‹ Histoire générale de l'architecture (volume 2)Chapitre 270 sur 309 · MAHOMÉTANS · texte numérisé non relu

MAHOMÉTANS

CONSIDERATIONS GENEIiALES.

Il arriva une épo.que où les nombreuses tribus qui composaient le rameau sémitique, cantonnées au sud-ouest de l'Asie, et surtout dans la vaste presqu'île de l'Arabie, et qui étaient adonnées à une grande idolâtrie, couraient les risques de s'amoindrir et même de disparaître. Le judaïsme, croyance religieuse tout au plus suffisante pour la petite tribu arabe qui s'étendait de l'isthme de Suez jusqu'au Liban, et le christianisme, qui en était une déduction, semblaient devoir absorber les populations sémitiques dont nous venons de parler; puis les hérésies, les dissensions et les haines intestines paraissaient, aux yeux de quelques chefs de ces tribus, compromettre l'existence future de leurs peuples. Alors un homme, appartenant à la tribu de Koreisch, la plus illustre parmi les Arabes, descendant, disait-il, en ligne directe d'Ismaël, fils d'Abraham, et qui possédait depuis cinq générations la souveraineté de la Mekke et l'intendance de la Kaaba, son temple, comprenant le danger, se crut appelé à opérer la régénération de sa race : cet homme fut Mahomet, qui ne se déclarait que simple prophète. Fortement doué du caractère et des aptitudes des peuples sémitiques, il réussit, non sans peines, à donner un code religieux aux hommes de son sang, qui en peu de temps formèrent un ensemble compacte et puissant. Mahomet prouva par la force, à ses compatriotes, qu'il était l'envoyé d'Allah. Son dieu avait une parfaite ressemblance avec celui des Juifs : c'était une puissance omnipotente, organisée à la manière de l'homme et avec toutes ses passions, divinité jalouse, colère et vindicative, sans autre corrélation avec le monde qu'une intervention, une action directes sur les hommes et les choses de cette terre. Comme tous les Arabes, II. 38

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Mahomet prêchait le miraculeux, en deliors de toute espèce de science des phénomènes de l'univers. Chez les sémites, l'ignorance des causes a enfanté le merveilleux que la science du monde rejette, mais dont l'égoïsme seul tire profit. Mahomet sut en tirer profit.

Tout ce que la nature a produit est parfait et complet au point de vue universel : elle a mis une grande variété dans le monde. Elle a divisé le globe en terre et en eau, elle a produit les vallées et les montagnes, elle a nuancé de mille et mille tons divers les choses matérielles. A côté des contrées les plus belles et les plus fertiles, elle a créé des régions stériles et tristes*. Elle a formé des hommes destinés à peupler et à habiter les déserts et les pays, pour ainsi dire, inhospitaliers. Elle leur a donné une morale propre , en concordance avec la vie qu'ils devaient mener, et qui diffère essentiellement de

1. Un ami, M. A. Bellée, qui pénètre le plus fortement dans l'esprit de l'antiquité et dans les questions du monde actuel , a bien voulu nous communiquer la note suivante :

" La Jurande différence physique et morale constatée aujourd'hui entre les races, et qui a été signalée par la Théologie cofimogonique, il y a neuf ans, au point de vue social et politique, comme ayant perdu la société grecque et romaine, continue à occuper les écrivains naturalistes et les anthropologistes. M. de Quatrefages, dans un livre intitulé : Unité de l'espèce humaine, vient de traiter cette question. Mais son livre, exclusivement naturaliste et très-savant du reste , n'est' presque qu'une polémique contre les écrivains qui ont étudié cette question, souvent aux divers points de vue ; naturaliste, social, moral et politique. La discussion de M. de Quatrefages contre ce qu'il appelle les pobjgénisles ou partisans de plusieurs espèces humaines, lui qui n'en admet qu'une, est fondée en apparence sur les faits. Cependant c'est une question d'origine et mystérieuse, sans grande importance pour la question sociale qui est régie par la loi physique et psychologique de l'homme, en rai)port avec les contrées de la terre. — Mais de ce qu'il y aui'ait métissage et non hybridation dans les produits entre les races, c'est-àdire possibilité de métis se reproduisant eux-mêmes entre eux et non un produit quelquefois, mais s'arrètant comme le fait a lieu entre l'àne et le cheval qui doinient le mulet et qui est stérile; de ce qu'il y aurait métissage et non hybridation, disons-nous, dans les unions entre toutes les races et les variétés entre elles, et par là, supposition qu'il n'y a eu à l'origine qu'une seule race qui a été la mère de toutes celles qui existent, conclure, comme le fait M. de Quatrefages, que toutes les races sont égales et également nobles, est une très-grande erremk^ car dans le monde comme dans la musique il y a les modes, qui sont plus ou moins beaux ou nobles, et les dissonances, — Le terrain naturaliste ou physique montre de grandes différences entre des races , et le.terrain moral, social, politique, [isychologique, esthétique, n'en montre pas moins non plus. Passer sous silence tout ce dernier teri'ain pour rester exclusivement naturaliste contre des écrivains qui, eux, outre les différences de caractère physique et physiologique entre les races, abordent tous ces autres côtés et s'en préoccupent, c'est ne traiter que la moitié de la question. — Quand on parle sans fin d'action du milieu, d%éréJilé, il faudrait au moins dire quelle est la cause de ces faits : que cette cause est la mise en harmonie par la force première de toutes choses sur la terre, aussi bien d<' l'honnnc que des animaux et des arbres, avec tout le reste de la création; que le

