Eglise des Invalides
dôme. La Salpétrière est également de Bruant. Fr. Bluiukl, architecte d'un goût pur et élevé, construisit, en 1672, le bel arc de
1. Mémoires de Casiehiau, éilition Michaud; 2' sériu, t. IX, page 49i>.
2. En parlant des Invalides deMansarl, M. Cousin dit :iiCe n'est point un monument gothique; ce n'est pas non plus un monument presque païen du xvi' siècle; il est
LE GAliDK-MF.rni.K A l'AlilS. 1201
triomphe, aujourd'hui porte Saint-Denis. En 1670, J. Gabriel éleva le Palais de Justice de Rennes.
A quelques rares exceptions près, le style des monuments du règne de Louis XV est monotone, nu et ennuyeux quand 'il n'est pas prétentieux, puéril ou baroque : ces monuments sont faits sur un patron identique. C'est que l'Académie d'architecture, projetée en 1671 et confirmée par lettres patentes du 18 juin 1717, perpétuait un style stéréotypé, elle perpétuait ce style appauvri de la colonne, du pilastre, du fronton corinthien. Juste-Aurèle Meissonnier' corrompit le goût, comme Dietterlein l'avait fait en Allemagne un siècle auparavant. Quelque indigents en conceptions que soient les monuments de ce règne, ils donnent néanmoins un retlet de la société qui, comme l'on sait, était d'un vide et d'une légèreté extrêmes : ils vont de pair avec les œuvres d'Aubert, de 'Dorât, de Gilbert, de Thomas, de Laharpe, etc. Pendant le xvin" siècle il y a des édifices d'un goût très-médiocre, mais qui ont néanmoins un cachet d'originalité-; de ce nombre sont : les vastes écuries de Chantilly, commencées en 1719 par l'architecte Aubert et terminées en 1735; l'École militaire, à Paris, élevée en 1752 par J.-A. Gabriel, et en 1755 le château de Compiègne du même. Vers 1762, Gabriel commença le Garde-Meuble, achevé en 1772, un des plus beaux monuments de l'architecture française, et qui seul établirait la réputation d'un artiste de génie. Il y a dans cet édifice un grand sentiment architectural ; il y a en lui une vie qu'on ne retrouve pas dans d'autres monuments contemporains. En 1764, J.-G. Soulllot commençait le Panthéon de Paris, bâtisse lourde, morte, insipide, d'une grande pauvreté d'invention. L'École de médecine, construite de 1760 à 1789 par J. Gondouin, est une
moderne et encore chrétien, etc. » Nous voudrions liien qu'on prouvât ce qu'il y a de chrétien dans l'hôtel et l'église à coupole des Invalides. Ce sont des œuvi-es matérielles païennes, dont tous les détails sont romains antiques. Ce mot de chrétien est une de ces expressions idéolof^iques ou vides de sens de la terminologie do la philosophie éclectique.
1. Becueil d^estampes relatives à rornementation des appnrlements aux xvi* , XVIi*' et XTiii' siècles, par M. H. Destailleur, Paris, 1838, in-fol.
2. M"« de Pompadour, qui sentait, aimait et protégeait les arts, faisait employer aux travaux publics les artistes de talent. Elle reçut de la France, de 17-15 à 1764, c'està dire pendant dix-neuf ans, 36 millions; soit 1,894,000 livres par an. Elle dépensa 8,203,352 livres en achat de liàtiments et en constructions. Son château de Bellevue, bâti par Lassurance en 1748, revenaità2, 589, 724 livres. Voyez, pour d'autres détails, « Madame la viart/uise de Pompadour^ l volume in-18, par M. Capefigue, dout toutefois nous ne partageons pas les doctrines.
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œuvre plus agréable quoique très-froide. Dans l'Hôtel des Monnaies de Paris, que J.-D. Antoine bâtit en 1771, il y a de la grandeur, une puissante ampleur; l'avant-corps central, avec ses six colonnes ioniques, est hardi et vigoureux, mais la médiocrité se manifeste dans le palais Bourbon, dont l'auteur fut A. -M. Le Carpentier. La farade de l'ancien Opéra, aujourd'hui théâtre de la Porte-Saint-Martin (bâti en six semaines), conçu (en 1787) par l'architecte N. Lenoir, est bien une façade de théâtre : l'intérieur est l'œuvre d'un habile homme. On bâtit peu de monuments sous Louis XVI : les ressources du trésor étaient épuisées. Il en fut de même pendant la grande liévolution', qui avait à solder des armées pour repousser Tinvasion de l'étranger. Si la Révolution ne put bâtir, elle prit soin de la conservation des monuments du passé. Ainsi, par décret du 11 août, la Législative ordonna l'enlèvement des statues sur les places publiques de Paris, que le peuple commençait à jeter à terre-. Un autre décret de la Législative, du H août, ordonnait la destruction des monuments susceptibles de rappeler la féodalité. En février 1702, elle ajouta 1,/|69,/|78 livres aux 50,000 votés en décembre 1791, pour l'achèvement du Panthéon. Le grand peintre David el le savant Fourcroy présentaient les plans de conservation ou de construction des monuments à la commission de l'inslruclion publique, nommée par la Convention nationale, qui décréta, en avril 1793, deux années de détention pour la mutilation des statues. Pendant les guerres de religion, beaucoup de monumenis du passé furent détruits : l'année 1562 leur fut surtout funeste. Sous Louis \III, en 1626, un édit ordonna la démolition des châteaux de l'intérieur qui ne servaient pas à la défense des villes. Le 6 août 1793, la Convention ordonna la démolition des forts et châteaux de l'intérieur ' : elle iuiila l'exemple de Kichelieu. Sous la Fronde, beaucoup de monuments eurent encore à souffrir de la poudre et des démolitions ordonnées par le pou\oir ro\al; la Révolution ne détruisit pas tous les monuments qu'on lui fait détruire.
Le gouvernement impérial construisit peu de monuments d'architecture : en 1807, le péristyle de la Chambre des députés sur
1. Ilisloirede l'art ]ienUanl la période révolutiunnaire de 17b9 a 180i, [lar Jules Keiiouvier. Paris, 18(i2, 1 vol. in-B.
2. Mnnileur du 13 août 1792, p. 948. Dumas, Sumcuirs, etc., t. 11, [laiçe 4(i3. Breohitioiis di' l'aris, t. Xlll, page 240.