains dans l'unité qu'il lui avait faite, se trouva de nouveau divisé. Il y eut encore les royaumes de Paris, d'Orléans et de Bourgogne, de Metz et de Soissons. De ces quatre princes, Charibert, Le Pouou échoit à
. , •,Ti*,i • 1 T^ • . -, , Charibert, roi de Paris
qui était lame, devenu roi de Pans, eut dans sa part le Poitou et la Tourainc avec la seconde Aquitaine presque entière. Le roi de Soissons, ChiJpéric, étant mort sans enfants mâles en 567, un nouveau partage fit échoir notre province à Sigebert, roi d'Austrasie, qui siégeait tantôt à d'Ausirasie." Reims et tantôt à Metz.
Ce prince l'emportait beaucoup sur ses frères par la bonté de son caractère, par sa piété sincère et par les vertus chrétiennes dont il donna l'exemple. C'est ce qui le rapprocha beaucoup de sainte Radégonde, en qui il honorait l'épouse de son père, et lui fit aimer le séjour de Poifiers, où il vint souvent. Cette ville et le pays qui relevait d'elle fut pourtant, durant une longue période, aussi bien que toute l'Aquitaine, ensanglantée par ces guerres civiles où l'ambition cruelle de la malheureuse race de Clovis eut toujours la principale part. Nous verrons bientôt se développer la trame de ces lugubres événements.
Une perte sensible affligea le diocèse en 564, et Radégonde Mort de saint pient;
^ ^ 7 o saviedanslepiscopat.
non moins que lui. Saint Pient, son père spirituel et son ami dévoué, le saint évêque dont le zèle avait soutenu la grande œuvre de ses monastères et conduit son peuple dans les voies de la sanctification, fut appelé par Dieu à la récompense de sa belle vie. Tout ce qui nous reste de son souvenir atteste son zèle pour la régularité de la vie épiscopale et l'accomplissement de ses devoirs. Il est le premier de nos évêques dont l'histoire mentionne les visites pastorales : il paraît s'en être acquitté avec sollicitude malgré la vaste étendue du diocèse, dont le territoire se développait alors depuis l'Océan jusqu'aux limites de la Touraine, du Berry et du Limousin. Une fois, en naviguant
Sa chapelle à Maillé
vers les parages de l'île de Maillezais (64), il fit naufrage avec les mariniers qui guidaient sa marche, non loin du bourg de Maillé qui était déjà une église paroissiale (65). Plusieurs de ses serviteurs y périrent, et lui-même ne fut sauvé que miraculeusement, car au milieu du péril il fit vœu de construire un monument sacré à Fendroit môme où il aborderait, si Dieu lui en faisait la grâce. Ce vœu fut accompli, et cette chapelle, dont les dernières traces ont disparu, porta son nom pendant plus de dix siècles, étant devenue chaque année, au jour anniversaire de sa mort, le rendez-vous d'innombrables pèlerins. Jusqu'au xi^ siècle, Pierre de Maillezais, le moine qui écrivit au xii^ siècle l'histoire de cette île, affirme que les pêcheurs de la côte ne partaient jamais pour leurs expéditions maritimes sans aller se mettre, par une station à la chapelle de Saint-Pient, sous la protection de celui qui était regardé comme le patron de la contrée. Le petit monument ayant été ruiné, cette dévotion fut transportée à l'égHse paroissiale de Maillé, et c'est là qu'elle existe encore tout entière dans la confiance des peuples, qui y viennent chercher la guérison des maux d'oreihes et de la surdité.
Ce fut aussi au milieu d'une de ces courses charitables que la mort vint arrêter le cours de ce zèle édifiant. Il parcourait le pays de Melle (66) ; la maladie l'y surprit et il mourut à Melle même le 13 mars 564. Il y fut enterré dans l'église de Saint-Savinien qui était la plus ancienne de cette ville (67). Le nom de saint Pient était placé entre ceux de saint Anthême et de saint Fortunat dans nos anciennes litanies, et notre plus vieille Hturgie a conservé son souvenir.
Austrapius privé de Ou Sait commcut l'évêquc de Celles, Austrapius, avait son évêché de celles. ^^^^^^^ ^^ ^^^^^ singulier dc la faiblcssc de Clotaire avec
la promesse de succéder à saint Pient. Il ne manqua donc pas de faire valoir ses prétendus droits aussitôt que celui-ci eut quitté son siège avec la vie. Mais l'accomphssement de cette faveur dépendait alors de Sigebert, d'autant moins
facile à prévenir que Pient lui-même, Radégonde, Fortunat, Agnès sans doute aussi, n'avaient pas dû manquer d'entretenir le nouveau souverain du Poitou de ce qu'ils redoutaient le plus après la mort du saint, auquel comptait succéder un homme qui ne l'était guère. Sigebert refusa donc à Austrapius de sanctionner les conventions faites entre son père et lui. Il dut être soutenu encore dans cette détermination par saint Germain et les autres évêques de sa cour auxquels devait peu sourire l'intronisation dans un tel diocèse d'un chef dont la vocation tenait si peu de compte des lois de l'Eglise et du respect de soi-même. Tant de raisons devaient déterminer l'arrêt définitif qui débouta l'intrigant. Le roi d'ailleurs en avait une de plus. Il avait songé à donner pour successeur à saint Pient un ecclésiastique dont le mérite n'était pas à contester. Ce devait être un Abbé de saint Hilairc.
Nous avons vu dés les dernières années de la vie du ^.f^^^^^X^t s^"'*
Hilaire a Poitiers.
saint docteur, comment il avait établi sur les tombeaux de sa femme et de sa fille l'église de Saint- Jean et Saint-Paul, avec une communauté de clercs voués au service divin. Cette institution s'était continuée sur la tombe même du • saint fondateur dont l'église avait pris le nom. De vastes et ' nombreux annexes s'y étaient ajoutés. La basilique restait toujours un refuge vénéré comme Saint-Martin de Tours. Nous avons vu sainte Radégonde s'y réfugier après sa fuite de Sais, et y habiter avec ses premières filles pendant qu'avait duré la construction de son abbaye. C'était donc aussi un vrai monastère que cette maison florissante où des Abbés s'étaient succédé depuis deux siècles. On comptait des saints parmi eux dont quelques-uns figurent sur les dyptiques de l'abbaye sans avoir pour ce titre toutes les preuves désirables, mais que la tradition a posés dans l'opinion des savants comme ayant droit d'y figurer : ainsi outre saint Just, disciple de saint Hilaire, saint Fridolin, qui aida l'évêque Adelphius à relever les ruines causées par les Vandales et les Francs; saint Gelais, saint Thaumast
et saint Agapit, peut-être même saint Maixent, avaient contribué à la gloire de l'illustre maison. Un autre imitateur de saint Hilaire allait être appelé à l'héritage de saint Pient, ce fut TAbbé Pascentius que la plupart des historiens s'accordent à indiquer comme le deuxième du nom. Quand saint Pient mourut, ce saint homme était à Paris, ce fut là qu'il reçut sa nomination au siège qu'Austrapius avait convoité sans succès.
Nous ne pouvons guère douter que l'influence de sainte Radégonde n'ait été pour beaucoup dans ce choix de Pascentius qui lui était connu et sur lequel tout nous dit qu'elle devait compter pour le bien de sa maison beaucoup plus que sur Tintrigant qui venait d'être si cruellement déçu. Quant à celui-ci, forcé de lâcher prise, on nous le représente comme revenant à son château tout désolé d'avoir vu briser ses plus chères espérances. Qu'allait-on faire de son petit diocèse? Quelle deviendrait sa condition prochaine? De telles inquiétudes trop fondées lui montraient un avenir peu riant. L'obscurité et le silence d'une vie retirée semblaient seuls lui convenir désormais. Mais un sort plus triste encore l'attendait, et il ne devait pas survivre longtemps à ces cruelles épreuves. Nous avons dit qu'une garnison de Teifales était placée autour de lui. Soit qu'il y fût resté étranger, soit que ses anciennes humeurs militaires eussent trouvé à exciter parmi eux des mécontentements, à un moment donné une émeute éclata parmi ces troupes parfois difficiles à conduire, et comme il voulut se montrer pour rétablir l'ordre, un des rebelles le frappa d'un coup de
Mort d'Anstrapius. laucc dont il ue tarda pas à mourir. La paix et l'unité furent rendues alors au diocèse à qui revinrent les quelques paroisses qui en étaient séparées depuis neuf ans (68).
