‹ Histoire générale de l'architecture (volume 2)Chapitre 196 sur 309 · EPOQUE CAKLOVIXGIENNE ET ROMANE · texte numérisé non relu

EPOQUE CAKLOVIXGIENNE ET ROMANE

DU VIIIC JUSQU AU Xllie SIECLE

Les premières églises bâties en Allemagne après l'introduction de la religion chrétienne dans ce pays étaient, ainsi que les habitations •des prêtres, construites en bois. L'école de Rome fut suivie là comme partout ailleurs en Occident, c'est-à-dire que les monuments élevés au culte étaient des basiliques. Les églises étaient petites, trèssombres à l'intérieur ; elles n'avaient qu'une fenêtre, afin que chacun put y dire ses prières sans distraction et sans attirer sur lui les regards de ses voisins ; et afin que les fidèles ne se heurtassent pas en entrant et en sortant, on plaçait une lampe à la porte.

La grande simplicité des mœurs à cette époque, le peu d'exigence des besoins de la vie, qui ne firent naître aucun luxe, éloignèrent aussi le faste des églises, où l'on ne voyait que ce qui était strictement nécessaire à l'exercice du culte. Mais Charleniagne changea cet état de choses, et nous renvoyons nos lecteurs à ce que nous avons dit de son siècle dans le chapitre où nous avons traité de l'histoire de l'architecture en France pendant son règne.

Charlemagne avait importé de ce côté des Alpes une forme nouvelle pour certains édifices du culte. Notre-Dame d'Aix-la-Chapelle en est un exemple. Lorsque, sous Louis le Débonnaire, une église abbatiale fut élevée en 820 à Saint-Gall, en Suisse, la forme adoptée fut celle de la basilique allongée, à colonnes et arcades, avec un chieur à l'est et à l'ouest. Ce monument avait une nef et deux col-

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latéraux recouverts de plafonds plats. L'église de Saiiit-Gall avait deux tours circulaires à l'occident, mais isolées de l'édifice. La ruine de la petite chapelle d'Ullniarslieim , en Alsace, est une preuve que Notre-Dame d'Aix était quelquefois prise [lour modèle. 11 en est de même de la partie occidentale de Téglise d'F.ssen, près Dusseldorf '. Quelques auteurs présument que la chapelle d'Otiniarsheiin est du ix" siècle : d'autres en font un monumrnt du m'-; et la portion primitive de l'église- d'Essen, du milieu du x''. A Lorsch, dans la liesse , entre Darnistadt el Manheim , existe un petit monument remarquable, de lO^SS de longueur sur 7"" 18 de largeur et 7"" 40 d'élévation. 11 se compose à l'extérieur d'un rez-de-chaussée et d'un premier étage. Le rez-de.-chaussée, à l'orient et à l'occident, est formé par trois arcades à plein cintre, flanqué de quatre colonnes à bases ioniques et à chapiteaux composés de la corbeille corinthieinie surmontée du chapiteau ionique. L'architecte a fait mi mélange barbare de ces deux beaux chapiteaux autiques. Les feuilles d'acanthe sont singulièrement travaillées et indiquent déjà la décadence des siècles postérieurs. L'étage de chaque face longitudinale se compose de neuf arcades formées par dix pilastres cannelés. Chacune de ces arcades est couronnée d'un arc formé de deux parties droites qui se joignent au sommet el qui foruicnl un fnmicin aigu. Trois fenêtres à plein cintre sont praticiuées dans ces arcades. Le style d'ensemble de ce moiumienl est celui de la complète décadence rcuiiaine avec un mélange de barbiirie. 11 fut élevé en 882 par l'einjiereur Louis 111 pour lui servir de tombeau, et il ordonna qu'où l'iidiumàt à côté de son père, Louis le Germanique, qu'il y avait fait déposer'.

Sous les derniers Carlovingiens, les arts tombèrent dans une grande barbarie en Allemagne: Aruoul (887-890) et Conrad 1" (911-918) ne purent rien pour aider à faire relleuiir les arts. La courte durée de leur règne ne permit pas d'exécuter de grands projets, et les invasions (les Huns et des Normands plongèrent l'Alleniagnc, connue la France, dans des guerres et des ti'oubles peu propres à rappilcr l'exercice des arts de la paix.

1. V(i.ve/, 3citMn-ift fûv divijKirfic Mvdiâi'lojiic uiib ^unit. ïen r.uaji uiit Ttic. !"■ v.il. Scivjij. 1857. In-t; p. 1 à 20.

2. 3. SJuvrf^avtt, îic Jîivdîc ju Ctlmaï'M)cim/ dans les ïïiiitliciluiujcii 1er Olcfi-ll» fd'.ifl fur satcrlâiHiifdje SUlcvl^umcv iu l'.ifcl. 4*.ii"cl, 1814.

