‹ Histoire générale de l'architecture (volume 2)Chapitre 139 sur 309 · KG LISE DE SAINT-GILLES · texte numérisé non relu

KG LISE DE SAINT-GILLES

La ne/ de la belle et curieuse église Saint-Trophime d'Arles', en forme de basilique longue, appartient au style de transition. Le chœur et l'abside sont du xv" siècle. La tour centrale, à quatre étages et surmontée d'un attique, est de la dernière moitié du xn" siècle. L'ornementation du portail principal, qui est de toute magnificence, rappelle dans ses détails les inspirations de l'antiquité. L'ogive à peine sensible règne dans tout ce monument; le magnifique cloître annexé à Saint-Trophime, si curieux pour l'historien et l'antiquaire, est un ouvrage de la fin du xii^ siècle.

Saint-Gabriel , sur la route d'Arles à Saint-Remi, appartient à la même époque. 11 a la forme de la basilique , composée uniquement d'une nef et terminée à l'orient par une abside à six pans. Sa façade présente, ainsi que celles de presque toutes les églises du midi de la France, des réminiscences de l'antique mêlées aux compositions capricieuses de l'architecture romane. Dans le tympan du fronton de la porte d'entrée , un bas-relief représente l'apparition de l'ange .Gabriel à la vierge Marie. Cet ange, presque entièrement nu, contrairement à l'usage général au xn" siècle, est peut-être l'exemple unique de ce genre en Occident, excepté en Italie, où on en trouve quelquefois.

Non loin d'Arles, au sud-ouest, on voit le magnifique portail de l'église de Saint-Gilles-, sans contredit un des plus beaux exemples du style roman. Rien n'égale la profusion et l'élégance de son ornementation; le reste du monument est peu important. La vis de Saint-Gilles, autrefois le but des pèlerinages de tous les compagnons tailleurs de pierre, est située dans l'angle formé par l'intersection du mur du collatéral gauche et du transsept. Son appareil est d'une perfection merveilleuse. La construction de cet escalier, qui passe pour un modèle de stéréotomie, a donné son nom à la plus élégante des voûtes rampantes en spirale. Sa destination était vraisemblablement d'établir une communication avec les galeries supérieures. Saint-Martin d'Avallon, église en forme de croix grecque, est un monument de la transition ; il est abandonné et tombe en ruine. L'église de Saulieu est de la même époque.

1. Cathédrales françaises, par Chapuy. — Moyen âge monumental et archéologique, pi. 92, 115, 194. Cloître , détails du cloître, pi. 60. Façade, pi. 106. — Chapuy, Cathédrales françaises. — J; Woods, Leilers, etc., t. 1, p. 164.

2. Voyarje dans l'ancienne France, par MM. Nodier et Taylor, 1834. T. II, il' partie (Languedoc), pi. 287 à 293. — Moyen àrje pittoresque. Détails, pi. 119; Portail, pi. 125.

L'église de Moiitmajour, près d'Arles, un monument terminé au xii° siècle, bien qu'il contienne des parties qui appartiennent au commencement du xi% se compose d'une partie au-dessus du sol et d'une partie souterraine, à laquelle on descend par un bel escalier. Cette sorte de crypte règne sous presque toute la superficie de l'église supérieure. Sa forme est celle d'une basilique à transsepts, mais dont la nef est très-courte. A quelque distance de l'intersection des transsepts, à la place du chœur s'élève un mur épais en hémicycle, percé de cinq larges arcades, derrière lesquelles se trouve un nombre égal de chapelles séparées du chœur par un large espace formant une sorte de promenoir. Les ornements sont rares dans ce monument; les voûtes sont à plein cintre, aux fenêtres de l'abside on voit l'ogive.

Le plan de l'abside supérieure est un polygone auquel l'intérieur, un placage moderne , a donné la forme semi-circulaire. Auprès de cette église existe un beau cloître composé d'arcades surbaissées qui s'appuient sur des piliers cannelés dont l'entablement £st d'une grande simplicité. Chaque arcade est divisée à l'intérieur par quatre petits arcs cintrés; les colonnes qui les soutenaient ont toutes été enlevées. Les voiites de ce cloître sont en berceau avec des arcsdoubleaux que portent des piliers qui vont rejoindre des consoles historiées d'une exécution médiocre.

Non loin de Montmajour, une autre église, celle de Sainte-Croix , a l'aspect d'un grand mausolée. Son plan est formé du déploiement des quatre faces du cube autour de sa base. Une coupole centrale à base carrée communique à trois de ces faces, circulaires à leur extrémité dont l'une est l'abside, et les deux autres tiennent lieu de transsepts. Une espèce de narthex ou de vestibule précède la coupole, dont il est séparé par une porte intérieure; il occupe ainsi la place de la nef : les voûtes et toutes les ouvertures sont cintrées ; mais il n'y a aucun ornement à l'intérieur de cette chapelle, sauf quelques moulures légères. A l'extérieur, chaque face est terminée par un fronton un peu plus aigu que ceux qu'on observe dans les édifices antiques. A l'extérieur, le seul ornement est ime jolie corniche avec des moulures d'oves et de palmettes évidemment imitées de l'antique.