Lc3 Teifales. On Voit quc cctto colonie des Teifales n'avait pas cessé
d'être fort remuante et peu facile à contenir. Isolée presque de la civilisation chrétienne dans ce fond de la Vendée où d'autres populations indigènes étaient encore hostiles au christianisme, elle semble être demeurée païenne en plus
grand nombre et peut-être, si Ton en croit quelques monuments peu honorables à ses mœurs, vivait-elle dans une sorte d'autonomie sous le gouvernement de ses officiers, et n'ayant d'autres lois que celles de la discipline militaire, tout en restant à la disposition des chefs de la province... Ce qui ne paraît pas moins certain, c'est que l'autorité sous laquelle ils furent introduits dans la Gaule et les rois francs qui lui succédèrent avait songé à diviser cet essaim parfois dangereux d'étrangers encore peu dociles, et en avait formé des garnisons qui, en les disséminant, entravaient leur penchant à la rébellion tout en les maintenant utiles au service public. Lusignan, chef-lieu de viguerie en 775, et qui ne devenait une baronnie qu'au xi^ siècle, devait cependant avoir une forteresse dés le vi^, et peut-être même bien avant, par l'avantage même de sa position. Les Teifaliens peuvent passer pour avoir occupé ce point important, si l'on considère que dans un rayon de plusieurs lieues à la ronde, certains endroits portent encore leur nom plus ou moins défigurés, mais très significatifs dès qu'on les rapproche du fait historique raconté ici. Ainsi dans , la commune de Lavoux(69), le village des Tiffailières ; prés Moiitreuil-Bonnin (70), la Tiffaille ; non loin de Vivonne, deux moulins existaient encore vers 1120. Un étang de Tiffauges (a). Dans les Deux-Sèvres, le Tuffaut, village de la commune de Genneton (71), au nord, et à 9 kilomètres d'Argenton-Château (72). — Nous ne parlons pas de la Tijfardière, près Niort, ni même de la Tiffaudière, prés Celle-l'Evêcault, parce que ces lieux dits semblent plutôt venir de Tiffart et de Tiffaneau que de Tiffauges. Mais ces noms propres d'individus n'indiqueraient-ils pas eux-mêmes des rapports entre ceux qui les portèrent et quelques traditions de la contrée où les Teifales durent avoir un établissement?
Toutefois il arrive souvent que dans ces débris informes, saint sénoch.
(rt) De Teofaugiis, Cartul. de St-Cyprien, Archives histor, du Poit., III, 69.
Dieu suscite une perle précieuse qu'il expose pour sa gloire aux regards du monde qui n'y comptait pas : c'est ainsi qu'à l'époque dont nous parlons, saint Sénocli sortit de ce peuple si peu conforme aux principes de la sainteté. Né en 539 de race teifale, il fut éclairé des lumières de la grâce et se convertit. Admis au rang des clercs, il s'éloigna de son peuple dont ses nouveaux principes excitaient peu la sympathie. C'était en 576. Il passa donc en Touraine et se forma un petit monastère dans les ruines d'une vieille solitude des bords de l'Indre, au-dessous de la ville actuelle de Loches. Saint Martin l'avait jadis habitée quelque temps. Sénoch s'y adjoignit seulement trois religieux, ce qui fait qu'on peut regarder ce petit établissement plutôt comme un simple ermitage. Y ayant posé un autel enrichi de reliques, il pria saint Euphrone, alors évêque de Tours, de venir le consacrer. Ce prélat s'y étant prêté, il profita de cette occasion pour ordonner diacre le nouveau solitaire ; puis quelques temps après il lui conféra le sacerdoce. Ses trois associés qui vinrent servir Dieu avec lui dans cette solitude, donnèrent à la fois les plus fervents exemples d'abnégations et de pénitence et aussi du plus grand désintéressement ; car des sommes considérables leur ayant été données à diverses reprises, Sénoch les distribuait aux pauvres, payait les dettes des prisonniers, ou en rachetait les captifs. Plus tard, lorsque saint Grégoire l'historien eut succédé à saint Euphrone, Sénoch fut très estimé de l'illustre évêque, dont la direction lui fut plus utile, et qui reçut son dernier soupir. Ce fut le 24 octobre 579. Le saint n'avait alors que quarante ans. Grégoire écrivit sa vie et raconte qu'il fut lui-même témoin à son tombeau de la guérison de trois aveugles et de plusieurs paralytiques (a). Le nom est resté à une paroisse de la Touraine, où il est honoré le jour de de sa mortc^-).
(a) Grcg., Vitœ pair., c. xv.
[h) C'est Saint-Scnoch, bourg de 600 habitants, dans la canton de Ligueil, arrondissement de Loches (Indre-et-Loire).
HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 564) 481
Mais sa mémoire est liée surtout à celle des grandes à STpoqîe' '''"'' vertus de son temps. En dépit des superstitions barbares encore existantes, et de la disposition morale que tant de désordres publics jetaient abondamment dans la société nouvelle comme autant d'oppositions aux vertus du christianisme, Dieu se réservait des âmes d'élite dont la vie contrastait par la chasteté et la douceur avec les débauches et les emportements de la vie sociale. L'histoire de l'Eglise n'a pas de période plus édifiante que celle de ces saints anachorètes qui, de toutes parts, priaient et travaillaient alors dans le silence, méprisant les joies du monde, et le sauvant dans l'œuvre secrète de leur propre sanctification. La Touraine, le Maine, l'Anjou, la Bretagne avaient aussi leurs thébaïdes où nous rencontrerons, avant la fin de ce siècle, des modèles mémorables de cette perfection qui va dans les saints jusqu'à l'idéal.
De leur côté, les évoques ne manquaient pas non plus à leur tâche plus extérieure, mais non moins efficace, outre qu'ils étaient aussi les hommes de la prière et de la sainteté, la dignité de leur caractère, leur crédit sur les populations converties par eux, devenaient pour leur ministère de puissants moyens de succès. Adonnés à la prédication populaire, ils n'en gouvernaient pas moins les hauteurs 'où s'enorgueillissait la gloire mondaine, ils maintenaient la discipline dans le clergé, imposaient aux rois mômes le respect de l'Eglise, s'élevaient contre les audaces de leurs désordres et continuaient chaque jour la mission réparatrice du divin Réformateur.
L'un d'eux, que nous avons vu plus d'une fois se signaler Mort de saint papar d'éminentes vertus, fut recevoir la récompense des saintes impressions qu'il avait faites sur les âmes. C'est saint Paterne, dont la vie avait été semée pour ainsi dire d'autant de miracles que de vertus. Pour remplir cette charge épiscopale, dont les justes sollicitudes ne se comparent qu'à sa res})Onsabilité, il épuisa ses dernières forces après avoir blanchi sous les travaux de la vie
Et de Scii})i!ion.
482 HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 565)
monastique et de Papostolat, ne changeant nullement ses habitudes austères, ne ralentissant en rien son activité, construisant ou réparant des églises, et continuant par sa charité de se faire le père des pauvres et des petits. Il avait alors plus de soixante-dix ans. Etant tombé malade le lundi de Pâques 565, il mourut après treize ans d'épiscopat, âgé de quatre-vingt-trois ans, le 5 avril. Une remarquable coïncidence fit mourir dans la même nuit Scubilion, ce vieil ami avec lequel nous Pavons vu partir d'Ansion et qui succomba quand il se disposait à venir le voir. Paterne avait abordé avec lui, à cinquante ans au-delà, ces mêmes confins de rOcéan ; ils s*'y étaient fait un oratoire solitaire, près du village de Scicy où ils avaient commencé, dès leur arrivée en Normandie, à convertir un grand nombre de païens. Scubilion, qui avait secondé tous les travaux apostoliques de son vieil ami jusqu''au moment de son épiscopat, resta dans son humble demeure d'où il continua d'évangéliser la contrée. La mort qui les unit le même jour, les réunit aussi dans le même tombeau, sous Pabri du petit oratoire qui devint une église paroissiale, connue encore sous le nom de Saint-Pair ou Saint-Paterne-sur-Mer. On y possède une portion de leurs rehques, plusieurs fois transportées en divers lieux, pour les soustraire aux profanations des guerres. On en a quelques parcelles à Orléans et à Issoudun. On peut s''étonner que nos vieilles archives ayant conservé si fidèlement la mémoire de saint Paterne, on n"'ait rien de ses restes à vénérer dans le diocèse qui lui donna le jour, et qu"' aucun lieu sacré n''ait porté son nom à aucune époque. La seule gloire qui lui reste aujourd'hui parmi nous, est que saint Fortunat ait écrit sa vie (a).
(a) Intel', opp., part. 2, — Migne, p. iSl. — Surius, 16 april.
Note 1
Maubeuge, Malhodium, ancienne et forte ville de 5,000 âmes, du Hainaut , sur la Sambre. Cette abbaye était devenue une collégiale de chanoinesses nobles à la nomination du roi.
Note 2
Saint-Quentin, Oppidum s ancti Quint inl, prit ce nom vers 650 lorsque saint Eloi y eut découvert les reliques du saint martyr de ce nom. Posée sur la Somme, avec 15,000 habitants, elle était l'ancienne capitale du Vermandois, et d'abord VAugusta Veromanduorum des Romains, dans le centre de la seconde Belgique. Aujourd'hui sous-préfecture du département de l'Aisne.
Note 3
Duodeeim Canonicos. Ce nom, par l'idée même d'une règle qu'il suppose, fut donné dès le V siècle aux cénobites, puis à tous les clercs vivant en communauté, et enfin demeura aux chanoines seuls lorsqu'après leur sécularisation ils conservèrent cependant, quant au service divin, les habitudes d'une régularité qui disposait l'Office du jour et de la nuit en plusieurs heures qui restèrent toujours les mêmes.
