ECOSSE ET PAÏS DE GALLES
Les Ibères ont formé la population primitive de l'Écosse; puis vinrent les Celtes. Les Romains rencontrèrent encore ces derniers cinquante ans avant l'ère vulgaire, et nommèrent Calédoniens les peuples qui habitaient au delà de la Tweed. Les Romains soumirent l'Ecosse jusqu'aux monts Grampiens, derrière lesquels les Calédoniens défiaient l'ennemi. Afin de les empêcher d'envahir le territoire romain, Adrien éleva, en l'année 121, des remparts de terre fortifiés de distance en distance par des tours où il y avait des garnisons romaines. Cette première fortification s'étendait du Solviray Frith à l'embouchure de la ïyne, deCarlisle à Newcastle. Anlonin le Pieux poussa plus loin les limites du territoire romain, et fit élever d'autres fortifications entre les fleuves Forth et Clyde. Au commencement du iv"^ siècle de l'ère vulgaire, les auteurs romains nomment
Picts tous les habitants d'au delà les remparts. Picts est une corruption du nom de Peghtes. Vers 306, le pays des Picts est envahi par des Celtes barbares venus de l'Irlande et nommés Scots. Lorsque les Romains abandonnèrent la Bretagne en /i20, les Picts et les Scots se jetèrent sur le sud civilisé de la Grande-Bretagne; les Bretons appelèrent à leurs secours les Saxons et les Angles; ils chassèrent les barbares au delà des remparts en hk^ et se fixèrent eux-mêmes dans le sud de la Grande-Ile. Pendant un certain temps les Picts et les Scots disparaissent de l'histoire. Vers 600, les Scots, sous un roi Fergus, vinrent se fixer sur la cote occidentale et sur les îles, pendant que les Picts s'établissaient au nord et à l'est. Vers le milieu du VI* siècle, un moine irlandais, Colomban, prêcha le chiistianisnie aux Picts et aux Scots, et fonda un couvent dans l'ile de Hy (lona ou ColumJjkill). Ce couvent devint le siège d'une certaine culture intellectuelle pendant tout le moyen âge, et il en sortit la confrérie des Guidées (Cultores Dei), qui cherchèrent longtemps, dans une opposition au pape, à maintenir l'indépendance de l'Église écossaise.
Vers 793, des « Wiknigar, » guerriers Scandinaves ou normands, abordèrent à Lindisfarne, sur la côte de l'est, dans le nord du Nor- Ihumberland : dès 788 ils avaient inquiété déjà les côtes et les îles de l'Angleterre. L'élément saxon s'étendit bientôt dans les plaines, et, lors de la conquête de Guillaume de Normandie , les Saxons y trouvèrent un accueil amical. Avec les siècles, la civilisation anglo-normande pénétra aussi en Ecosse, sauf dans les régions montagneuses où l'ancien caractère national se maintint toujours.
L'Ecosse fut un royamne indépendant jusqu'à la mort d'Elisabeth; à cette époque Jacques VI, roi d'Ecosse, ayant été ap|)elé au trône d'Angleterre (1603), les deux royaumes n'en formèrent plus qu'un seul.
Parmi les églises romanes de l'Ecosse, il faut classer la petite église de Saint-Magnus, dans l'île d'Egilshay, une des Orcades; ensuite deux tours circulaires, l'une isolée à Abernethy, au sud de Perth, l'autre à Brechin, comté d'Angus, qui se trouve à côté de la cathédrale renouvelée au xiii"' siècle; les petites églises de Leucliars, de Jedburgh, de Kelso, la cathédrale de Saint-Magnus, de Kirkwall fondée vers 1136, dans l'îie de Poniona, mie des Urcades. Des restes du style roman orné existent à liichcohii, île à rciiibnuchure du Kurth. La nef de l'église abbatiale de la Trinité à Duiirermiine est aussi du même style. Quelques parties de l'église de liolyrood sont de la transition. Au style roman appartiennent '"iicore les églises de Dundingstoii, de Ratho
l'xossi;. 1077
v\ de Borthuick, dans le Mid-I.othian ; do Giilano, dans lo Easi- Lotliian; de Lpliall, Abcrcorn et Kirklistim, dans le West-Lothian; de Sainte-Hélène de Cockburnspatii (Berwickshire) ; de Morllach et de Monyniusk (\berdeenshire) -, de Saint-Colomban à Southend ; les églises deKilclioustan et de Campbeltown, de Saint-Blane, dans l'ile de Bute (Arg\losliire\
il y a aussi en Ecosse un nombre assez considérable de croix en pierre, dont les plus remarquables sont dans l'île de Man (l'ancienne Eubonia ou Manaw' ).
