CHAPITRE IL
lui Xllie JUSQU AI] XVt SIÈCLE.
Si l'ogive, avec son système complet de style, amenée par une nécessité absolue de construction, avait satisfait l'esprit rêveur, poussé au mysticisme et à la tristesse les sentiments des peuples du nord de l'Europe, il n'en fut point de même en Italie. Malgré l'action directe de l'Eglise, les Italiens, vivant au milieu d'une nature rianle, et entourés de monuments antiques, ne purent sympathiser avec le style qui avait pris naissance dans le Nord, où, le ciel et le climat aidant, l'àme avait suivi une direction qui la conduisit à la lin à la divagation et au fantasque monotone. Cette architecture verticale, dégénérée jusqu'à faire de véritables cages vitrées des monuments, ne fut pas comprise en Italie, oii un grand nombre de vénérables traditions du passé attachaient l'homme à la terre qu'il foulait , l'attachaient encore à la normalité des formes et des mesures que la natuie lui offrait. L'église voûtée du Nord n'avait pénétré, durant l'époque romane, que dans les contrées septentrionales de l'Italie qui avaient légèrement subi les influences de voisinage ; dans le centre de l'Italie, à Rome comme en Toscane, où le goût se maintint toujours dans une grande élégance, en Toscane surtout où le sentiment du beau était, pour ainsi dire, inhérent au sentiment populaire, la basilique à plafond horizontal se maintint constamment, sans s'écarter des réminiscences de l'antiquité.
Mais en Toscane et dans le centre de l'Italie, où certains monuments montrent l'emploi de l'arc à tiers-point, cet arc semble, avec la simplicité qui l'accompagne, être plutôt venu du midi de l'Italie et de la Sicile que du Nord de l'Europe. Jamais les Italiens du centre et
d'une partie du Nord n'ont pu admettre les faisceaux de colonnettes qui composent les piliers des grandes cathédrales du Nord. Ils sont restés logiques en donnant, pour l'œil, de la solidité aux grands supports destinés à porter les parties supérieures du monument. Ces supports sont toujours vigoureux, avec d'assez larges faces planes et coupés dans leur élévation au moyen de cordons et de chapiteaux. Au Dôme de Florence, par exemple, les piliers de la nef ont 28 mètres d'élévation jusqu'à la naissance des arcs-doubleaux ; à 10" 70 du sol, ils sont coupés par un chapiteau; à 20" 50 par la continuation horizontale de l'archivolte des arcades; à 25° 30, rarchitccte a placé un second chapiteau, et à 28 mètres du sol, enfin, commence la corniche sur laquelle est appuyée la balustrade. Nous n'hésitons pas 5 voir dans les ogives de la nef de ce Dôme l'imitation des ogives mahométanes de la Sicile ; qu'on les remplace par des pleins cintres, et l'harmonie du monument n'en sera nullement altérée. C'est que là l'ogive n'est qu'une forme, et non la conséquence rigoureuse d'un système complet d'organisme, comme dans le nord de l'Europe. Dans les détails, l'architecture de l'ilalie centrale a fait des emprunts à la Sicile et au duché de Bénévent qui, eux-mêmes, subirent une influence byzantine en se souvenant toutefois continuellement du grec et du romain de l'antiquité. Pour ne citer qu'un exemple, il suflit de voir les fenêtres des façades latérales du Dôme de Florence. Quant à la substitution du plein cintre à l'ogive dans les monuments italiens, nous en avons un exemple dans la Loggia dei Lanzi à Florence. Jamais en Italie le goût ne fut en décadence comme il le fut dans le Nord, dans les monuments du style flamboyant en France, et perpendiculaire en .Xnglcterre.
Pendant la première moitié du xni" siècle, un seul souverain régnait sur presque toute l'Italie : c'était Frédéric II , intelligence supérieure et distinguée , qui a eu le mérite d'avoir pensé davantage au bien-être et au bonheur terrestre de ses sujets que la plupart de ses contemporains. Ses luttes avec les papes et des princes superstitieux et fanatiques, qui n'avaient que l'égoïsme pour mobile, engagèrent aussi l'Empereur à bâtir plutôt des forteresses, des ponts, des aqueducs, etc., que ces monuments destinés à maintenir le fanatisme et à éloigner les hommes du travail nécessaire à la vie terrestre. L'architecture ogivale du Nord semble n'avoir pas été sympathique à Frédéric 11. Dans les restes des édifices élevés à son instigation, régnent l'architrciun' ronuine, rt jilus particulièi'cment encore le romain de
C0NSTRUCT1U:NS DE FKEUElilC 11. llly
l'antiquité. Nicolas de Pise, Bartliélemi, Nicolas Masiiccio, Thomaso de' Slefani , employés par Frédéric, sont des artistes qui clierclièrent une restauration de l'an , une renaissance du sentiment du beau naturel et possible, en quittant les t\ jies et les traditions sacerdotales. Il n'en pouvait être autrement, guidés qu'ils étaient par l'empereur, leur Mécène, qui dessinait lui-même et qui faisait preuve de bon goût et de science en architecture. Pendant sa croisade, en 1228, il avait vu un grand nombre de monuments antiques détruits depuis par les Arabes. Là, dans le Levant, il avait formé son goi"it et fixé ses elTorts pour faire revivre l'architecture de l'antiquité dont il lisait et comprenait les auteurs. Quand il envoya une série de ces auteurs à l'Université de Bologne, il lui écrivit en même temps que u la science doit aller côte à côte avec l'administration, la législation et l'aride la guerre, parce que autrement celles-ci, succombant aux tentations du monde et à l'ignorance, tomberaient dans l'oisiveté ou dégénéreraient sans frein au delà de toutes les bornes permises. C'est pour cette raison que dès notre jeunesse nous avons cherché la science, et que nous l'avons aimée dans sa forme propre... Nous avons consacré sérieusement à la lecture d'excellents ouvrages nos moments de loisir, afin que l'àme s'éclairât et se fortifiât par l'acquit de la science, sans laquelle la vie de l'homme est privée de sa règle normale et de la liberté, etc. '. On voit que l'Empereur était en opposition avec l'ignorance et l'obscurantisme de son temps et en général de ceux du moyen âge, et il a le mérite d'être le fondateur de la Renaissance. Mais la papauté voyait la conversion de l'esprit du temps; elle comprit le danger qu'il y avait pour elle si ou laissait passer la sagesse des lois édictées par l'Empereur, et elle lança sur la société les moines enthousiastes de l'ordre de Saint- Dominique et de Saint- François. Deux siècles plus tard, les Grecs de Constantinople, chassés par les Turcs, développèrent la renaissance commencée au xm** siècle par Frédéric et ses contemporains.
Le temps, les tremblements de terre et les guerres ont détruit les palais que Frédéric avait élevés dans les plus beaux sites de l'Italie méridionale. De son palais de Foggia -, bâti par l'architecte pisan Bartliélemi en 1223, il ne reste qu'une porte d'entrée d'un style tout à fait antique. Du palais de Gastel del Monte •', non loin d'Andréa,