Auxerre, Autisiodururrij était dans la quatrième Lyonnaise, représentée aujourd'hui par la Bourgogne , et appartenait aux Senones ou habitants de Sens. Sa population de 12,000 âmes occupe la rive gauche de l'Yonne , et elle est le chef-lieu du département de ce nom.
Note 5
Dervurrij Dervinsej fondée en 673, pour des bénédictins, au diocèse de Chàlons-sur-Marne. (V. à la suite des Œuvres de S. Fortunat, Migne, t. LXXXVIII, Monum. eeclesiast.j Sœc. vu, col. 1162 et 1225.
Note 6
M. Longnon, qui a fait un bon livre sur la Géographie de la Gaule au VJ^ siècle, veut que le vicus Becciacus dont il s'agit ici soit aujourd'hui le village de Bessay, situé un peu au sud-ouest de Jard, dans le canton de Mareuil, près Luçon. Saint Grégoire de Tours affirme de plus qu'à Bessay on faisait de son temps la fête de saint Vincent le 22 janvier, comme on la fait encore. D'où vient que dans les Pouillés du xviii^ siècle on trouve pour patron de cette paroisse saint Jean-Baptiste? Il n'est peut-être pas facile de l'expliquer, sinon en supposant que saint Vincent de Jard aura été créé dans le voisinage de Bessay à une époque peu éloignée de la première fondation ; ou bien encore qu'après la fondation faite par Clotaire à Saint-Vincent même, sur le territoire de son vicus de Bessay, on aura honoré dans l'église de ce dernier lieu une autre relique de ce même patron, et qu'on ait fait ainsi une succursale de Becciacus, en faveur des pèlerins, au grand nombre desquels la première église ne suffisait pas. Il n'y a pas d'ailleurs à expliquer ici l'appellation de Saint-Vincent-sur-Jard par la disparition du nom primitif de Becciacus j puisqu'on s'accorde à le reconnaître dans le Bessay actuel, dont le premier vocable est fort à considérer.
Quant au mot Jard, c'est un nom signifiant occident , Err ou lard, en gaélique. Ainsi Err-in, l'Irlande, signifie lie de l'Ouest. Ainsi encore File d'Err, vis-à-vis la côte occidentale du Poitou, dont on fit plus tard Ermoutier. (V. Mém. des Antiq. de l'Ouest, première série, vu, 81.) — M. Levisval a cité une monnaie mérovingienne qu'il attribue au vicus du Jard, et qui doit remonter à cette époque (Numismatique du moyen âge, t. I, p. 65, n° 35 de la planche III).
Disons aussi que sur ce même canton de Talmont était un autre établissement religieux qui portait le surnom de Jard. C'était Sainte- Radégonde-en-Jard, prieuré de Sainte-Croix de Poitiers, auquel était jointe, dans le même lieu, une cure à laquelle l'évêque de Luçon pourvoyait sur la présentation de l'abbesse. Ce mot Jard a été écrit très diversement à différentes époques : au xiii^ siècle on a dit Gard et Jard, au xiv'' In-Jardo ; au vii° Jarto. — Au xii'' quand fut posée sur ce même territoire l'abbaye de Notre-Dame-du-Lieu-Dieu, les chartes l'établirent sous le nom de Loeus-Deiin-Jardo, et depuis lors elle fut toujours nommée Lieu- Dieu- en- Jard.
Note 7
Chelles, Calœ, aux bords de la Marne. Village aujourd'hui de 1,500 habitants où une abbaye de femme fut créée en G84, par sainte
Bathilde, femme de Clovis II, dont nous parlerons. La forêt voisine possédait un palais royal , et n'était qu'à 4 lieues et demie à l'Est de Paris.
Note 8
LesAndelys, Andellacam , petite ville de la Normandie (Eure), sous-préfecture de 6,000 âmes, dont le nom pluriel vient de ce qu'elle est partagée en deux par la route de Paris à Rouen. Son abbaye de Notre-Dame fut fondée vers 525.
Note 9
Cette église occupait l'emplacement où fut construite plus tard celle de Sainte-Geneviève.
Note 10
On s'accorde peu sur l'année où mourut sainte Clotilde. Les uns disent vers 513, comme les Bollandistes et le président Hénault, Longueval dit vers 545, VArt de vérifier les Dates tient pour cette même année, et Chalmel le suit dans ses Tablettes de Touraine, qu'il a puisées à des sources locales. C'est cette date que nous préférons ; car si Radégonde trouva Clotilde à Tours quand elle y passa en 544 pour se rendre à Sais, la mort de cette dernière n'a pas pu arriver avant 745.
Note 11
Salencfj , bourg de l'Oise, canton de Noyon. Saint Médard, succédant à ses parents en qualité de seigneur, établit dans son lieu natal l'institution des Rosières, et couronna la première année sa sœur, jugée par tous la plus vertueuse des jeunes filles du pays.
Note 12
Vermandj aujourd'hui simple village de l'arrondissement de Saint-Quentin (Aisne), n'a plus que 1,200 habitants et les restes d'une ancienne abbaye de Notre-Dame, fondée au viiie siècle, et reconstruite en 1091. C'est le Civitas-Veromanduorunij ancienne ville principale du Vermandois. Du temps de saint Médard, c'était une ville de troisième ordre de la Gaule Belgique.
Note 13
La prononciation populaire et les inexactitudes des copistes ont fait du mot Medardus les mots Saint-Mars, Saint-Mard, et même Saint-Marc. Il est certain que tous ces noms, comme Saint-Médard-
des-Prés en Vendée, Saint-Mard-la-Lande (Deux-Sèvres), l'aumônerie de Saint-Mars, près Châtellerault, Saint-Médard-en-Gâtine, prieuré non loin d'Archigny, aussi bien cpje la Pile-Saint-Mars (Indre-et-Loirej, ont tous la même origine et rappellent le patronage du saint évêque de Noyon.
Note 14
Saint-Gilles-sur- Vie, chef-lieu de canton de l'arrondissement des Sables-d'Olonne. Bourg de 1,500 habitants. C'est dans les titres latins et dès 1248 Sanctus jEgidius super Viam. Ce surnom lui vient de la Vie, petite rivière de 40 kilomètres de cours qui prend sa source à 2 lieues au nord de la Roche-sur- Yon et va jusqu'à Saint- Gilles même se jeter dans l'Océan. L'église paroissiale était un prieuré de l'abbaye de Saint-Michel-en-l'Herm. La cure appartenait d'abord à l'abbaye de Saint-Gilles de Rié en Provence, mais dépendait dans les derniers temps (au xviii° siècle) de l'évêché de Luçon.
Note 15
Rié, Rie, Rue, Rlaeum^ Rieclum, Riedia Insula, ancienne île du littoral vendéen, aujourd'hui réunie au continent. Il y avait un château avec une cure dépendante de Saint-Cyprien de Poitiers, puis un prieuré de Saint-Michel-en-l'Herm sous le vocable de Saint-Hilaire.
Note 16
Maulay est aujourd'hui un chef-lieu de commune de 400 habitants, au canton de Loudun, avec une église de Saint-Martin dont la structure est du moyen âge gothique. Maulay est cité dans les chartes dès 987 : de eurti Maleetaeo. Avant 1790, la cure était à la nomination de l'évêque. Supprimée en 1791, elle fut rétablie en 1872. Le fief avait haute et basse justice qui relevaient de la châtellenie voisine de Parnon. — Maulay avait sur son territoire le château de Dercé, dont il n'y a plus que des ruines, et où était un prieuré de Saint-Jean-Baptiste relevant do l'abbaye de Bourgueil en Touraine. On y visite aussi des souterrains-refuges qui paraissent fort anciens.
Il ne faut pas confondre ce Maulay avec son homonyme du canton de Thouars (Deux-Sèvres) dont le vocable est Saint-Pierre-ès-Liens.
Note 17
Cette assertion d'une abbesse qui ait précédé sainte Agnès dans cette dignité paraît d'autant plus hasardée que ni Grégoire de Tours, ni Fortunat n'ont parlé de cette Richilde qui exista pourtant, si nous
nous en rapportons à une sérieuse dissertation que D. Liron a insérée dans ses Singularités hist. et litt.j t. I, p. 257 et suiv. Il est vrai que ce même critique conteste le voyage que Radégoude et Agnès firent à Arles pour en rapporter la règle de Saint-Césaire : ce voyage n'est douteux pour personne. Du Temps adopte aussi l'abbatiat de Richilde, d'après D. Liron lui-même, et fait observer que le Gallia christiana a eu tort de l'omettre, et Dreux du Radier {Bihl. du Poit., I, 116), partage cet avis. — Nous reviendrons en son temps sur cette remarque. M. de Fleury, Hist. de sainte Radég., V^ édit., p, 383, dit : « Nous ne comptons point Richilde qui, si elle est une abbesse différente d'Agnès j, n'est point assez connue. » — Ce n'est point tout à fait une raison de ne point la compter; c'est au contraire établir implicitement son existence ; après quoi l'on n'en dit en eifet que ce qu'on sait et paraît certain ; c'est ce que nous faisons ici.