Comme le roman, l'architecture ogivale passa d'Angleterre en Ecosse, où les deux styles se rapprochent plus des types français que de ceux de la Grande-Bretagne.
Au xni« siècle appartiennent des monuments qui participent du style de ceux élevés en Angleterre à la même époque. Avec le système ogival, ils conservent longtemps néanmoins des détails romans. De ce nombre sont la salle capitulaire de l'abbaye d'inchcolni (à l'embouchure du Forth), édifice octogone, avec un portail roman: la grande église abbatiale d'Aberbrothoc (Fifeshire) avec un splendide portail occidental à plein cintre; la plus ancienne portion de la cathédrale d'Elgin, fondée après l'année 1223, dont le choeur fut élevé après un incendie de 1270, et dont la nef date du xV siècle. Le monument le plus considérable du xni" siècle en Ecosse est la cathédrale de Glasgow, fondée à la fin du xn' siècle, mais dont les parties qui existent n'appartiennent qu'au milieu du xiu" siècle : c'est un vaste édifice de 91 mètres de longueur, avec une crypte très-étendue. L'église abbatiale de Paisley (comté de Renfrew), la ruine de l'église abbatiale de Pluscardine (au sud-ouest d'Elgin), le chœur de la cathédrale de Dunfermline (Fife), certaines portions de la cathédrale de Dunblane (Perth), la nef en ruine de l'église abbatiale de Holyrood, la petite cathédrale de lona, une des Hébrides, des parties de la cathédrale de Kirkwall, une des Orcades, appartiennent encore au xiu^ siècle. Les événements politiques et surtout les guerres avec l'Angleterre au XIV' siècle empêchèrent l'Ecosse d'élever de nouveaux monuments. Cependant, vers 1330 a été commencée l'église des carmes à South- Queensferry : elle a des voûtes sans nervures, d'étroites fenêtres et beaucoup de détails romans. Il en est de même de l'église de village
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de Temple (East-Lo(hian). Dès la fin du xiv% et au commencement du XV' siècle, on vit recommencer une grande activité dans l'édification de monuments du culte. Le style flamboyant français y apparaît alors aussi. A la fin du xiv" siècle appartiennent les églises de Saint- Monance (Fife), de Bothwell ( Lanarkshire), de Lincluden ; la cathédrale de Dunkeld (Perth), l'église de Seton (East-Lothian) et l'église abbatiale de Haddington (East-Lothian). La cathédrale d'Old-Aberdeen est de la fin du xiv' siècle : elle se distingue des autres édifices écossais par sa simplicilé, ordonnée par l'emploi du granit.
Dans l'église Saint-Gilles d'Edimbourg, le bas côté du nord du chœur date de 1355, les chapelles du sud de la nef sont de l'année 1387. Saint-Michel de Linlithgow est du W" siècle : l'ornementation de ses fenêtres est surtout remarquable. La nef de l'église abbatiale de Melrose a été élevée vers l/t53 et dans un style niàle et accentué pour l'époque. La cathédrale de Fortrose, terminée en l'année 1!)85, a quelque analogie avec la nef de Melrose, et une des plus jolies constiuctions du xv"^ siècle était l'église de la ïi-inité d'Edimbourg, commencée vers l/i62 ; en 18/|8, elle a du faire place à l'établissement d'un chemin de fer. La fondation de la chapelle de Roslyn date de H/i6; la voûte forme un "berceau à ogive, sans nervures, mais seulement avec des arcs-doubleaux transversaux. Ce petit monument a un caractère étranger, méiidioiial, et l'on pense que son fondateur, Guillaume Saint-Clair, appela des artistes et des artisans espagnols pour réaliser son projet. La ruine pittoresque de l'église Sainte-Brigitte de Douglas rappelle, sous plus d'un rapport, la chapelle de Roslyn.