L'évêque Arnaud commença en 10^8 à construire une église à Maguelonne (département de l'Hérault), qui fut rebâtie au commencement du xii" siècle par .son successeur Gauthier, et ne fut terminée

que vers la fin de 1100. Ce qui reste de cette église a l'apparence d'une forteresse, nécessitée sans doute par le voisinage des pirates musulmans des îles Baléares. « Celle terre si est une petite ysle et cstroicle et ne contient que une petite cité tant seullement qui sullist à l'evesque et à son ciergié et à leur petite mesnie. Et toutelïois estelle enclose de murs pour les assaux des Sarrasins qui par mer courent '. » Les murs sont couronnés de longs mâchicoulis qui partent d'un contre-fort à l'autre, comme au château des papes d'Avignon. Les fenêtres supérieures de la façade sont décorées dans le goût oriental d'archivoltes formées de pierres alternativement blanches et noires. Le même système d'ornementation est adopté dans sa porte surmontée d'un tympan en ogive, encadré par une archivolte cintrée, large, à claveaux de marbre alternativement blanc et gris veiné de noir. L'abside, d'un très-grand" diamètre, est presque aussi élancée que la nef; à l'intérieur, ses fenêtres sont flanquées de colonnettes à chapiteaux ornés de feuillages. L'église n'a qu'une nef, peut-être par suite de la construction postérieure de chapelles latérales qui auront pris la place des bas côtés. Il n'existe aucune décoration intérieure; les fenêtres sont presque toutes cintrées, quelques-unes très-étroites; quant à celles qui sont à ogive et larges, il est présumable qu'elles ont subi des réparations. En face de l'abside se trouve une tribune ou salle haute, qui paraît avoir été destinée à séparer tous les religieux, ou quelques-uns d'entre eux, du reste des fidèles. On remarque cette disposition dans beaucoup d'églises d'Espagne. Un escalier à deux rampes alternatives conduit à un toit obtus, presque plat, recouvert de larges dalles de pierre. On distingue encore quelques restes d'une crête qui régnait tout le long de l'arête du toit et d'antéfixes en pierre. La gouttière, également en pierre, est cachée à l'extérieur par les murs latéraux. Les tours, aujourd'hui démolies en partie, ne s'élèvent pas au-dessus des murs de la nef.

La voûte est une couverture inventée et employée pour abriter des espaces déterminés, elle n'«st point, comme le plafond plat ou horizontal en charpente, une sorte de gril ou filet, formé de matériaux de forte dimension, tels que les entraits, par exemple; elle est au contraire composée de pièces de très-petite dimension, se supportant réciproquement dans le vide et solidaires les un.es des autres. La

1. Les Grandes Chroniques de France, etc., publiées par Paulin Paris. Paris, 1837, t. m, p. 313.

voûte réelle n'est point formée de matériaux parallélipipédiques, mais de matériaux taillés de deux côtés en coin, dont deux faces tendent au point de centre du demi-cercle qui constitue la courbe apparente du dessous de la voûte; ces coins, qu'en terme de l'art on nomme voussoirs ou claveaux, sont donc plus larges à l'extérieur qu'à l'intérieur. Les premiers claveaux sont posés sur les murs ou supports verticaux, soit piliers ou colonnes, et les autres suivent la courbe produite par les cintres en charpente jusqu'au sommet de la voûte, où la clef est destinée à maintenir l'ensemble par sa pression qu'elle étend jusqu'à la naissance même de la voûte.

302. — Esquisse iaomt^trique des grandes salles des Thermes romains dépouille'es de leur ornementation et faisant comprendre l'origine d'un certain nombre de parties des églises du moyen âge,, telles que nefs, collati,'rau.x, daire-TOie, triforlum, arcs-boutanls, etc.

La forme plus ou moins compliquée ou savante de la voûte, employée dans les édifices, peut aider à suivre le développement du style même d'une manière chronologique. ISous avons vu que la voûte était connue des Égyptiens, des Assyriens, des Grecs et des Étrusques, dès les temps les plus reculés. La voûte en berceau, ou à plein-cintre, ou formée d'un demi-cylindre, est la plus simple et aussi la plus ancienne ; nous l'avons rencontrée à Ninive un millier d'années avant l'ère vulgaire et à Rome du temps des Tarquins; nous avons vu la voûte conique en Grèce avant Homère, aux trésors et tombeaux de

Mykène. Après la vofite en berceau est venue la voûte d'arête, qu'on peut se représenter comme étant l'intersection à angle droit de deux demi-cylindres. La voûte en berceau circulaire et à ogive se voit au palais de Nimroud; au grand cloaque de Rome on observe la voûte cylindrique. La voûte d'arête se rencontre dans les xystes ou grandes .salles des Thermes romains de Titus, de Caracalla, de Diocléiien etc. Elle existait encore dans la basilique de Maxence , appelée auss temple de la Paix, et enfin dans l'arc de Janus Ouadrifons à Home. Dans le xyste du temple de la Paix, SS'nSS de long sur Sô^lô de largeur, il y avait trois grandes voûtes d'arête, de 36" 85 d'élévation, et supportées par huit colonnes, hautes de plus de 19 mètres. Dahs les Thermes de Caracalla la grande salle avait 56 mètres de longueur sur 2h de largeur; elle avait aussi trois grandes

, . 1 - , 303.— Plan de la grande Salle des bains

voûtes d arête. Le xyste des bains de de caracaiia.