Note 18
Une vieille tradition dénaturée, et que les historiens modernes ont trop acceptée, voudraient que les masses d'eau qui avaient envahi le littoral de la Saintonge et de l'Aunis, se fussent retirées tout à coup au commencement du vi® siècle, et eussent mis à découvert tout le terrain qui forme aujourd'hui la ville de Niort. Mais cette révolution géologique est d'un âge bien antérieur à celui qu'on voudrait lui attribuer ici. La superficie de certains marais des environs est en contrebas sensible du niveau minimum des eaux douces ; elle serait à peine couverte par les plus grandes marées. Sans donc savoir où les partisans de ce système auraient découvert une telle origine, on peut assurer qu'elle doit remonter à des temps préhistoriques, ce qui n'encourage pas beaucoup à accepter le commerce maritime que les Niortais auraient pratiqué à l'époque mérovingienne. (V. M. Favre, Hist. de la ville de Niort, in-8°, 1880, p. 12.)
Note 19
Un tiers de sou d'or mérovingien porte comme lieu de fabrication NiorduMj qui confirmerait à la ville de cette époque une certaine importance. (Favre, ibidj p. 21.)
Note 20
M. Favre, ub. sup., p. 13, assigne trop tard l'introduction du christianisme dans notre pays. Nous avons dit pourquoi il faut le faire remonter jusque vers le dernier quart du premier siècle. (V. ci-dessus, p. 38 et suivantes.)
488 NOTES DU LIVRE Vi
Note 21
Campaniacum, auquel on ajouta l'épithète sieeum, Champagnéle-Sec, pour indiquer la nature de son terroir calcaire et argileux. C'est un chef-lieu de commune au Sud-Est de Chaunay, canton de Civray. Elle est située au bas d'une côte boisée, et a de 5 à 600 âmes. Son église romane est du vocable de Saint-Léger. D'autres ont dit, mais sans preuves, que le Champagne de Saint-Junien est un hameau qui porte encore ce nom dans la paroisse de Périgné, à 2 lieues au Nord-Ouest de Brioux ; d'autres encore, que c'était Champagné- Saint-Hilaire, à 3 ou 4 kilomètres de Couhé. Aucune de ces opinions ne nous semble fondée, ne fut-ce qu'en considération des distances.
Note 22
Brioux est le Brigiosum de la carte de Peusinger : il se trouvait sur la voie romaine de Saintes à Poitiers. C'est aujourd'hui un cheflieu de canton de l'arrondissement de Melle (Deux-Sèvres), ayant 1,200 habitants. — Ce lieu était fort considérable sous les Romains et sous la première race des rois Francs. Il fut la ca[)itale d'une vaste portion du Poitou qui s'étendait de l'extrémité sud de cette province jusqu'à ses limites occidentales. Brioux fut aussi, dès avant le viii° siècle, un archidiaconé da diocèse, et devint ensuite, sous le titre depaguSj le chef-lieu d'nn grand nombre de vigueries.
•Note 23
Chaunay, Coloniaeurrij Colniacum^ Chonotjum„ commune et paroisse de Saint-Pierre, au sud et dans le canton de Couhé (Vienne), population de plus de 2,000 habitants. La Bouleure^ dont la source part de la limite sud-ouest de la commune (dans celle de Clussay (Deux-Sèvres), et coule jusqu'à la Dive et au Clain près de Voulon et de Couhé, se répand dans le vallon qui traverse le bourg de Chaunay, placé anciennement sur la voie romaine de Poitiers à Angoulême.
Chaunay fut autrefois un des vingt-quatre archiprêtrés du diocèse. L'évêque y nommait de plein droit. On trouve sur son territoire quelques traces de l'ancienne voie dont nous parlons. Son église porte les caractères du xii'' ou xiii'^ siècle. D'autres enfin, ont voulu changer Chaunay en Caunay, autre localité du canton de Lezac (Deux-Sèvres), et ainsi éloigneraient beaucoup trop notre saint du lieu auquel toutes les traditions le rattachent.
Note 21
Cincillac. Ce lieu est resté douteux dans les historiens. On ne sait même pas par quelle localité il est représenté aujour'hui. Ce
qu'en a dit l'anotateur de saint Fortunat qui y était passé en allant de Saintes à Angers, n'élucide point la question. (V. S. Fortunat, app., éd. Migne, p. 479 et 359.
Note 25
Saint-Aubin-les-Ormeaux , petit bourg de 800 âmes du canton de Mortagne (Vendée) dont la cure relevait du doyenné ou décanat de Saint-Laurent-sur-Sèvre, un des quatre qu'on avait distraits de l'archidiaconé de Thouars pour former en 1317, avec ceux de Vihiers, de Fontenay et d'Ardin (qui était archiprêtré) le nouveau diocèse de Maillezais.
Note 26
Saint-Aubin-la-Plaine , Sanetus-Albinus-de-Plana , est une toute petite commune de 350 âmes dans le canton de Sainte-Hermine (Vendée). Le service spirituel a été réuni à Saint-Jean-de-Beugné dans le voisinage. Jusque-là l'évêque de Luçon avait nommé à la cure.
Note 27
Saint-Aubin-le-Clou , ou en-Gâtine, bourg de 1,500 âmes, canton de Secondigny (Deux-Sèvres), ayant plus de 1,500 habitants, était un prieuré-cure de Moutierneuf. On ne voit guère l'origine de son surnom orthographié très diversement, Saint-Aubin-/e-C7oa^ du-Clou, du-Cloudj du-ClouXj Sanetus-Albinus-de-Clouro.
Note 28
Saint-Aubin-de-Baubigné, de-BambiniacOj commune du canton de Châtillon-sur-Sèvre (Deux-Sèvres). Jolie paroisse de 1,800 âmes avec une église bâtie en 1517 en style ogival de la Renaissance. C'est l'ancienne sépulture des La Rochejaquelin, qui habitaient le château voisin de la Durbellière. La cure avait pour patron l'abbé de Saint-Jouin-de-Marnes. Sur le territoire de la paroisse était aussi le prieuré de la Grande-Boissière, appartenant à l'abbaye de la Réau, près Chaunay, et mentionnée à ce titre dès 1218.
Saint -Aubin- du -Plain, est du canton d'Argenton - Château (Deux-Sèvres;, a 500 habitants, et indique par son surnom {De Patuis) sa position découverte. L'évêque de Luçon nommait de plein droit à la cure.
Note 30
Saint-Aubin-du-Dolet, de Daleto, paroisse de 500 âmes, dans l'ancien archiprêlré de Mirebeau, réunie à celle de Saint-Jean-de- Sauves en 1813. Son nom lui vient apparamment d'une ancienne maison seigneuriale du voisinage, qui a disparue après lui avoir été annexée longtemps, mais le Pouillé de Gautier de Bruges citait l'église sous le nom de Saint-Olympe (Olompi), qui était sans doute ou le martyr qui souffrît à Rome au iii*^ siècle, ou le saint évêque de Thrace, qui mourut au iv'', et qui est honoré sous le titre de confesseur. Il est souvent question de Saint-Aubin-de-Dolet dans des actes du xiii*^ siècle, et depuis jusqu'au xvii®. La cure était à la nomination de l'abbé de Bourgueuil, en Touraine.
Note 31
Ce prieuré est mentionné dans une charte de 1098 par laquelle saint Pierre II, évoque de Poitiers, confirme à l'abbaye de Saint-Cyprien la possession des églises que l'abbé Régnaud et ses prédécesseurs avaient acquises avant et depuis son épiscopat. (V. D. Fontencau, VII, 204, et M. Beauchet-Filleau, Pouillé du diocèse de PoitierSj p. 431.)
Note 32
RadiSj RatiSj, Ratina insulttj Rocaeum^ ou Rea, ou Reatum^ et même, d'après Grégoire de Tours, Gracina^ qui fut sans doute son premier nom. C'est une île de l'Océan, à 2 lieues à l'Est de la Rochelle et de la côte de l'Aunis. Les géographes antérieurs au vi^ siècle n'en parlent pas, et au iv° elle était encore ensevelie sous les flots. Quoi qu'il en soit, elle était déjà du temps de Leudaste aux rois Francs qui y tenaient au profit de leur fisc un receveur des droits sur les vins blancs du terroir, meilleurs alors qu'aujourd'hui. Elle faisait partie de la deuxième Aquitaine lors de la conquête de 507. Il n'y apparaît de seigneurs que sous Eudes, duc d'Aquitaine, que nous verrons régner de 888 à 898. Exposée pendant le ix'^ siècle aux ravages des Normands, elle se vit bâtir plusieurs forteresses qui donnèrent naissance à des villes dont Saint-Martin fut la principale. Celle-ci est aujourd'hui le chef-lieu du canton, et possède une ancienne église dont le vocable a donné son nom à la ville. Un couvent de Bénédictins y fut fondé en 735. Entourée de récifs, cette île est d'un abord dangereux. Elle mesure une longueur de 4 à 5 lieues sur une largeur de 2 à 3, ce qui lui donne une circonférence de 12 à 15. Quelques géographes l'ont confondue avec l'île de Noirmoutier, située à l'extrémité nord du Poitou, et que les vieux titres appellent
Herio, Herus, d'où l'on fit Hermoutier et plus tard Noir moût ier, après la venue des Bénédictins qui y bâtirent un monastère en 674. Celui-ci était du Poitou, et fut plus tard au diocèse de Luçon ; celui-là de l'A unis, et encore du diocèse de la Rochelle.
