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358 HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 508)
détruits de la sainte demeure. Cette restauration en effet se fit peu attendre.
Aussitôt que la province eut changé de maîtres, Fridolin mit ses premiers soins à réunir près de lui ses frères épars, et à s^occuper de leur rétablissement définitif. Il semble même, d'après le témoignage de saint Pierre Damien (9), qu'il réussit en très peu de temps à restituer parmi eux l'amour des saintes observances et de la règle monastique, jusque-là que l'étude et le travail des mains y occupaient toutes les heures que ne réclamait pas la prière. C'étaient d'excellentes raisons pour faire agréer par Clovis des réclamations auxquelles il avait encouragé les clercs, victimes des exactions wisigothes, et sans doute Fridolin songeait à sa suppUque au moment où Dieu daigna lui en révéler le moyen.
Une nuit qu'il priait dans le silence, saint Hilaire lui apparut, et après lui avoir découvert le lieu où étaient ses reliques (10), il lui ordonna d'aller, accompagné d'Adelphius, trouver sans retard le roi des Francs, et de lui demander sans hésitation les sommes nécessaires à la reconstruction des bâtiments sur un plus vaste plan et plus digne de leur objet. Il voulait aussi que dans cette nouvelle demeure une église put recevoir le corps saint aussi solennellement que possible.
Avec l'aide de cio- Fiidolin ct Adclphius s'acquittèrent fidèlement de leur mandat. Le roi qui, nous l'avons dit, était alors à Orléans, les reçut avec bienveillance, accueillit leur demande, et les traita avec une générosité digne de lui en leur donnant des terres et de l'argent (a). Ce prince était réellement pieux. Il aimait à seconder par de généreux secours les fondations des monastères qui commencèrent de son temps à fleurir dans la France devenue officiellement chrétienne. C'était faire un légitime emploi des trésors trouvés à Toulouse, comprenant parfaitement, avec un coup d'oeil sûr, qu'éclai-
(a) Balterus, Vit. Fridol. — Longueval, ad ann. 508.
rait la Providence, que développer la foi par une prédication assidue, c^était consolider sous la protection même de Dieu les fondements de la société nouvelle qu'il venait de poser. C'est ainsi qu'auraient dû l'entendre certains auteurs, qui, sous prétexte de philosophie, ne savent que d'énigrer dans les souverains les actions les plus sages et les plus utiles au bien de tous quand elles sont inspirées par la religion (a).
Fridolin revenu à Poitiers hâta son œuvre. Son premier w soin fut d'y chercher les reliques et de déblayer par conséquent les terrains de l'ancienne église. On arriva promptement à la découverte espérée. Ce fut une grande joie et un bonheur public, lorsque l'abbé pénétrant, le 26 juin 508, dans la crypte où le saint corps reposait depuis cent quarante ans, il vit encore tout entier l'illustre pontife dans le même tombeau où ses pieux disciples Pavaient déposé (11). Entouré de nouveau de toutes les marques possibles de vénération, on le réserva pour en faire la translation solennelle quand la reconstruction de l'église serait achevée.
Cette église fut donc édifiée à grands frais. — Rien n'y Découverte des reii-
o <D j ques de saint Hilaire.
fut épargné, et comme les fonds dus à la générosité de Clovis n'y auraient pas suffi, le clergé du diocèse y contribua de ses propres biens. Les auteurs du temps parlent avec admiration de la beauté de l'architecture et. des décorations extérieures dont elle fut ornée en peintures et en mosaïques (12).
A peine ce grand œuvre achevé, Adelphius et Fridolin ^ Leur première transs'empressèrent de rendre au saint corps les honneurs qu'ils lui avaient promis. Cette translation ne fut, à proprement parler, que l'élévation de terre pour placer les reliques dans un lieu plus honorable. Elle se fît le 26 juin, jour anniversaire de la découverte, sans doute en l'année 510, c'est-à-dire avant le premier concile d'Orléans dont nous allons parler. La cérémonie reçut une plus auguste solen-
(b) Nous réfutons ici l'opinion de Velly, ad ann. 5H.
lation.
nité des prodiges que Dieu daigna y opérer. Car l'évêque ayant accompli le Saint-Sacrifice, il pénétra avec TAbbé dans la crypte, et aussitôt on en vit rejaillir une vive lumière ; une odeur suave s'en échappa. Les précieux ossements furent alors retirés de cette obscure demeure et renfermés dans une riche capse où ils furent vénérés jusqu'en 878 par le peuple de Poitiers, et non moins par un grand nombre de pèlerins et d'illustres étrangers. L'anniversaire de cette grande fête que signalèrent beaucoup de miracles, n'a pas cessé depuis lors de se célébrer tous les ans dans le diocèse (13).
Autres églises fon- Après ccttc importante restauration, Fridolin crut avoir
dees en l'honneur de ^ ^ '
saint Hiiaire. accompU la missiou providentielle qui l'avait poussé dans
le Poitou, car peu après saint Hiiaire lui apparaissant encore l'avertit de se diriger vers une île de la Ligurie, appelée en ce temps Gallinaria (14), pour y élever une autre église en son honneur. Le docile religieux remit le gouvernement du monastère à un de ses neveux, venu d'Irlande avec lui, et qui avait partagé en le suivant partout sa vie de prière et de travail (15). Puis ayant pris quelques portions des saintes reliques, il partit pour la Gaule cisalpine (16), et non content d'y reconstruire un second monument à la gloire de saint Hiiaire, il éleva encore quatre autres monastères sous ce même vocable, dans les Vosges, à Strasbourg et à Coire (17) ; enfin le plus célèbre fut double, un pour les hommes et l'autre pour les femmes, dans l'île de Sekin, sur le Rhin. Il y vécut jusque vers
dohn '^^ ^^ ^*'°^ ^"" ^'^^^ ^^^' ®^ ^'y éteignit renommé par ses vertus et ses miracles. Les Suisses du canton de Glaris, auxquels il avait prêché l'Evangile, l'ont pris pour patron, et le canton porte dans ses armes son image revêtue d'un habit monastique.
Le Chapitre de Saint-Hilairc, qui lui devait tant, s'était sans doute procuré de ses reliques, car un acte de 1562 atteste que le saint avait dans l'illustre église un tombeau qu'on cite parmi ceux que détruisirent alors les huguenots.
HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU l510) 361
Clovis, après avoir séjourné quelques mois à Orléans, s'établit définitivement à Paris, qu'il regarda comme une ville de défense, étant alors entourée d'eau de toutes parts et comme un point central d'où ses regards pouvaient facilement surveiller ses Etats depuis le Rhin jusqu'à la Loire. En deçà de ce fleuve nos ancêtres furent gouvernés sous sa dépendance par les officiers qu'il y avait préposés.
L'histoire nous montre ici la première apparition des ducs Basoi, picmier duc
... .de Guyenne.
de Guyenne (18). Il paraît que le premier d entre eux établi
à cette époque et siégeant peut-être à Poitiers même, sinon
à Limoges, fut un certain Basol, comte d'Auvergne, que le
nouveau roi avait nommé gouverneur de l'Aquitaine
seconde, et auquel cette marque de confiance fat bientôt,
par suite d'une rébellion excitée dans l'espérance de se
rendre indépendant, une cause de disgrâce ; car on le voit
dépouillé peu après de cette charge. Clovis, d'après une
chronique du temps (^v), le fit arrêter et mettre en prison
dans la ville de Sens. Peut-être y allait-il de sa vie, mais ses vicissitudes.
elle lui fut conservée et sa captivité même adoucie par les
prières de Théodegilde, fille de Clovis, qui obtint de son
père que Basol recevrait pour prison le monastère de
Saint-Pierre-le-Vif, qu'elle venait de fonder à Sens (19).
Le duc reconnaissant à Dieu de cette grâce et détrompé de
grandeurs si périlleuses, se voua sincèrement à la vie
monastique, et par son esprit d'obéissance et de régularité,
il retrouva dans le service de Dieu la paix que n'avaient pu
lui donner la gloire mondaine et d'ambifieuses illusions.
11 y mourut saintement le 16 janvier 510 (*), après avoir
donné à son couvent la terre de Mauriac (20) en Auvergne,
où fut bâti en 511 un monastère d'hommes qui prit bientôt
la règle de saint Benoît. Basol fut inhumé dans un oratoire
de saint Barthélémy, qui devint dans la suite une église
dédiée à Notre-Dame et à saint André.
Après ce Basol, nous ignorons la suite des gouverneurs obscuriié sur ses
successeurs.
(a) Ex. ms. chranic. sancti Pétri Vm Senonensis. (V. Besly, nl>. sup., p, 9.) (h) D'autres disent le il.
du royaume d'Aquitaine, qui conserva ce titre après la conquête de Clovis sous la domination de ce prince. On ne trouve guère plus de traces de cette haute magistrature dans ce pays que vers Fan 560. Quoi qu'il en soit, on est très assuré que cette institution a fonctionné sans interruption Conduite chrétienne SOUS les cufauts dc Clovis. Ce priucc travailla puissamment
de Clovis. ^ ^
à Porganisation de sa conquête, s'en occupa avec un zèle chrétien, et s'empressa d'abord d'y faire fleurir la discipline. Entouré de quelques-uns de ces évêques, que Montesquieu reorarde avec raison comme les véritables fondateurs de la monarchie, il aima à consulter surtout saint Remy dont nous avons déjà remarqué l'heureuse influence sur sa conduite de roi et de guerrier. Saint Mélaine, évêque de Rennes, lui fut aussi d'un précieux conseil. C'est à ces „ . ., „n deux o-rands hommes qu'il dut l'idée d'assembler à Orléans
Premier concile d Or- "-^ " o i
pMus'."" *'^"^'^'^^'' ^^^^ concile dont les prescriptions pussent réparer les désordres dont la vie civile et la morale religieuse avaient le plus souff"ert, et comme cette assemblée était véritablement une sorte de Concile national auquel avaient assisté au nombre de trente-deux les évêques venus de toutes les parties de la France, ses prescriptions canoniques durent obliger tous les diocèses de l'Aquitaine et d'outre-Loire
RoSSlis°™*'°' "^^ appartenant au territoire de Clovis. Ainsi nous ne pouvons
douter que les prières publiques dites Rogations, que .saint
Mamert avait étabhes en 468 dans son Eglise de Vienne, ne
fussent adoptées dès lors dans toute l'Aquitaine, par suite
Règlement des re- dc l'obligation qu'cn fit le vingt-septième canon. On y voit
\cuus ecc esiastiques. ^^^gg- clairement exprimé que les biens donnés aux églises, comme offrandes des fidèles, apparfiendront entièrement à l'Evêque pour son entretien ; le reste servira à celui des clercs, selon leur rang dans la hiérarchie. Quant aux terres, vignes et autres domaines, aussi bien que les aumônes données en argent aux paroisses, ils ne seront employés que d'après l'avis de l'évêque {«) : c'était en assurer le bon
(n) V. Labbe, Conc. Aiirel., ad ann. 511, can. 5.
emploi, la conservation et Pusage conforme au bien commun. On voit ici comme un germe de la pensée qui créa plus tard les Fabriques. Cette initiative d\ni prince laïque sur des mesures d'ordre public qui ne dépendent que des évêques, ne doit pas être considérée ici comme Texercice d'un droit, non plus que dans beaucoup d'autres cas semblables que l'histoire nous offrira souvent. C'était seulement une preuve de zèle, à laquelle les évêques ne pouvaient que condescendre, puisqu'il devait seconder l'action royale pour l'avantage de la société chrétienne. Trente prélats s'assemblèrent donc dans ce but le 10 juillet 511. La lecture des trente et un canons décrétés par les Pères, cauonsremarrjuai.ies
^ ' de cette assemblée.
suffirait à un homme de bonne foi pour comprendre quelle salutaire influence l'Eghse exerça dès ces premiers temps de la monarchie sur le bien d'une société qui était toute à créer. C'est sous les saintes impressions de la foi que les lois de l'Evangile viennent s'imposer avec les lois purement civiles à ces laïques et à ces prêtres, et aux évêques eux-mêmes dont un si grand nombre, en face de tant et de si longs bouleversements, avaient besoin de se réformer pour le bien commun. Dans ce code plein de sagesse, les droits de tous sont reconnus, exprimés, consacrés. On déracine les abus, on frappe des délinquants à venir de peines corporelles ou spirituelles ; on sanctionne le droit d'asile dans les églises et les évêchés, contre la violence des forts. Ainsi les intérêts des hommes sont sauvegardés en même temps que ceux de la religion. Ces points étabhs, les Pères écrivirent au roi pour lui communiquer* les réponses délibérées par eux aux articles qu'il leur avait proposés, l'exhortant à leur donner son approbation publique, afin que son autorité secondant la leur en assurât d'autant mieux la fidèle observation (^i.
C'est le premier exemple donné en France par le concours religieux des deux pouvoirs, de l'union de l'Eglise et de
(a) Concil. GalL, t. I, ad h. ann. — Carranzam, Summa Concil., p. 277.
TEtat, dont Tesprit sataiiique des révolutions modernes s'efforce de détruire Faction conservatrice : comme si le corps pouvait vivre sans l'âme, et la société humaine sans Pappui protecteur des lois de la conscience.
Nous retrouvons au nombre des évêques qui souscrivirent à ce concile, ce même Adelphius dont nous avons parlé et qui fit suivre son nom des mots : Evêque de la ville de Rathiatum. Evidemment ce n'était point là un évêquc de Poitiers. Admettant qu'un titulaire de ce Siège eût été autrefois relégué, comme on l'a écrit sur de simples Nouvelle prouve conicctures, daus uue villc alors plus considérable qu'aujour-
ilu'Adelphius ne fut ,17 l l o
(iuuu ciiorévè(|ue. d'iiui (21), cc prélat aurait dt^i revenir à Poitiers dès que les Wisigotbs l'eurent évacué, il n'eût pas été au concile d'Orléans prendre un autre titre que le sien. C'était donc en réalité le remplaçant de l'Ordinaire délégué par lui, légitimement empêcbé ; ou bien il gouvernait le diocèse pendant une vacance du Siège que ne mentionnent en ce temps-là aucuns monuments écrits- (22). Toutefois une preuve existe qu'il devint enfin évêque titulaire dans l'intervalle de 511 à 533 : car en cette dernière année, ne pouvant assister au deuxième concile d'Orléans, sans doute à cause de son grand âge, on le voit représenté dans cette assemblée par un prêtre nommé Asclépius et qui y souscrit pour lui (23). On peut croire qu'après les miraculeuses circons-
11 devient leXVIIl' \ ' 1 i i i- i
Evique de roitiers. tauccs qul accompagnèrcnt la découverte des reliques de saint Hilaire, à laquelle il avait eu tant de part, on s'empressa de le désigner définitivement pour le siège du grand Docteur, et d'e récompenser ainsi, avec son mérite, le soin généreux qu'il avait pris de son Eglise, en des temps pleins de difficultés et de périls. Tout ce que nous raconterons jusqu'en 533 ce sera donc passé en partie sous son épiscopat, et il aurait" été le dix-huitième évêque de Poitiers. Si le droit de régale H ne faut pas cherchcr dans le concile d'Orléans, comme
vient de Clovis? • ^ ^ • i
l'a prétendu le président Hénault(a), la consécration du droit {a) Hist. de Fr., I, v, iii-12, I7(il.
de régale dont pas un canon n''a parlé. Ce droit a pourtant joué un rôle assez bruyant dans notre histoire pour que nous en disions quelques mots à cette occasion. La régale était le droit que s^attribuaient les rois de France de nommer ' aux bénéfices religieux dans les diocèses qui venaient à vaquer par la mort ou la démission du titulaire. Ceux qui en ont voulu chercher Torigine s'accordent sur ce point qu'on ne la trouve pas. Nous croyons qu'elle s'est établie insensiblement, peut-être même sous les rois de la première race, lorsque certains d'entre eux, comme Chilpéric, surnommé le Néron de son temps, s'attribuaient sans scrupule des droits qui procuraient de fréquentes jouissances à son avarice. Les évêques le souffrirent souvent, parce qu'ils n'auraient point réussi à le contester, et quoiqu'il n'y ait point de prescription contre le di'oit ; l'usage prescrivit cependant à une certaine époque ; et voilà comment s'établit une coutume à laquelle les souverains intéressés donnèrent force de loi.
Clovis ne survécut pas longtemps au premier concile Mortdeciovis;ci-
*• o 1 1 raclure de ce prinre.
d'Orléans, étant mort le 27 novembre de la même année. Cette mort était prématurée, ce prince n'étant âgé que de quarante-six ans. Ardent, énergique, il tint de sa nature franque l'avantage de seconder sa force physique par sa valeur dans les combats, ce qui le porta à l'amour des conquêtes, et ne lui laissa regarder pendant sa jeunesse que la gloire de ces qualités païennes qu'il est rare d'unir à de grandes vertus. Devenu chrétien, il comprit mieux la mission divine qu'il avait reçue, il eut le bonheur d'apprécier ce titre et de l'honorer par son dévouement à la foi, pour laquelle on ne peut pas douter que Dieu ne l'ait conduit par la main. Heureux si, aigri en 509 par un revers devant Arles, où les Wisigoths étaient revenus après leur défaite, il n'eût cédé sur la fin de sa vie à des vues ambitieuses qui le rendirent sanguinaire envers les princes de sa famihe, dont il envahit les Etats («). Ceux qui ont profité de (a) Velly, t. I, p. 5!). — Daniel, t. I, p. 71.
ces déplorables meurtres pour accuser Clovis d'hypocrisie ne font pas assez la part dans ce prince au caractère primitif et aux mœurs barbares d'un conquérant trop familiarisé avec le sang. En face de la mort, entouré de la pieuse reine Clotilde, de saint Remy, et de quelques autres évoques, il aura sans doute déploré ces tristes égarements, et Dieu aura oublié dans sa miséricorde ces grands crimes dont un vrai repentir obtient toujours le pardon. Ce doit être beaucoup aux yeux du souverain Juge d'avoir fondé le premier royaume chrétien de ce monde. Administration créée Nous avous VU quc Clovis, Qïï laissaut l'Aquitainc , et
par lui dans l'Aqui- , . i • • i x- • m x -Ta •
laine. après y avoir consolide une administration civile et militaire
capable de maintenir sa conquête, avait assuré à la France cette belle perle de sa couronne royale! Pour y parvenir, il n'eut pas à modifier considérablement le sage gouvernement imposé par la domination romaine et que les Wisigoths eux-mêmes y avaient su conserver. Des Ducs ou chefs tes^aïtres^MaJi^- militaires chargés de la conduite des armées y avaient le '™'^' gouvernement des provinces ; des Comtes y étaient sous
leur dépendance, préposés à chaque cité et à son territoire ; ils s'associaient à l'administration centrale, et au besoin secondaient le Duc dans les expéditions militaires.