Au nombre des édifices construits dans le dernier style du moyen âge, mais qui datent du xvi' siècle, sont les églises de Stirling, de Sainte-Mai ie de Leiih,et quelques parties de l'église de South-Queensferry. Comme derniers vestiges du style ogival, on cite la chapelle de King's Collège à Aberdeen, et Heriot's Hospiial à Edimbourg.
Le nombre des châteaux élevés en Ecosse est peu considérable. Parmi les plus remarquables on cite ceux de Crichton, de Bortliwick, de Linlithgow et de Craigmillar. Mais les barons qui élevèrent ces châteaux songèrent plutôt à en faire des forteresses qu'à les embellir au moven du goût et de l'architecture proprement dite.
La population du pays de Galles et de Cornouailles, sur la côte occidentale de l'Angleterre, conserva sa nationalité d'origine celtique
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ou ciinbre durant une longue suite d'années, jusqu'au xni<^ siècle, dette contrée était appelée Britannia Cimeria par les Romains. Lors de l'invasion de la Bretagne par les Saxons au v° siècle, la portion de la population d'origine celtique se réfugia dans les montagnes et les forêts du pays de Galles. L'élément celte se fondit dans l'élément ciaibre, et cette nationalité s'est constamment maintenue même jusqu'à nos jours. Les Welches ont maiiilislé leur caractère d'indépendance en rejetant pendant longtemps la suprématie que s'arrogeait la papauté et les additions qu'elle avait faites au christianisme primitif, et, dans leurs bardes, les Welches ont continué jusqu'au xvi'^ siècle à conserver le souvenir de leur origine comme de leur âge d'or.
L'architecture du pays de Galles ' se rapproche, quant au style, do celle d'Irlande. Elte est malheureusement encore peu explorée. 11 y a dans les montagnes du pays de Galles des construclions circulaires, sortes de maisons en pierre, d'une grande antiquité, nommées Cyttian Gwyddelod , peut-être identiques aux constructions circulaires de l'Irlande. D'autres petites constructions, semblables à des oratoires, paraissent avoir de l'analogie avec les petites églises d'Irlande couvertes en pierre. Un de ces édifices exigus se trouve à Llandudno; on en voit deux autres à Perranzabuloe - et à Gwithian, qu'on pense être du xii"" siècle. Il y a aussi dans le pays de Galles et dans les Cornouailles un assez grand nombre de piliers isolés et de croix en pierre; il en existe de remarquables à Carew (Pembrokeshire), à Corwen (Merionetshire), à Margam (comté de Glamorgan), à Lanherne (Cornouailles). Au nombre des monuments romans de transition, on range l'abbaye de Strata Florida (Cardiganshire), mais dont il ne reste que le porlail : elle étai( achevée dès l'année 1203.
Si l'on devait en croire Y Histoire rf'Manrfr de JofTery Keating, les Irlandais descendraient en ligne droite de Partholanus, lui-même un descendant de Noé à la huitième génération, qui aborda dans la
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in«n I.I\RF, SECOMI.
province de Munsler 1078 ans avant l'ère vulgaire. Ce qui est plus certain, c'est que les Carthaginois visitèrent les Cassiterides, et peutêtre avant eux les Phéniciens vinrent y chercher de l'élain plus de deux mille ans avant l'ère vulgaire. Partout où les Phéniciens arrivèrent, partout où ils étalilireiit leur commerce, ils fondèrent des colonies qui devinrent populeuses. Le succès de la prédication de saint Patrice est du en grande partie à l'identité d'origine de la doctrine préchée et de ceux qui écoutaient et croyaient. La fable rapporte qu'il bâtit trois cent soixante-cinq églises, qu'il ordonna autant d'évêques et qu'il écrivit aulanld' abgcloria. Le nombre giiacofife revient souvent dans sa vie : il se rapporte à une doctrine des nombres appliquée à l'astronomie et en usage chez les Saxons et les Jutes.