Note 33
La Boulogne, petite rivière très réduite en été qui commence à 3 ou 4 kilomètres au Sud-Est des Essarts (Vendée) et va se perdre dans le lac de Grand-Lieu, au-dessus de Saint-Philbert. Elle a aussi un cours très tortueux de 75 à 80 kilomètres.
Note 34
Tous ceux qui ont parlé de ce singulier épiscopat d'Austrapius l'ont pris pour une de ces excentricités capricieuses qui entrent dans la tête d'un favori, et passent dans l'histoire sans y laisser d'autres traces que celles d'un fait à peine digne d'attention. Ils n'ont pas son^é surtout à ce titre de chorévèque qui entrait alors pour une si grande part dans le gouvernement des Eglises ; et cependant c'est le seul point à envisager pour expliquer cette hardiesse sans exemple sous les apparences d'une condition légitime et respectable. Ce qui parait certain, c'est que pendant la durée de cette prélature, le fier titulaire se reposait dans son château fort ; il semble que l'esprit sacerdotal ne l'y gênait pas trop, et que ses habitudes y furent moins celles d'un homme qui se repent de son premier métier. Nous reparlerons de ce château et de sa situation.
Note 35
Greg. Turon, Hist. Franc, lib. IV, c. xvni. — D. Ruinart dans ses notes sur cet endroit de Grégoire de Tours, pense que ce Sellense castrum dont parle l'historien est le lieu qu'on nomme encore Celle, gros bourg de 15 à 1800 âmes, sur la Belle, dans l'arrondissement de Melle (Deux-Sèvres) , où une abbaye de chanoines réguliers, fondée vers l'an 1090, existait encore en 1789. De prieuré qu'elle était en 1100, elle était devenue abbaye en 1118. L'église de Notre-Dame, réparée par Louis XII, est une des plus belles du diocèse. D'autres, comme Dufour [Hist. du Poit.j p. 66), et Bouchet {Annal. j p. 71), croient que le lieu mentionné ici est Celle-l'Evêcault, village du canton de Lusignan, où passait alors la voie romaine de Poitiers à Saintes, et dont on pi"étend que le surnom (l'Evêcault) vint, depuis le vi® siècle de ce qu'un évêque s'était établi dans cet endroit. Ne serait-ce pas plutôt parce que de temps immémorial, et
probablement aussitôt après la mort d'Austrapius , l'évêque de Poitiers rentrant en possession de ses paroisses usurpées aurait acquis en même temps le lieu dont il fit un domaine de l'évêché ? Ce qui est certain, c'est que cet endroit a déjà, en 1218, le nom d'Episcopalis eellula, et qui plus est nous verrons saint Hilaire vers 365 y faire acte de propriété en établissant sur son territoire la cellule de sainte Florence. N'oublions pas enfin que c'était une des baronnies des évêques de Poitiers et qu'un Chapitre de cinq canonicats y existait encore en 1769, dont tous les titres étaient à la nomination de l'évêque de Poitiers.
Nous préférons ce dernier sentiment, non parce que le surnom donné à cet évêché viendrait de cet établissement d'un évêché transitoire, mais parce que cette localité fut dès le iv*" siècle une propriété de l'évêque de Poitiers saint Hilaire, qui y donna à sainte Florence une cellule, remplacée plus tard par une chapelle encore existante, en l'honneur de la sainte recluse. Ce nom de l'Evêcault était donc donné à cette Celle, au même titre qu'à Mairé-l'Evêcault. C'est le sentiment soutenu par Etienne Mognot dans sa Vie de sainte Radégonde, publiée par Charles Pidou (in-12, 1621, p. 86).
Celle-l'Evêcault est maintenant le centre d'un canton de 1500 âmes. On y voit une belle église de la transition sous le vocable de saint Etienne. La commune est bornée au nord par la Vonne qui vient, par une vallée sinueuse et encaissée, des plus hauts massifs des collines de Ménigoute (Deux-Sèvres), et rejoint la rive gauche du Clain, près de Vivonne.
Venons-en maintenant à une opinion plus récente, nouveauté scientifique à laquelle on pourrait attacher quelque importance, à cause même de sa singularité, mais qui bientôt ne semblera pas à nos lecteurs plus acceptable qu'à nous-même.
En effet, diaprés Besly, qui cite la chronique de Maillezais {Evesq. de Poit., p. 8. — Gallia christ., II, col. 1444), ce lieu se serait appelé non pas Castrum Cellense, mais Castrum Celsum, lequel d'après M. Longnon [Géographie de la Gaule au VP siècle), se trouve tout à fait à l'extrémité occidentale de l'Anjou, dans l'arrondissement de Beaupréau (Maine-et-Loire), et qui alors était du diocèse de Poitiers. M. Longnon, qui a fait là un livre très estimable, s'efforce, non sans quelque apparence de raison, de faire de son Castrum Celsum un Chantoceau dont le suffixe se fût quelque peu dénaturé à travers les âges, mais répondrait encore suffisamment, selon lui, aux exigences d'une étymologie légitime. Resterait à savoir jusqu'à quel point le mot Celsum, qui ne remonte pas à la plus ancienne mention du lieu, n'aurait pas été dans la
Chronique de Maillezais^ qui n'en parle que quatre cents ans après Grégoire de Tours, une mauvaise copie du Sellense de cet auteur? Il y a plus, M. Longnon s'appuie sur le voisinage de Chantoceau et du pays des Teifales, qui y tuèrent Austrapius dans une émeute, et ne se persuade pas facilement que ces circonstances puissent rattacher cette catastrophe à un autre endroit. Mais d'abord il y avait assez loin de Tiffauges, où habitaient les Teifales, à Chantoceau qui en était séparé par tout le territoire qui formait les pagiis de Mauges et d'HerbaugeSj ce qui ne fait guère moins d'une vingtaine de lieues. De telles distances ne supposent pas entre les Teifales et Austrapius des relations fréquentes et faciles. Ajoutons que ce Chantoceau d'aujourd'hui, Castnim Celsum, quoique ayant l'agrément de certains érudits, ne semble pas avoir une grande affinité avec le Castrum Sellense des Mérovingiens, non plus qu'une grande notoriété k la même époque où rien ne paraît le désigner dans les chartes connues jusqu'ici ni comme lieu monétaire, ni comme appartenant au domaine fiscal. Ceci resuite de ce qu'en dit M. Célestin Fort dans son Dictionnaire historiq. et géogr. de Maine-et-Loire j, I, 607. Nous préférons donc voir l'habitation épiscopale dans ce Castrum Sellense^ qu'on a traduit par Celle-l' Ecêcault. Car si l'on a répugné à poser cet évêché si près de Poitiers, c'est qu'on a pu considérer qu'il ne s'était agi qu'une fois d'Austrapius, un simple chorévéque dont l'autorité était essentiellement restreinte et dont la rivalité n'était pas à craindre pour l'évèque diocésain. D'autre part il ne faut pas oublier que dans ces cantons de Melle et de Lusignan il y avait des garnisons de Teifales, dont le chef habitait à Poitiers et devait avoir sous sa main un certain corps de ces troupes avec lesquelles ses rapports étaient plus faciles et plus fréquents. Ce sont de sérieuses raisons de revenir à l'opinion qui plaça Austrapius près de Poitiers, et que le Castrum Cellense lui appartenant il avait trouvé bon de s'y retirer jusqu'à ce que les événements vinssent couronner ses espérances. Tout bien examiné, nous ne pensons pas qu'on puisse croire autrement.
Note 36
L'authenticité de cette charte est soupçonnée, peut-être avec raison, pour son style qui peut avoir été remanié, mais non quant à la teneur, qui reste conforme aux documents historiques.
Note 37
Ceux qui ont voulu faire de Richilde et d'Agnès une seule et même personne, n'ont pas assez compris que les deux noms ont une origine
toute différente et ne laissent aucune possibilité à une confusion quelconque: le premier est tout germanique, et signifie une fille riche et puissante ; le second est purement grec et exprime la chasteté ou l'innocence. Quant à croire avec M. de Fleury que Richilde « pourrait bien être le nom barbare, et Agnès le nom de religion », ce serait une grosse erreur. Les religieux et religieuses du iv^ siècle ne changeaient pas de nom en prenant le voile, comme il est facile de le voir par Radégonde elle-même, et par l'usage continué jusqu'à présent à Sainte-Croix de Poitiers. Remarquons d'ailleurs que cette coutume est aussi celle des bénédictins, qui suivent la même règle.