A ces branches principales d'administration, d'autres durent s'adjoindre pour mieux assurer l'action partielle de l'autorité (a). Demeurant donc le roi du pays, Clovis y constitua des officiers et des magistrats qui rendirent la justice en son nom, et qui durent aider l'autorité supérieure à repousser les entreprises possibles du dehors. En certaines provinces, ces deux pouvoirs furent laissés aux mains d'un seul et même délégué. Mais comme la force n'était pas moins nécessaire que la prudence dans une contrée enlevée à des maîtres qui vivaient plus au milieu des armes que sous les habitudes de la paix, l'habile guerrier voulut surtout affermir dans sa conquête ceux qui l'avaient secondé dans
(rt) Cf. Gregor. Turon., Hist. Franc, lib. II, c, xx. — Sidon.-Apoll., ep. xvii, lib. VII.
son triomphe. Il donna donc à ses principaux courtisans les terres, les châteaux, les grands domaines, les établissant avec leurs familles à la tête de chaque province, et ne demandant en retour que le service militaire, sous promesse q^-^^-^^ ^^ ,3 ^g. d'une inviolable fidélité. Cette possession ne fut pas d'abord ^>^'^'''^^''^'^'''''''inamovible ; elle le devint plus tard et entraîna pour les possesseurs des titres le droit de succession et d'hérédité. Mais avec ces privilèges les seigneurs acceptaient l'obligation de continuer par leurs enfants le service du prince et le dévouement au pays. Il faut regarder dans cette sorte de contrat l'origine véritable de la féodalité et de la noblesse héréditaire, dont le principe était posé, et dont il fallut bientôt établir la législation, qui dut avoir des modifications successives. Le droit coutumier qui a régi nos anciennes provinces jusqu'à la fin du xviii^ siècle avec plus de justice et de raison qu'on n'en a mis à l'abolir, date aussi de cette époque. Marculfe, bénédictin du viii'^ siècle, auteur d'un Recueil des Formules des actes publics, nous a laissé une formule royale ordonnant aux ducs de juger les peuples qui leur étaient soumis, Francs, Romains ou Bourguignons, d'après les lois et coutumes qui leur étaient propres, sage respect des nationalités qui opérait leur fusion (^z). Ainsi le Poitou, comme toutes les provinces qui l'avoisi- Rôie .lu cicr-é dans
1 ,11-i 1 111* -i- • • l'organisation du gou-
naient dans toute retendue de lAquitaine, jouit promptement vemement ruwic. de cette heureuse révolution. Par elle il se vit délivré à la fois de la persécution religieuse, des impôts excessifs qui le surchargeaient et des fréquents dénis de justice auxquels l'exposait une jurisprudence capricieuse et absolue de magistrats qui voyaient moins dans tout ce peuple des justiciables que des vaincus. De son côté, le clergé, la partie sans contredit la plus éclairée de ce peuple, et dont l'influence avait si légitimement secondé l'action de Clovis, vit la confiance du prince et de ses successeurs rehausser la prééminence de sa dignité, et son action entra dés lors
(a) Marculf., lib. I, Form. Ducatus. — Apud Baluzii Capitul.
pour une part plus considérable dans la direction des affaires publiques et dans le bon gouvernement de l'Etat. Les Archevêques, par leur position à la tête d'une province ecclésiastique, eurent le môme rang que les Ducs ; dans leur diocèse, les Evêques furent assimilés aux Comtes (a). Ceux-ci, dont il faut bien déterminer le pouvoir, avaient dans, les villes de leur ressort une sorte de dictature. Ils réunissaient à la fois dans leur personne les attributions judiciaires, civiles et militaires. Les conflits de leur autorité avec celle des corps municipaux dont les limites n'étaient pas nettement tracées, rendent difficile l'appréciation de leur action à cet égard : l'arbitraire en décidait souvent parce que leur influence venant toute du roi, c'est à lui qu'ils recouraient en cas de contestation, et il était fort rare que celui-ci n'adoptât point leur opinion. Aussi l'installation était-elle excellente en elle-même, et devenait un moyen puissant d'ordre et de bon gouvernement pour les provinces. Mais l'action tutélaire du prince se manifeste surtout par les conciles où les deux pouvoirs surent s'entendre pour composer et faire respecter une législation toute fondée sur les principes du droit naturel et de l'Evangile, idéedeiaioisaiique; C'cst Ic licu aussi dc rcvcuir sur la publication de cette
ses principes et ses '■
dispositions. \q[ galiquc dont nous avons dit quelques mots en parlant
de Pharamond, et dont on a tant parlé sans en connaître d'autres articles que le soixante-deuxième, qui excluait les femmes de la couronne de France. On croit qu'elle fut publiée par Clovis, après le premier concile d'Orléans, par conséquent cette même année 511, quoiqu'elle fût antérieure à l'arrivée des Francs dans les Gaules, et faite d'abord pour les Saliens, petit peuple de la Germanie qui faisait partie de la ligue des Francs au territoire de Liège. Enfin cette loi était bien plus une loi pénale, destinée à prévenir les violences de toutes sortes qu'à régler des intérêts
{b) Walafrid. Strabo, De Rébus Ecclesiastids, c. xxxi.
HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 515) 369
sociaux qui existaient à peine chez des peuples encore peu civilisés. Le meurtre, le viol, le larcin sont les principaux objets de ses dispositions, et pas un de ces délits n'est puni de mort. Toute la pénalité se réduit à des compositions entre le coupable et ses victimes ; la vengeance y est autorisée jusqu'à laisser exposer sur des pieux la tête de celui qui aura été tué, avec défense du juge de l'en retirer. Ce fut Childebert P^, successeur de Clovis, qui voulant effrayer les criminels dont les entreprises devenaient de plus en plus nombreuses chez un peuple mêlé de deux nationalités encore rivales, ajouta aux décrets primitifs la peine de mort contre l'assassinat, le vol, l'inceste et le rapt. Dés lors des juges n'eurent plus la liberté de décerner aux parties plaidantes aucune composition pour ces crimes. — Ces sévérités indispensables à tout bon gouvernement étaient particuUéres aux Francs. Les Bourguignons n'en conservèrent pas moins leurs habitudes juridiques, et une de leurs prescriptions pénales les plus habituelles fut ce serment prêté par l'accusé qu'il n'avait point commis le crime en question, et si lui-même ou sa partie adverse le refusait, le juge pouvait décréter le duel qui par une pensée de foi était censé devoir être favorable à la bonne cause. Nous aurons mille occasions de voir l'application de ces législations diverses (a). Ces dispositions préventives ou pénales, recevaient de cette nouvelle publication par Clovis un caractère chrétien qui acheminait avec les progrès possibles alors, vers une législation qui ne devait pas tarder à devenir toute chrétienne. On le sentait déjà dans ce beau prologue, d'une foi si hardie, qui précède la rédaction de la loi salique et va jusqu'au grandiose de l'enthousiasme religieux. « Vive le Christ, y est-il dit, qui aime les Francs ! qu'il garde leur royaume et remplisse leurs chefs de sa lumière et de sa grâce. Que le Seigneur Jésus-Christ dirige dans le chemin
(a) Voir, pour l'analyse de la loi salique, Montesquieu, Esprit des Lois, V. XV, c. XXII.
de la piété ceux qui le gouvernent ! » (a). Quelle magnificence dans cette littérature en même temps si native et si élevée par le sentiment catholique ! Quel peuple que celui qui s'épanouissait sous de tels auspices, et qui n'a cessé d'être grand que le jour où ce Christ qui aimait les Francs a dû cesser de garder leur royaume!...
Vie et mort de saint On Connaît déjà quelque chose de saint Maixent, le saint abbé qui sauva par un miracle son petit monastère de la vallée du Clain, menacé par les coureurs de Clovis, et que ce prince honora d'une visite après la bataille de Voulon. On s'accorde à le faire mourir en 515, âgé d'environ soixante- dix ans. Il était né à Agde, ville de la' Gaule narbonnaise, vers 445, et avait reçu au baptême le nom d'Adjuteur, qu'avaient porté plusieurs saints confesseurs et martyrs. Sa famille, distinguée parmi les plus nobles du pays, avait confié son enfance aux soins de saint Sévère, abbé d'un monastère qui florissait alors dans sa ville natale. Les progrès qu'il fit dans les sciences augmentèrent en lui les sentiments de la piété chrétienne ; mais ses succès dans le monde où il était rentré après avoir achevé son éducation, lui firent craindre de céder à la vanité qui compromet toujours le salut, et après s'être caché inutilement dans une solitude voisine de la ville où l'avait retrouvé sa famille, il s'échappa encore et vint, pour éviter de nouvelles recherches, se réfugier en Poitou sous la conduite du saint abbé Agapit. Ce fut là qu'il changea son nom en celui de Maixent, se distingua par son amour de la règle, et parut enfin digne d'être accepté par la communauté comme successeur d'Agapit quand celui-ci, sentant venir la fin de sa carrière, se démit de sa charge et voulut la confier à ce disciple exemplaire.
Agapit ne survécut que très peu à sa démission, étant mort en 501, et Maixent persista encore près de quinze ans après lui dans la pratique de la sainteté monastique (24). Sa
(a) Prolog, ad kg. Salicam, dans Guizot, Hist. de la civilisât., 1. 1, 9e leçon.
HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 515) 371
vie, écrite par un de ses religieux peu de temps après sa mort, est attachante par les miracles que Dieu accorda à son intercession, et dont plusieurs sont rapportés par Grégoire de Tours (a). Elle n'est pas moins édifiante par ce qu'elle nous apprend de son amour de la prière, de l'humilité et du silence. On l'honora d'un culte pubhc aussitôt après sa mort, arrivée le 25 juin, et ses restes furent conservés au milieu de ses frères, jusqu'à l'époque incertaine où les anachorètes du Clain furent s'établir sur les bords de la Sèvre-Niortaise (25). On attribue à saint Maixent une Vie de saint Vivence^ qu'il avait pu connaître dans sa jeunesse. Il est d'autant plus regrettable que ce livre soit perdu (t) (26). Les sommes et les terres accordées par Clovis au saint patriarche durent faire naître . parmi les disciples de saint Maixent l'idée d'un changement de résidence. Tout fait croire que la terre appelée Milon dans les chartes, et la forêt de Vauclair, qui en était peu éloignée, les porta à s'y faire un nouvel asile plus vaste et plus commode que celui où ils vivaient en de pauvres cellules, comme on l'avait fait dés le commencement à Ansion, à Ligugé, à Marmoutier et ailleurs. Cette prise de possession, à quelque époque qu'elle se soit faite, s'inaugura, comme toujours dans les familles monastiques, par la construction d'une église. Le souvenir de saint Agapit, qui avait dû professer une tendre dévotion pour saint Saturnin de Toulouse, fit dédier à cet illustre martyr ce premier sanctuaire, où les restes vénérés du saint abbé furent déposés. Bientôt après, ce fut à saint Maixent lui-même d'y trouver un tombeau. Ainsi s'explique le vocable et l'édification de ce modeste édifice qui donna alors son nom à l'établissement, et devint une église paroissiale dés que l'abbatiale eut été édifiée et put prendre le nom du premier abbé qui l'habita. L'église Saint-Saturnin conserva son titre paroissial jusqu'en 1789, sous le patronage de l'abbé qui en était curé primitif (27).
[a) Hist. Franc, lil). II, c. xxxvii. — Bolland., 25 juin,
(b) V. D. Rivet, Hist. litt. de la France, ad ami. 515.
372 HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 515)
Saint Sévère ei son Nous avoiis aussi iiommé saiiit Sévère, qu'il faut mentionner
monasiere a Agde. > -i
particulièrement comme ayant eu un culte à Saint-Maixent pendant toute la longue durée de Tillustre abbaye. Il a cela de remarquable qu'après avoir été dans son monastère d'Agde le maître de saint Agapit, il y mourut le 25 août de Tannée même où celui-ci mourait en Poitou. Saint Sévère, d''origine latine, avait perdu ses parents en Syrie où il était né. Se voyant à la tête d'une brillante fortune dont il craignait la séduction, il s'abandonna sur la mer au soufïïe de la Providence avec quelques serviteurs, et ils abordèrent ensemble sur les plages de la Septimanie (28). Dans la solitude qu'il fonda à Agde sur les bords de l'Hérault, il réunit bientôt jusqu'à trois cents religieux auxquels il fut jusqu'à sa mort un modèle de mortification, d'abstinence et de zèle paternel. Les moines de saint Maixent ne durent pas oublier celui qui avait été comme le générateur de leur vie spirituelle, et au jour de sa mort, ils célébraient chaque année sa mémoire sous le rit double. Si cette pieuse coutume était une institution de saint Maixent lui-même, elle remonterait au-delà de l'année 515. Ansion devient l'ab- Qq scrait aussi vcrs Cette même année, si nous suivons
baye de Saint-Jouin. '
le docte Mabillon(a), que l'établissement d' Ansion, où nous avons vu saint Jouin réunir les cellules de ses disciples avant l'épiscopat de saint Hilaire, devint un moaastére proprement dit : cette famille religieuse, comme toutes les autres dont il est temps de parler, avait souffert nécessairement du séjour des Wisigoths dans le Poitou, et à défaut de témoignages écrits, on peut bien croire que le soin mis par elle à cette nouvelle constitution de sa vie ascétique signalait une époque ou plus libre enfin, et dégagée de toute compression tyrannique, elle pouvait ressaisir les liens de la vie commune qui lui avaient presque échappé. Ce rétabUssement des affaires matérielles, ce retour aux
(a) Annal. Benedid., lib. I, p. 34, no 84. — Dufour a encore accumulé des erreurs de chronologie sur ce point difficile, faute d'avoir consulté sérieusement les sources. (V. Hist. génér. du Poitou, p. 142 et suiv.)
habitudes régulières qu'il favorisa, donna Pélan à une ferveur nouvelle qui enfanta de grandes vertus et prépara des hommes de haut mérite, tels qu'il les fallait aux grandes dignités de l'Eglise et du monde pour contribuer à la création de la société occidentale. L'abbaye de saint Jouin ne tarda pas à payer sa part de cette grande dette sociale. Elle vit bientôt s'augmenter le nombre de ses pieux cénobites qui tous se formèrent à l'école ou aux souvenirs du saint fondateur. De ce nombre fut saint Paterne, qui devint plus tard évêque d'Avranches, saint Achard qui fut abbé de Jumièges en Normandie, et saint Généroux qui paraît avoir été dans la conduite du monastère l'un des premiers successeurs de saint Jouin.
Celui-ci n'ayant pas survécu longtemps à saint Hilaire comme on s'accorde à le dire, la hste des abbés qui se suivirent jusqu'au commencement du vi^ siècle est certainement incomplète puisqu'elle ne nous offre dans ce long intervalle que Léonégisile et saint Généroux (a). Ceux-ci respirèrent la vertu sur la tombe de leur maître qui ayant été déposé d'abord dans une église de Saint-Christophe, élevée au milieu de la laure primitive, fut transféré ensuite dans celle, devenue plus grande et plus magnifique, d'abord consacrée par lui-même à saint Jean-Baptiste (29). On l'y garda jusqu'au ix^ siècle, où les funestes invasions des Normands ruinèrent les saintes maisons et dispersèrent les religieux. A travers tant de catastrophes cependant le nom de Jouin ne s'obscurcit pas. Aussitôt après sa mort, les nombreux pèlerins qu'attirèrent ses miracles avaient tant prononcé son nom vénéré, qu'on s'accoutuma à ne plus connaître que lui et celui d'Ansion fut oublié. Un bourg se forma autour du moutier (30). L'un et l'autre éprouvèrent en traversant les siècles des infortunes successives. La belle église qu'on y admire encore, remplaça aux xi^ et xii^ siècles celle qu'avaient ravagée et détruite les Normands du ix«. Elle
(a) Gall. Christ., t. II. — Arnaull, Monuments des Deux-Sèvres, p. 104.
Incertitudes de ses commencements.
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atteste encore par son magnifique ensemble et son intelligente ornementation symbolique le génie des savants et habiles Bénédictins qui y apportèrent, à la plus florissante époque de la sculpture monumentale, le double tribut de leurs études et de leur travail.