Les plus anciens monuments irlandais ont un caractère asiatique et aussi une certaine ressemblance avec les monuments cyclopéens les plus reculés. Leur type, sauf quelques modifications, semble être identique. 11 y a en Irlande des restes d'une architecture indigène, mais qui ne date toutefois que de l'introduction du christianisme dans l'ile. Avant cette époque, les monuments du culte ne consistaient qu'en cercles de pierres brutes, qu'en autels, qu'en rochbs isolées, et enfin les maisons d'habitation n'étaient que des huttes en bois. Le commerce des métaux avec le Levant avait depuis un temps immémorial établi des relations, et il n'est pas étonnant de rencontrer en Irlande des formes nrchitectoniques qui ne subirent pas les modifications de la civilisation romaine. Dans les constructions irlandaises, nommées Clochan, nous avons des monuments circulaires ou de forme ovale, couverts en dôme au moyen de pierres dont les assises sont placées en encorbellement, comme au trésor d'Atrée à Mycènes; des édifices semblables se trouvent à Dundalk (province de Leinster, comté de Louth), à Mayo, à Anna-Clogh-Mullen et à New- Grange auprès de Drogheda (comté de Mealh), dans l'île d'Aran, etc. Lors de l'introduction du christianisme en Irlande, on conserva en partie cette forme en dôm^; sculcniciil on l'iUai)!!! carrée en plan. Telle est la maison de Saint-Finan Cam, du vi"" siècle, dit-on (située dans Church Island du Lough Lee ou Curraun Lough, lac du comté de Kerry, province de Munsler), et celle de Saint-Fechin du vif siècle, dit-on, dans l'île Ard-Oilean ou High Island, sur la côte de Connamara (comté de Galway, province do Connaught). Très-petites de dimension, toutes ces constructions j)assenl pour avoir été des oratoires; mais il parait rpTou abauiliiniii hifiihii la Inmii' l'arn'^r pour la fni'mo oblongue rec-
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langiilaii'o. De cette espèce est l'oratoire de Gallerus (comté de Kerry, province do Munster), de 7 mètres de longueur sur 3 de largeur avec deux ])ignons à tiers point. foruK'e par deux rampants circulaires de pierre, où l'on voit aussi la jiorle plus large au bas qu'au soinnicl ; l'oratoire de Saint-Senan, dans l'île Innis Scattery, à l'emboucliure du neuve Sliannon. Ensuite on fit un progrès de plus : on bâtit des murs verticaux avec un petit chœur à l'est : là aussi l'arc à plein cintre et à claveaux commence à paraîlie. A cette catégorie d'édifices appartiennent la cathédrale de Kilmacduagh, bâtie, pense-ton, en 61 fl; l'église de Saint-Fécliin à Fore, et celle de Glendalougb.
