CHAPITRE I
VI' ve JLSyu'AI xnie SIÈOLE.
Les (lotlis, conqaHranls dr l'Ilnlio , enreiil iiiie npliiiiilr iKiiiiirlit' pour la compréliensinii de l'art antique; mais, ciiez eux, l'iiiliai)ileté de la main traduisit mal la conception intellectuelle. Ils s'inspirèrent des formes de l'architecture classique et en composèrent les monuments qui vont nous occuper. Théodoric, le roi des Goths, avait été élevé à Constantinople : d'un esprit cultivé, il aimait les sciences et les arts, surtout l'architecture, dont il avait été à même d'admirer les œuvres dans l'antique Byzance. Ce fut à Ravenne, oii se trouvait déjà des édifices du temps de la domination grecque, que ce prince éleva les quelques monuments qui témoignent de son amour pour les arts. Ces édifices appartenaient à la première moitié du v^ siècle : 1" l'Ecclesia Ursiana, la cathédrale, basilique à cinq nefs, qui fut ensuite entièrement métamorphosée au commencement du xvni" siècle ' ; '2° le Baptistère de la cathédrale, San Giovanni in Fonte, octogone de 11 mètres de diamètre, couvert d'une coupole de 15"" 10 d'élévation, et avec une petite abside circulaire en face de l'entrée (les colonnes d'angle au rez-de-chaussée sont corinthiennes, tandis que celles du premier étage sont ioniques-); 3° la basilique Saint-Jean-l'Kvangéliste, dont la disposition originelle a été changée par de nombreux remaniements ; h" l'église de Santa Croce (Sainte-Croix') d'apparence ' cruciforme, mais actuellement déformée; 5" la chapelle sépulcrale de Galla Placidia (fille de Théodose dit le Grand, mère de Valenti-
1. D'Agincourt, Archilecture. pi. 73^ fig. 21. — Caiiina, pi. 91.
2. Von Quast, pi. 1. — D'Agincouit, Archit., pi. 73, fig. 18, 19. — Isal>ellp, Les Édifices iiri.ulaircs, pi. 42. — Canina, pi. Iu4.
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iiicn 111 ), plus connue sous le nom de SS. Nazario e Celso ', qui a clans son plan la forme d'une croix laline, et dont la branche verticale est d'environ 11 mètres de longueur sur 3" 15 de largeur: le croisillon a 9 mèti'es de l(Migueur; cette chapelle n'a point d'abside'ni de collatéraux : l'inlersection est surmontée d'inie coupole haute de 7'" 80, et les quatre bras de la croix ont une voûte en berceau: 6° deux basiliques Sainte-Agathe avec une, et Saint-François avec trois absides à l'est. Une autre basilique, Saint-André, était remarquable par ses colonnes en bois de noyer.
Les autres monuments de Ravenne appartiennent aux vingt-cinq premières années du vi' siècle, à l'époque de sa splendeur sous Tliéodoric, qui se rendit maître de la ville en /|93 et mourut en 526. Parmi les monuments existants dus à ce prince sont l'église du Saint- Esprit, nommée plus tard Saint-Théodore, basilique à trois nefs avec une abside. A côté de cet édifice, le Baptistère des Ariens, plus tard nommé église de Santa Maria in Cosmedin, petit monument octogone avec abside circulaire et une nef qui est une addition postérieure. La basilique Saint-Apollinaire, la neuve, îi trois nefs et de proporlions élégantes. A côté de cette église était situé le palais de Théodoric, dont la façade se voit dans celle du couvent de Saint-François, et qui a quelque ressemblance avec la Porte dorée du palais de Dioclétien, à Spalatro. Les détails sont ceux de la décadence romaine : on y voit des colonnes engagées supportant des arcades aveugles. Dans Saint- Apollinaire nouveau, il existe une mosaïque qui représente sans doute une partie de l'intérieur du palais; là, on voit des galeries ouvertes ornées de draperies. Le tombeau - de Théodoric, bâti par lui-même, se compose d'un soubassement en pierre de taille, à dix pans, de 13"'75 de diamètre d'une face à l'autre. Sur chacune des faces à l'extérieur, il y a une niche couronnée d'une arcade à plelu cintre. A riut'MJeur, ce soubassement a un espace cruciforme, voûté en berceau, ce qui produisit la voûte d'arête sur l'intersection: c'est smis doute là qu'était placé le sarcophage du roi. transporté plus tard sur la façade de son ]):ilais. Ce soubassement a 7'" 90 d'élévation. Au-dessus s'élève un étage de 5™ 67 de hauteui', également à dix pans à l'extérieur, de 10'" 20 de diamètre, formant à l'intérieur une rotonde de 9"" 20 de diauièlre, et couverte au moyen d'mie coiq)ole foi'l plaie, tie 0'" 60