Saint Généroux. Saint Géuéroux était Romain de naissance. On ignore
quels motifs lui firent abandonner l'Italie, sinon qu'il voulut par amour pour la solitude aller chercher ailleurs un repos dont ne jouissait point sa patrie, ruinée par les invasions des Barbares. La réputation de saint Hilaire, celle du disciple qui s'était sanctifié à Ansion l'attirèrent dans le Poitou, et il y vint se ranger parmi les heureux compagnons de Léonégisile, autre étranger qu'avait attiré là un sincère désir de la perfection évangélique. C'est guidé par ce pieux directeur que Généroux prit l'habit religieux. Léonégisile étant mort, sa communauté confia à saint Généroux la continuation de sa tâche, que celui-ci remplit avec autant de prudence que de zèle. C'est sous son abbatiat que furent admis à Ansion Paterne et Scubilion qui commencèrent à s'y sanctifier comme nous allons le voir. Dans un village voisin de l'abbaye. Généreux avait fondé un prieuré dont l'église devint paroissiale, et qui reçut son nom après sa mort, laquelle précéda de beaucoup, quoi qu'en en ait dit, la fin du vi® siècl(»(31). C'est là que reposa son corps, jusqu'à ce qu'on le vit profané et perdu par la guerre ou l'impiété qui dépouillèrent l'église et dispersèrent son mobilier et ses reliques (a).
commencemeuts de Saint Patcrnc fut à saiut Jouin un rehgieux des plus
saint Paterne et de „ . , . , . , mi ■ ti >x -j. '
saint Scubilion. fcrvcuts ct qui dcvait devenir le plus illustre, il était ne à Poitiers en 480, d'une famille sénatoriale, c'est-à-dire, comme on l'entendait alors, d'un des membres du conseil supérieur réglant les affaires de la province et de la cité (32). Il montra de bonne heure les pensées et les habitudes d'un homme mûr, et dès l'âge de vingt ans il prit l'habit religieux à Ansion, y fut bientôt célérier (33), et s'acquit une telle (a) V. nos Vies des SS. de l'Eglise de Poitiers, p. 245,
HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 515) 375
estime de ses frères, que redoutant les sentiments de la vaine gloire, il désira une solitude plus profonde. S'en étant ouvert à un de ses frères nommé Scubilion, ils partirent en secret et s'allèrent fixer dans la forêt de Sicy, aux environs de Coutances{34). L'évêque Léontien qui y siégeait depuis Pan 511, donna à Paterne le diaconat dont le saint usa en prêchant les vérités de la foi aux peuples de ces campagnes encore païennes en grande partie. Ces travaux pénibles n'empêchaient pas le saint missionnaire de s'astreindre à une rude pénitence. Sa nourriture, son vêtement, toutes ses habitudes se ressentirent de la plus étroite pauvreté. Du pain, de l'eau, quelques légumes qu'assaisonnait seulement un peu de sel, formait son ordinaire. Ainsi il se préparait au sacerdoce que Léontien lui imposa malgré sa résistance. Dés qu'il l'eut reçu, il se voua d'autant plus entièrement à la recherche des âmes, et marcha si bien dans l'humilité, le zèle et l'amour du prochain que les peuples voisins, entraînés par de tels caractères de sainteté, y trouvèrent avec raison les conditions essentielles de l'épiscopat, et ceux d'Avranche(35) l'appelèrent plus tard à cette dignité. Le pieux enfant du Poitou s'y fit admirer dans les moindres détails de son auguste ministère. Heureux le peuple à qui la Providence donne des pasteurs d'autant pllis dignes de l'être qu'ils en ont redouté davantage les honneurs et la responsabilité !
On voit que ces grandes vertus prenaient leur germe dans la foi vive de ces temps bénis, et se développaient dans les monastères, asiles vénérés des populations, où elles aimaient à aller chercher pour les honorer du sacerdoce et de l'épiscopat des hommes de foi, d'humilité, d'étude et de prière. C'est ainsi que dans ce même temps un des plus illustres évêques de Chartres préludait, dans une solitude de notre pays, à une vie remarquable, par les saintes amabilités de son enfance.
Leobinus, dont les modernes ont fait saint Lubin, était saïut Lubin, moine
' * de NouaiUé.
né dans un faubourg de Poitiers que nous croyons être
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celui de saint Saturnin (36), de parents pauvres, et vers les dernières années du v^ siècle. Un jour, qu'étant tout petit enfant, il gardait non loin de la ville les bœufs de son père, il fut rencontré par un religieux que sa gentillesse intéressa, et qui s'arrêta pour converser avec lui. Ce religieux ne devait pas être, quoi qu'on en ait dit, de ceux qui vivaient dans les laures de Saint-Benoît ou de Ligugé, peu distantes du lieu de cette rencontre. Tout fait croire, comme nous le verrons bientôt, qu'il était plutôt de ceux de Nouaillé, où déjà était établi une petite chapelle sous le vocable de Notre-Dame de Mont-Vinard(37). Ce petit édifice, rebâti plusieurs fois depuis sur ses propres ruines, était construit sur le fonds d'un gallo-romain du nom de Nobilis (a). Ce fonds fut sans doute donné, on ne sait quand, au petit établissement. On connaît, dès le iv® siècle, ce modeste prieuré de Mont-Vinard qui n'est distant que de deux cents mètres de l'abbaye. Celle-ci fut fondée très prés de là au nord de la chapelle et sur les bords du Miosson(38), par Aton, évêque de Saintes en 799.
A Nouaillé, comme dans toutes les demeures monastiques dont nous avons parlé, se pratiquait, avec la prière et le silence, le travail des mains par le défrichement des bois et la transcription des manuscrits.
Pour revenir à notre jeune Lubin, il eut avec le bon rehgieux une conversation qui rappelle assez bien celle qu'on rapporte d'un moine d'Ascoli (39) avec un autre berger qui fut plus tard Sixte-Quint. Il témoigna un vif regret de ne savoir pas lire et une grande envie de l'apprendre. Le saint homme suppléant au papier et aux tablettes qu'il n'avait pas, par la ceinture de cuir que portait l'enfant, y traça un alphabet à l'aide duquel celui-ci put apprendre ses lettres. Il en profita avec zèle, parvint rapidement à savoir lire, et sentit une soif toujours plus ardente de connaître Dieu et son service : à quoi le solitaire qui le
(a) D'où lui vient son nom de Nobilianm, dont on a fait Nouaillé.
retrouvait souvent ne resta point indifférent. Ainsi encouragé, Lubin ne sortait plus de la maison pour conduire ses animaux au pâturage sans se munir d'un livre qui Foccupait jusqu'au soir ; et enfin il comprit le bonheur de ceux qui, retirés du monde et de ses dangers, jouissaient dans une solitude plus entière du repos et de la tranquillité sans lesquels on ne peut étudier à loisir, ni prier Dieu sans distractions. Ce sentiment le porta à solliciter son admission parmi les religieux de Nouaillé (^).
C'est le lieu de dii-e ici que dés ce temps les monastères ,gJ]^fJdTcSips! avaient leurs écoles où ils recevaient, avec les jeunes religieux qu'ils y voulaient dresser à la vie monastique ou cléricale, des enfants qu'ils formaient à la connaissance de Dieu et qui pouvaient leur offrir un certain nombre de novices. C'était pour le monde, ce qu'étaient pour les clercs la maison épiscopale où tout d'abord les jeunes gens employés au service des autels apprenaient les éléments de la lecture, de l'écriture et du comput ecclésiastique par lequel ils savaient calculer le retour annuel des fêtes mobiles, toutes basées sur l'époque de la Pàque. L'Eglise veillait ainsi avec une véritable sollicitude à ce que le sacerdoce se perpétuât par ce moyen en recommandant aux curés d'élever chez eux, en plus grand nombre qu'ils pourraient, des enfants capables de leur succéder un jour par la science compétente des choses saintes, l'habitude des cérémonies sacrées, l'estime et la pratique des bonnes mœurs. Plusieurs conciles antérieurs au vi^ siècle avaient rappelé ce devoir aux ecclésiastiques, et en 529, celui de Vaison(40), composé de douze évêques présidés par saint Césaire d'Arles (41), ordonnait par son premier canon que tous les prêtres des campagnes rassemblassent ainsi chez eux des clercs encore jeunes pour leur apprendre les saintes Ecritures et les autres choses nécessaires au ministère
(a) Lecointe, Annal. Ecoles., ad ann. 512,
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des autels («). En dehors de cette première instruction, il n'y avait pour le peuple que les enseignements de la chaire donnés dans les prédications par les évoques, les curés et les moines en langue vulgaire, c'est-à-dire en mauvais latin dégénéré, mais parlé avec cette onction qui se remarque dans les Pères, et qui, en inculquant d'autant mieux- les notions de la foi, y maintenait les intelligences et les amenait à la pratique des vertus chrétiennes. Telle était alors la somme modeste, mais suffisante des connaissances à acquérir, et dont la source n'était que dans les maisons religieuses. Il fallait bien que ces éléments fussent sérieusement compris, pour qu'un si grand nombre de vocations monastiques vinssent établir, à l'avantage d'un monde encore si grossier, des principes et des exemples qui ne permettaient pas d'en chercher la source ailleurs que dans le ciel.
Vie de Lubin au Lubiu fut rccu à Nouaillé en 512 ; il s'y fit remarquer
monastère de NûuaiUé. -, " t. i -• , ,-, ^ i •
par son esprit dobeissance et son aptitude aux emplois difficiles qu'on lui confia. L'un des plus assidus fut de marquer les heures pour avertir la communauté des exercices communs : c'est-à-dire qu'on lui donna la charge de réglementaire. On voit que les horloges sonnantes, originaires de l'Orient, n'avaient pas encore fait leur apparition en Europe, où elles ne vinrent qu'au viii^ siècle. Quand notre jeune moine avait employé ainsi sa journée aux soins multiples de sa charge, il consacrait à la prière et à l'étude la plus grande part de ses nuits. On lui attribue même l'invention d'une sorte d'abat-jour dont il couvrait sa lampe pour qu'elle ne gênât point le sommeil de ses frères dans le dortoir commun où ils reposaient pendant qu'il y travaillait la nuit.
Nous avons vu combien il était ordinaire alors que certaines de ces hautes intelligences vouées à la vie monastique, ardentes au bien et méditant les moyens de
(a) Fleury, ad h. ann. — Longueval, III, 179. — Labbc, ad ann, 529.
perfectionner leur saint état, se missent à visiter les monastères les plus célèbres pour en étudier les règles, les comparant ensuite à celles qu'ils connaissaient, et cherchant à faire un tout plus utile des différents détails qu'ils avaient ainsi recueillis. C'était de la sorte qu'avait agi saint Benoît, qui florissait alors en Italie, mais dont la belle règle, bientôt adoptée généralement n'était pas encore connue en dehors du mont Cassin et des monastères qui en dépendaient. L'envie de vovager dans ce ,.ses voyages dans
'■ ^ ./ o divers monastères.
but vint donc à saint Lubin après huit ans de séjour à Nouaillé, sur ce qu'il avait entendu dire de saint Avit qui vivait retiré dans une solitude du Perche (42). Il obtint de ses supérieurs d'aller essayer de cette règle plus austère. De là il s'achemina vers l'île Barbe, près Lyon, dont saint Loup était Abbé. Il s'y trouvait en 525 quand les Francs, vainqueurs des Bourguignons et ravageant le territoire conquis, mirent en fuite la troupe éperdue des rehgieux. Mais là était un pauvre vieillard incapable de fuir et que Lubin ne voulut pas abandonner. Il tomba donc aux mains de ces implacables bourreaux qui, sur son refus héroïque de livrer l'argent du monastère, lui infligèrent de cruels supplices et le laissèrent pour mort. Enfin délivré de ses persécuteurs, il retourna vers saint Avit et se rangea sous son obéissance, à laquelle il resta fidèle pendant les cinq années que vécut encore le pieux abbé. Nous l'y retrouverons quand viendra le moment choisi par Dieu pour l'élever au siège épiscopal de Chartres.
Plus près de nous, dans cette partie de l'Aquitaine où les moS^'e •'%lLns montagnes fournissaient aux solitaires des retraites plus îs'Ss.'^"^"'''^'^"' attractives et des antres plus nombreux et plus profonds, vivait aussi saint Junien, jeune homme à la fleur de sa vie, qui s'y était venu cacher sous la conduite de saint Amour, honoré à Limoges. Un fait mémorable le rattache à notre histoire, car sa sainteté, bien renommée en Poitou, lui attirait de nombreux visiteurs de cette contrée et une fois surtout, on put expérimenter son crédit auprès de Dieu.
mousin
C'était vers Tannée 520. Une maladie contagieuse désolait les deux provinces. On l'appelait le mal des Ardents, feu secret qui dévorait les entrailles, et dont l'ardeur ne pouvait être éteinte par aucun remède ; si bien qu'on ne tardait pas à en mourir. Cette maladie était bientôt devenue épidémique. Saint junien du Li- Dc toutcs parts on recourait à la prière, et l'on trouvait qu'elle tardait trop à désarmer la colère de Dieu. Comme on savait qu'un saint homme vivait dans la province voisine et avait déjà opéré plusieurs miracles de guérison, on se décida à l'invoquer, et un grand nombre de Poitevins arrivèrent à son ermitage, le conjurant d'obtenir par ses vœux la cessation du fléau. L'homme de Dieu qui ne se croyait rien, refusa d'abord de se rendre à ces supplications, mais sur des instances qui ne se rebutaient pas, il eut pitié de cette foule, demanda jusqu'au lendemain pour se préparer et passa la nuit en prières, entrant dans cette ' grande désolation et conjurant le Seigneur de l'écouter. Le jour suivant, lorsque la lumière commençait à poindre, il aperçut prés de sa cellule une source d'eau vive, qu'il n'y avait jamais vue, jaillir abondamment et lui offrir un secours inattendu ; car Payant bénie, il exhorta les malades qui l'entouraient à en boire aussitôt, et tous furent guéris. Ceux-là, pleins de reconnaissance, emportèrent beaucoup de vases pleins de cette eau qu'ils mêlèrent à de l'eau commune, et obtinrent, de retour à Poitiers et aux environs, la guérison de tous leurs malades. De telles merveilles qui enthousiasmaient la foi des peuples, ne sont pas les seules de ce genre qu'on puisse lire dans l'histoire ecclésiastique. Elles se sont renouvelées souvent à travers les treize cents ans qui nous séparent de ce fait, et, de notre temps, les guérisons miraculeuses de la Salette et de Lourdes nous disent encore quelle foi nous pouvons y ajouter. Ce fait fut connu dans la chronique du pays sous le nom de Miracle des Poitevins, et chaque année, à l'époque de l'ostension des reliques, le Limousin envoie ses nombreuses populations vers la fontaine de saint Junien, où la même foi vient
solliciter des grâces qui ne sont moins abondantes aujourd'hui, disait déjà un auteur du xiv^ siècle, que parce que « nos péchés en ont fait cesser la vertu (a). »
Ce que nous venons d"'exposer de ces saints personnages et de cette efflorescence des monastères, peut faire comprendre combien la vie monastique avait déjà pris de cette expansion qui devait servir si puissamment la civilisation chrétienne. On voit aussi quelle intelligence les rois avait des véritables intérêts de leurs peuples quand ils favorisaient si ardemment les communautés rehgieuses. N'était-ce pas, en effet, d'une habile politique d'opposer aux mœurs barbares de ces populations mêlées de tant d'éléments divers, le doux contraste de cette charité religieuse, de cette mansuétude patiente et de ce zèle surnaturel que la religion nouvelle pouvait seule lui inspirer? Les véritables vainqueurs de la Gaule n'étaient donc pas ceux qui ne l'avaient subjuguée que par la force armée : c'étaient surtout ces milices pacifiques formées d'évêques, de prêtres, de moines qui, tantôt dans leurs solitudes, mais plus souvent dans les missions des villes et des campagnes, opposaient à la rudesse et aux désordres la prière et la prédication. Les déclamations de la prétendue philosophie portent donc à faux quand elles dénigrent les efforts des religieux pour multiplier leurs saintes maisons et le zèle que mirent à les fonder et à les soutenir tant de princes et de seigneurs qui précédèrent ou traversèrent le moyen âge. Ils avaient des terres immenses à labourer, d'incommensurables forêts à défricher, des âmes plus précieuses encore à cultiver, l'idolâtrie à détruire, les ténèbres de l'ignorance à éclairer. Cette tâche multiple fut prise à la fois de tous ses côtés par les monastères d'hommes et de femmes qui se chargèrent en même temps de l'éducation de la jeunesse. De si généreux efforts, un zèle si louable et si pur, dont le monde recueillait les heureux fruits, ne valaient-ils pas la
(a) Chronique de saint Janien, éditée et traduite par M. le clianoine Arbeliot, p. 16 et 112.
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reconnaissance des grands et les encouragements des chefs de cette société naissante? n'inspiraient-ils pas légitimement les riches donations qu'on a tant reprochées à nos pères, qui les multipliaient dans ce but, et aux familles monastiques qui en usèrent si généreusement pour le bien public. senices rendus par C'cst surtout ciuand TEglisc sc vit affermie par la
le clergé à la société ^ .
toifiue- puissance royale, qu'elle usa de sa liberté pour édifier en
plus grand nombre dans les cités et dans les champs, les églises et les cloîtres dont le rôle social convenait si bien à ces temps agités. Là était un droit d'asile pour soustraire les coupables poursuivis justement où les innocents persécutés aux vengeances de leurs ennemis ou aux sévérités trop hâtives d'une justice impitoyable («). Les revenus en étaient partagés entre les pauvres, qui en étaient nourris, et les captifs qu'ils servaient à racheter.
Là aussi, nous l'avons vu par l'exemple de saint Lubin, étaient déjà des écoles de clercs, qui se perfectionnèrent en avançant dans le moyen âge jusqu'à illustrer les xii® et xiii^ siècles par tant de personnages dont les belles œuvres sont aujourd'hui d'un secours si puissant aux élaborateurs des études historiques et littéraires. Les cathédrales n'eurent pas un moindre rôle dans ce vaste ensemble d'influence ■ méritée et d'incontestables bienfaits. L'évêque s'y entourait de ses prêtres et des ministres inférieurs qui formaient dans sa maison une sorte de communauté et de séminaire. Telles étaient au temps dont nous parlons les églises de Saint-Hilaire de Poitiers et de Saint-Martin de Tours. On y étudiait en commun les saintes lettres ; on s'y partageait le travail de l'administration diocésaine ; on préparait les conciles. De là sortaient même bien souvent, outre les évêques, des hommes assez éclairés pour devenir les ministres des princes, les précepteurs de leurs enfants et d'habiles gouverneurs de leurs provinces. Tels sont les services que le clergé fut appelé, dès l'origine de la monarchie, à rendre
(a) Conc, Aurel, I, c. v. — Capitul. de Charlemagnc, lib. V, cap. 90.
par sa position élevée et son pieux dévouement aux familles, à la société catholique et à l'Etat.