Dioclétien avait 58" 25 de longueur

sur 24"" 20 de largeur et près de 28 mètres d'élévation. Dans la basilique de Maxence, les trois espaces latéraux, de chaque côté de la grande nef, sont couverts de voûtes en berceau, en angle droit sur le grand axe longitudinal de l'édifice. Le temple de Vénus et de Rome, bâti par Adrien, avait aussi de grandes voûtes en berceau ornées de caissons.

Ainsi que nous venons de le dire, la Grèce primitive connaissait, la coupole, formée d'assises horizontales en encorbellement; la coupole fut perfectionnée et développée surtout à Rome, dans le Panthéon. Dans l'architecture du moyen âge, on passa de la basilique à la rotonde, et plus tard on maria la rotonde avec une ou plusieurs nefs oblongues. On employait la coupole, la voûte en berceau et la voûte d'arête pour les petits espaces. 11 y avait pour les architectes du moyen âge assez d'exemples de voûtes antiques en Italie et dans la Gaule, où les Romains avaient élevé nombre d'édifices dans lesquels ces couvertures se rencontraient. On imita certaines dispositions de ces édifices et il arriva un moment où la voûte en berceau fut trouvée trop lourde, et puis elle s'appuyait dans toute sa longueur sur les murs latéraux sans pouvoir y pratiquer de baies pour éclairer l'intérieur. Alors on employa de préférence et plus fréquemment la voûte d'arête, ne s'appuyant

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Voûte d'avéte romaine.

que sur quatre poinis qui furent consolidés dans la suite par des piliers de grosseur et de forme diverses. Dans la voùle en berceau on

avait construit en dessous de la superlicie courbe des arcs-doubleaux ou transversaux, d'un pilier à l'autre pour donner plus de solidité à la voûte. Ensuite on fit un progrès de plus ; on imita les arcs-doubleaux transversaux dans les arcs diagonaux, et ainsi, l'on eut dans la voûte d'arête les nervures en saillie dans le vide, sous la voûte. De cette manière on eut l'ossature de cette couverture, et ce squelette permettait de donner une très-petite épaisseur aux matériaux dont les quatre triangles de la voûte étaient formés. Cette dernière ne reposait donc en réalité que sur quatre points d'appui ; elle pouvait se passer de murs , indispensables à la voûte en berceau. Le long des deux murs latéraux, l'on banda des arcs, nommés formerets, en dessous de la portion de voûte transversale. La voûte d'arête romaine imitée au moyen âge formait un carré, et au moyen des deux diagonales croisées, ce carré se composait de quatre triangles isoscèles. L'imitation de la voûte d'arête antique avait ses inconvénients; ce système commandait que les voûtes du centre eussent le double de profondeur de celles des collatéraux : il exigeait en outre des supports très-massifs. Ensuite cette voûte laissait encore un pilier intermédiaire sans usage et sans utilité pour la solidité de la couverture. Alors on ajouta en travers de la nef un arc qui passait par l'intersection des diagonales, de sorte que la voûte fut divi.sée en six triangles, deux grands et quatre plus petits, dont chacun formait la moitié des grands ;. triangles primitifs. C'est ainsi que sont les ''■-,. voûtes des nefs de Saint-Ktienne de Caen .{ et de l'église de Creully. ABCD e.st le carré "■,, à voûter au moyen de deux demi-cylindres dont les courbes d'intersection AC, BD '-,. ___,''

forment une ellipses ; afin que les arcs trans- ^^^^

versaux AB, EK et DC fussent de la nn'nn'

hauteur que le sommet de l'ellipse AoC, il fallait que les arcs AB, EE, DC. fussent des pleins cintres, ainsi que l'indique l'arc ponc-

tuu DZC. Sur les côtés, on consiriiisit deux petits arcs formcrets plein cintre AoE, EoD de notre fi;,'ure. Ainsi les crêtes des six voûtes ABG, AGE, BGF, EGI), OFC, GDC se trouvaient d'égale hauteur ou de niveau.

Mais toutes les voûtes romanes, quoique d'arête, ne sont pas construites avec des diagonales formant ellipse. Était-ce par ignorance de pouvoir tracer l'épure de l'ellipse? Toujours est-il qu'il y a des diagonales de voûtes carrées, qui ne sont point elliptiques, mais ovales ; l'ovale était plus „^^

aisé et moins savant à construire que l'ellipse. Dans cette forme des diagonales, les arcs sur les quatre faces AI!, AD, DC et BC deviennent des arcs à tiers-point DgC, qui ont le centre de leurs courbes en oo. Les deux cercles Brt», nsrD, servent à construire l'ovale en question, avec trois centres en s, t et p : le point u sert de centre au rayon F;i. Voilà un ]iremier procédé de construction de

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