Il nous reste à parler maintenant d'une soi'te de monuments auxcpiels on a donné des origines diverses, jusqu'à en faire des édifices bouddbistiques ! Il s'agit des tours, qui appartiennent incontestablement au christianisme et qui ont été élevées du vi'^ au xiii" siècle ; elles sont toutes circulaires de 15 à /|5 mètres d'élévation et de /i à 6 mètres de diamètre. A l'intérieur il y a plusieurs étages, éclairés par de petites baies, tantôt à plein cintre, tantôt carrées, tantôt terminées par deux pierres droites inclinées et se joignant au sommet. Il y a souvent, aux portes d'entrée de ces tours, des sculptures représentant des emblèmes chrétiens et qui ne laissent aucun doute surfeur origine. Parmi les plus connues, on cite celles de Timahoe, de Roscrea, de Kildare, de Lough Erne (île de Dev'enish), de Donoughmore, d'Antrim, de Kilree, de Keneith, d'Ardmore, qui ont toutes une couverture conique en pierre. Ce qu'il y a de curieux, c'est que les portes de ces tours ne se trouvent jamais ([u'à une certaine élévation du sol, à 2™ 15, à 3 ou /; mètres. On a découvert en Irlande 118 de ces monuments dont vingt en assez bon état de conservation. Si l'on a disputé sur l'origine des tours rondes d'Irlande, on n'est point d'accord non plus sur leur destination. On a prétendu que puisqu'elles étaient placées à proximité des églises, elles auraient servi comme clochers pour y conserver les cloches. Mais les ouvertures sont trop restreintes et en trop petit nombre pour avoir pu laisser échapper les sons. D'autres prétendent qu'elles étaient des monuments funéraires; d'autres soutiennent qu'elles auraient été des lieux de refuge ou des fanaux, et la question est encore pendante. On a découvert quelques tours rondes en Ecosse et dans le pays de Galles qui ressemblent à celles de l'Irlande'. Parmi les croix anciennes en pierre, nous citerons
1. Nous avons en France des colonnes ci'euses qui ressembtent beaucoup à celles «rirlande. Toiles sont celles d'I-'trées arrondissement de Chàteauroui et celles de
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celles de Clonmacnoise et de Monasterboice du x* siècle, de Kells et de Saint-Patrice, comté de Louth, de Tiiam. de Killcullen, de Bangor, etc.
Dès le xii'' siècle, les caractères distinclifs du style irlandais disparaissent : ils sont remplacés par des détails du style anglo-normand. Au XII' siècle appartiennent les églises de Giendalough, de Clonmacnoise, de Kilialoe, d'inishcaltra, et de Freshford. Le style ogival n'a point prévalu en Irlande, au moins en a-t-on peu d'exemples jusqu'à présent. .\u commencement du xui« sièle appartiennent les églises abbatiales de Jerpoint, de Newtown et de Bective; au style accompli de l'ogive, mais de petites dimensions, les cathédrales de Dublin, de Cashel, les églises de Kilmallock et de Saint-Doulough. L'église abbatiale de Sjinte-Croix, non loin de Cashel, du xv* siècle, se rapproche de l'architecture continentale, de l'architecture méridionale surtout.
Les enroulements fantastiques des âges primitifs de l'Irlande se retrouvent même à une maison de Galway, qui, d'après son architecture, date du commencement du xvi« siècle.
Saint-Georges de Ciron, à quelque distance d'Argenton ; mais elles sont bien moins anciennes que celles d'Irlande.
ITALIE
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ITALIE
co^sIOEnATl0^s générales.
Longtemps après la ruine du palriciat rdinaiii, sou action funeste se fit sentir en -Italie; longtemps encore après sa décadence, l'empire continua à subir le châtiment de sa perversité spoliatrice personnifiée dans César. La race Ariane, race do la supériorité du cœur et de l'intelligence, qui doit gouverner l'iiuinanité entière, devait venger la société occidentale, courbée depuis des siècles sous le joug militaire et immoral du Capitole. Après avoir concjuis les provinces éloignées de Rome, les peuples germaniques pénétrèrent au sein même de la capitale de l'empire ; en 408, Alaric paraît devant Home; en /i52, Attila entre en Italie; en 455, Genseric saccage Rome; en /)92, Théodoric est maître de l'Italie, et en 568 les Lombards régnaient sur le pays tout entier. Mais le sillon tracé par le patriciat était si profond qu'au bout de peu de temps commença la décadence de la force nouvelle apportée à l'Italie par la vigueur mâle et naturelle des peuples du Nord; l'égoïsme fit naître des discordes, la nation italienne se divisa bientôt et commença ces déchirements intestins et cette politique double qui la désolèrent pendant le moyen âge. Les causes qui amenèrent cet état de choses provenaient des mauvais restes des principes moraux et politiques du patriciat de la république; puis de l'action de l'Église qui n'avait en vue que l'établissement de ses deux puissances temporelle et spirituelle et qu'aidèrent la plupart des villes maritimes et les provinces italiennes qui avaient le plus subi l'influence des principes puniques. Car il faut se rappeler que Rome lia des rapports avec les Arabes et que, dès l'année 509 avant l'ère vulgaire, elle avait conclu un traité de commerce avec Carthage. Annibal guerroya pendant quinze ans avec ses Africains en Italie; dans son armée se trouvait un nombre