Cet exposé était nécessaire pour expliquer le crédit que nous verrons bientôt accordé par les rois à ces ministres de Dieu qui les secondaient si bien dans leur action gouvernementale. On peut affirmer que sans ce corps, dont la puissance morale s'appuyait du double bienfait des lumières et de la religion, la direction de ces peuples incultes et incapables de se soumettre longtemps à un pouvoir de ce monde, fut devenue impossible à des maîtres aussi incultes qu'eux. C'est donc le christianisme qui seul a fait la France et l'Europe. Comment la France et l'Europe s'en souviennent-elles aujourd'hui?
Malheureusement le cœur humain est ainsi fait, que si Mœurs barbares de
, ,. , , 1 •! 1 1 . ce temps, difficiles à
prompt a s mgerer le mal, il ne se rend au bien que très corriger, même par le
■^ christianisme.
lentement, et que les mœurs des nations barbares ne se modifient à l'avantage des grandes vertus qu'à force de temps, de patience et d'efforts laborieux. C'est ce que n'ont pas assez considéré certains critiques dont la sévérité n'a pu comprendre comment la foi sincère de Çlovis n'avait pu dompter en quelques années les irritations de son caractère, et le garder contre les tragiques événements qui ensanglantèrent la fin de son régne. Nous n'avons pas eu à raconter ces faits, qui ne se lient pas nécessairement à notre histoire locale ; mais les malheurs de cette famille royale, qui suivirent la mort de Clovis, et qu'on peut regarder comme un châtiment providentiel de son ambition irréfléchie, entrent pour une grande part dans les annales de notre pays.
Tout en s'emparant de l'Aquitaine pour lui-même et par Les rois de Francd
n^ rpi • rpi -l'ii'iii , . . devenus rois d'Aiiui-
soii fils Thierry ou Theodoric, l'illustre conquérant n'avait taine. pu cependant s'en attribuer tout le territoire ; les Wisigoths s'étant ravisés après leur défaite, avaient repris un certain nombre de villes considérables de la Narbonnaise et de la Septimanie ; mais Clovis n'en était pas moins le maître de cette riche contrée, et peut en être considéré comme le roi nouveau succédant aux princes vaincus qui y avaient porté
ce titre. C'est pourquoi nos chroniqueurs regardent aussi comme roi d'Aquitaine Clodomir, celui des quatre fils de Clovis qui obtint, dans le partage héréditaire de ses Etats, le royaume d'Orléans, dont la seconde Aquitaine fit partie. ^^saint cioud ou cio- Nous uc savous cc qui se passa dans cette contrée durant les onze années que dura le régne de Clodomir. Mais l'histoire, après nous avoir raconté comment ce prince succomba malheureusement dans une guerre où il prétendait annexer la Bourgogne à ses Etats, ne peut omettre ici un triste épisode qui valut un saint de plus à la famille royale. Cette mort de Clodomir arrivait en 524. Il laissait trois fils en bas âge dont les droits à la succession de leur père gênaient l'ambition de ses deux frères, Childebert roi de Paris, et Clotaire P'*, roi de Soissons. Ceux-ci résolurent donc de se défaire de leurs neveux. Ces jeunes princes, Théodovald ou Thibaud, Gontaire et Clodoald, qui fut plus tard nommé . saint Cloud, étaient les pupilles naturels de Clotilde leur grand'mère, qui fut d'abord sommée de les renfermer dans une maison monastique, où la profession religieuse leur eût ôté leurs droits à la royauté. Sur le refus qu'elle fit de condamner par son consentement les restes de sa maison à une déchéance injuste, Clotaire égorge les deux premiers à peine âgés de dix ans, et le troisième n'échappe à sa fureur que par les soins de seigneurs dévoués, qui l'enlèvent et vont le cacher à tous les regards.
On ne sait combien de temps l'enfant royal resta ainsi sous la garde secrète de ceux qui l'avaient sauvé : ce qui paraît certain, c'est que cinq ou six ans après, quand il eut grandi jusque vers sa quinzième année dans l'appréciation des vanités de ce monde, où il ne voyait que des crimes ou des malheurs causés par la cupidité et l'ambition, il se dégoûta de la vie éclatante à laquelle il paraissait destiné par sa naissance, et résolut d'abdiquer des espérances trompeuses. Suivant donc l'usage de ce temps, il se coupa les cheveux, ornement réservé aux seules familles royales, et se retira sous la conduite d'un saint solitaire, nommé
HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 520) 385
Séverin, qui vivait reclus dans un ermitage à peu de distance et au Sud de Paris (43). Il y vécut saintement dans riiabitude des austérités et dans l'étude de sa perfection. Ses oncles qui n'ignoraient pas sa retraite, et n'avaient plus rien à craindre de lui, lui donnèrent une partie considérable des revenus de son père. Le jeune saint les distribua aux pauvres et aux églises. Toutefois, soit que malgré ces générosités, il ne se crût pas à l'abri de toute persécution à venir, soit qu'il se sentît pressé de se soustraire à l'empressement des peuples enthousiasmés de sa vertu, il se retira secrètement en Provence, qui était hors de leurs Etats. Là il se construisit une cellule qui ne tarda pas à être découverte et attira de nouveau un grand nombre de visiteurs. Il en conclut que, selon l'usage, on ne manquerait pas de l'enlever à sa solitude pour le porter à quelque dignité ecclésiastique, et il revint se cacher à deux lieues de Paris, près d'un village nommé alors Nogentum, et qui depuis sa mort a pris le nom de Saint-Cloud. Eusèbe, évêque de Paris, déterminé par les vœux du peuple et du clergé de son Eglise, le força après quelques années à recevoir l'ordre de la prêtrise ; mais l'amour du silence et de la règle le fit bientôt retourner à ses bois de Nogentum, où il établit un monastère devenu célèbre par ses miracles plus encore que par les souvenirs royaux qui s'y rattachèrent. Le saint fondateur donna ce bénéfice à l'Eglise de Paris, qui plus tard en fit une collégiale. Saint Cloud mourut vers 568, âgé de trente-six ans. Il est honoré le 7 septembre sous le titre de confesseur ia).
On ne voit pas que ce saint ait eu d'abord quelque rapport Son cuite à Poitiers, direct avec notre pays. Cependant nous n'en parlons pas sans raison, puisqu'il en fut réellement par sa naissance et devait un jour devenir un des rois d'Aquitaine au nombre desquels il est compté par nos vieux annalistes (^). Son
{h) Act. SS. Bened. Sœc, I. — Aimoin, De Gest. Francorum, c. xiil
(h) Bouchet, Annal. j p. 68.
laine.
corps, conservé d'abord tout entier dans Pégiise de son monastère, y était encore au xviii® siècle ; mais il faut sans doute attribuer à la possession de quelque portion de ses reliques le culte qu'on lui rendit très anciennement, au jour anniversaire de sa mort, dans les diocèses de Poitiers et d'Angoulême. Ce dernier possède une petite ville du nom de Saint-Claud, qui l'a pour patron (44), et dans le nôtre sa fête se célèbre au même titre dans les églises paroissiales de Beaulieu, de Raslay et de la Chapelle-Moulière, mais en de simples chapellenies (45).
Partage de l'Aqui- Après le mcurtrc de leurs neveux , les trois frères qui avaient à en profiter se partagèrent l'Aquitaine : Thierry s'empara de l'Auvergne; Clotaire s'adjugea le Poitou, le Limousin, l'Angoumois, le Périgord, et une partie de la Saintonge ; Childebert eut toute la Gascogne jusqu'aux Pyrénées. Sous l'autorité de Clotaire, rien ne paraît avoir changé dans le mode de gouvernement suivi depuis les
Francilien vinciiius rois fraucs pour uotrc province. En juin 527, le gouverneur de Poitiers, Francilien Vinciiius, était, comme toujours, de ♦ famille sénatoriale. Le peuple devait être heureux sous ses
lois, puisque sa piété, mobile des belles qualités qui brillaient en lui, porta le clergé et le peuple de Tours à le demander pour évêque, après la mort de Léon, qui avait été le premier Abbé de Saint-Martin. Honoré à Poitiers, dont il était orignaire, pendant tout le temps de son administration civile. Francilien cessa d'être heureux en changeant de condition; car la veille de Noël, près de se rendre à la messe de minuit, il mourut subitement après avoir pris un breuvage qu'un de ses serviteurs lui offrit, ce qui fit croire qu'il avait été empoisonné. Lui et son épouse Clara, qui ne nous est connue que par ce nom, étaient fort riches. En léguant à leur famille une partie de leurs vastes propriétés, ils donnèrent le reste à la basilique de Saint- Martin, où Francilien fut enterré. Il n'avait siégé que deux ans et demi (a).
(a) Greg. Turon., Hlst. Franc, lib. III, c. xvii; — lib. X, c. xxxvi, n» ii.
HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 528) 387
Nous avons dit nue Erancilion avait été élu par le clersré . Mode d'élection des
i 1 o eveques a celte époque.
et le peuple au siège métropolitain de Tours. C'était, en effet , ce vieil usage qu'on suivait encore ; mais il n'était pas rare de voir les rois francs user à cet égard d'un arbitraire que l'Eglise désapprouvait sans pouvoir toujours en triompher. Le caractère fougueux de ces souverains irascibles portait aisément la violence dans les choses même qui ne relevaient pas de leur pouvoir. Il avait bien fallu s'y accoutumer sous les rois wisigoths, qui n'accordaient aux catholiques qu'une sorte de tolérance, et les rois mérovingiens s'étaient facilement persuadé qu'en cela comme en toute autre chose leur arbitraire devait décider à leur gré. C'est ainsi qu'en 521 Clodomir, peu fidèle aux exemples de Clovis son père, avait fait nommer au siège de Tours Dionisius, puis deux ans plus tard Ammatius. C'était souvent à des officiers de leur palais que les princes accordaient cette faveur. Un grand abus en ressortait : l'épiscopat pouvant être donné trop souvent à des sujets indignes et à des courtisans dépourvus de toute piété. Les Conciles avaient voulu remédier à cette plaie, en imposant aux élections soit la présence du métropolitain, soit le choix de trois sujets présentés aux évêques de la province présidés par lui, ce qui n'excluait pas l'intervention du clergé et du peuple de la ville intéressée («).
L'année suivante est remarquable dans notre histoire par riommencements de un fait dont les conséquences viendront nous occuper désormais à de fréquents intervalles.
C'était en 528. Thierry, roi d'Austrasie (46), et qui résidait à Metz, s'était ligué avec Clotaire pour ravir la Thuringe (47) à Hermanfroi, qui y régnait. Ce malheureux pays fut mis à feu et à sang par les vainqueurs. De nombreux esclaves furent emmenés avec un butin considérable, et parmi ces captifs étaient deux enfants, neveux d'Hermanfroi, qu'il élevait à sa cour après avoir tué leur
(a) Labbe, Concil., t. V, p. 1603 et suiv.; — ihid., p. 1649.
sainte Radi?gonde.
388 HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 530)
père. De ces deux jeunes captifs, encore engagés par leur naissance dans les erreurs du paganisme, Radégonde était l'aînée, à peine âgée de dix ans. Déjà belle, elle plut à Clotaire, qui l'exigea dans sa part du butin, et voulut lui faire donner une éducation que méritait son rang autant que son intelligence remarquable et le titre de reine qu'il lui destinait. Il l'envoya donc dans son domaine d'Atliies(48), maison royale bâtie par les rois Mérovingiens sur les bords de la Somme (49), où l'on croit qu'elle fut accompagnée de son frère dont le nom est resté inconnu. Là, elle eut des maîtres qui, avec la langue latine devenue d'un usage commun chez les Francs depuis leur adhésion au christianisme, lui enseignèrent les saintes lettres et tout ce qui était capable d'orner son esprit et de la faire briller au premier rang. On pourrait même conclure d'un passage de Fortunat cité plus haut, qu'elle y apprit le grec, car elle comprenait très bien les auteurs qui avaient écrit dans cette langue. Enfin elle puisa dans la connaissance de l'Evangile l'amour des vertus chrétiennes, mais elle s'y fortifia surtout par la lecture des Pères et des auteurs ecclésiastiques dont elle se faisait une nourriture digne de son esprit élevé (^). Ainsi elle se prépara au baptême, qu'elle reçut des mains de saint Médard, évêque de Noyon(50). Ce fut une source nouvelle de lumières, qui développa dans la jeune vierge cet enthousiasme du bien que lui inspirait chaque jour l'héroïsme des martyrs et la charité des confesseurs. De là un zèle plein de douceur pour les pauvres, qu'elle" aimait à réunir autour d'elle pour les instruire et les nourrir. Souvent elle les servait de ses mains virginales, pansant leurs plaies et soulageant leurs infirmités. Comme rien ne lui manquait de ce que l'amour de Clotaire pouvait accorder à ses désirs, elle fonda près de sa demeure d'Athies une école pour les enfants du pays, et souvent elle se plaisait à verser elle-même dans leurs âmes les notions de piété et de
(a) Fortunat, Carmen i, lib. VIII,
science qu'elle acquérait avec tant de soin. A ces œuvres elle joignait la pratique de la prière, du travail des mains, et des mortifications corporelles. Ces soins pieux la portaient à l'entretien du culte et à la parure des autels. Elle aimait à balayer elle-même la chapelle où elle se remplissait de la présence du Sauveur. C'est ainsi qu'elle s'ouvrait la carrière illustre que Dieu lui préparait à travers tant de vicissitudes inattendues ; et si ce bonheur avait dépendu d'elle on l'eût vue, dès sa seizième année, prendre la plus humble place parmi les vierges consacrées à Dieu qu'elle ambitionnait par dessus tout. Nous verrons comment elle parvint à ce bonheur à travers des obstacles que la main de Dieu lui fît franchir.
A cette époque, il est difficile d'établir une suite régulière goSeSuPoitou des gouverneurs de notre province. Grégoire de Tours et les autres historiens de ce temps leur attribuent tour à tour les titres de ducs ou de comtes, c'est peut-être qu'ils exerçaient à la fois ces deux fonctions. De son côté l'Aquitaine se partage maintes fois entre plusieurs chefs qui la gouvernent à des titres différents ; les Wisigoths en occupent toujours une portion considérable dans sa partie méridionale qu'on avait mal gardée contre leurs retours ; ■ il y a donc alors une confusion forcée dans l'histoire de cette vaste contrée ; notre pays participe de ces obscurités, et quelques noms, soit de nos gouverneurs civils, soit de nos évêques, surnagent à peine sans aucun entourage de faits sur cet océan, agité tour à tour de fréquentes tempêtes, ou calme et paisible au miheu de courts repos que remplacent bientôt de nouveaux troubles.
Nous avons vu Adelphius revêtu du titre de chorévêque, , Episcopat et mort
^ •■■ ' d Adelphms.
lors de la conquête de l'Aquitaine par Clovis, chargé de l'administration du diocèse, et figurer au premier concile d'Orléans en qualité d'évêque habitant Rezé. Nous avons une preuve certaine que dans l'intervalle écoulé entre 511 et 533, il était devenu le xviii^ titulaire du siège de Poitiers. Cette année en effet, qui était la vingt-deuxième du règne de
Childebcrt à Paris, ce prince, d^accord avec Clotaire qui régnait à Soissons, demanda aux évêques de leurs provinces de se réunir en concile à Orléans. Cette ville paraissait plus convenable, étant placée à peu près au centre de leurs territoires respectifs (51). Ce n^était pas sans besoin qu'une telle assemblée était convoquée. Les deux princes alliés avec leur frère Thierry, roi de Metz, s'étaient beaucoup agités depuis sept à huit ans. Des guerres d'invasion avaient sous leurs ordres porté le ravage dans les Etats voisins. La Thuringe, la Bourgogne, l'Auvergne, les avaient vus semer le désordre et la désolation dans les villes et les campagnes, et au milieu de ces tristesses, la discipline des clercs et des laïques, la vie des églises et des monastères avaient succombé aux rudes assauts de la licence, s'attaquant en même temps à la foi et aux mœurs. Heureux encore de tels gouvernants quand ils sentent le besoin de réparer ces grandes pertes, et qu'ils en confient le soin à l'Eglise. Celle-ci, quand ces lois ont été méconnues, ne refuse jamais de les affirmer encore et continue ainsi pour le bien des peuples la divine mission qu'elle a reçue de son Epoux.
Deuxième concUe II s'affissait donc-de rétablir la discipline ecclésiastique, et c est ce but que poursuivirent le 23 juin 533, les trente et un évêques de ce concile, dont six s'y firent représenter par leurs députés. Le président était Honorât de Bourges, et parmi ceux qui n'y assistèrent pas, nous trouvons notre Adelphius que son grand âge, sans doute, ou quelque infirmité força de s'y faire représenter par le prêtre Asclépius qui souscrivit en son nom. Les Pères firent vingt et un canons ayant pour objet la vie plus régulière des clercs et des religieux, la sainteté des mariages, l'abolition de certaines pratiques encore païennes des laïques, le choix et l'élection des métropolitains, l'ordre à tenir dans certains cas pour l'administration des biens ecclésiastiques. On voit que c'était là comme une reconstitution des bases de la société chrétienne, et c'est le retour
fréquent de ces prescriptions conciliaires qui, peu à peu, adoucissant les mœurs et ranimant le sentiment du devoir dans les masses si souvent ébranlées, élevèrent les esprits à une dignité réelle et y développèrent les éléments de la véritable civilisation.
L'année 533 qui vit ce concile, fut aussi celle où mourut Eiapms. xix« evè-
i ' que de Poitiers.
