MURS ETRUSQUES
C'est surtoiil cIr'Z les Étrusques qu'on iviicoiiiif des murs rustiques à la façon desquels le ciseau a très-peu contribué : c'est sur les sommets et les versants abrupts de l'Apennin que se troiivcuit ces constructions où la pierre calcaire s'offre en gi'os blocs irn'guliers. La plaine du Latium et de l'Étrurie a sa loi particulière; le tuf tendre s'y trouve en couches régulières. Quand on l'employait en fortes masses, la construction régulière naissait de soi. Mais il ne manque pas non plus d'exemples d'emploi de pierre calcaire qu'on est allé chercher au loin dans la montagne, pierre plus dure employée alors pour des substructions, comme pour les murs d'enceinte de Pyrgoi, par exemple, sur le bord de la mer. Quant à la dureté et à la fracture entre la pierre calcaire et le tuf, le péperin sert d'intermédiaire. Quelque facile que soit la taille de cette pierre volcanique, elle a cependant été employée souvent de préférence dans sa forme irrégulière et brute où elle se trouvait dans la carrière. Les seuls murs en péperin sont ceux de Ferentum, d'Aride, d'Empulum et d'Aurunca. La tendance à la construction horizontale est incomplètement pratiquée dans la montagne; mais dans la plaine, elle l'est d'une manière plus parfaite. Là, les pierres sont placées par longues assises horizontales, plus ou moins taillées, comme le montrent les murs gigantesques d'Aurunca etd'Olévano, de l'antique Cortone et de Fa^sulae. Là aussi, la pose horizontale des pierres a lieu en lits réguliers selon la forme des matériaux; mais à cause de leur peu de dureté, le ciseau a été employé pour déterminer d'une manière plus absolue le caractère horizontal. On trouve à peine de grandes masses de tuf empilées, brutes ou peu taillées, mais bien avec une grande rusticité dans les joints ou juxtaposition. On voit aussi des masses sans ordre systématique dans les joints et d'une grande diversité dans les dimensions des blocs de pierre employés : tels sont les murs de Véji, d'Ardée et de Satricum, où il y a absence complète de mortier. — Mais autre chose est un principe qui détermine et règle la nature des matériaux bruts. Ce principe se manifeste quand la pénétration architectonique, reconnaissant dans la pierre le caractère inhérent de ses avantages pratiques comme forme, cherche à perfectionner en n'acceptant la forme que pour la plus grande utilité du but proposé. Ce caractère de V utile est déduit ou emprunté de la construction de pierre irrégulière. Les pierres sont as.semblées avec soin, accrochées les unes aux autres au moyen d'entailles artificielles, et produisent un ensemble compact et ditlicile à détruire. Le plus grand nombre des villes d'ita- II. 3
lie, et parmi elles, celles des Aborigènes, comme Lisia, par exemple, offrent ce système de construction, qui a été même en usage chez les Romains à l'époque de la bâtisse la plus parfaite en pierre de taille. Signia et Circeji, dont la fondation n'appartient pas à Tarquin, mais qui ont été certainement restaurées par lui, offrent tout le caractère d'une construction exécutée avec beaucoup d'art, quant aux joints. Le fondement de la voie Appienne entre Terracine et Fondi, et particulièrement la portion conservée sous le chàicau de Saint-André, auprès d'Itri, olfre en général de l'analogie, quant au style, avec les murs de Circeji et de Signia. D'autres fondements semblables s'aperçoivent aux voies Valériane, Salarienne et Blandienne.
C'est encore de cette façon que la construction en pierre de taille a été amenée à sa perfection; son principe est celui de la construction avec des masses régulières, qui n'est arrivée à sa perfection à Rome que par les Tarquins. Dans la pierre de taille, une apparence régulière des matériaux ne suflit pas, il faut encore une taille d'égale élévation pour les pierres formant chaque assise, en ne tenant aucun compte toutefois do leur longueur uniforme. C'est ce caractère rectangulaire qu'offrent les constructions existantes jdes Tarquins : le grand cloaque, le pulchrum litus et les murs du temple du Jupiter Capitolin. Là, la hauteur constante, des pierres est de 0™ 58, tandis que leur longueur varie beaucoup dans la même constructidii. Mais dans ces constructions, on n'a point encore songi; à contrarier les joints, ainsi qu'on a eu soin de le pratiquer dans les murs de Rome bâtis par les Tarquins et Servius Tullius.
Le principe de la construction irrégulière arriva enlin à .sa plus haute perfection systématique, quand on abandonna la pose par zones horizontales des pierres, quand le caractère polygonal se manifesta d'une manière plus indépendante dans toutes les directions des joints des murs. Dans ce cas, les pierres .sont posées les unes contre les autres dans ini angle de k^ degrés, comme aux murs de Eondi, de Bovianum, de Signia et en quelques endroits d'Alba Fuci'ncis. L'Opus rriiniliihim des temps romains postérieurs en est, pour ainsi dire, mil' imitation; le développement systématique en revient également aux Romains.