Note 38
MiseelL, ub. sup., col. 103 et suiv. — Il est intéressant pour les époques suivantes, et notre siècle plus que tout autre pourrait se renseigner, pour mieux faire, à ces sources vénérables qui nous montrent comment, dès les premiers temps du christianisme dans les Gaules, on aimait et respectait le culte public, dont la beauté majestueuse importe tant aux succès de la religion dans les âmes. Dans ces belles églises du vi'' siècle, fondées et dotées par les rois, dans celle de Paris surtout dont il est ici question, la psalmodie grave, sagement modulée, était assidue autant qu'habile et bien dirigée. Les instruments s'y mêlaient aux voix pour les soutenir, non pour les couvrir et les effacer. Ce n'était pas la confusion d'un tapage inintelligible et rebutant ; c'était le pieux accord d'une parole calme, accentuée, célébrant les louanges de Dieu avec l'amour qu'elles inspirent, et non une langue sans mesure ni correction, précipitant des syllabes jetées sans plus de discernement que de dignité au milieu des sons rauques ou cuivrés qui font plus de bruit que d'harmonie. Des enfants de chœur aux voix justes et éclatantes, accompagnaient celles du peuple tout entier, célébrant sur des tons pieux et recueillis les louanges des Confesseurs, des Pontifes et des Martyrs. Voilà ce que les vers de Fortunat nous font encore goûter aux pompes sacrées de la musique de son âge. Quelle dignité dans ce bel ensemble, et que nous en sommes loin dans la plupart de nos églises d'aujourd'hui, livrées à des chantres incultes et à des mercenaires grossiers dont la tenue et la voix sont la honte de la maison de Dieu et le chagrin des fidèles qu'ils en éloignent !
Note 39
C'est mal écrire ce nom que de l'appeler Celles^ comme l'ont fait plusieurs historiens. Cette ville était bien Chelles, CalUj dont nous
avons parlé dans la note 7 de ce sixième livre et sur laquelle nous reviendrons. La position toute seule de ce lieu sur la Marne, et à 18 ou 19 kilomètres de Paris, détruirait tout doute à cet égard.
Note 40
Melun, Melodunurrij ancienne ville de la Gaule chez les SenoneSj qui occupait la rive droite de la Seine, à 12 lieues Sud-Est de Paris. Sous la première et la deuxième race elle eut un atelier monétaire dont les pièces portent le nom Meelidone. Au vii° siècle elle possédait encore un palais royal. Chef-lieu actuel du département de Seine-et- Marne, elle a de 7 à 8,000 habitants.
Note 41
Tréguier, Treeor, TreQorium, Lauiriguerium ^ qui se traduit bizarrement sur quelques cartes par Lantriquet ; ancienne ville épiscopale, érigée vers 844 par Noménoé, duc des Bretons, et dont le siège fut réuni en 1790 à celui de Saint-Brieuc. Ce n'est plus qu'un chef-lieu de canton des Cùtes-du-Nord, dans une presqu'île qui s'avance dans la mer, et qui probablement alors n'était pas réunie au continent.
Note 42
Quant à ces noms défigurés sur les anciennes bannières ou socles de statues, ce sont des maladresses de peintres qui écrivaient sans doute comme on prononçait dans le pays. Saint- Mainde, Saint- Mande. On voit bien qu'ici c'est l'oubli d'un accent aigu. Ne quittons pas ce sujet sans établir ici l'historique du village d'Avanton, où se trouve le hameau de Saint-Mandé. Ancienne seigneurie dont les plus anciens titres sont du xi*" siècle, et nommée souvent Aventum et de AventoniOj sa paroisse de Saint-Laurent semble avoir été une fondation, datant à peu près de cette époque, du Chapitre de Notre-Dame de Poitiers, qui nommait encore à la cure en 1789. Les seigneurs, dont le plus anciennement connu était un Adhémar d'Avanton, qu'on trouve en des actes de 1085, avaient le droit de haute justice, qui relevait de la chàtellenie de la Tour de Béaumont. L'ancien château existe encore ; il semble une construction des xvi° et xvii° siècles, ce qui indiquerait une restauration après des avanies éprouvées pendant les guerres civiles du xvi*^. Ces renseignements se fortifient du grand nombre de débris sculptés provenant des ruines du château voisin de Bonnivet et qui furent employés au pavage ou à la décoration des appartements. L'église pourrait être du xn" siècle, à en juger par quelques-uns de ses caractères très mutilés et malgré la
dégradation que lui a infligée le mauvais goût d'ornementation moderne. On y voit un autel de Saint-Mandé. — Sur le territoire de la paroisse se trouve aussi un village de Paehéj, Pachiaeum, qui figure dans un acte àe, 1105. (D. Fonteneaù, XIX, 117.) — Avanton a aujourd'hui 700 habitants , et est situé à 12 kilomètres au Nord- Ouest de Poitiers, dans une plaine découverte que dominent les hautes tours du château.
Les anciens seigneurs d' Avanton ne nous sont connus qu'imparfaitement, les papiers et archives de la paroisse ayant été brûlés par les savanls de 1793. Feu M. Faye, de la Société des Antiquaires de l'Ouest, a recueilli dans les Bulletins de cette Société, t. V, p. 100 et suiv., quelques détails sur les dernières familles qui ont possédé le fief et la seigneurie depuis le commencement du xv*^ siècle jusqu'au commencement du xvI^^
Texoneria (?) Paroisse de 7 à 800 habitants, au canton de Saint- Loup (Deux-Sèvres), sous le vocable de Notre-Dame. Cette église dépendait de l'abbaye bénédictine d'Airvault bien avant 1095.
Note 11
Les vieux hagiographes français disent qu'on l'invoque aussi pour les « enfants qui sont en chartre », et Borel, dit (Trésor des recherches et antiquités j p. 89) « être en chartre, c'est être phthisique ».
Note 15 Fustibus plagisque multis, etiam manu propria affecit.
Note 46
Iratus hune cœsum pugnis et calcibus, recludi prœcepit oneratum ferro in carcere.
Note 47
Grégoire de Tours [Hist. Franc. j lib. 11^ c. xxvii et xxviii) raconte que Clovis, après sa victoire sur Syagrius et arrivé à Soissons en 490, demanda à ses soldats un vase magnifique pris à l'Eglise de Reims et que l'évêque saint Remy l'avait prié de lui faire rendre. Ce vase, faisant partie du butin, devait être tiré au sort, selon la coutume, comme tous les autres objets saisis pendant la guerre, et le roi n'y avait pas plus de droit que qui ce fut de ses guerriers. Personne ne résista pourtant à ce désir exprimé par le prince, et on le lui céda
par acclamation. Seul, un soldat irrité de cette concession, s'y opposa et brisa le vase d'un coup de hache en déclarant que le roi lui-même ne l'aurait que si le sort le lui adjugeait. Clovis dissimula ; mais l'année suivante , passant au champ de mars une revue des troupes et arrivé au soldat qu'il reconnaît, il lui reproche le mauvais état de ses armes, lui arrache des mains sa hache qu'il jette par terre, et jiendant que le soldat se baisse pour la reprendre, le roi, d'un coup de la sienne, lui fend la tête en disant : « Souviens-toi du vase de Soissons. » Personne ne murmura de cet acte de justice ; on n'en redouta que mieux l'autorité se vengeant ainsi d'une insolence qui, au moment même de l'injure, eût été punie aux applaudissements de tous. La justice était donc alors le droit. Mais qu'eût été le droit sans la sanction de la force !
Note 48
Vouillé, en 560 et 562, est appelé Villa Villiacl; au xi" siècle, c'est VolUacOj Vollae , même Voillee j et ainsi à travers beaucoup de variantes jusqu'à notre temps, mais où ne se rencontre jamais le Vogladum qu'on a voulu lui attribuer en l'enlevant à Voulon , pour lequel nous l'avons revendiqué en racontant ci-dessus la bataille de l'année 507. Cette terre de Vouillé était donc au temps de Clotaire une villa du domaine royal. Nous la voyons donnée à Sainte-Croix ; celle-ci la reçut du Chapitre de Sainte-Radégonde, qui en devint plus tard seigneur châtelain et haut justicier, et nommait à la cure. En 1377 ce Chapitre avait obtenu pour Vouillé du comte de Poitou Jean, duc de Berry et frère de Charles V, quatre foires par an et un marché par semaine. En 1431 il fit fortifier l'église et le bourg contre les attaques des Anglais. Au reste, le bourg et ses environs sont pleins de souvenirs des croisades par les tours et autres restes d'habitations féodales posées sur la rive gauche de l'Auzance. Une population de 17 à 1,800 habitants se groupe autour de l'église romano-ogivale de Sainte-Radégonde, et non loin de là se trouvent des souterrainsrefuges.
Note 49
Jatarzay, Gavareiaeum, lavareiaeum-, village à 1 kilomètre de Chef-Boutonne (Deux-Sèvres), ancien prieuré bénédictin de l'abbaye deMontours, citée par XQPouilléàe. M. Bauchet, mais dont il n'indique pas la position et que nous croyons être le village de ce nom placé près de Fougères (Ille-et- Vilaine). L'église avait pour patron saint Chartier, prêtre, honoré en Berry sous le nom de saint Carterin. Cette église romane est du xii° siècle, a trois nefs et fort belle par sa
disposition générale et ses magnifiques sculptures. Elle fut restaurée au xvi^, après les ravages des protestants. Il y a à Javarsay un beau château de la Renaissance, qui apjtartint aux Mortemart.