Adelphius. Nous savons très peu les œuvres de son épiscopat. Elapius lui succède, sans doute cette môme année, et ne laisse que son nom dans nos annales. Il dut siéger sept ans au plus, puisque nous verrons son successeur apparaître en 541 dans un acte public. Il fut témoin attristé des querelles sanglantes souvent éteintes et reprises par la politique de ruse et de cruauté que s'étaient faite les enfants de Clovis. Enfin il dut assister â un événement mémorable qui, â travers les mystères profonds d'un avenir encore impénétrable, fut pour lui et pour l'Eglise des Gaules une source de consolations et d'espérances. Nous voulons parler du mariage de sainte Radégonde.
Clotaire, qui se l'était réservée, jugea enfin en 538 que le .oï S cîotof" temps était venu de satisfaire ses desseins. Huit ou neuf années pendant lesquelles il avait épié les développements d'une amabilité dont il s'était tout d'abord senti l'esclave, la beauté modeste et pleine de charmes de la jeune fille que tous ses biographes se plaisent à louer comme des plus agréables, et que relevait encore une dignité accompagnée de simplicité et de noblesse, formaient un contraste remarquable, aussi bien que sa pieuse douceur, avec le caractère indomptable, les mœurs dissolues et les habi- caractère de ce prince tudcs sanguinaires de ce Clotaire qui ne refusait rien à ses passions, et dont la religion semblait être beaucoup plus dans une foi aveugle et irréfléchie que dans les vertus qu'elle recommande comme premières conditions du salut. Aussi quelque accoutumée qu'eût pu être la jeune thuringienne aux prévisions de sa future grandeur, elle était loin de l'ambitionner, en pensant qu'elle devrait la tenir de
ce prince si peu fait pour inspirer un attachement vertueux (^).
D'ailleurs que pouvait-elle voir dans cette nature corrompue qui ne Féloignât d'un mariage avec lui? Outre que sa piété éclairée la portait de préférence vers un cloître où elle eût conservé dans une parfaite innocence une âme pure de toute atteinte du mal, quel époux pouvait-elle se promettre dans ce prince corrompu qui n'avait reculé, depuis un premier mariage légitime, devant aucun des caprices de l'adultère et de l'inceste? Quelque libre qu'il fût par la mort de sa première femme Ingonde, quatre autres n'ayant été que des concubines désordonnées, l'éclat d'une couronne pouvait-il effacer pour une âme élevée et aussi sainte que Radégonde, le hideux côté de ces liaisons illégitimes, et la vierge chrétienne n'avait-elle pas à craindre les profonds dégoûts que lui susciterait bientôt cette redoutable union ?
Nous trouvons donc tout naturel que lorsqu'elle apprit à Athies que tout se préparait pour son prochain mariage avec le roi, elle n'écoutât que son aversion, et se décidât à éviter par la fuite le malheur qui la menaçait de si prés. Une nuit donc, accompagnée seulement de deux ou trois confidentes, elle quitta sa chère solitude et se réfugia dans un village voisin d'où elle comptait aller plus loin pendant les nuits suivantes. Mais elle fut rejointe par les émissaires du prince, et voyant l'inutilité de ses efforts, elle crut devoir céder à des circonstances impérieuses, et se livra malgré ses répugnances au maître que le Ciel semblait vouloir lui imposer. Ce mariage se fit à Soissons.
Troisième concile Cette même année 538, Théodebert, roi de Metz, et son
d'Orléans. ' . ' .
frère Childebert, qui régnait â Paris, firent tenir un concile à Orléans, le troisième qui s'assembla dans cette ville. En dépit de ses mœurs dépravées, le premier aimait la religion ; le second était vertueux et s'appliquait â effacer de sa
jeunesse le meurtre de ses neveux auquel il avait tant
(a) V. les Bolland., Vies de sainte Radégonde et de saint Junien, au 13 août.
contribué. Vingt-six évêques se réunirent donc à la demande des deux rois et firent trente-deux canons dont la plupart regardent la conduite des évêques et des clercs. Nous mentionnons ce concile parce que ces prescriptions étaient obligatoires pour l'Aquitaine et par conséquent pour le Poitou. Mais presque tous les Pères qui y siégèrent appartenaient aux provinces septentrionales ; il n'y eut de notre pays que les évêques de Tours et d'Angers, Poitiers n'y est pas représenté par son évêque Daniel qui était alors à la tête de cette église.
Le nom de ce prélat serait i2:noré s'il n'avait été souscrit importance de ses
^ '^ décisions. — Daniel,
par lui-même dans un autre concile d'Orléans qui fut le ^^'^ ^'■'^'^^ ^'^ ^o'quatrième (52), et s'assembla en 541. On y régla des matières purement ecclésiastiques. Cependant quelques-uns des • canons indiquent des coutumes assez importantes pour que l'histoire ne les néglige pas. Ainsi on voit dans le treizième que les clercs, depuis l'Evêque jusqu'au dernier degré de la hiérarchie, étaient exempts des charges publiques, et le Concile s'appuie, contre certains magistrats qui méconnaissaient ce droit, de cette raison qu'il n'était pas juste de les imposer aux prêtres des chrétiens quand ceux des idoles en avaient toujours été dispensés. On voit par là l'origine toute religieuse de cette sorte d'immunité. Ce n'était .pas seulement les personnes que la loi avait ainsi favorisées ; les églises elles-mêmes étaient exemptes de toutes charges, et cette faveur leur fut toujours maintenue ('^).
On veut aussi que les esclaves chrétiens au service des Juifs qui seraient maltraités par ceux-ci puissent se réfugier dans une église ou chez quelque personne de leur religion où ils pourraient être rachetés à un prix raisonnable. On traita aussi de la Pâque qui devrait se célébrer partout le même jour et être annoncée à l'office solennel de l'Epiphanie comme on fait encore. Dans les doutes qui pourraient survenir sur ce point, le métropolitain devait consulter le
(a) V. Coiic. gén. Later., en 1179, can. 19.
Saint-Siège et s"'en tenir à sa décision, ce qui prouve que dès ce temps-là, le Souverain Pontife décidait en dernier ressort des difficultés de la discipline. Les serfs et le droit Le droit d^asile que nous vovons recommandé par le
dasile. i ^ 1
Concile, en faveur des esclaves, a besoin d'être bien compris pour qu'on juge sainement de beaucoup de circonstances où nous le verrons s'exercer. Les esclaves ou serfs étaient presque toujours des prisonniers de guerre que les coutumes du temps faisaient regarder comme aussi précieux que les dépouilles matérielles. Ils servaient de domestiques dans les familles, y faisaient les œuvres pénibles, et n'avaient pas le pouvoir de s'y soustraire, étant devenus par le droit conventionnel la chose propre du maître qui les possédait • à titre de conquête. A ce titre donc on pouvait en acheter et en vendre. Comme ils étaient employés en grand nombre à la culture des terres et au défrichement des forêts, il en fallait beaucoup aux monastères et aux églises, et ce fut une des premières causes de l'allégement apporté peu à peu à leur position ; car les prêtres et les moines, bien loin de les regarder comme avaient fait les Romains, les traitaient comme des frères ayant une âme à sauver, les conduisaient plus doucement que les autres seigneurs, et très souvent les conciles condamnèrent avec une austère sévérité les maîtres qui les maltraitaient. Nous venons de voir qu'on ne permettait pas qu'ils fussent vendus à des Juifs, qui n'auraient pas manqué de leur faire oublier la foi; mais au moins ceux que les Juifs possédaient et qui en étaient molestés, pouvaient recourir au droit d'asile et se réfugier dans une église où dès lors ils étaient à l'abri des persécutions (a).
Ce droit d'asile était encore une charitable invention destinée à atténuer l'effet de ces vengeances féroces, que les lois des Germains autorisaient comme la seule pénalité possible. Ce droit était sacré ; les conciles l'avaient sanc-
(a) Cf. Fleury, Hist. eccl. passim. — Daniel, Hist. de Fr., t. I, p. 231.
tionné et en recommandaient fort l'observation. Il s'étendait jusqu'aux parvis des églises, aux maisons de l'evêque y attenant, et à tous les lieux renfermés dans leur enceinte. Cette extension s'était faite pour ne pas obliger les réfugiés à ne pas demeurer toujours dans 'l'église où il leur eût fallu manger et dormir. Ils avaient la permission de faire venir des vivres dans leur asile, et l'empêcher eût été violer une immunité ecclésiastique. C'était aussi une violation grave de ce droit et qui pouvait motiver une excommunication, que de livrer un réfugié à ses ennemis ou à ses juges. Sans doute beaucoup pouvaient abuser, et nous le verrons plus d'une fois, de ce droit crée en faveur des innocents persécutés ; mais de quoi n'abuse-t-on pas ? quelle bonne chose n'a pas son mauvais côté, et combien de fois, si de grands coupables en profitèrent, des âmes pures et injustement poursuivies s'en firent un port de salut, le seul qu'elles pussent espérer !
Le 27 août 542, mourait à Arles, saint Césaire qui en ^.Jior^t^Jesauiicésaiie était évêque depuis plus de quarante ans. On l'avait élevé malgré lui à cette grande charge. A peine en fonctions, il avait établi dans sa cathédrale, dédiée à saint Etienne, le chant journalier, partons les clercs de sa maison, des offices de Tierce, Sexte, et Nonne, en faveur des laïques et des pénitents qui pouvaient y assister, et il voulait que tout le monde y chantât avec eux. Cette même église entendait tous les jours ses prédications, et pour les autres églises de la ville, il composait d'autres sermons qu'il y faisait lire. Né à Châlons-sur-Saône, d'une grande et riche famille, il craignit le monde dès sa jeunesse et se fit moine à Lérins(53) qui était devenu l'école publique de la piété pour les Gaules. Là il prouva si bien son énergie pour les vertus, son amour des saintes lettres, qu'Oonius, évêque d'Arles, pria son Abbé Porchaire de le lui céder pour son clergé («). Bientôt
(a) Ce Porchaire, Abbé de Lérias, dont la fête se célèbre le 12 aoùl à Châlons, n'est pas le même que celui honoré à Poitiers le 5 juin, dont nous parlons aux années 511 , 590 et 600.
revêtu du sacerdoce, il fut, selon le vœu du prélat mort en 541, désigné pour lui succéder et devint Tun des plus illustres évêques de son temps par la sainte austérité de sa vie, sa continuelle vigilance sur son troupeau et sa courageuse patience dans les persécutions. Son Eglise le vit exiler trois fois par les rois Goths qui possédaient PAquitaine, et trois fois son innocence reconnue, lui ramena leur estime avec une plus grande vénération de ses peuples. Il aimait les pauvres, vendit les vases sacrés pour racheter des esclaves ; il présida plusieurs conciles de sa province, se montra doux avec les barbares, pacitique au milieu des guerres, père des orphelins, nourricier des pauvres, ce qui ne l'empêche point d'être la règle vivante de la discipline catholique.
Césaire avait une sœur rehgieuse à Marseille. Ayant construit dans sa ville épiscopale un monastère de vierges, il l'y fit venir, lui en confia le gouvernement sous une règle dont il était l'auteur, et dont le point le plus remarquable lors était d'obliger les religieuses à une clôture perpétuelle. C'est cette règle que nous verrons adopter en 570 par sainte Radégonde pour son monastère de Poitiers. C'est sans doute à cette circonstance qu'on doit le culte de saint Césaire, adopté dans le diocèse d'après le coutumier de Sainte-Croix. On y fait mémoire du saint le 27 août. Episcopat de saint Trois aus après le concile d'Orléans, un enfant du Poitou
Lubm u Chartres. ■•■ ' '
que nous connaissons depuis longtemps, fut appelé au siège épiscopal de Chartres. Toujours renfermé en diverses solitudes qu'il visitait et dont il étudiait les habitudes et la règle, saint Lubin, après la mort de saint Avit en 530, s'était retiré dans une forêt du Perc']e(54) nommée la Charbonnière. Ses vertus et ses miracles engagèrent Eutherius, évêque de Chartres à lui conférer le sacerdoce, et l'abbaye de Brou (55) qui venait d'être fondée. La règle de saint Césaire était alors en grande réputation. Eutherius engagea Lubin à faire le voyage d'Arles pour s'y entretenir avec le saint prélat qui vivait encore. Il s'y achemina avec saint Aubin,
alors Abbé de Tincillac(56). Ayant confié au saint évêque son dessein d'abandonner son abbatiat de Brou pour se retirer à Lérins en qualité de simple moine, il en fut détourné par lui, et retourna vers son monastère pour en reprendre le gouvernement. C'est de là que le roi Childebert, (|ui Pestimait, le tira pour Pélever sur le siège de Chartres, où il fut reçu à la grande joie du clergé et du peuple. C'était en 544. Le nouveau prélat, qui avait obstinément refusé ce poste éminent en prétextant des infirmités réelles, n'en garda que mieux ses habitudes de régularité et de mortification monastiques. Sa vie fut une suite de travaux non interrompus, utiles à son diocèse par ses visites pastorales, à la discipline par son assistance aux conciles. Dieu récompensa dés ce monde sa sainteté, admirée de tous, par le don des miracles : il rendit la vue à un aveugle dans le cours d'une de ses visites pastorales, ressuscita une jeune fille à Châteaudun (57), guérit par l'onction d'une huile qu'il venait de bénir Chaletric, l'un de ses prêtres qui fut son successeur ; et à Paris , où il solennisait la fête de Pâques après la mort de l'évoque saint Eusèbe, le feu ayant pris à l'éghse Saint-Laurent, le saint y alla prier, et l'incendie s'éteignit aussitôt.
Nous avons parlé d'un frère de sainte Radégonde élevé avec elle dans la résidence d'Athies, et qui, avec elle aussi, s'était vu transplanté à la cour de Clotaire après le mariage de sa sœur. Ce jeune prince ne tarda pas à exciter l'envie • des courtisans dont les vertus de la reine condamnaient les Le frère de sainte
T 1 TT -ii-n> 1 ■ • ±- 1 • Radégonde est assas-
mœurs dissolues. Indigne d ailleurs des injustices du roi, siné par ciotaire. dont l'amour maîtrisé par de mauvais conseils commençait à méconnaître les mérites d'une sainte, il supportait mal aussi la conduite de ces favoris ambitieux qui prétendaient servir leurs intérêts avec les passions de leur maître : il se fit donc mal venir de celui-ci qui l'accusa, sans aucune preuve, de vouloir reconquérir la Thuringe. De ce soupçon à un meurtre, il n'y avait pas loin pour un antagoniste aussi injuste que cruel, et le jeune prince fut assassiné.
cour.
Radégondc qui, au milieu de ses grandeurs forcées, ne perdait jamais le sentiment de ses peines de famille, ne put supporter sans un profond chagrin cette perte d'un frère tendrement aimé, en rapprochant ce grief de plusieurs autres, et en dernier lieu de Pavarice tyrannique d'un époux qui, ne reculant plus devant le sacrilège, venait de décréter à son profit un impôt des deux tiers du revenu de chaque église; elle ne sut plus contenir les répugnances qu'elle avait toujours ressenties contre les grandeurs. La reine quitte la Elle avait vlngt-quatro ans; il y avait six ans qu'elle subissait le joug d'une union contractée malgré elle. Spectatrice forcée des dissolutions de ce mari que ses exemples auraient dû ramener vers elle seule, témoin attristée de ses adultères et de ses violences, elle se voyait encore obligée de craindre pour sa' propre vie, puisque ni sa parenté, ni son rang, n'avaient pu protéger celle de son . frère, l'unique joie de son cœur, la seule consolation de ses amertumes. Un dégoût plus profond que jamais de ces contraintes continuelles jet d'incessantes alarmes pour sa piété méconnue et bafouée, s'empara de son âme et lui fit sentir un irrésistible besoin d'abandonner un monde qu'il lui était si bien permis de ha'ïr. Dés ce moment, elle résolut de ne plus se montrer en pubHc que pour se rendre dans les églises ou visiter les pauvres de Jésus-Christ. Clotaire, déjà dégoûté d'elle par le sérieux de sa vie et par les railleries de ses courtisans qui trouvaient en elle, disaientils, plutôt une religieuse qu'une reine, lui montrait d'ailleurs une indifférence aussi grande que son amour avait été sincère et fort. Radégonde n'y vit qu'un motif de plus pour se déterminer à un parti qu'elle ne cessait de convoiter. La vie religieuse lui apparut comme un rempart que Dieu lui préparait contre tant d'orages. Elle fit donc part de ce désir à Clotaire, qui se trouva plus d'une raison pour y consentir, et s'y prêta môme jusqu'à adresser la jeune femme à saint Médard pour qu'elle conférât avec lui de ce projet. Il alla plus loin et n'hésita pas à lui offrir pour
HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOa 399
retraite la terre de Sais dont nous parlerons bientôt. Toutefois ce qu'il y avait de définitif dans ce dessein resta le secret des deux époux, et la reine en quittant la cour, ne sembla avoir aucun autre motif de ce voyage que d'aller à Noyon s'entretenir avec saint Médard, sous les apparences d'une simple visite («).
Sa suite se composait d'un certain nombre de seigneurs Eiie va à Noyon, et
-,■,-, r^i • 1 [irend le voile des
et de gardes dont Clotaire, par honneur pour son rang, mains de saim Médard
avait voulu qu'elle fut escortée. Quand elle arriva dans la
ville épiscopale, le saint évêque, déjà presque nonagénaire,
allait commencer l'Office divin dans son église. La reine
descend de cheval à la porte du lieu sacré, y entre, accourt
vers l'autel où se tenait déjà le pontife et lui demande avec
fermeté et à haute voix sa bénédiction et l'habit religieux.
Médard surpris, objecte le lien indissoluble du mariage et
les lois de l'Eglise, qui ne permettent pas de donner le
voile à une épouse encore engagée. Radégonde déclare
le consentement de son mari, fond en larmes, insiste et
rappelle enfin que son mariage fut une violence. Et pendant
que l'évêque hésite, le clergé et le peuple redoutant son
aquiescement qui les privera d'une reine aimée de tous,
s'écrient et lui persuadent de ne point céder. De leur côté,
les grands de Tescorte royale, craignant que Clotaire ne
leur demande compte de son épouse, menacent le pontife.
