‹ Histoire générale de l'architecture (volume 2)Chapitre 125 sur 309 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DE LA FIN DU X^' SIÈCLE JVSOU'aU COMMENCEMENT DU XIIK.

Pendant le règne de Robert, une nouvelle église fut élevée pour l'abbaye de Sainte-Bénigne à Dijon. Les fondations en furent jetées en 1001 par l'abbé Guillaume, qui dirigea lui-même les travaux, assisté de Hunaldus, jeune moine qu'il s'était attaché pour son habileté dans les arts. Cette église acquit la réputation d'une imitation heureuse de l'architecture romaine; mais sa plus grande célébrité semble être due aux colonnes de marbre et de pierre que l'évêque de Dijon, Bruno, avait fait venir de diverses localités. Peutêtre ces colonnes provenaient-elles d'anciens temples romains. L'abbé Guillaume construisit encore en d'autres lieux plusieurs monastères.

La cathédrale de Chartres, un des plus grands monuments de cette époque, fut rebâtie par Fulbert, évoque de cette ville. Saint Savinien et saint Potentien, fondateurs de l'église de Sens, vinrent à Chartres et fondèrent également avec leur disciple, saint Âventin, premier évêque du diocèse, la cathédrale de Chartres, vers la fin du m' siècle. Vers 858, l'église, qui n'était pas sans doute celle construite au 111= siècle, fut incendiée par les Normands. Réparée par l'évêque Gislebert, elle fut encore brûlée, en 973, pendant les guerres de Théobald le Tricheur, comte de Chartres, avec Richard le Bon, duc de Normandie. En 1020, la foudre tomba sur la ville, un incendie s'ensuivit, et la cathédrale devint encore une fois la proie des flammes. Un auteur '■ dit que la cathédrale qui précéda celle élevée

1. Doyen, Hht. de la ville de Charlres. 17Hrt, in-8, t. II, p. 38.

812 MVHE SECOND.

par Fulbert, était en bois, tandis que celle que construisit l'évêque était en pierre. L'évêque Fulbert, aidé des rois de France, d'Angleterre et de Danemark, des comtes Eudes de Chartres, de Richard duc de Normandie, et de Guillaume duc d'Aquitaine, entreprit alors la reconstruction de la cathédrale. Peu de temps avant sa mort (1029). l'évêque écrivit à Guillainne, duc d'Aquitaine, qu'à l'aide de Dieu il avait déjà fait les grottes de son église. Ces grottes sont sans doute celles que nous voyons sous les bas-côtés de la nef et au pourtour du rond-point du chœur.

Thiern,', successeur de Fulbert , continua les travaux jusqu'à sa mort, en IOZ18. Dans la première moitié du xu' siècle, les travaux furent repris avec une nouvelle ardeur et une grande activité. On éleva alors le rez-de-chaussée de l'église que nous voyons actuellement.

Sous le règne de Henri 1" (1031-1060) fut fondée l'église abbatiale de Saint-Remi de Reims. Elle a été élevée par l'abbé Hcrmer et consacrée en 10/|9, avec une grande pompe, par le pape Léon IX. 11 n'y reste rien de cette époque. Saint-Remi était une vaste basilique à colonnes et à plafond plat.

De cette époque était encore la nouvelle cathédrale de Seez, achevée, en 1050, sous la direction du moine Azon ; incendiée jusqu'aux fondations par les habitants de la ville, afin d'en chasser une bande de voleurs qui s'y était réfugiée, elle fut également rebâtie sur l'invitation de Léon IX, et par les soins d'Yves, comte de Bellême et d'Alençon, évêque de Seez. En 1050, Humbert, archevêque de Lyon, bâtit en cette ville un pont en pierre sur la Saône, et il est expressément rapporté, dans la Clironique, qu'il en fut luimême l'architecte et ([u'il lit les frais de ce grand travail. En 1056, Girard, premier prieur do La Charité-sur-Loire, commença à bâtir une église pour son couvent, qui fut consacrée par Pascal II, en 1107. 11 paraît cependant, d'après un ancien document, que l'édifice fut achevé par Girard avant qu'il ne se démît de ses funclions, en lOS.'i '. La célèbre église de Cluny fut commencée sous le règne de Henri 1". Fondé déjà en 912, ce monastère eut une telle illustration qu'il était considéré comme le modèle et le protecteur d'uiu' (]uautité infinie de couvents d'Occident. Vers la fin du xi" siècle, les bâtiments et l'église étaient trop petits pour les membres de la comnumauté. Pendant l'administration de l'abbé Odilon, mort en 10^9, il construisit un

1. i;ic1i;inii Cluiiiac. Ilisl. de origin. moiiasl. Charilatis. l.ulicuf, t. II. lîicli.li'J île Clunv vivait (laii:^ la seoondo moitié du xu'' siècle.

ARCHITEGTUHE 1)1! X'^ SIECLE. 813

nouveau cloître pour l'abbaye de Cluny, orné de colonnes de marbre qu'il lit venir à grands frais par la Durance et par le Rhône. « J'ai trouvé une abbaye de bois, disait-il dans sa joie naïve, et je la laisse de marbre '. »

Hugues, abbé de Ckiny et successeur d'Odilon, entreprit, en 1089, l'édifice colossal que la révolution de 89 a détruit presque en totalité. Mais Hugues n'eut pas le bonheur d'assister à la dédicace de l'église entièrement achevée, qui ne fut faite que par Innocent 11 en 1131. Nous ne connaissons cet édifice que par des descriptions et des gravures imparfaites des xvii* et xviii" siècles.

L'église Saint-Lucien de Beauvais fut rebâtie en 1078 par deux artistes nommés Cementarii. L'un s'appelait Wirmbolde, il dirigeait la totalité des œuvres; tandis que l'autre, nommé Odon, n'était employé qu'aux tours -.

On trouve sur des registres de l'abbaye de Villeloin ou Villeloup, Villa-Lupa, diocèse de Tours, deux notices sur des architectes, ainsi conçues : Kal. Jaii. obiil Maynardiis, xdificalor noslri hujus loci. Ichis Augusli obiit Mainerius, sedificalor nostrl loci^. Dans les villes de province et les villages, les églises étaient généralement en bois. Cela explique les fréquents incendies dont parlent les chroniqueurs. Dans les grandes villes seules, dans les sièges épiscopaux surtout, les monuments étaient en pierre, car à eux seuls appartenaient les opcra cœmenlariorum *.

Le style de l'architecture du x" siècle différait peu de celui des siècles précédents. Les églises étaient conçues sur une échelle plus grande et construites plus solidement. Le chapiteau antique, corruption du corinthien, dominait surtout ainsi que le pilastre cannelé ou orné d'arabesques , soit de feuillages , soit de dessins réguliers imitant des galons à dessins plies symétriquement. Le plein cintre lourd et écrasé couronnait encore les fenêtres et les portes ainsi que les voûtes. Quelquefois les chapiteaux offrent des scènes entières, des paysages même, grossièrement taillés dans la pierre. La noblesse faisait établir dans ses châteaux obscurs et massifs une espèce de labyrinthe, dont Lambert d'Ardres parle beaucoup dans ses ouvrages (voyez Chronic. comit. Ghisn.^]. Les chevaliers trouvaient

1. Essai liislorique sur l'ubbaye de Clumj, par P. Lorain. Dijon, 1839. Iu-8, p. 43.

Page 1