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celle dos autres races d'hommes'. Nous parlons de la race arabe qui a sa raison d'être dans les vues de la Providence. La race ariane s'est étendue sur la presque totalité de la terre. Par sa science variée et ses inventions, par sa pénétration, par la droiture de jugement dont elle est douée, elle est destinée à gouverner notre globe, que les êtres les plus intelligents sont appelés, par leur concours, à maintenir dans l'ordre établi. Elle a la mission de travailler le sol pour lui faire produire ce qui est nécessaire à ses besoins matériels. Mais en même temps, la nature n'a pas voulu en faire une sorte d'organisation mécanique, fonctionnant, avec la monotonie du pendule, au moyen de lois immuables ou propriétés de la matière, comme le

grand emporte te moindre ou fait produire le moindre ; qu'un milieu géologique, géograptiique, météorologique étant produit, il eniraine , selon sa nature, la faune et la flore qui vont venir le peupler, l'homme compris; — et que, s'il y a sur la terre, par exemple, des lieux géographiques très-exceptionnels en contact avec des zones entièrement ordinaires, ils amèneront des races humaines très-exceptionnelles elles-mêmes, qui sortiront de ces races ordinaires sur les bords de séparation, et qui iront peupler ces lieux exceptionnels: par la cause de Vcconomie d'action que suit la nature, au lieu de créer un nouvel homme, et que, quoique très-nobles assurément que seront ces races dans leurs contrées nriturelles, elles ne pourront ni ne devront pourtant être introduites ou souffertes, que précautionnellement et avec mesure, dans les tribus des pays ordinaires, parce qu'elles pe modulent pas socialement comme celles-ci. — Dieu a fait l'harmonie. Mais comme le monde est grand, les différents chœurs dans l'orchestre cosmique le sont beaucoup eux-mêmes et restent pourtant parfaitement distincts. — Les races humaines, dans leurs contrées respectives, constituent cette harmonie. L'homme et les sociétés politiques doivent respecter avec une grande attention ces distinctions que leur montre et enseigne la nature. — Ne l'ayant pas fait en Europe, des misères, une anarchie, une Si'Oliation et une oppression inouïes sont le partage de l'innombrable masse (coiÊme dans rempire romain et par la même cause!) dans cette contrée du monde, au profit de quelques-uns qui y sont comme des dieux I et cela par la cause de la confusion et des ténèbres jetées dans toutes choses par la donnée vide chrétienne et le code sémitique d'où elle sort ! Mais cela doit bientôt cesser, car la science est faite ! " 1. " Il y a dans l'Arabe un mélange surprenant de noble fierté et de basse cupidité qui sont d'abord inexplicables pour l'Européen. Le maintien indépendant, noble, et le calme inébranlable ne semblent exprimer autre chose qu'un sentiment orgueilleux . d'honneur. Mais, en présence du moindre gain d'argent, tout cela fond comme de la cire au- soleil, et le traitement le plus honteux est à peine pris en considération quand l'argent est en jeu. ■• Lepsius, Lettres écrites d'Egypte, etc., 1852, p. 58. — <■ Le Phénicien est le type vrai mais révoltant de l'agioteur, de l'intrigant sans foi. Tour à tour impudent et mendiant, tripoteur d'affaires, faisant Tescroquerie à chaque pas, étudiant son code pour .aller jusqu'aux limites de la police correctionnelle, sans les toucher, exploitant l'esprit de sa femme, la beauté de sa fille, estimant en monnaie sonnante le prix de ramour, de l'amitié, de l'honnêteté apparente, de la raison ellemême, brocanteur de sentiment et d'honneur, qui vendrait son âme si Satan ne la méprisait trop pour en donner vingt sols. " Paul de Musset, Critique de Mercadet, National du 25 août 1851. L'esprit aléatoire, la passion de l'argent, la cupidité sont les antipodes du sentiment du beau et du vrai, et là où il peut exister, ils le détruisent.

prétendent les athées par ignorance. Ensuite les sociétés indo-européennes ont à se nourrir de plantes et d'animaux, et la nature n'a pas voulu qu'elles fussent saisies d'indolence: elle a fait naître des animaux sur la terre, dans les eaux et dans les airs, qui inquiètent ses récoltes et ses troupeaux. Mais indépendamment de leur nourriture, il y a encore autre chose que ces races savent acquérir parles sueurs prolongées de leur front : c'est la richesse collective, c'est un magnifique et précieux mobilier social que les rats, les mulots, les sauterelles, les ours, les loups, les renards, les aigles, les milans, les requins et les brochets ne peuvent atteindre. Or, si l'individu défend son bien personnel, les peuples doivent défendre les biens publics, le trésor et le mobilier de la souveraineté, les monuments de leurs travaux, de leurs gloires, de leurs arts, de leur science, de leurs découvertes et de leurs inventions. Toute association sociale, politique, civile, religieuse et morale, digne de ces noms, a le devoir sacré de conserver ce que les générations passées lui ont légué, et même d'augmenter ses richesses nationales par le travail matériel et intellectuel.