Chef-Boutonne, Crt/)a^-Va/(fonœ^ dont Javarsay n'est éloigné que d'un kilomètre et s'y relie par une agréable avenue de beaux arbres. C'est un chef-lieu de canton de l'arrondissement de Melle (Deux-Sèvres), voisin des limites de l'Angoumois et peuplée de 2,300 habitants. Le nom de cette localité lui vient de la belle rivière qui y prend sa source en sortant d'un rocher, devient navigable à Saint-Jean-d'Angély, et après avoir parcouru 100 kilomètres dont 40 dans le département des Deux-Sèvres, se perd dans la Charente au hameau de Candé, à 2 lieues de Rochefort. L'église construite en 1829 sur l'emplacement de l'ancien château n'a pas de style chrétien, et ne se prête en rien au charme du paysage frais et varié qui l'environne.
Note 51
Antigny, Antiniaeum , Antignacum, près Saint-Savin (Vienne), sur la rive gauche de la Gartempe. Sa voie romaine de Poitiers à Argenton formait un gué de cette rivière appelé le gué de Sceaux, et se prolongeait sur toute l'étendue de la commune, du couchant au levant. On y voit les restes, fréquemment exhumés, d'un cimetière gallo-romain dont les tombes forment plusieurs couches. Il a été fouillé en 1885 par le R. P. de la Croix qui en a extrait un grand nombre de pierres tombales mérovingiennes portant des épitaphes chrétiennes des premiers temps de la monarchie. Une lanterne-desmorts avoisine l'église qui est sous le vocable de Notre-Dame de l'Incarnation (25 mars). C'est à Antigny que saint Cyprien fut martyrisé par les Barbares. La population d'Antigny ne s'élève pas à 100 âmes.
Note 52
Brioux, Brlglosum, est le Brigios d'une monnaie gallo-romaine. C'était sous les Romains une mansion de la voie de Poitiers à Saintes, qui la traverse encore, changée en une route nationale. Des pièces mérovingiennes gardant encore une certaine importance portent le nom de Brigiosum mansio. Ces anciens souvenirs subsistèrent dans le cours du moyen âge. Nous verrons Brioux devenir un chef-lieu de pagus du Poitou et le contre de treize vigueries, qui composeront
jusqu'au x® siècle sa juridiction judiciaire. Quatorze archiprêtrés .ou doyennés formèrent ensuite sa circonscription ecclésiastique qu'on a souvent appelée de Briançay dans les Pouillés, Archipreshyteratus Brioeensis. Il n'y a plusàBrioux que 1,200 âmes. C'est un chef-lieu de canton de l'arrondissement de Melle. La Boutonne y passe, on y trouve depuis 1885 une station de la voie ferrée de Niort à Ruffec.
• Note 53
VoutegoUj Vultaeotnum, Vuliegonium, et même de Vultu-Hugonis (ce qui est très fort!..) bourg de 600 âmes, canton d'Argenton-le- Château (Deux-Sèvres). Eglise de Saint-Pierre en petit appareil et très ancienne. C'était un prieuré de l'abbaye de la Trinité de Mauléon. Il y avait à Voutegon un hôpital des pèlerins de Saint- Jacques. On y a découvert plusieurs de ces tombeaux en pierres destinés à deux personnes, et que les antiquaires appellent Bisomum. Son atelier monétaire nous a conservé des types remontant à la seconde race. Grégoire de Tours raconte deux guérisons miraculeuses arrivées dans l'église de Voutegon par l'intercession de saint Martin. (De Mirac. S. Martini^ lib. II, c. xlv.)
Note 51
Chemillé, Camiliacum, Cameliacam, avec une paroisse de Saint- Pierre (Maine-et-Loire), église du xi*" siècle remaniée aux xvi* et xix'', chef-lieu de canton de l'arrondissement de Beaupréau. Ce nom indique bien qu'une villa gallo-romaine a été l'origine du lieu.
Note 55
Rezé, Ratiate. — D. Ruinard en parlant dans une note sur le chapitre liv De Gloria Confessorum, de cet endroit dont on a déjà plusieurs fois parlé ci-dessus, p. 219, 218, 356, se trompe singulièrement en disant « que plusieurs évèques de Poitiers ont pris le titre d'évèques de Rezé. » — On ne connaît de ceux-là qu'Adeljihius, et nous avons dit pourquoi.
Note 56
Nous empruntons beaucoup de ces détails au savant Essai de M. Lecointre-Dupont sur les Monnaies du Poitou. Voir ce travail, où la justesse des observations critiques ne le cède pas à l'intérêt du sujet. Mém. de la Soc. des Antiy. de l'Ouest, t. VI, [>. 2G3 et suiv.
Château-Larcher, que le peuple prononce Châtelacher, Castellum Aehardij Castrocardum et Castus locuSj dans l'origine; aujourd'hui paroisse du vocable de Notre-Dame, canton de Vivonne, avec un ancien prieuré de Bénédictins relevant do S'-Cyprien de Poitiers. Il y eut aussi un autre prieuré de S'-Jean-Baptiste fondé sur son territoire en 971, au lieu nommé alors de Serugeliis (qui est Ecrouzilles), par Ebbon, noble homme de Poitiers, sa femme Odda et leur fils Achard. Ces trois personnes avaient sans doute déjà la propriété seigneuriale, et c'est peut-être de cet Achard que sera venu son nom au château qui l'a porté jusqu'à présent. En cette année 971, Launus, archidiacre de l'Eglise de Poitiers, et abbé de Notre-Dame, donna à l'abbaye de Saint-Cyprien le lieu des Crouzilles où fut bâti ce prieuré de Saint-Jean-Baptiste pour des religieux de cette même abbaye. (V. D. Fonteneau, t. VI et VII, Abbaye de Saint-Cyprien.) Ce lieu est devenu le village des Ecrouzilles, dans cette même commune de Château-Larcher, lequel était d'abord une commune distincte et lui fut annexée en 1819. On l'indique en 969 dans le cartulaire de Saint-Cyprien comme étant de la viguerie de Vivonne. Ce lieu était déjà alors une seigneurie. Le prieuré était sous le patronage de saint Jean-Baptiste.
Note 58
Maire j paroisse de 12 à 1,300 âmes, canton de Sauzay-Vaussais (Deux-Sèvres). Elle appartenait à l'ancien archiprêtré de Chaunay. L'église sous le vocable de saint Junien, releva plus tard de l'abbaye de Nouaillé. Son surnom lui vient de ce que, avant d'appartenir à Nouaillé, elle releva de l'évêché de Poitiers, qui l'avait donnée à l'abbaye, mais non sans y conserver des droits au patronage- dont on trouve la preuve au xiv^ siècle, dans le Grand-Gauthier. Il en est de même en 1326, d'un prieuré de Saint-Junien, ordre de Saint- Benoît, qui y est distinct de la paroisse, et dont nous voyons ici l'origine certaine. Il ne faut pas confondre cette paroisse avec celle du même nom, ancienne cure à la collation de l'évoque, qui a été supprimée en 1802, et réunie à Aiffres, canton de Prahech (Deux-Sèvres.)
Note 59
Cf. Titres de l'église collégiale de Sainte-Radégonde de Poitiers à la fin des Annales d'Aquitaine, p. 27, édit. de 1611. Berthegon, Bertegoniunij on le voit, avait alors son château, et par cela môme certainement, une paroisse ou du moins une chapelle qui acquit
aussitôt ce titre sous le vocable de Notre-Dame de l'Assomption. C'est un bourg du canton de Monts-sur-Guesnes, en Loudunais, qui en est séparé de 6 kilomètres au Sud-Est. On y compte de 4 à 500 habitants. En 560 on trouve ce lieu sous le nom de arx de Berthegonio. Avant 1789 le Chapitre de Sainte -Radégonde était seigneur de Berthegon et de Meurs et nommait à la cure, rétablie en 1845. Un petit ruisseau qui surgit dans cette commune et disparait à peu de distance dans le Mâchefer, aussi ignoré que lui, a donné son nom à cette localité. — Il faut dire ici que le diplôme attribué à Clotaire et à son fils transmettant cette propriété à Sainte-Croix, a paru faux à M. Pardessus, savant et judicieux auteur d'un recueil de chartes relatives aux affaires des Gaules et de la France. (Diplomata, Chartœ^ ■ Epistolœ^ leges aliaque instrumenta ad res gallo-francieas speetantia, 2 vol. in-f", Paris, 1843-1849.) Mais nous avons vu comment beaucoup de pièces de ce genre, perdues et reconstituées de mémoire, n'en renferment pas moins les véritables intentions des donateurs.
Note 60
Oppidum de Mûris, ce n'est plus qu'un simple hameau, nommé les Mours par Cassini, et les Meurs par les géographes modernes, de la commune de Berthegon, et à 12 ou 1,500 mètres de ce cheflieu. Le fief relevait du château de Saumur.
Note 61
Les Mérovingiens et la France sous cette dynastie, t. I, p. 84, 2 vol. in-8'', Paris, 1816. — Ce livre est rare et peu connu. Nous l'indiquons ici comme renfermant de sérieuses études que nous avons pu contrôler, et qui nous ont paru généralement d'une grande exactitude, sauf quelques appréciations peu fondées et dont il faut se méfier.
Note 62
Quelques auteurs ont confondu ce voyage tout de repentir avec celui de 558, dont le but réel, quoique caché, était d'aller reprendre sainte Radégonde à Poitiers. — V. les deux derniers historiens de de la sainte, M. de Fleury, p. 122, et M. le vicomte de Bussière, p. 113 et 132.