Quelques-uns, plus audacieux, vont jusqu'à s'emparer de
sa personne et l'entraînent dans la nef pour entraver la
liberté de ses fonctions. Pendant ce tumulte, Radégonde se
précipite dans le vestiaire, se couvre la tête d'un voile, et
revenant vers le pasteur, elle l'adjure de ne point fermer le
bercail à une brebis dont le Maître souverain lui demandera
compte. A cette parole prononcée avec la dignité d'une
volonté résolue et la majesté de l'inspiration, les grands,
la foule, se taisent stupéfaits et saisis. De son côté Médard
se ranime, il cède à un sentiment nouveau qui le console
(a) Baudonivie, Vita S. Radegond., c. v. — Mabilloii, min, Benedict., c. xxil
en raffermissant, et il consacre Radégonde comme diaconesse. Alors les seignem's eux-mêmes abdiquent leur audace, et deviennent tranquilles spectateurs d'une consécration qu'ils semblent enfin protéger.
Admirables voies de la Providence ! L'union de Radégonde et du roi. Page de vingt-quatre ans seulement qu'avait la nouvelle diaconesse, quand l'Eglise n'en admettait pas avant la quarantième année (58) ; la condescendance de Médard qui pouvait attirer sur lui l'animadversion d'un roi dont la cruauté servait si bien les colères ; tout cela fut oublié : le consentement seul de l'époux délaissé, que la pieuse reine avait justement attesté, parut, aussi bien que ses instances, suffisant à seconder ses larmes. Tant il est vrai qu'il y a souvent dans les choses humaines des lumières inattendues qui deviennent à point nommé pour les saints une récompense de leur habituelle fidélité. Elle se dépouille des A pciuc Satisfaite dans le plus cher de ses vœux, l'auguste
hoaneurs terrestres.
reine, qui ne se regarde plus que comme une pauvre et simple femme, dépose sur l'autel, en témoignage d'un éternel renoncement, sa couronne, ses riches ornements et jusqu'au manteau royal qui la couvre. Elle distribua aux églises pauvres les bijoux nombreux, de formes si variées, dont se paraient les hautes dames mérovingiennes, où les perles, les diamants s'enchâssaient dans l'or, et que les savants étudient aujourd'hui si curieusement dans les musées enrichis des dépouilles des vieux cimetières et des trésors longtemps enfouis par tant de vicissitudes humaines. Elle abandonne d'abondantes richesses aux églises et aux monastères des environs, y visite à la hâte quelques solitaires aux prières desquels elle se recommande ; et afin de ne pas rester exposée aux bizarres caprices d'un maître qui pourrait bien être tenté de la rappeler, elle prend le parti de se cacher au monde.
Nous avons dit que Clotaire, ému d'un mouvement subit de générosité inspiré sans doute par la joie secrète qu'il éprouvait d'une espèce de délivrance, avait donné à
HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 542) 401
Radégonde une terre où elle pût se retenir. Parlons de cette retraite qui va prendre pour nous un grand intérêt.
Les rois mérovingiens s'étaient crée sur le sol de la viiiaïdSrmérï- Gaule un grand nombre de résidences qu'on appelait palais, ™°'^°^' palatia, parce qu'ils y résidaient souvent avec leur cour, mais qui n'étaient pas, à beaucoup prés, établis avec cette magnificence que ce nom ferait supposer aujourd'hui. C'étaient de grandes fermes cultivées par des serfs, d'où les propriétaires retiraient à la fois et des richesses en nature pour l'entretien de leur maison et des impôts pour leur trésor. Des bois ou forêts plus ou moins vaste pour la chasse, des étangs poissonneux, des haras et des pâturages où les chevaux erraient presque toujours sans autre abri que les grands arbres des hautes futaies, prêtaient à la variété des sites et aux besoins de l'habitation. Des troupeaux nombreux y étaient sous la direction d'un intendant qui n'était presque toujours qu'un premier esclave. Ces palais étaient donc moins de véritables maisons de plaisance telles que les Gallo-Romains opulents s'en étaient faites d'abord, que de riches métairies où l'utile l'emportait de beaucoup sur l'agréable. Nos souverains y passaient la plus grande partie de leur vie, continuellement en voyage de l'une à l'autre. Ils s'étaient fait un droit de gîte sur leur route dans les villages, les châteaux et les abbayes où ils étaient défrayés très généreusement : cette hospitalité forcée, et les présents de grande valeur qu'on ne manquait pas d'y ajouter, formaient une portion considérable de leur revenu et de celui des gens de leur suite. Les maisons royales étaient toujours avoisinées de grandes forêts dont la plupart étaient' fort considérables et servaient au plaisir de la chasse, les Francs ayant toujours été fort avides de ce délassement. Pour des hommes dont la guerre était l'aliment, c'était se ménager un moyen de ne pas s'allanguir dans les oisivetés de la paix. Aussi des lois sévères protégeaient les forêts contre les entreprises des serfs qui les gâtaient au besoin pour se procurer du bois., avec d'autant moins
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de scrupules, qu'ils les croyaient inépuisables (^). Mais surtout la chasse elle-même était interdite à tout autre que le roi et ceux qu'il y daignait admettre par une singulière faveur. Des bêtes fauves pullulaient dans ce repaire : le cerf, le daim, le chevreuil, le sanglier, le bufïïe, comme les plaines environnantes abondaient en lièvres, en perdrix, en faisans, également recherchés. On se servait peu de Parc pour chasser la grosse bête; on préférait le javelot et Tépieu, et d'ailleurs, les chiens et les chevaux dressés avec soin, les oiseaux de proie pour le petit gibier, rendaient les prises moins difficiles et plus agréables. Et les grandes forêts Nos grandes forêts de la province voyaient souvent les
de la province.
rois mérovingiens se délasser par de grandes chasses à courre des soucis et des agitations de leur règne. Le moyen âge, qui divisa beaucoup le sol sous le régime de la féodalité, y vit souvent revenir nos comtes, enivrés des aboiements de leurs meutes et des sons de leurs cors et de leurs bouquins. Mais nous les verrons aussi, à partir du viii^ siècle, en donner des portions remarquables à des communautés, soit pour augmenter leurs revenus, soit pour des fondations de monastères et de prieurés. Dans le haut Poitou, dès le vi^ siècle, les forêts de Meulière (59) et de Châtellerault, de Lussac et de Lusignan, avaient déjà leur célébrité. Dans le bocage vendéen, à Vouvant et à Mervent, à Parthenay et dans la Gâtine, se trouvaient de magnifiques sohtudes peuplées de chênes et de châtaigniers qui y formaient d'admirables futaies (*). Ces immensités, sous des noms divers , semblaient n'avoir pas de bornes ; elles ne changeaient de nom qu'à certaines éclaircies de peu d'étendue qui les séparaient, et où de rares et pauvres habitations contrastaient parfois avec des mansions plus riches que le maître de ces grands domaines avaient posées çà ou là, comme lieux de repos, au milieu des fatigues d'une journée
(a) V. Legis Gallicœ, c. xxxv, De Venationibus.
(b) V. Alfred Maury, Histoire des grandes forêts de la Gaule, p. 239,
HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 544) 403
cVéquitation et de combats. Ce sont ces énormes massifs d'arbres séculaires que la civilisation exploita peu après sous la hache des moines, et qui disparurent chaque siècle davantage pour faire place à d'humbles villages, à des villes plus importantes et à des abbayes autour desquels se groupèrent toujours avec empressement les habitations qui prirent d'elles, en se multipliant, leur nom, leurs habitudes, leurs industries et leurs travaux. Clotaire possédait à l'extrémité nord du Poitou une terre La vuia de sais
••■ ^ donnée à saïute Rade-
considérable dépendante d'une de ses villas et choisie dans s^ude. Eiie s-y retire. un des sites les plus riants de l'Aquitaine. C'était la terre de Sais (60). De grands bois, de belles sources en faisaient un séjour tranquille et agréable. Le roi, nous l'avons vu, venait d'en faire la propriété de Radégonde, et c'est là que naturellement celle-ci résolut de trouver une retraite. Elle s'éloignait ainsi du voisinage de Soissons et de la cour qui s'y agitait. Ce refuge avait d'ailleurs pour son ame un attrait que beaucoup d'autres n'auraient pas eu : tout y était plein des récents souvenirs de saint Hilaire et de saint Martin. Donc, en quittant les bords de l'Aisne (61), elle se dirigea vers Tours, qu'elle gagna par la Loire, et s'y arrêta d'autant plus longtemps qu'elle y trouva la pieuse reine Clotilde qui s'y était retirée et s'appliquait auprès du tombeau du thaumaturge des Gaules à effacer par ses prières et sa pénitence les crimes de ses enfants, sujets pour elle d'une si profonde douleur. Les âmes qui pleurent des malheurs communs comprennent mieux leurs amertumes mutuelles : et combien se devaient comprendre ces deux grandes reines qui ne l'avaient été que par une couronne d'épines !
Après avoir laissé de larges générosités à la basilique . venus qu'elle pra« de Saint-Martin, Radégonde y ajouta la maison qu'elle avait habitée à Tours, et y fonda un monastère d'hommes qui, vers 1203, devait être érigé en paroisse sous le nom de Sainte- Croix ; puis elle reprit son voyage. Elle s'arrêta encore à Candes, où saint Martin avait rendu le dernier soupir ; elle
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y pria avec ferveur, et n'étant plus éloignée que de deux lieues du terme de son pèlerinage, elle arriva enfin dans cette chère solitude où, n'ayant plus d'entraves, elle put se livrer à la contemplation des choses éternelles. Là elle se priva entièrement de l'usage de la viande, du poisson, des œufs et des fruits : Ainsi elle commença sa vie de charité et de pénitence qui lui faisait préférer à toutes les œuvres le soin des aveugles et des lépreux, qu'elle aimait à conduire et à panser de ses propres mains. Ce fut le prélude de sa vie religieuse et l'édification de tout le pays w.
Elle demeura ainsi quatre ou cinq ans dans ces religieuses habitudes de perfection pour elle-même, et de charité active pour le prochain. Sa paix n'était troublée en rien dans ce réduit où le bruit des capitales ne parvenait jamais. Et cependant elle n'était pas encore dans les desseins de Dieu, qui la voulait ailleurs. Quand elle pensait le moins à de nouvelles épreuves, elle en vit survenir d'autres au milieu de son abandon héroïque d'elle-même. Clotaire, qu'elle avait bien jugé, eut une pensée de retour vers elle, et voulut la ravoir, par une de ces contradictions dont cette capricieuse Elle fuit devant les naturc était seule capable. Epouvantée de ce dessein qu'elle
nouvelles prelenlions __'■•'■ •"■
de Clotaire. apprit bientôt, la pieuse recluse eut recours à la prière,
redoubla ses mortifications, et fut consolée en apprenant d'un saint homme nommé Jean, qui vivait dans une solitude absolue près de Chinon, que Dieu dissiperait cette tempête, et que le roi renoncerait à son projet. Toutefois, ayant entendu dire que le prince devait venir en Poitou, où il possédait d'autres terres, elle craignit qu'il ne lui prît envie de la voir à Sais, et s'enfuit avec quelques-unes de ses femmes vers Poitiers, où la basilique de Saint-Hilaire pouvait lui offrir un asile inviolable (62). Ce départ eut lieu le 28 février 545. La sainte était demeurée plus d'un an dans sa solitude, tout embaumée quand elle la quitta, des
(a) Baudonivie, Greg. Turon. —M. de Fleury, Vie de sainte Radégonde., p. 56 et 80. — Fortunat, ibid. part. II. c. xiv et suiv.
HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 545) 405
douces vertus dont elle avait donné Texemple, au milieu d'un peuple aussi émerveillé de sa piété que reconnaissant de ses bienfaits.
Quand la sainte femme arriva à Poitiers, saint Pient en Episcopat de saint
, . , . Ti 1 1 . T^ • 1 Pient, XXI* Evèqae.
était déjà le premier pasteur. 11 dut succéder a Daniel entre l'an 540 où nos traditions prétendent qu'il siégea parmi les Pères du quatrième concile d'Orléans (a), et cette année 545 où nous le voyons accueillir sainte Radégonde avec les sentiments d'un respect affectueux et dévoué que la suite ne démentit pas. L'idendité de son nom avec une Pientia dont l'épitaphe datant de la même époque fut trouvée récemment dans l'ancien cimetière de Civaux, indiquerait peut-être entre eux des liens de famille et d'égales dispositions à la piété chrétiennes. Au reste, il était, dit-on, fils d'un des Coustres ou gardiens de l'église cathédrale. C'était alors, et depuis longtemps, une charge inférieure destinée à seconder les fonctions secondaires des diacres. Ils veillaient donc aux soins des choses de l'église, à la bonne tenue des fonts et de la sacristie. Enfin ils avaient la garde des reliques, pour quoi on leur donnait le nom de Martyr arii (c). Ces fonctionnaires n'étaient revêtus d'aucun ordre sacré et pouvaient donc se marier. Le jeune homme y avait été admis à son tour et s'était vu élevé peu à peu au suprême rang par son mérite et sa piété id). Pendant qu'il gouvernait avec autant de zèle que de sagesse son diocèse qui s'étendait de l'Océan à la Touraine et du Berry au Limousin, le Poitou avait pour duc un certain Austrapius qui jouissait de toute la confiance de Clotaire. Ce titre de ^ Austrapius, duc du duc n'était donné alors, et bien longtemps après, qu'aux
(fl) Pctri Malleacensis, Chronic, c. vi. — Besly, Evesq., p. 9.
{h) Mém. des Antiq. de France, 1865, p. 88. — Mém. des Antiq. de l'Ouest, 1863, p. 161.
(c) Cf. Greg. Turon., Hist. Franc, lib. IV, c. xi. — //. Concil. Aiirelian., ann. 533 (Apud Migne, Patrol. M., t. LXXI, col. 276).
(rf) Bolland., 13 januar.
Poitou.
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gouverneurs de rAquitaine, comme celui de comte à ceux du Poitou. On peut conclure de là qu'Austrapius résidait à Poitiers avec l'autorité, sinon le titre, de duc d'Aquitaine. Quoi qu'il en fût, les bonnes dispositions de ce dignitaire secondèrent les desseins de Radégonde qui trouva en lui comme dans l'évêque lui-même un appui qui allait bientôt lui devenir nécessaire.
Note 1
On a beaucoup et souvent contesté l'authenticité de cette charte dont l'existence pourtant n'est pas douteuse , étant mentionnée par tous les historiens. Elle était d'une trop grande importance pour qu'on négligeât d'en parler ici, et quelque altéré qu'ait pu être le texte primitif donné par Bouchet (p. 42 des pièces annexées aux Annales d'Aquitaine de 1743), on ne peut méconnaître, qu'en dépit de ces fausses dates et de ses autres erreurs historiques, elle a des conditions essentielles de son authenticité dans l'énumération des autres domaines appartenant à Saint-Hilaire, et qu'on ne lui a jamais contestés, non plus que Champagne lui-même. A quoi aurait servi un faux matériel, et comment ne pas comprendre que cet acte monumenté dans les archives du Chapitre, a pu être reconstruit de mémoire et par les souvenirs de quelques-uns de ses membres qui l'avaient pu lire souvent lorsque les ravages de la guerre ou les incendies ne l'avaient pas encore oblitéré ou détruit? Cette charte était fondamentale puisqu'elle établissait l'origine, en quelque sorte royale de l'abbaye : on devait s'empresser de la rétablir aussitôt que possible. Mais cet empressement même et le nombre des personnes y apportant leur témoignage, ont dû jeter certaines confusions dans ces reprises. De là, sous la plume d'un rédacteur qui n'était rien moins que contemporain, des aberrations qui n'effacent pas certaines traces de vérité incontestable quant à certains détails. Ainsi on y parle de ladite charte comme donnée au concile d'Orléans par Clovis en 521. Il est certain qu'il n'y eut pas de concile à Orléans cette année-là; mais il y en eut un qui y commença le 10 juillet 511, et Clovis ne mourut que le 17 novembre suivant. La fausse date est donc évidente, mais on voit bien qu'en reconnaissant ici une erreur de chiffres le reste demeure acceptable , et les maladresses des copistes n'infirment point le fond de l'acte qu'autorise très bien au contraire, outre des traditions non interrompues, la possession immémoriale de Longré par le monastère de Poitiers.
Ceux qui ont voulu que saint Maixent eût été insulté par les soldats d'Alaric et non par ceux de Clovis, en objectant que ceux-ci avaient des ordres très sévères de respecter les personnes et les propriétés ecclésiastiques, ont ici la preuve que Clovis lui-même malgré la sévérité de ses défenses supposait toujours qu'on aurait pu y manquer. Il savait les entraînements de la guerre, et comme certains vainqueurs sont portés à se conduire dans un pays conquis. Tout le contexte des historiens indique d'ailleurs que l'opinion la plus suivie est ici la meilleure.
Note 3
Exireuil, Exirolium, bourg de 1,100 âmes, du canton de Sainte- Néomaye, avec une église paroissiale de Saint- Vincent dont les principaux caractères attestent une œuvre du xii® siècle. Sa fondation primitive ou sa reconstruction à cette dernière époque, venait peutêtre d'un évêque de Poitiers, car c'était l'Ordinaire diocésain qui y pourvoyait de plein droit d'après le Fouillé du xiv^ siècle. Exireuil est dans une plaine riante que fertilise le ruisseau du Puits-d'Enfer. Ce nom lui est venu de son voisinage avec un gouffre de 20 mètres de profondeur, formé près du village par une cascade dont les eaux s'y précipitent. En hiver le ruisseau se change parfois en un rapide torrent qui se déchaîne sur la partie méridionale de la commune. Sa source est dans une gorge formée non loin de là au milieu de la chaîne de collines qui, se prolongeant des Cévennes à l'Océan, traverse le département des Deux-Sèvres, et va à une petite distance joindre ses eaux à celles de la Sèvre encore peu importante.