Dans les déserts qui relient entre eux Jes trois grands continents de l'Asie, de l'Europe et de l'Afrique, campent depuis la nuit des temps les différentes tribus d'Arabes qui, de temps en temps, lormées en immenses groupes de cavalerie, ont inondé et subjugué les contrées riantes fertilisées par les labeurs et l'activité incessante et multiple des races indo-européennes. Ces tribus ont plusieurs fois envahi et conquis l'Egypte : elles ont plus d'une fois renversé les monuments de la civilisation babylonienne et assyrienne; elles ont soumis la Perse, anéanti l'antique culture d'une grande partie de l'Inde : elles se sont avancées jusqu'au Brahmapoutre; elles ont été maîtresses de toutes les grandes îles de la Méditerranée, et elles y ont laissé de nombreux restes; elles ont possédé presque toute l'Espagne; elles se sont avancées jusqu'à Poitiers, où les Francs les vainquirent et les chassèrent sans retour;enrin elles ont pénétré jusqu'au cœurde .l'Afrique, où leurKoran n'a rien civilisé et où les habitants convertis à l'islamisme sont restés presque aussi sauvages et aussi bruts qu'il y a des milliers d'années!

Si les Arabes ont leur morale particulière, en con'foruiité avec leur genre d'existence et qui diffère essentiellement de la nôtre, tout en étant comme cette dernière providentielle; si cette morale est le résultat de leur incomplète et fausse idée de Dieu, qu'ils ne comprennent pas dans ses œuvres de création ni dans son gouvernement de l'univers, par voie de conséquence, il y a absence chez eux du sentiment

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. 11/il

du vrai et du beau et, par suite, de la conception architecturale. C'est ce que nous avons déjà développé dans plusieurs passages de ce livre et particulièrement au commencement de notre introduction. Lne nation de sa nature toujours errante, toujours en selle, telle que les Arabes, n"avait point do passé, n'avait ni archives écrites, ni archives bâties. Elle ne put jamais avoir de types architectoniques comme on en voit chez les nations sédentaires, chez les nations arianes. Car la Kaaba, bâtie par Abraham et son fils Ismaël, d'aprèg la tradition sémitique, et qui n'est qu'un cube de pierre, ne pouvait développer une architecture chez un peuple qui n'en avait point le sentiment. Quand, à l'imitation d'autres religions, les mahométans voulurent avoir des lieux sacrés pour prier, ils s'adressèrent à la nation la plus voisine, où l'art florissait encore. C'est ce qu'un auteur arabe nous apprend; Ibn Khaldoun, qui'écrivait à la fin du xiv« siècle, dit : « On observe que les peuples nomades chez lesquels la civilisation ne fait que commencer, sont obligés d'avoir recours à d'autres pays pour trouver des personnes versées dans l'architecture. C'est ce qu'on a vu du temps du calife Oualid, fils d'Abdelmelek, lorsqu'il voulut élever une mosquée à Médine, une autre à Jérusalem et une à Damas, où cette dernière porte encore son nom. 11 fut obligé d'envoyer àConstantinople demander à l'empereur grec des ouvriers habiles dans la bâtisse, et ce souverain lui adressa effectivement des gens en état de remplir ses vues'.» 11 règne dans l'architecture mahométane, dès son origine, deux systèmes différents, celui qui est inspiré de la basilique antique, consistant en nefs formées par des rangées d'arcades avec couverture plate, et celui de la coupole, dans le plan, de formes diverses, souvent polygonales, avec coupoles mêlées de plafonds horizontaux. Mais la coupole n'a plus la grâce ni l'élégance de la coupole latine et byzantine; elle a une forme fantastique, peu architecturale et qui se rapproche de celle de l'oignon. Dans les constructions primitives, le plein cintre est employé, avec côté prolongé en dessous du point de centre, et qui lui donne une forme de fer à cheval. L'emploi de l'arc ogival se trouve aussi dans les constructions mahométanes dès le ix^ siècle, surtout dans celles de l'Egypte. Nous avons vu que cet arc avait déjà été employé à Ninive. Dans les derniers siècles de leur puissance, les mahométans ont adopté aussi l'ogive en talon, qui est l'arc de notre flamboyant français. Quant aux voûtes, elles sont composées de petites

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