considérable de soldais Arabes. Enfin les conquêtes romaines dans l'Asie occidentale avaient accoutumé les Romains aux sentiments et à la morale des peuples sémitiques qu'ils avaient soumis. Le monde oriental sadducéen avait jeté de profondes racines à Rome : quoiqu'on minorité, il inocula à la république et à l'empire l'athéisme révoltant qui produisit cette série de débauches et de cruautés que nous oITre l'histoire romaine. Le sentiment du beau et du bien, perdu chez le patricien romain , ne le pouvait garantir de la corruption dans laquelle il tombait; aussi s'adonnait-il au matéiialisme le plus bas, ne jouissait-il que par les sens et ne vivait-il que par les yeux. Puis le Romain aimait les abstractions et les fictions; mais comme les unes et les autres ne touchent en rien les choses terrestres, il se mouvait ainsi dans le vide et dans le faux. Cette disposition de l'esprit encouragea les premiers chrétiens, qui n'étaient que des juifs convertis, à prêcher la nouvelle croyance à Rome de préférence à la Grèce, où ils avaient été honnis et bafoués, parce (]u"on ne s'y payait pas de paroles, comme pendant le Bas-Empire. Rome devint alors le siège du chef de la catholicité qui, fidèle à son oiigine arabe, laissa se convertir en désert cette belle et fertile campagne de Rome républicaine et impériale.
Quand le sentiment du goût fait défaut à une nation, tôt ou tard, d'autres circonstances aidant, elle tombe dans une profonde décadence qui entraîne celle des arts. Voilà ce qui doit expliquer la barbarie pendant les vni*, ix'' et x'^ siècles en Italie, la bizarrerie et le fantastique de son architecture à ces époques.
Depuis la conquête de la Grèce, en H6 avant l'ère vulgaire, l'Italie avait vu s'élever sur son sol des monuments exécutés par des Grecs ; mais ces Grecs étaient des contemporains de la décadence hellénique, et les monuments qu'ils construisirent subirent, de plus, les exigences de la société romaine. Dans ces édifices on avait introduit l'arcade à la place de l'architrave, substitué la voûte et la coupole au plafond horizontal. Din'ant les guerres et les tourmentes qui se succédèrent depuis le lu"" jusqu'au ix' siècle, les arts et les sciences tombèrent dans une grande décadence. A Rome même, dit un auteur moderne, des factions sauvages de nobles combattaient pour la possession du pouvoir, des femmes coquettes et de mauvaise vie' pouvaient saisir une influence permanente et procurer la tiare à des jeunes gens et à des créatures méprisables. Dans le reste
1. Théo'iora et Marozia, par cxcinptf ; Ji'.aii X et Jean XI.
CONSIDl'mTIONS CKNfiRALKS. 1(IH7
de l'Italie, le clergé était ])liis corrompu que partout ailleurs. Les dignités ecclésiastiques conférées sans règle et sans droit, sans égard à l'aptitude morale ou scientifique, par les puissants, étaient considérées comme des bénéfices appartenant à la noblesse, et dont les possesseurs, continuant le genre de vie de leurs pairs temporels , s'adonnèrent à la sensualité la plus sauvage, passant leur vie au milieu des chiens, des faucons et avec des femmes suspectes. Quoique la discipline ecclésiastique des auires pays fût loin d'être sévère et exemplaire, l'état de l'Italie excita néanmoins l'indignation des ultramontains. Ratherius, Belge de naissance, évêque de Vérone, et qui lutta contre les abus existants, atteste que le sacerdoce « n'est nulle part, en F.urope, aussi fortement méprisé qu'en Italie; il ne se distingue des laïques que par la tonsure et le costume ». L'archevêque d'Orléans, disait, dans un concile tenu à Reims en 991, qu'il se trouvait à peine un prêtre parmi les ecclésiastiques romains qui eût appris à lire et à écrire; qu'on devrait chercher le chef de l'église en Belgique ou en Allemagne, où il y a encore des hommes pieux et distingués dans la doctrine. En l'année 1058, Pierre Damien prétendait publiquement que le pape nouvellement élu ne savait pas le premier mot des psaumes et encore moins interpréter un seul vers des homélies', et que le cardinal-prêtre qui l'avait sacré n'était point en état de lire correctement. Quelque exagérés peut-être que fussent ces reproches, ils prouvent qu'il y avait lieu de les faire et ils montrent en outre jusqu'oii on en était alors arrivé en fait d'ignorance. Si telle était la situation intellectuelle et morale du clergé, il est facile de juger ce que devait être celle du reste de la population. Il s'ensuit aussi qu'antérieurement même à cette époque, les ténèbres les plus épaisses s'étendaient sur l'Italie, par le fait de la religion, qui doit cependant être le flambeau de l'humanité et qui le fut dans l'antiquité.