La pierre calcaire, avec laquelle les murs de Cortone sont élevés, est taillée à face rectangulaire et posée en zones horizontales: quelques blocs ont 2'" 20 de longueur sui- 11'" S8 de hauteur. Les murs de
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Perugia sont coiislniils de la inùme façon, mais d'un appui'iil jikis petit; il en est de même de ceux de Fcesulœ et de \olateiTa. Ceux de Rusellae ont des pierres entièrement brutes et sont semblables aux précédents, ainsi que ceux de Populonia; Cosa en a qui sont composés d'un appareil polygonal brut. Saturnia a des murs formés de matériaux polygonaux taillés à vive arête. Le cbàteau de \ iterbe, sous le l^oggio du Dôme, offre une taille de pierre presque rectangulaire. A Ferentum, les murs sont construits de pi<=rres irrégulières de péperin, tandis que la contrée offre de la pierre calcaire. Falerii a des murs en tuf taillé en rectangles; les pierres en sont plus fortes que dans la colonie romaine établie dans la plaine (1™ 30 sur O"" 65). A Caerœ, les pierres carrées en tuf des constructions primitives furent employées à la construction de la ville postérieure. Pyrgoi nous a laissé des restes de murs en pierres calcaires polygonales. A Tarquinii, il y a des ruines de murs composées de pierres carrées. A Veji, les nnirs sont construits en parallélipipèdes d'inégales dimensions en tuf, dont les plus grands ont 3" 70 de longueur; il y existe un soubassement en briques destiné au nivellement du rocher.
11 y a un détail de construction qui est de la plus haute importance pour la technique architectonique, et qui n'est point dû au hasard ni aune invention spontanée; ce détail, né de la nécessité, et qui constitue un progrès, est le développement de l'arc et de la voûte. Ce progrès est di": au peuple primitif chez lequel s'est développé en premier, en Italie, l'art de la coupe des pierres. Le tuf tendre, qui est extrait en surfaces unies et en lits droits, devait engager par lui-même à la taille. C'était de plus la qualité tendre des matériaux qui a introduit des couvertures d'une seule pierre pour abriter des espaces spacieux, ainsi que cela pouvait être pratiqué dans la montagne au moyen de la pierre calcaire, ce qui devait forcément et naturellement conduire au développement de l'arc. Les portes castrales, avec arcs, de l'Acarnanie, qui sont très-primitives, la galerie de Tiryns, qui offre, semblet-il, des velléités d'arcs dans sa construction, et la porte d'Oeniada, montrent toutefois une sorte de représentation figurative de la construction de l'arc, propre à la race primitive qui a constitué la plus ancienne population de la Grèce et de l'Italie.
L'on voit aussi des masses de maçonnerie en forme semi-circulaire ou affectant aux extrémités la courbe due au quart de cercle; dans plusieurs parties des murs d'Arpino et de Coré, où l'on découvre aussi
LIVHK PREMIKH.
les traces de la construction primitive avec arcs, construction que l'on peut suivre jusqu'à sa première apparition dans les petites pierres posées autour d'une plus grande, de forme circulaire, qui se voient dans les nmrs d'Aurunca et d'Éburi.
Le premier arc d'Italie, pouvant être historiquement déterminé d'une manière positive, est le cloaque de Rome, œuvre desTarquins. Là, se trouve un canal souterrain dont le parcours forme une ligne brisée; il est voûté avec entrée et sortie surmontées d'un arc; la voûte du canal est formée de trois arcs concentriques qui se sont parfaitement maintenus jusqu'à nos jours. L'arc inférieur de ces trois arcs superposés a 0™ 52 d'épaisseur : les deux autres 0°" 5/i. Le diamètre intérieur de l'arc inférieur a 3'" l/i, et le sommet de l'arc est à une
•J^y. — Grand Cloaque de lîoiiie.
élévation de 1" 23 au-dessus du niveau de l'eau '. Les arcs, comme le reste de la construction, sont entièrement en tuf. , La sortie de ce canal dans le Tibre a environ h mètres d'élévation. Le seuil du fond du canal, du côté du fleuve, est situé à une hauteur assez considérable au-dessus du Tibre qui a en cet endroit /i™ (H) de profondeur. En ligne droite le cloaque a environ 300 métros de longueur.
Dans les murs de la ville inférieure de Tusculum, il existe une fontaine d'une forme rectangulaire oblongue. Elle a une voûte en ogive, construite en assises horizontales formant encorbellement : le canal