Note 4
Taillebourg, Tabellicunij 7(36e6Mr^MSj gros bourg de 1,000 habitants sur la Charente, à 3 lieues Sud-Ouest de Saint-Jean-d'Angély, où saint Louis défit, en 1242, les Anglais de Henri III, que secondait Hugues de Lusignan (X'= du nom), comte de la Marche et d'Angoulême. Taillebourg est du canton de Saint-Savinien, arrondissement de Saintes (Charente-Inférieure).
Note 5
Calendrier manuscrit de la cathédrale, p. 227. (Notre bibliothèque.)— La raison que donne Besly, savoir que ce nom d'Antoine ne se trouve pas dans la nomenclature épiscopale donnée par le Grand- Gauthier j ne nous semble pas d'une grande force contre
le consentement général de nos chroniqueurs, qui nomment Antoine dans toutes leurs listes.
Note 6
Adelphius, Episeopus de Rathiate. Ce lieu qu'on croit aujourd'hui représenté par le bourg de Rezé, était, dit un auteur du temps, à 8 milles de Déas, petite ville et monastère bâtis par les moines de Noirmoutier au ix® siècle, sur les bords du lac de Grand-Lieu, au pays d'Herbauge. Cette distance de 8 milles a fait hésiter à croire que le Ratiatam fut notre Rezé, parce que ces 8 milles ne feraient guère que 4 lieues, et il y en a plus de 6 de Rezé à Grand-Lieu, qui est l'ancienne Déas. Mais la distance réclamée ne serait pas aussi considérable; car le mille romain comprenait 1,500 mètres à peu près, ce qui donnerait bien les 6 lieues avouées ici. Nous aurons occasion de revenir sur Rezé.
Note 7
On en compte jusqu'à vingt siégeant en cette qualité au premier concile de Nicée en 325.
Note 8
Nous aurons bientôt occasion de revenir sur ce fait en parlant du premier concile d'Orléans. Mais dès à présent nous pouvons citer, quant à notre diocèse, l'exemple de saint René, prétendu évêque d'Angers, mort en 639 à Sorrento, au royaume de Naples. Il n'était probablement qu'un évoque régionnaire de l'Anjou, qu'il n'eût point quitté pour aller prendre si loin la conduite d'un autre troupeau, s'il y eût été attaché par des liens que les canons rendaient indissolubles. (V. Fleury, 1. IV, n"^ 25 et 58.) Cf. notre Dissertation sur les ChoréoêqueSj où nous établissons les rapports et les différences qui existaient entre ceux-ci et les archidiacres.
Note 9
Saint Pierre Damien, évêque d'Hostie, écrivit au xi^ siècle, d'après des documents que semble n'avoir pas eu Grégoire de Tours, l'histoire de la découverte des reliques de saint Hilaire. (V. saint Hilarii, opp.^ c. xi, in-f°. Ed. Benediet.)
Note 10
Cette circonstance prouve très bien que depuis longtemps on les avait perdues de vue, ce qui n'avait pu se faire qu'après de longues années de contraintes et d'oubli. La présence des Wisigoths inter-
disait les pèlerinages d'abord si fréquents; la dévotion locale était impossible, n'ayant plus de rendez-vous commun. Tant de causes avaient contribué pendant près d'un siècle à effacer l'influence de ce que la population catholique avait le plus aimé. — Lecointe, et après lui Dufour, prétendent que les faits racontés ici sont douteux [Annal, eccles. Franc. , t. I, p. 256. — Dufour, Ilist. génér. du PoitoUj p. 127) « parce que le récit du biographe ne repose que sur le témoignage verbal de quelques moines de Saint-Hilaire. » Singulier raisonnement qui exclut d'un procès les témoins occulaires ! Avec des arguments de cette force, le fondement dé toutes les histoires se trouveraient ébranlé.
Note 11
Bouchet, Annal. d'Aquit., ï° 25. — Notre Dissertation sur l'origine de l'église de Saint-Hilaire. — Bullet. des Antiq. de l'Ouest^ t. VIII, p. 183.
Note 12
• Saint Pierre Damien, in cap. opp.^ S. Hil.j apud D. Constant. — Grég. de Tours désigne souvent cette église sous le nom de basilique, ce qui suppose un monument remarquable.
Note 13
En 1870, quand on commença les opérations préliminaires de la nouvelle restauration de cette même église, on découvrit sous le choeur une sorte de crypte, pratiquée au niveau de la grande nef, et dont l'appareil et l'ornementation lapidaire remontaient à l'époque gallo-romaine. En rapprochant ces détails de ce que nous avons vu de la sépulture de saint Hilaire, de celle de sa femme et de sa fille, on se persuade aisément que l'église du xi"^ siècle ayant été reconstruite, selon les i)rescriptions liturgiques, sur les fondements des églises antérieures, cette crypte a pu être, du moins en partie, celle où le saint docteur fut déposé après sa mort, qu'on avait murée après sa translation au Puy, pour la soustraire aux profanations normandes de 817, et qu'on aura respectueusement conservée dans l'église commencée en 1030 et consacrée en 1049, d'après la Chronique de Maillerais. Bouchet mentionne que le lieu qui reçut, en 510, les reliques retirées de la VoidCj était au milieu de l'église^ ainsi qu'il avait été révélé à saint Fridolin. Ce sont autant de raisons pour respecter encore ce lieu dont la restauration fut terminée en 1875, en dépit des inconcevables prétentions qui pouvaient faire oublier à quelques personnes de telles convenances archéologiques et religieuses.
Note 14
C'était l'île où saint Martin s'était retiré pendant l'exil de saint Hilaire. (V. nos Vies des saints de VEglise de Poitiers.)
Note 15
Thibaudeau, Histoire du Poitou^ I, 37, 2* édit., appelle ce neveu Scotigene, sans s'apercevoir que ce nom est moins une appellation qu'un indice d'origine, et signifiant ici né en Irlande ou en Ecosse^, les peuples de ce pays étant sortie de l'Hibernie, pour se fixer dans la partie septentrionale de la Grande-Bretagne. Au moyen âge, on ne distinguait pas entre l'Ecosse et l'Irlande.
Note 16
La Ligurie était cette ancienne portion de la Gaule cisalpine qui correspondait alors au territoire de Gènes et du Piémont, entre les Alpes, la Méditerranée, le Pô, et l'Arno qui la séparait de l'Etrurie.
Note 17 Coire, ancienne Curia Bhœiorum, en Suisse, canton de Grisons.
Note 18
Le mot Guyenne fut très anciennement une corruption à^ Aquitaine et s'employa dans le même sens, depuis la formation de la langue française, vers le xiii*^ siècle. (V. Besly, Comt. de Poict., 2'^ partie, p. 5.)
Cette jeune personne est honorée à Saint-Flour comme sainte le 7 juin. Il ne faut pas la confondre avec une autre du même nom, honorée le 28 juin, ce qui a fait croire à Dufour que les deux manuscrits cités plus haut pouvaient être suspectés. (V. Hist. générale du Poitou, p. 65.) Cette dernière d'ailleurs n'était que l'homonyme de la fille de Clovis, et quelques obscurités que les historiens aient laissées sur l'ensemble des faits qui se rattachent à la fondation de Saint-Pierre-le-Vif, il est certain que ce monastère, indiqué sous des dates d'origine très variées, remonte, selon quelques-uns, au-delà de l'an 507. (Mas-Latrie, Monastères de France, dans V Annuaire historique de 1838), ce qu'on croira toutefois assez difficilement, puisque Clovis, né en 465, n'aurait pu avoir, en 507, qu'une fille de quatorze ans, s'étant marié en 493. A quoi l'on pouvait encore objecter que cette fille serait née avant le mariage de Clotilde qui
n'aurait pas été sa mère, non plus qu'elle ne l'était de Thierry, premier fils de Clovis. Quoi qu'il en soit de ces difficultés, les monuments écrits que nous citons ici de Saint-Pierre-le-Vif ne paraissent point réfutables, et sauf l'incertitude toujours constatée sur quelques dates, il faut s'en rapporter à eux sur le fond historique.
Note 20
La terre donnée par Basol est désignée dans les chartes que nous suivons sous les noms de Maurieium Vieum in Alvernia, etc., et de Mauriciaeum que nous croyons fautif. Un autre manuscrit de Saint- Pierre de Sens, dit mieux, selon nous, Mauriacurrij car c'est le seul monastère d'Auvergne qui date de 511, et qu'on puisse traduire par Mauriac, devenu aujourd'hui une sous-préfecture du Cantal. C'est en 824 que l'archevêque de Sens, Jérémie, construisit cette église à la prière de Frodebert, abbé de Saint-Pierre-le-Vif, à qui appartenait le terrain de la chapelle. Besly {Dues de Guyenne sous la première lignée^ à la suite de ses Comtes de Poitou^ p. 9) prétend que l'évêque fondateur de cette église lui donna le nom de Noviaeum. Nous nous garderons bien de le croire, car il est plus probable que ce mot Noviaeum, étant gallo-romain, avait précédé au contraire l'érection d'un monument du ix^ siècle.
On doit croire que l'évêque titulaire de Poitiers ayant été exilé au loin, où il sera mort sans laisser de souvenirs, Adelphius qui n'était que chorévèque se sera retiré vers les confins du diocèse d'où il gouvernait tout le territoire, et toujours prêt à passer dans une autre province si la persécution le poursuivait dans le poste qu'il avait choisi.
Note 22
C'est pourquoi sans doute Besly (Eoesq. du Poiet.) n'a pas mentionné Adelphius parmi nos évêques. Il est d'ailleurs très vrai que les historiens n'ont fait qu'embarrasser la question par les versions diverses qu'ils ont données sur le fameux texte de Civitate Ratiatica, Episeopus de Ratiate, etc. On se demande comment ces versions si explicites, quoique si différentes, tirées des manuscrits de Pithou, de Corbie, de Rlieims et d'ailleurs, sont contredites si nettement par celles de Sirmont {Concilia Gall., I, 177, et de D. Bouquet (Hist. Rer. gall., IV, 104). Ces deux dernières élaguent toute difficulté, puisqu'elles portent : Adelphius, Episeopus ecelesiœ
Pietavorum, suseripsL — Mais pourquoi ces contradictions entre des sources également sérieuses, et comment ne pas reconnaître que les ouvrages imprimés que nous citons ne peuvent pas valoir, quant à leur version un peu arrangée d'après l'idée personnelle des doctes écrivains, le texte original des quatre ou cinq manuscrits du moyen âge? Au reste, une singulière analogie se rencontre quatre siècles plus tard. Un Archambaud de Parthenay, qui d'Abbé de Saint- Maixent était devenu archevêque de Bordeaux en 1044, revint à Saint-Maixent en 1059, et on le voit signer cette année ArchambalduSj archiepiscopus de Saneto Maxentio. Ceci ressemble on ne peut mieux à Y Adelphius episcopus de Ratiate^ et comme Archambaud qui, de Saint-Maixent signait archevêque n'était plus sur son Siège, Adelphius aussi pouvait bien, étant d'ailleurs revêtu réellement du caractère épiscopal, signer à Orléans en qualité d'évêque habitant à Rezé, ce qui n'est pas la même chose qu'eoégae de Rezé. (V. Gall. christ., t. II. Eeeles. Pictav. — Baudry, v° Archambaud.)
Note 23
« Asclepius presbyter, pro Adelphio Episcopo Pictavensi. » (Lecointe, Annal. Eecl. Franc, ^ I, 402.)
La paroisse d'Andillé, Andilliacuni^ localité de l'époque celtique, commune du canton de la Villedieu, à 3 lieues Sud de Poitiers, a pour patron saint Agapit, dont elle célèbre la fête le 18 août. Ce vocable s'explique bien par le voisinage de Voulon qui avait le patronage de saint Maixent; et ce serait une preuve de plus que Voulon fut bien le berceau du monastère. Cette commune se forme de l'ancienne paroisse d'Andillé et de celle des Roches-Prémary, qui lui fut réunie en 1819. Ce lieu a eu pour premier nom Pratum maledietum, qu'on trouve en 1119 et en 1320. C'était alors une simple chapelle dans la paroisse de Nieuil-l'Espoir. Au xV^ siècle, on lit les 'Rocher- Prémalies ou Prémaries ; enfin , au xvi®, c'est Prémary comme aujourd'hui. Depuis 1634, une chapelle de saint Nicolas y était desservie par un vicaire perpétuel de la Trinité de Poîtiers, qui avait la seigneurie et la haute justice du lieu. — Andillé relevait, avant 1790, de l'archiprêtré de Lusignan et de la châtellenie de Château- Larcher. On ne dit pas pourquoi cette paroisse est indiquée dans un acte de Montierneuf de 1537, comme ayant pour vocable saint Eutrope. La cure, qui avait perdu son titre, l'a repris en 1843. Elle dépendait autrefois du Prieuré de Ligugé, dont le titulaire y nommait.
Note 25
On voit comment, d'après ces nouvelles données, doivent se modifier les idées reçues jusqu'ici sur la fondation au v<^ siècle du monastère et de la ville de Saint-Maixent dans la forêt de Vauclair. Ces données sont appuyées sur les préliminaires et sur les suites immédiates de la bataille de Voulon. En ce qui concerne saint Agapit, nous-mêmes avions admis les récits consacrés jusque-là dans nos Vies des Saints de l'Eglise de Poitiers,, parce que alors nous n'avions pu étudier les documents qui aujourd'hui nous paraissent seuls admissibles. Une raison de plus pour cette nouvelle opinion, c'est que, entre saint Maixent mort en 515, et l'évèque Didon qui cesse d'être Abbé en 626, c'est-à-dire à cent onze ans d'intervalle, on ne trouve aucune mention des chefs intermédiaires de la communauté. Et comme nous ne voyons pas qu'en parlant de Didon, on lui ait jamais attribué la translation de la famille monastiques des bords du Clain à ceux de la Sèvre, il faut en conclure que le souvenir de cet événement s'est effacé dans les obscurités d'une époque sur laquelle il ne nous reste aucuns renseignements historiques. Voilà pourquoi et comment nous nous mettons ici en contradiction avec tous les historiens adoptés jusqu'à présent, mais que d'autres pourtant avaient contredits avant nous.
Note 26
V. D. Rivet, Hist. litt. de la France, ad ann.j 515. — Une singulière dérivation, quoique très régulière, du nom d'Adjutor, s'est faite chez nous, à une époque inconnue, mais très ancienne. Ce nom, qu'on rencontre dans les vieux Fouillés diocésains comme s'appliquant au même personnage que Maixent, a été traduit depuis le xiii*^ siècle par Ustre^ et Saint-Ustre est le même vocable que Saint- Adjuteur, de sorte qu'une petite paroisse de Saint-Ustre, réunie à Ingrande, dans l'archiprêtré de Châtellerault, laquelle n'avait que cinquante communiants et relevait de l'évèque avant 1789, a réellement son nom de lieu parfaitement identique à celui de saint Maixent, qui en est le patron au 25 juin. C'est le sentiment de M. Beauchet-Filleau, dans le Pouillé du diocèse de Poitiers^ p. 399. — Mais M. Redet [Mém. des Antiq. de l'Ouest, \m, 328) affirme que ce saint Ustre, tout en étant traduit d'Adjutor, était le nom d'un saint moine de Tiron au diocèse de Chartres. — Chastelain en place un au 26 juin à Clermont-Ferrand, sous le nom d'Adjudon. Quoi qu'il en soit, il y a bien des probabilités que le saint Ustre réuni à Ingrande soit quelque fondation de l'abbaye voisine de Saint-Maixent, et par conséquent s'applique bien au saint patron qui lui est propre.
Note 27
Saint-Saturnia possédait en bénéfices quatre chapellenies dont une de Sainte-Madeleine, annexée à la cure. Le seigneur de Saint-Maixent, dont les ancêtres en étaient fondateurs, y nommait sur la présentation de deux sujets par l'hôtel-de-ville. Par la même raison, l'abbé,, curé primitif, présentait le curé qui devait le remplacer comme une sorte de vicaire. Saint-Saturnin avait une population de 1,500 âmes.
Note 28
Partie de la Gaule narbonnaise, appelée la Première et qui comptait sept villes principales : Agde, Béziers, Lodève, Maguelonne, Nimes, Toulouse et Uzès. Elle comprend aujourd'hui le département de l'Aude, des Pyrénées-Orientales, et une partie de celui l'Hérault. C'est de ce dernier qu'est devenu chef-lieu la ville d'Agde, Agatha, peuplée de 8,000 âmes.
On remarquera par d'autres exemples que ces premiers couvents dédiaient leur église principale au saint Précurseur, regardé, à cause de sa vie de prédication et do pénitence dans le désert du Jourdain, comme le patron des solitaires, destinés aussi à répandre la parole divine. L'église de Marnes est encore sous le vocable de saint Jean-Baptiste.
Note 30
Saint-Jouin-de-Marnes est maintenant un bourg de 1,300 âmes du canton d'Airvault (Deux-Sèvres). Les vieux titres le nomment en latin Sanctus Jovinus de Marnis. Saint-Jouin est baigné par la Dive du Nord, et son église abbatiale est une des plus remarquables des Deux-Sèvres, sauf les restaurations dont elle a grand besoin...
Note 31
Aujourd'hui Saint-Généroux, bourgade de .5 à 600 âmes dans le canton d'Airvault, à l'Est et à 4 kilomètres de Saint-Jouin-de-Marnes. — Le droit de présentation à ce prieuré appartenait à l'Abbé de Saint-Jouin, et le roi, depuis le concordat de 1516, conférait le bénéfice. {Fouillé de PoitierSj 1782.) Son église, qui était fortifiée, fut la seule qui échappa dans ce pays aux ravages des Normands, contre lesquels les habitants du bourg se défendirent avec autant de succès que de courage.
