‹ Histoire générale de l'architecture (volume 2)Chapitre 88 sur 309 · CHAPITRE ni · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni

Pendant les premiers siècles de l'ère vulgaire les beaux-arts étaient bannis du culte et des églises chrétiennes. Leur intervention dans la religion, et l'usage des images matérielles paraissaient aux chrétiens une coutume païenne et par conséquent sacrilège. Peut-être aussi le second commandement du décalogue, et l'ordre de Jésus de s'y conformer de nouveau, empéchêrent-ils les premiers chrétiens d'appeler les arts dans leurs temples. On était persuadé que les choses divines avaient souvent été profanées et altérées dans le paganisme, en les mêlant à des objets purement terrestres. On prétendait .qu'on avait rendu hommage aux beautés matérielles au détriment des beautés intellectuelles et morales. Par conséquent, dans le premier accès de la ferveui chrétienne, qui était diamétralement opposée à la déification de la nature, on s'efforça de représenter les choses morales et sacrées par des images opposées au beau idéal de la nature, plutôt qu'en leur donnant des formes gracieuses et agréables. On était plutôtportéà outrer jusqu'à l'extrême l'idée de la manifestation divine sous une forme humble et presque servile, représentation qui se prêtait parfaitement à la position opprimée de l'Église militante, qu'à la laisser au second plan, et à l'étouffer par une direction esthétique, en appelant le concours des arts. C'est ce qui est prouvé d'une manière toute particulière par l'opinion générale de l'Église primitive qui admettait que Jésus avait dissimulé sa magnificence spirituelle et divine sous une appa-

1.21. Sicanicv, (Slcfdjidjlc ter djïifllidicii OîcligiiMi , v. 1, 2' divis. , p. 333.

es. (Sltûneifen, 3ui- SUdjiiolcijit ttt d!viilUd)Eii .Riiiijî. i'on ben lltfadien iinb ®ttnjtii Ut ituiifl^affeS in tcii fcrei ct|lcii 3>il;rl)iintcttcii tiadi {5t)vi|luê, dans le Kvnslblalt de Tubingue, 1831, u° 28 à 30.

7o/i l.l\ l!E SECOND.

rence matériellement laide, éminemment coiitiaiic à sa splendeur céleste, et on fondait cette opinion sur une interprétation trop littérale d'un passage d'isaïe, ch. LUI, v. 2. C'est ainsi que Clément d'Alexandrie exhorte les chrétiens à ne pas accorder une trop grande valeur à la beauté extérieure; et à l'appui de son exhortation, il cite l'exemple de Jésus : » L'apparence extérieure elle-même du Seigneur a été laide : et qui a été meilleur que le Seigneur? dit-il. 11 ne révéla pas en sa personne la beauté corporelle, mais bien la beauté véritable de l'àme et du corps : dans sa charité, la beauté de l'àme ; dans la promesse de la vie éternelle, la beauté du corps '. »

Certains Pères de l'Église, tout à fait opposés de sentiment et d'opinion, réalistes et idéalistes, et parmi eux Clément d".\lexandrie aussi bien que TertuUien, sont hostiles les uns et les autres aux représentations des choses religieuses. « Nous ne devons point nous attacher aux choses matérielles, dit Clément d'Alexandrie en parlant contre les images du paganisme ; mais nous devons nous élever vers l'esprit : l'habitude de voir journellement la grandeur de la divinité la profane ; et vouloir adorer l'esprit par la matière, cela s'appelle le profaner par les sens. » Nous apprenons donc par ses paroles l'éloignement des premiers chrétiens en général pour des images représentant Jésus. Des païens, qui reconnaissaient une certaine divinité à Jésus , comme Alexandre Sévère, et des sectes qui faisaient une fusion du paganisme et du christianisme, ont été sans doute les premiers qui mirent en pratique des représentations de Jésus; parmi ces dernières, la secte gnosliquc des Carpocratiens rangeait pêle-mêle des images de Jésus avec des portraits de Platon et d'Aristote.

Ce n'est point de l'église, mais du foyer domestique qu'est sorti chez les chrétiens l'usage des tableaux religieux. Dans le contact et le commerce journaliers avec le monde, les rhn'tiens se voyaient entourés de sujets des religions antiques, ou bien dv, représentations qui blessaient vivement leur sentiment moral et chrétien. Ces sujets ornaient les murailles des salles, les coupes dans lesquelles on buvait, les pierres servant de sceau, sur lesquelles les Grecs et les Romains avaient souvent gravé leurs divinités ; il était naturel que les chrétiens voulussent remplacer par des représentations tirées de leur croyance nouvelle celles qui blessaient leur sentiment religieux. Pour cette raison ils représentèrent souvent sur leurs coupes et sur leurs vases

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