Aussi longtemps que la couronne impériale fut poitée par Charlemagne, sa grande personnalité en fit le prince le plus puissant de l'Occident. Distingué en toutes choses, les lettres et les arts trouvèrent en lui un protecteur intelligent et zélé. 11 n'en fut plus ainsi sous les princes de sa maison, ses successeurs, travaillés et affaiblis par l'Église. A son origine, la dignité impériale n'avait été que
1. Il est prêt à te reconnaître pour pape, •■ si unum non dieam psalnii: seil vet lioniili<e qnidem versiculuni pêne niilû valeat exponere, — Presbyter Ostiensis, qui utinam syllabatim nossct vel unain paj^inani rite percurrere. ••
personnelle; plus lard elle passa au prince le (lUis puissant de la chrétienté, à celui qui pouvait assurer la plus grande protection à l'évèque de Rome, dont la présence, dans ce temps d'ignorance, était indispensable à la cérémonie du couronnement. Tant que les Carlo vingiens se trouvèrent dans cette position, le chef de leur race resta en possession de la couronne impériale. Lors des désordres et de la dissolution des empires sous les princes de cette famille, et lorsque l'Italie, devenue l'arène de luttes sauvages, changea continuellement de maîtres, l'empire tomba en partage aux rois bourguignons et aux ducs de Spolète et de Fiioul , (jui étaient incapables de maintenir l'éclat de la royauté et l'ordre temporel, ainsi qu'auraient pu le faire les souverains germaniques ou français. Le pouvoir temporel, l'unique et vrai pouvoir, le seul utile, se serait perdu dans ces circonstances, si, à la mort de Déranger de Frioul, en ^yih. Otton l''' ne s'en fût saisi; il fut couronné à Rome en 962, et depuis cette époque la couronne impériale l'ut portée par les rois germaniques; toutefois l'Italie devint le centre de tous les mouvements politiques. C'est alors aussi que la papauté, toujours indifféFente aux arts et ennemie des sciences, s'éleva comme l'antagoniste du pouvoir temporel, dont les empereurs furent naturellement les soutiens. Le sacerdoce employa les moyens des premiers temps du christianisme pour assurer son extension : il n'y eut pour lui ni patrie, ni affection, ni peuple, ni princes; il ne reconnut que la pensée de Rome, et dans toute l'Europe s'éleva contre la puissance temporelle un pouvoir qui viola les tendances, les idées, les sentiments des divers peuples au sein desquels il faisait prévaloir cette pensée, d'abord avec humilité et ensuite avec hauteur, en ruinant les hiérarchies que l'ordonnance du monde exige pour son maintienrégulier. Les ans s'engloutirent aussi dans cette ratnsiropho.
Au milieu de l'anarchie matérielle et de la barbarie intellectuelle qu'opéra la papauté, surtout en Italie, quelques traditions antiques échappèrent au sinistre état de choses que Grégoire Vil aurait voulu amener au profit de ceux qui avaient ses aspirations. Ltilisant ces traditions, les arts se relevèrent peu à peu, encouragés par les princes de la maison de Saxe et surtout par les llohensiaiifen dont nous avons déjà parlé '.