1. DWgim'onrt, .4it/"(., (il. 15. — Vmi Qiwst, pi. 2 ;i (î. — Gally Kiii!J:lit, pi. fi. — Canina, pi. 97.
2. LsiiLellc, pi. .«, 14. — Gallv Kni-ht, pi. 8. — Vuii <^iast, pi. 7, (,•:. 17 à 28.
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d'épaisseur, dont le sommet selève à 7" 68 au-dessus du sol de la rotonde, coupole qui est d'un seul morceau de pierre venant des carrières de ristrie. L'élévation totale du monument est de lô^VCi. L'étage était entouré d'un portique ou galerie à jour formé soit de colonnes, soit de pilastres, et qu'une voûte en berceau reliait au mui-. L'n escalier à deux rampes donnait accès au premier étage. Le tombeau d'Adrien et les temples de Vesta à Rome et à Tivoli ont pu servir de types pour le mausolée de Tbéodoric ; le temple octogone dans le palais de Dioclétien, à Spalatro, a aussi une galerie extérieure, mais au rez-de-chaussée. Tous les détails de cet édifice sont antiques et empruntés au romain. La frise seule du premier .étage fait exception. Elle est composée de chevrons terminés au sommet par des rosettes unies, entre lesquelles il y a des feuilles. Le bas des chevrons est noyé dans des postes, ornement qui ciiconscrit le pied de la coupole du monument de Lysikrates à Athènes, au-dessus des antéfixes. On le voit, il n'y a dans ce tombeau aucune innovation germanique. On ne voit pas non plus dans les monuments de Théodoric d'influences byzantines. 11 s'entourait de Romains ; son architecte Aloisius et son statuaire, Daniel, étaient des Italiens.
Après ces monuments élevés par les (Jotiis ariens qui n'admettaient point la divinité de Jésus, les catholiques sous la domination des Byzantins, continuèrent à bâtir des églises. Saint-Vital ' de Havenne, commencé en ô2G, et consacré en 5^7, est octogone, de oS"" 55 de diamètre dans œuvre, d'une face à l'autre; sur l'axe des angles, des piliers au nombre de huit, forment un espace intérieur octogone, de 15™ 59 de diamètre, autour duquel est, par conséquent, un collatéral. De cette partie centrale s'élève, à 28™ 77 d'élévation du sol primitif, la coupole portée sur un tambour octogone beaucoup plus haut que le collatéral. Les intervalles entre les piliers intérieurs, à l'exception de la travée qui fait face à l'est, sont ornés de deux colonnes qui, par leur disposition, forment un demi-cintre en plan, et sur lesquelles repose une portion cylindrique, comme aux quatre angles intérieurs de l'espace central de Sainte-Sophie de Constantinople; ces colonnes sont reliées à leur sommet par un plein cintre. La même disposition se répète au premier étage et, au-dessus des huit gros piliers formant l'octogone, s'élève la coupole circulaire dont le passage d'une forme à
1. Isabelle , Les Édifices circulaires, etc., pi. 45 ii 48. — Gally Knight, pi. 9. — Voii Quast, pi. K, fij;. 1 à 5, — Caiiiiia, pi. 113. — Gailliabaud. AfnniminUs aiir.Vns (-( nmdernes.
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l'autre, est rachetée par de petits pendentifs. Le clireur, à l'est, est à trois pans à l'extérienr et cireiilaire à l'intérieur. La plupart des chapelles qui entourent Saint-Vilal sont des additions postérieures. Tous les détails de cet édifice sont romains, mais ont été employés d'une manière barbare : le plan seul est une déviation à la forme de la basilique antique, mais rien de plus barbare que le tailloir des chapiteaux, sorte de second chapiteau placé sur celui de dessous". La disposition irrégulière du porche d'entrée semble n'avoir pu être déterminé que par des accidents de la localité. L'extérieur do Saint-Vital est simple et n'olTre rien de remarquable.
Saint Apollinaire in Classe, autre église de Ravenne terminée en 5Z|0, est une basilique à trois nefs, à plafond horizontal. Il y a dans cet édifice une innovation qui mérite l'attention, c'est la décoration des parois à l'aide de pilastres lisses de peu de saillie, couronnés d'archivoltes et qui forment de fausses arcades ou des arcades aveugles, disposition adoptée dans la nef au-dessus des arcades qui la séparent des collatéraux et de l'extérieur de la claire-voie ainsi que rextériour des collatéraux. Par ce moyen, les nuirs acquièrent de la solidité, et les ]iarois semblent emprunter de la vie à une décoration aussi ingénieuse, réuiiniscence de la basilique romaine adaptée au climat de l'Orient, où l'on était dans l'usage d'établir des galeries ouvertes. Quant à l'ornementation, elle est très-sauvage et ne retrace plus aucun goût élevé. Nous verrons les arcades aveugles reparaître dans l'architecture mahométane, surtout dans celle de rEspai,nie.
Parmi les monuments qui ont quelque analogie avec ceux de Ravenne, nous cilerons la cathédrale de Parenzo', sur la côte d'Istrie, basilique à trois nefs et trois absides, dont les chapiteaux sont aussi barbares que ceux de Saint-\ital do Ravenne; cette cathédrale a un atrium qui la relie à un baptistère octogone, placé sur l'axe principal de la basilique qui a subi de grandes modifications à la fm du x^ siècle. Dans l'origine, le dôme de Trieste formait une basilique à trois nefs avec trois absides ; d'un côté il y avait un petit baptistère octogone, et de l'autre luie petite chapelle à coiqxtle; mais ces dispositions furent changées au xiv"^ siècle-, ce qui altéra les œuvres des v^ et VI" siècles. Au yu" ou vni'' siècle appartient encore une petite chapelle de l'abbaye des Bénédictins à Cividale, dans le Frioul, non
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