•3. 3. SaïcUtîctj, Eit &i(ïât'iiii)tiï*c ttuifrtiti- JÎCniijc jii Sin)M), duiis ^cutfd'cj JtuniHliitt. 1851, 11° 21,, p. 16.3. — .). (iaillialiaïul, Mouvmenls anciens el moilenies, 98' livraisn:i. — ®. lllcllcv, îcntin.iU' Kv i'auluiift, ;c., 1" vol., pi. 1 à 1.

im<'lijen(:k Di: l'oiiikni'. 975

Plus lioiircux que les empereurs Anioul el Coiinid, les princes de l:i maison de Su\e firent inie renaissance dans les arls. Ils consoliilèrent la civilisatiDn duni (Iharlemagne avait jelé lis ba^es, et leur altt'ntion se tourna parliculièrcnicnl vers, les arls. La fondation et la fortification d'une quantité de villes nouvelles, entreprises ou favorisées par Henri l'"' (919-936) et Othoii I''' (936-973), contribuèrent à l'avancement de la civilisation en général , et les arts industriels acquirent un nouveau développement. Tous les monuments élevés vers cette époque favorisèrent la culture de toutes les branches de l'ait. Henri \'"' établit de nouveaux évéchés et commença de nouvelles églises (jui furent achevées par ses fils el ses petits-fils, les Ottons.

Sous les princes île la lainille de Saxe, une faible inlluence de l'art oriental se fit sentir en Allemagne. Il devait en être ainsi temporairement lorsque la princesse Théophanie, nièce de Jean Zimi.scès, empereur de Constantinople, vint se mettre à côté du trône d'Otton II (970). La forme des églises, en général, conserva cependant celle de la basilique romaine.

Il ne petit y avoir de doute que les arts et les sciences cultivés en Italie vinrent pérégriner en Allemagne : sous Chai'lemagne , ils commencèrent à faire leur apparition; ensuite la bonne inlelligencp qui régna entre les' empereurs de l'ancienne maison de Saxe et les empereurs d'Orient dut amener rinfluence de certains arts cultivés en Orient. Les empereurs grecs envoyaient fréquemment des présents aux souverains de l'Allemagne. Henri III reçut en présent de l'empereur d'Orient un retable en bronze, orné de sculptures en relief. Des princes et des évoques, aimant le luxe et les arts, firent venir d'Orient des artistes de tout genre.

Il faut encore mentionner ici que la fuite d'une quantité de moines, parmi lesquels se trouvaient beaucoup de peintres, les amena à Rome. Cet événement se passa sous le règne de l'empereur Constantin Copronyme, en 7/tl. Le pape, Paul 1"'', leur donna un couvent pour séjour, et ces artistes grecs exécutèrent une infinité de mosaïques et lie tablraux pour les églises. Les légendes grecques qui accompagnent ces ouvrages témoignent de leur origine. Tous les historiens de l'époque des Ottons disent positivement que les lumières venaient de l'Orient : ils donnent même des renseignements détaillés sur plusieurs monuments du temps.

iNous voyons aux églises d'Allemagne des x" et xi" siècles, comme

à celles de France de la même époque, des chapiteaux de forme plus ou moins cubique. Cette espèce de chapiteaux se trouve fréquemment aux églises à plein cintre des premiers temps. On en rencontre assez souvent aux églises d'Italie postérieures au x"" siècle, à l'église des Onze-Mille-Vierges de Spolète , à Saint-Marc de Venise, à Fiesole près de Florence, dans la crypte ; à Saint-Zénon de Vérone, à Saint-Éiienne de Bologne ; les églises du midi de la France ont des chapiteaux cubiques, celles de Normandie en ont aussi. Mais là ce chapiteau est cannelé, fuselé et orné encore de diverses manières. On voit que la forme s'éloigna du lieu de son origine.

In des plus anciens vestiges d'architecture du x" siècle connus dans le bassin du Rhin est une sorte de porche avec une tribune supérieure, en avant de la partie occidentale de l'église de Saint- Pantaléon de Cologne et qui date de l'année 980 , époque à laquelle

41G. — Frise avec corbeaux. 417. — frise à arcades plein cintre

avec pilastres lis:>es.

l'église fut consacrée. En 10/(7, l'archevêque Poppon mourut après avoir entrepris une complète rénovation du Dôme de Trêves'. Là on remarque le travail imité de l'antique romain : à l'abside circulaire de l'ouest il existe des pilastres, reliés entre eux par des frises composées de petites arcades à plein cintre. La façade est flanquée de deux tours circulaires, ayant aussi des pilastres et des frises à arcades demi-circulaires. Comme date, l'église abbatiale de Saint-^\illibrod à Echternach, dans le Luxembourg, viendrait ensuite : consacrée en 1031 , on voit dans la nef de cette église l'alternance de la colonne avec le pilier carré-. C'est à Cologne qu'il existe des édifices trèsimportants de cette époque : d'abord Sainte-Marir-du-Capitole consacrée en lOVJ, de 75 mètres de longueur sur 21 mètres de largeur dans œuvre, et offrant une basilique à i)iliers, sans altci'nance de colonnes, avec un mngnilique transsept circulaire au nord et au sud,

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