Note 63
Compiègne, que Grég. de Tours appelle Compendium, compendio palaeio , existait du temps des Gaulois, était devenu l'un des
séjours favoris des rois mérovingiens, et joua un rôle important à cette époque et plus tard. Il était pourvu d'un atelier monétaire. Située au confluent de l'Aisne et de l'Oise, avoisinée par la vaste forêt de Guise, abondante en gros gibier. Compiègne fut une des maisons de plaisance les plus fréquentées par la cour de Paris aux vi'' et vu" siècles, Charles le Chauve la dota au w" d'un monastère de Bénédictins qui appartint plus tard à la congrégation de Saint- Maur. Aujourd'hui Compiègne est une sous-préfecture de l'Oise, et contient de 8 à 10,000 habitants, à 18 lieues au Nord de Paris.
Note 61
Maillezais, Melleaeum, Malliacum, MalUacensis Insala. Petite ville, chef-lieu de canton de la Vendée, au milieu des marais formés par la Sèvre, l'Autise et l'Océan. Elle était encore entourée par la mer, qui couvrit ces marais pendant le cours du xii° siècle. En 980, Guillaume IV, comte de Poitou, y fonda une abbaye de bénédictins sur les ruines d'une ancienne de Saint-Hilaire. Ce monastère devint un évêché en 1317, par une bulle du pape Jean XXII, puis le diocèse fut incorporé eu 1624 à celui de la Rochelle. L'emplacement de l'ancien port où saint Picnt aborda après son naufrage, est occupé aujourd'hui par le village de la Pichonnière, à 2 lieues au sud de Maillezais. — Au nord, et à peu de distance de la ville, est l'ancienne église prieurale de Saint-Pierre-le-Vieux. — Maillezais a 1,200 âmes.
Note 65
Maillé, Malliacum^ qu'il ne faut [las confondre avec le lieu de même nom que Grégoire de Tours mentionne en Touraine, ni avec un autre qui se trouve dans la Vienne, canton de Saint-Savin, est encore appelé dans les vieux titres Malicœ, Mallée, ce qui accuse une haute antiquité. La cure de Saint-Nicolas de Maillé dépendait de l'évêché de Maillezais, et plus tard de celui de Luçon. C'est aujourd'hui une commune de 1,100 âmes, dans l'archiprêtré de Fontenay-le-Comte. Pendant les guerres civiles du xvi*^ siècle, Agrippa d'Aubigné, qui était gouverneur de Maillezais, fit bâtir un fort à Maillé, sur la rive droite de la Sèvre, et y établit une imprimerie d'où sortit, croyait-on, son Histoire universelle, où la satyre et la plaisanterie tiennent une, trop grande part. Cette histoire en trois volumes in-f° fut imprimée de 1616 à 1620 à Saint-.Jeand'Angély, quoique le titre la dise imprimée à Maillé.
Note 66 On doit conclure de ce voyage pastoral dans le pays de Melle,
dont le pagus renfermait le territoire de Celles, où quelques auteurs ont placé le siège épiscopal d'Austraphis , que ce n'était pas là réellement qu'avait été posé cet éphémère évèché. Nous allons revenir sur cette question.
Note 67
(V. Bouchet, Ann., f" 40.) ~ Cette église était le chef-lieu do l'archiprètré, et l'archiprètre y prenait possession de son titre. On y avait aussi les églises de Saint-Hilaire, de Saint-Pierre, de Sainte- Radégonde, près de laquelle on voit encore deux tours qui servent de palais de justice, et qu'on désigne toujours sous le nom à'évêehé. C'est peut-être une réminiscence de Saint-Pient. Avant 89, on voyait à Saint-Savinien une cloche datée de l'an 1100.
Note G8
Dufour [Histoire génér. du Poitou, 07) s'est trompé de beaucoup en faisant mourir Austrapius en 567 ; cette date fausserait une foule de détails quant à la chronologie que notre auteur a fort maltraitée en général. Pour nous, terminons ici ce qui regarde cet épiscopat exceptionnel d'Austrapius, en remarquant que Longueval l'a assez mal apprécié parce qu'il lui manquait une connaissance suffisante des faits locaux, qui lui apparaissaient mal de si loin. L'estimable auteur semble reprocher à Charibert (nous avons vu que Sigebert aurait maintenu ses répugnances) d'avoir manqué aux promesses de son père. Il regrette que les services du duc aient été si mal reconnus. Mais des promesses, dont nous avons pu juger le caractère, pouvaientelles consacrer une infraction aussi flagrante à la justice et à la religion? Il faudrait plutôt se réjouir de n'avoir pas vu cet ambitieux abuser d'une vocation plus qu'équivoque pour occuper définitivement un siège dont rien ne le rendait digne, et qu'il n'eût possédé que contrairement aux lois canoniques qui voulaient non l'élection par le roi, mais par le concours des évêques et du peuple.
Note 69
Lavoux, appelé en 1068 Lavatorium^ devenu Lavoux depuis le xiv" siècle, avait un prieuré-cure de S'-Martin relevant de S'-Hilaire-dela-Celle à Poitiers. Elle était autrefois de l'archiprètre de Morthemer. C'est une commune du canton de Saint-JuIien-l'Ars (Vienne), do 1,100 habitants. On y voit à Bois-Doucet un château du xvi" siècle, à Lavoux un autre qui accuse la même époque, et aux Bradières, non loin de là, une colonie agricole exploitée par des enfants
trouvés. — Lavoux s'appelle encore Lavoux-Liniers depuis que cette dernière commune, qui avait été un chef-lieu de viguerie en 937 (Alinarensis viearia), fut réunie à Lavoux en 1819 et rétablie en 1847.
Note 70
Montreuil-Bonnin, commune de 1,600 âmes du canton de Veuille (Vienne). Ce nom double, tel qu'on l'écrit aujourd'hui, n'apparaît dans les actes que vers 1221, époque sans doute où la terre passa à un propriétaire du nom de Bonnin, MosteroUum (Monasteriolam) Bonini. Au xi*" siècle c'était Castrum Monsteriolum. On parle en 1085 d'une église nouvelle de Saint -André (c'est encore son vocable), bâtie sous les murs du château de Montreuil et d'une autre de Saint-Pierre en dehors du château, laquelle n'existait déjà plus à la fin du XIII® siècle. Ces deux églises sont données à la fin du xi'^ par Roger Batrel, seigneur du lieu, à l'abbaye de Saint-Cyprien dont elle était un prieuré et qui en avait le patronage. La paroisse était de l'archiprêtré de Sanxay. Les comtes de Poitou acquirent Montreuil avec sa belle forêt où retentirent souvent leurs cors de chasse. Quand Richard Cœur-de-Liou occupa le Poitou il y établit un atelier monétaire, que possédèrent après lui Alphonse, frère de saint Louis, Philippe le Hardi et les rois ses successeurs, jusqu'à ce que les Anglais l'ayant repris en 1316, le domaine recouvré par Charles VII fût aliéné par lui en 1423 pour la rançon d'un seigneur fait prisonnier à la bataille d'Azincourt. Ainsi la terre passa successivement à plusieurs familles relevant toujours de la Tour de Meubergeon comme domaine royal, etfinitpar être réuni à l'apanage du comte d'Artois en 1784. La châtellenie était fort étendue au moyen âge. Elle avait 16 fiefs de sa mouvance. Les ruines du manoir féodal sont encore aussi remarquables par les plus émouvants souvenirs de notre histoire locale, que par le pittoresque de ses abords, que baignent dans une profonde vallée les eaux sinueuses de la Boivre et qu'encadrent des collines garnies de bois épais et de charmantes clairières. (V. Redet, Dict. de la Vienne. — Beauchet-Filleau, Fouillé du diocèse de Poitiers. — Mém. des Antiq. de l'Ouest., XXXIV, 23 et suiv.)
Note 71 Genneton, Geneston, dans les vieux titres qui ne remontent guère au-delà du XIV® siècle, village de 800 âmes, dans le canton d'Argenton - Château , arrondissement de Bressuire-Thouars (Deux- Sèvres). L'église de Saint-IIilaire paraît être une suite de reprise depuis le xv® siècle jusqu'au xvii*', sans aucun intérêt architectural. L'histoire se tait à peu près sur cette localité.
Note 72
Argentou-Château, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Bressuire (Deux-Sèvres), au confluent de l'Ouère et de l'Argenton. Un vieux château y fut reconstruit par Philippe de Comynes, qui y écrivit ses mémoires et y mourut en 1509. De cette belle œuvre on ne voit plus que les ruines. Elle avait donné son nom à ce lieu que rendent agréable de beaux sites entourant une colline très escarpée sur laquelle est posée la petite ville. On ne la connaît guère au-delà du moyen âge, où ses premiers seigneurs tenaient leurs fiefs de l'illustre maison de Thouars. Argenton doit la ruine de ses monuments à la guerre de la Vendée où elle fut prise et reprise plusieurs fois par les républicains. Sa belle église du xi° siècle se recommande surtout par son magnifique portail encore paré de riches et intéressantes sculptures. La population est de 1,200 âmes.