‹ Histoire générale de l'architecture (volume 2)Chapitre 119 sur 309 · II · texte numérisé non relu

II

de Charles le Chauve, on restaura une grande partie des monuments incendiés et ruinés par les Normands; on en éleva même une infinité de nouveaux, parmi lesquels on remarquait Saint-Corneille de Compiègne, maintenant détruit, et Saint-Bénigne de Dijon. Peut-être l'abside de Saint-Quinin de Vaison, département de Vaucluse, appartient-elle à ce temps.

Vers cette époque, le clergé français s'occupait, comme partout ailleurs, d'arts et de sciences; il en était même le seul soutien. Les traditions et la technique furent conservées par les prêtres. Les moines aussi se firent artistes ; ils étaient en même temps architectes, sculpteurs et peintres. Un moine du couvent de Saint-Gall, nommé Tutilo, fit un voyage à Metz afin d'y exécuter de ses propres mains différentes sculptures'. Quelques chanoines de l'église de Sens, parmi lesquels se distinguaient Bernelin et Bernuin, fabriquèrent un retable en or richement orné de pierres précieuses, de mosaïques et d'inscriptions-. Maignaud, chanoine de Sainte-Geneviève de Paris, est cité comme ayant bâti, sous le règne de Hugues Capet, le portail de l'église de Sainte-Geneviève'. Anstée, moine de Gorze, jouissait d'iwie grande réputation comme architecte; mais il eut peu d'occasions d'exercer ses talents*.

Au x'' siècle, s'était généralement répandue une idée ridicule qui contribua puissamment à laisser tomber en décadence les arts et les sciences. Toute la chrétienté croyait à la fin du monde, et l'an 1000 était désigné comme l'année fatale où tout devait périr. Au vr' siècle déjà, le pape Grégoire 1""" (mort en GOi), croyait à la fin du monde, idée accréditée dès lors parce que les livres dits saints l'annonçaient^. L'an 1000 devait être celui de l'Antéchrist et du jugement dernier. A la fin du X' -.iècle, des hommes éclairés combattirent cette opinion, et parmi eux Abbon de Fleury surtout'"'. Adson, abbé de Luxeuil en Austrasie, mort en 992, répond, dans un écrit intitulé : Traité de rAnlechrist, aux demandes sur la fin du monde, que lui adresse Gerberge, femme de Louis IV ou d'Outre-Mer. L'exemple même d'Aiiiould 11, évêque d'Orléans, qui rcconslruisit son église cnthédi'alo '. iiiciMuliée en

1. I.e Tteuf, Dis^frlatiini sur l'vtat des sciences, Recueil IIj p. 138.

2. Id., ibid., p. 137. — 3. Millin, Aniiquités nalinimles, t. V, n° 60. 4. Le Beuf, Disierlalion, etc., p. 139. — 5. AjMcalypsB, cil. XX, v. 7.

6. In apûloget. ad Ilugonem rejem, p. 401. In cod. canonum fcc/M. lîoni., c biblîolh, Pitbœi, Paris, 1G87. lii-folio.

Page 1