Note 32
Cette dignité a été donnée d'abord par Auguste et confirmée par ses successeurs à quelques grandes familles gauloises qui avaient, en certaines villes principales, comme à Poitiers, à Tours, à Clermont, une sorte de prérogatives et de fonctions qui les rapprochaient des sénateurs de Rome, sans qu'il y eut en cela aucune affiliation à la dignité de ceux-ci. (V. Longueval, Hist. de VEg. gallie.j I, 162.)
Note 33
Le célérier parmi les moines était celui qui avait pour principal office le soin du temporel, et qui était comme le Père nourricier du monastère.
Note 34
Ville de Normandie qui était de l'ancienne Gaule lyonnaise, et déjà épiscopale depuis un siècle au temps dont nous parlons. C'était le Constantia castra des Romains. Aujourd'hui évêché de la métropole de Rouen^ et sous -préfecture du département de la Manche. Elle a 10,000 âmes.
Note 35
Avranches, l'ancienne Ahricœ^ AbrineatcSj d'abord Ingena, dans la seconde Lyonnaise, à 2 kilomètres de la Manche. Cet évêché, qui datait du commencement du ii° siècle, fut supprimé en 1790 par les réformateurs constitutionnels qui prétendaient ramener les usages de \a, primitive église. Son territoire fait aujourd'hui partie de celui de Coutances, et Avranches avec ses 6,000 âmes n'est plus qu'un chef-lieu d'arrondissement de la Manche.
Note 36
Ce faubourg nous paraît être celui de Saint-Saturnin, comme se rapprochant plus, au sud de la ville, du monastère de Nouaillé.
Note 37
Mont-Vinard est le même nom que Sainl-Genard ou Saint-Genou, solitaire qui vécut dans ce même lieu au m'' siècle, et dans lequel une tradition locale veut retrouver le Zachée de l'Evangile, qui serait venu là passer les derniers jours de sa vie. Il est vrai que la même prétention se rattache au célèbre pèlerinage de Roc-Amadour, dans le Quercy. Mais quoi d'impossible à ce que le saint solitaire fût venu évangéliser notre pays après s'être arrêté dans cette dernière province où il serait retourné pour y mourir ? Pour peu qu'on connaisse cette
avidité de prédication dans les cénobites de ces premiers siècles, on changera facilement ces difficultés apparentes en des conjectures réellement très bien fondées sur la nature des choses.
Le Miosson, Mileione, Miltio, MiltiunSj petite rivière qui a sa source dans une vallée au Sud de Gizay, canton de la Villedieu (Vienne), et va se jeter dans le Clain, vis-à-vis et à l'Ouest de Saint-Benoit-de-Quiuçay.
Note 39
Ascoli, petite ville d'Italie, dans les Etats de l'Eglise, à 8 ou 9 lieues Sud d'Ancône.
Note 40
Vaison, Vasio, ancienne ville de la province Viennoise, capitale des Vocontiij et dont les ruines s'étendent encore sur 3 ou 4 kilomètres du sol, où elle n'est plus qu'un chef-lieu de canton de 2 ou 3,000 âmes, dans le département de Vaucluse.
Note 41
Arles, Arelate, Arelas, ville de 25,000 habitants, ancienne métropole de la Province romaine (Provence), et sous-préfecture des Bouches-du-Rhône. C'était une des villes les plus considérables de la Gaule narbonnaise. Elle fut beaucoup augmentée par César, et devint assez importante pour être appelée la Rome de la Gaule.
Note 42
Vers l'endroit où se trouve aujourd'hui la ville de Châteaudun (Eure-et-Loir).
Note 43
Novigentum, d'après Aimoin. Ce village de Saint- Cloud est devenu une ville de 2,000 âmes du département de Seine-et-Oise, après avoir été un duché-pairie des archevêques de Paris. Un superbe château y appartenait à la couronne de France. Les Prussiens l'incendièrent avec une partie de la ville pendant l'invasion de 1870.
Note 44
Saint-Claud est un chef-lieu de canton de l'arrondissement de Confolens (Charente). Une assemblée célèbre s'y tenait avant 1789, reste d'un pèlerinage très fréquenté.
Note 45
Le Beaulieu dont il s'agit ici est Beaulieu-sous-Parthenay, cantoa de Mazière (Deux-Sèvres). Cette paroisse est sous le vocable de saint Benoît et a 900 habitants. C'était un ancien fief du château de la Meilîeraye qui appartenait en 1403 à la maison de Liniers et devint plus tard la propriété du célèbre maréchal grand maître de l'artillerie sous Louis XIV. C'est dans la chapelle de ce château qu'était la chapellenie de Saint -Cloud appelée dans le pays de Saint-Clouaudj et dont le seigneur du lieu avait la présentation.
Raslay, Raleium,, en 1125, village de 300 âmes, relevant jadis de l'Abbaye de Fontevrault et qui était avant 1790 comme aujourd'hui des commune et paroisse de Morton, canton des Trois- Moutiers (Vienne). Son église était de Notre-Dame. Il n'y a plus à Raslay qu'une maison et une chapelle isolée dédiée à saint Aventin, un des compagnons de saint Thomas de Cantorbery quand il se réfugia en France.
Quant à la Chapelle-Moulière, ainsi appelée de ce que son territoire comprend une portion de la forêt de ce nom c'est un chef-lieu actuel de commune du canton de Saint-Julien-Lars au nord-est de Poitiers. Le lieu et l'église de Sainte-Madeleine en avaient été donnés à l'abbaye de Moutierneuf lors de sa fondation en 1075, par Guy -Geoffroy (Guillaume VIII), duc d'Aquitaine et comte de Poitiers. Ce devint à la fois une cure et un prieuré qui firent partie de l'archiprêtré de Morthemer. La chapelle de Saint-Cloud y était à la nomination de l'évêque. Aussi bien qu'une maladrerie ou hôpital fondée au xv*^ siècle par un des prieurs qui étaient seigneurs du lieu.
Note 46
L'Austrasie. C'était de ce vaste pays que les Francs étaient partis pour leurs envahissements des pays occidentaux. Ainsi, VAustrasie était la France orientale, comme l'indique son nom. Les habitants de l'Austrasie sont appelés Austrasii dans Grégoire de Tours, et ce nom s'applique alors surtout au peuple de la Champagne rémoise. Metz en fut presque toujours la capitale. La Neustrie^ qui jouera un rôle non moins important et tout parallèle dans l'histoire des temps mérovingiens, tirait son nom par corruption de celui de Westria, ou partie occidentale. Soissons, Paris et Orléans en furent tour à tour les capitales. (V. Mallebranche, Géograph..., I, 341. — Lougnon, Géographie de la Gaule au VI^ siècle, p. 103. — L'Austrasie avait
éprouvé de fréquentes modifications de son territoire aux vi^ et vu* siècles, par suite des guerres fréquentes qui s'y renouvelèrent. Vers 680, elle pénétrait jusque dans la première Aquitaine qui avait Bourges pour capitale, et possédait vers le midi Nevers, Autun et Châlons-sur-Saône, dont les historiens appellent souvent le territoire VAuslrasie aquitanique.
Note 47
La Thuringe était au vi'' siècle un pays enclavé dans la Germanie, à TEst de la Gaule supérieure, et séparée d'elle par le Rhin , qui prend sa source dans ses montagnes méridionales. Du temps de sainte Radégonde, ce petit royaume, qui appartenait à son père Berthaire, avait 90 lieues du Nord au Sud, et à peu près 70 dans la plus grande largeur de l'Est à l'Ouest. Il était borné au Nord par la Saxe, au Sud par la Bohême, à l'Occident elle avait les Ripuaires avec les villes considérables qu'arrosait le Rhin : Worms, Spire, Mayence, Cologne; au Levant elle s'arrêtait devant l'Elbe, qui lui vient des confins de la Silésie et de la Bohême et remonte, en traversant la Saxe , jusqu'à l'Océan septentrional , où il se perd entre la Suède et les îles britanniques. Aujourd'hui la Thuringe forme la partie Est du royaume de Hanovre, et appartient à la Prusse depuis l'envahissement de toute l'Allemagne par cette puissance en 1870.
Vers 527, le roi de Thuringe Bazin avait laissé par sa mort son royaume à ses trois fils Berthaire, Baldorie et Hermanfroi.
Note 48
Athies, à 8 kilomètres au Sud de Péronne, sous-préfecture de la Somme. Cette villa royale avait été bâtie sur l'emplacement d'un vieux camp romain. (V. Bulletin monumental, t. XXXII, p. 871 et suiv.) C'est aujourd'hui un simple chef-lieu de commune du canton de Ham. — Son érection en commune date de 1212, par une charte de Philippe-Auguste.
La Somme, Samara, Somonaj prend sa source dans Ja cour d'une ferme nommée Fervagnes, au département de l'Aisne; elle traverse tout le département de son nom et va se perdre dans la Manche, entre le Crotoy et Saint- Vallery-sur-Somme, dans l'ancienne Picardie.
Note 50
Noyon, Noviodunumj ancienne ville gauloise du territoire de Nohan , sur la Verse et au penchant d'une colline. Saint Médard en
était le quatorzième évêque, ce qui fait remonter ce siège jusqu'à la fin du iii^ siècle ou au commencement du Iv^ Il fut supprimé en 1790. — Belle et forte à cette époque, cette ville n'est plus qu'un chef-lieu de canton de 6,000 âmes du département de l'Oise.
Note 51
Orléans, ancienne Genabunij, prit son nom actuel de l'empereur Aurélien, qui régna de 270 à 275. Ce fut donc Aurélianum, dans la quatrième lyonnaise. C'est l'ancienne capitale de l'Orléanais, peuplée de 45,000 âmes, et chef-lieu de préfecture du Loiret.
Note 52
Daniel, Episcopus Ecclesiœ Pictaviensis eonseripsit et suseripsit. (Besly, Evesq. de Poitiers, p. 8).
Note 53
Lérins. Ce sont deux petites iles de la Méditerranée, voisines d'Antibes, dans cette partie de la Provence qui forme le département duVar. L'une de ces îles s'appelle S'^-Marguerite, l'autre S'-Honorat. C'est dans cette dernière qu'une abbaye fut établie vers 410 par un saint Honorât qui, riche et puissant, avait fui le monde pour s'y vouer à la vie érémitique. Ce monastère acquit en peu de temps une grande célébrité. On y suivit d'abord la règle de saint Colomban, puis, à partir du vu® siècle celle de saint Benoit. Il y eut à Lérins jusqu'à trois mille cinq cents moines. Cinq cents d'entre eux souffrirent la mort de la part des Sarrazins lors de leur invasion que ceux-ci y firent en 731.
Le Perche, Pertieum, petit pays qui tient de la Normandie et du pays Chartrain, aux départements de l'Orne et d'Eure-et-Loir. Le sol y est couvert de grandes forêts.
Note 55
Brou, Breiacum. Cette abbaye date à peu près de 530 et fut établie en l'honneur de saint Roman au diocèse de Chartres et y devint un prieuré de Saint-Père. C'est maintenant un chef-lieu de canton de 3,000 âmes sur l'Ozane (Eure-et-Loir), qu'il ne faut pas confondre avec un autre Brou du département de l'Ain, renommé par sa belle église du xv^ siècle.
Note 5G
Ce lieu, nommé dans les auteurs du temps Tinciliacufrij était d'après Longueval, non en Bretagne où on l'a confondu avec Tinteniae, chef-lieu de canton d'Ille-et^Vilaine , mais sur la route qu'on tenait de Poitiers à Angers, on ne sait plus où. Le P. Luchi, dans ses notes sur Fortunat (Migne , col. 173, 482 et 350) écrit Tineillacense monastorium.
Note 57
Châteaudun , Castellodunum , qui tire son nom de la position élevée qu'occupe son ancien château sur la rive gauche du Loir. Cette petite capitale de l'ancien Dunois a 6,000 âmes et est une des sous-préfectures d'Eure-et-Loir.
Note 58
Saint Paul, dans sa première épître à Thimothée, c. v, exige soixante ans des veuves qu'on voulait élever au rang de diaconesse. — Théûdose, par un décret de 390, renouvela cette prescription. (Sozomène, Hist. eccl.j )ib. VII, c. xvi). En 451, le concile de Chalcédoine imposa dans son quinzième canon la limite extrême de quarante ans, vu le nombre de diaconesses devenu nécessaire par l'extension de l'Eglise. — Observons ici que ni saint Médard, ni sainte Radégonde, ne manquaient à cette règle, qui n'était pas encore généralement observée dans cette partie de la Gaule.
Note 59
La forêt de Moulière, ainsi nommée des pierres meulières qu'on y exploita pendant longtemps, est restée domaine de l'Etat. Elle n'a plus qu'une superficie de 3,435 hectares sur les communes environnantes de la Chapelle -Moulière, Lavoux, Bignoux, Montamisé, Saint-Georges, Dissayet Bonneuil-Matours. Dom Fonteneau nous a conservé sous la date de 826 un diplôme de Pépin P"", roi d'Aquitaine, qui fut signé par ce prince en faveur de Sainte-Croix, dans le palais bâii au milieu de la forêt de Moulière. Les autres forêts dont nous parlons ici n'étaient pas moins fameuses par leurs chasses royales.
Note 61
L'Aisne, Axona, qui traverse Soissons, prend sa source dans le département de la Marne, et se jette dans l'Oise au-dessus de Compiègne.
Note 60
Baudonivie, Vit. S. Radeg.j c. v. — Saisg est devenu depuis le temps même de la sainte une paroisse qui releva jusqu'en 1790 de l'abbaye de Sainte- Croix de Poitiers, aussi bien que ses vastes communaux. Elle est la dernière de celles" du diocèse confinant à l'Anjou, dans l'archiprêtré de Loudun et du canton des Trois- Moutiers, et n'a pas plus de 3 à 400 âmes. Son nom primitif semble avoir été Saodis, de Seis^ et Suodus. (V. Greg. Turon.) Après la mort de sainte Radégonde, un monastère fut bâti sur l'emplacement de la maison royale ; on le fortifia plus tard, sans doute contre les incursions des Normands. Son église actuelle indique une reconstruction du XI'' siècle dont la nef fut refaite au XIII^ Cette maison ne fut pas un de ces grands palais où nos premiers rois aimaient à résider une portion de l'année : elle était simplement une forme dépendante du palais de Candes, qui en était proche. (Dufour, Hist, gén.j p. 1 18.)
C'est dans ce trajet que serait arrivé ce que le peuple du pays a nommé, d'après une tradition fort ancienne, le Miracle des avoines. On racontait qu'à une petite distance de Sais, sainte Radégonde sentant que le roi la suivait de près, avait prié un laboureur rencontré dans un champ voisin de la route de dire, si le roi s'informait à lui de son passage, qu'il n'avait vu personne depuis qu'il avait ensemencé son champ, et aussitôt la sainte fugitive obtenait de Dieu que l'avoine ensemencée en ce moment même crût et s'élevât de manière à lui former un abri où elle fut soustraite aux recherches. Le roi n'aurait pu méconnaître ce qu'avait de merveilleux un champ d'avoine déjà mur dans la saison où il aurait été à peine semé, et reconnaissant à cela la volonté manifeste de Dieu, aurait abandonné sa poursuite, ce qui laissait à Radégonde la liberté d'arriver à Poitiers. Ce fait, une fois vulgarisé, devint très populaire; il fut longtemps l'objet d'une fête célébrée dans la collégiale, et très chère au peuple de Poitiers, qui persiste à l'appeler encore du nom de sainte Radégonde des avoines. Aujourd'hui, quand on a pu être mieux éclairé sur le fond de l'histoire, la fête qui se célèbre sous ce nom le 28 février n'est autre que celle de l'arrivée de la sainte à Poitiers, de adveniu^ qu'on aura copié de avenis dans quelque ancien manuscrit. Observons encore qu'à une certaine éqoque de notre langue, le peuple, au lieu de dire l'arrivée, disait la venue, ce qui explique encore mieux l'équivoque. Il est certain aussi que l'Office qui se faisait dans l'ancien Chapitre de Sainte-Radégonde, et à
présent encore dans la paroisse au dimanche qui suit le 28 février, ne mentionne plus en rien le miracle des avoines. On montre encore, non loin de Sais et sur le chemin de Poitiers, un emplacement qu'on appelle le Champ-Carré ; la dévotion populaire y est attirée par une chapelle, élevée de temps immémorial, en souvenir du fait raconté plus haut, et qui, relevée en 1853 par M. Bruneau, curé de Sais, fut bénite le 25 avril par l'évêque de Poitiers en tournée pastorale.
La légende de sainte Radégonde des avoines a eu en d'autres lieux son attribution à la sainte Vierge. Un vitrail de l'église de Tilloloy (Somme), dû à Bléville de Saint-Quentin, au xvi® siècle, représente un fait analogue : c'est la pousse miraculeuse des blés lors de la fuite en Egypte. «. La sainte famille étant poursuivie par les soldats d'Hérode, saint Joseph fait croître instantanément la semence qu'un villageois vient de confier à la terre. Les hommes d'armes arrivent et demandent au laboureur s'il n'a point vu passer une femme portant un enfant. Celui-ci, tout émerveillé du miracle qui vient de s'accomplir, répond qu'il les avait vus passer en effet, alors qu'il semait le blé qu'il s'apprête à récolter. Les satellites déroutés rebroussent chemin et l'Enfant-Jésus est sauvé. » (M. l'abbé Corblet, Hagiog. du diocèse d'Amiens, IV, 369.) Il s'agit de savoir laquelle de ces deux légendes a servi de type à l'autre. On pourrait croire que celle où figure sainte Radégonde est la plus ancienne, et certainement elle est bien antérieure au vitrail qui la représente. Reste à savoir si cette dernière ne vient pas de quelque tradition de la Palestine dont nous aurions perdu la trace, et qu'on aura appliquée à la sainte du Poitou.