CHAPITRE I
11 est très-remarquable qu'en général les sanctuaires indiens, dont la série commence dans la partie la plus septentrionale de l'Inde et même d'en deçà de l'indus, à Bamiyan, et qui s'étend jusque sur les îles les plus méridionales, c'est-à-dire dans une distance de 3,^30 myriamètres ou 800 lieues, soient presque tous consacrés à la même religion, et que leurs sculptures représentent toutes des sujets d'un seul et même culte. Ces sanctuaires doivent leur existence uniquement à la religion , qui par conséquent était puissante , puisqu'elle a su enthousiasmer un nombre de princes et de peuples dans les pays les plus éloignés les uns des autres, et que cet enthousiasme a pu engager ces peuples à la plus grande abnégation des jouissances de la vie matérielle, et les porter aux plus grands sacrifices imaginables. Le grand et profond génie architectural qui règne dans ces monuments montre que ces nations n'exécutaient pas en esclaves serviles les travaux qu'on leur commandait, et que ni la contrainte ni la violence n'étaient les mobiles de leur activité matérielle ; l'inspiration religieuse seule les poussait à élever la suite de monuments grandioses et merveilleux que nous allons essayer de décrire : car la conception colossale de quelques grottes et de quelques temples est surpassée par leur exécution fine et intelligente, et par la richesse inlinie et si variée de leur sculpture.
On est convenu de ranger les monuments d'architecture de l'Inde en trois catégories :
1" Ceux qui sont taillés dans le roc, sous terre, ou temples souterrains ;
2" Ceux qui sont élevés au-dessus de terre et construits avec d'énormes blocs de rochers, dans lesquels il se trouve cependant des pièces souterraines ;
670 LIVl'.E PREMIEI!.
3° Et enfin, ceux qui s'élèvent librement au-dessus du sol.
Quant aux détails des monuments indiens, on peut encore distinguer trois ordres de colonnes ou soutiens, dont le style nous conduira à fixer l'époque :
1° Le pilier simple, uni, carré ou polygonal, soutenant la couverture. Ce genre de pilier a quelquefois des moulures régulières, comme à ceux du Kailasa d'Élora , et dont le chapiteau pourrait être compare au chapiteau dorique ancien ;
2» La colonne à chapiteau circulaire ;
3» La colonne et chapiteau à formes diveises, ornés de plus ou moins de sculptures tantôt simples, tantôt historiées.
Le premier ordre s'aperçoit dans les temples souterrains les plus anciens, qui sont de la première époque. Le second est employé dans les temples qui s'élèvent h moitié au-dessus de la terre et qui sont de la seconde époque. Le troisième, enfin, est appliqué aux édifices qui s'élèvent librement et sont isolés au-dessus du sol ; il constitue la troisième époque. Une quatrième époque, dans l'art indien, est celle des pagodes, monuments surchargés d'ornements et de sculptures.
Cette classification en époques, d'après le style des monuments, est confirmée par les sujets que représentent les sculptures religieuses qu'on y découvre. 11 est probable que ceux des monuments taillés dans le roc et dédiés à Shiva, qui ne portent aucune trace du culte de Vishnou, sont proportionnellement les plus anciens. De ce nombre est le temple sur l'île de l'Éléphant, près Bombay, qui ne compte parmi ses ornements que la représentation de Vishnou dans l'image de la trinité indienne. Ce sanctuaire serait donc plus ancien que les poèmes épique^ du Mahâbhàrata et du Ràmàyana, qui appartiennent aux adorateurs de Vishnou ' . Ensuite viendraient ceux consacrés à Vishnou lui-même ou à Rrischna et qui représentent amicalement le bouddhisme à côté du brahmanisme. En dernier lieu arriveraient les pagodes qui sont les monuments modernes et de la dernière époque.
L'architi'ciiiri' des Indiens proiue <|u'('lle est l'œuvre d'iui peuple ancien qui a une longue existence politique et religieuse ; elle prouve, ainsi (jue nous l'avons déjà dit i)lus haut, qu'elle est l'ouvrage d'un grand nombre de gc'néi-ations successives. On y reconnaît l'enfance et