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absolus, (lui se prêtaient beaucoup plus aux iiiodincations que le dorique. 11 arriva et il dut arriver que la simplicité grave, la sévérité et la parfaite tranquillité du dorique ne furent plus en harmonie avec la mobilité, la grâce et l'élégance coquette du caractère ionien; il devait s'élever dans l'imagination des artistes des tendances à inculquer à l'Architecture cette mobilité vivace qui avait déjà distingué la race ionienne de la race dorienne dans la mère patrie, mais qui ne reçut qu'en Asie un développement qui s'étendit sur la vie en général et sur les beaux-arts plus particulièrement. C'est peut-être un chapiteau exécuté en une matière malléable quelconque, surchargé d'un poids trop considérable, qui donna, par la pression latérale et l'enroidement de la matière, l'idée du principe du nouveau style. 11 est certain que le problème qui consistait à donner ime apparence de mouvement aux formes architectoniques, sans anéantir le caractère grec en général, ni détruire l'expression de l'équilibre, a été résolu par le seul moyen qui ne le fait pas trop sortir des limites de l'Architecture. Dans le style ionien, on voit toujours un équilibre statique; mais en même temps les formes, créées selon les lois de la souplesse, donnent l'image, la copie d'une mobilité qui .semble avoir existé antérieurement à l'étal de stabilité. Un phénomène aussi extraordinaire que la réussite, selon les circonstances, de la fusion de qualités aussi opposées, ne peut s'expliquer qu'ainsi : lors de la transition du dorique au style ionien, les éléments furent plutôt placés dans des rapports réciproques, qu'entièrement altérés , parce que les causes qui donnèrent naissance au nouveau style aboutirent au fond à une grâce plus fortement accentuée et plus prépondérante que l'Architecture ne le permet, et parce que la délicatesse de l'expression se métamorphosait, pour ainsi dire, dans le charme du mouvement. Nous ne devons pas être étonnés que, dans le style ionien, il ne règne pas une harmonie aussi parfaite que dans les monuments doriens, entre la forme et les matériaux, entre le but et les moyens, entre l'ensemble et les détails; on doit admirer, au contraire, la délicatesse avec laquelle on a su cacher cette discordance, l'effacer même, et éviter à dessein une trop grande clarté là où se serait manifestée une trop forte opposition.
Le principe de l'ordre ionien est donc le moelleux, et la formation de l'ensemble est dérivée du chapiteau de la colonne et plus particulièrement des volutes et des coussins, dans lesquels le moelleux est
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le plus fortement, accusé. Sur les faces principales, on voit les arêtes d'une surface élastique, recourbée de chaque côté en forme de spirale; sur les côtés du chapiteau cette face est roulée sur ellemême , ramassée au centre' au moyen de rubans et attachée à la colonne. Cette disposition, ou bien le corps que la volute ensei're, repose sur une échine décorée d'oves. Au sommet est placé un abaque de peu de hauteur, qui reçoit l'architrave, et qui tous deux semblent reposer sur un ressort. Quelque tenté qu'on soit de contester cette signification à cause de la contradiction qui s'élève ici entre la forme et la matière, elle reste cependant trop frappante, et cette même idée fondamentale se poursuivit aussi dans toutes les autres formes.
La souplesse devait également être appliquée au fût de la colonne; jiour affaiblir insensiblement le poids de la charge et alléger le chapiteau. Dans ce but, on lui donna un léger renflement, mais pourtant visible, comme si le fût s'était un peu bombé, jusqu'à ce que la résistance de l'élasticité arrivât à assez de force pour résister à la pression. Min de faire accepter un tel effet, la colonne devait paraître composée de plusieurs listeaux verticaux; d'oi!i il s'ensuivit que les côtes ou listeaux sont larges ei que les cannelures, qui ont, au reste, le même but capital que dans la colonne dorique, sont plus creuses. Un tel faisceau de tiges ou de bâtons réclamait une liaison aux extrémités. Dans la partie supérieure, cette liaison est produite par la rangée d'oves ou par l'échiné, placée en dessous du chapiteau ; dans le bas, le faisceau est rassemblé par la base qui exprime son but, comme lien, au moyen de listeaux et d'autres moulures qui l'enserrent. En même tem])s, la base offrait l'avantage de donner, par un agrandissement du sol, un point d'appui plus solide. Toutefois cela eut plutôt lieu dans la base attique que dans la base ionique. 11 semble presque qu'on se serait aperçu de la contradiction, ou qu'on aurait .soupçonné celle qui a lieu encore ici entre la matière, la forme, et le hui , qui était de supporter; car autrement une plus grande clarté aurait pu être atteinte en mettant des tores au lieu de (■annelures qui exprimeraient tout aussi bien la forme cylindrique cl (pii auraicnl ligiiré parfailcincnl In colonne comme éianl composée d'un asscniblagr de bàUMis élaslicjui'S. On aurait pu ('gaiement accuser davantage le renfieuienl , en se restreignant au diamètre inférii'Ui- piuir le diamètic du milieu; car, dans le cas oit on l'aurait ouirc-iiassé, il aurait semblé (\uc la puissance de résistance
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avait été vaincuu par le poids vertical, ut ((uu la culumit; devait su rompre. Alors la forme aurait perdu sa signinc-itioii.
Il était encore plus difficile d'ajuster les pilastres avec les colonnes ioniennes que dans le style dorique. Qu'aurait signifié le moelleux adapté aux pilastres d'angle des murs? On trouve cependant assez souvent des chapiteaux à coussins employés aux pilastres; mais dans les beaux temps de l'art, ils sont conçus .selon un tout autre principe que celui dont on s'est servi pour les colonnes. A la place des surfaces enroulées, on voit sur les pilastres un tailloir; la volute à angle accusé .se tourne et se montre avec souplesse.
Quant à l'entablement, il ne devait pas paraître moelleux ou élastique. Il fallait que le poids fût représenté par un corps solide, ferme; c'est aussi ce qui a lieu dans l'architecture ionienne.
Comme l'architrave reposait immédiatement sur un tailloir léger et peu épais, il fallait qu'elle-même fût particulièrement légère. Cetle légèreté fut obtenue au moyen des bandes et des listeaux liorizontaux dont elle se compose, et des moulures agréablement profilées de sa corniche.
La frise reste lisse et sans ornementation ; l'introduction des parties verticales eût détruit sa souplesse.
La corniche est moins saillante que dans l'ordre dorique : elle est aussi plus légère et offre moins de sécurité. 11 est dans le caractère général de l'ordre ionique de ni trop saillir dans le vide ni d'être surchargé de mutules et de gouttes ; aussi la corniche est-elle, au contraire, soutenue en contre-bas par des moulures à profils circulaires avec denticules qui se projettent sur ces mêmes moulures.
En général, il est encore à remarquer que l'extrême légèreté, exprimée dans des proportions délicates, dans des profils et dans des moulures convexes, n'est point constituée absolument par l'application du principe du moelleux et du souple, mais qu'elle est essentiellement et spontanément due au caractère ionien qui était doux, tendre et léger.
Quoique l'ordre ionique accusât dans sa coimposition son origine hellénique primitive, qu'il partage avec le dorique, il a cependant une physionomie tout étrangère et asiatique. Son originalité était peut-être même encore plus accusée primitivement, car tous les monuments de l'ordre ionique que nous connaissions ne datent que d'une époque relativement récente. L'ordre ionique ne fut introduit en Grèce que peu avant l'administration de Périklès, mais sans dimin. 2
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nuer la valeur et sans restreindre en aucune manière l'usage du dorique, dont on se servit comme auparavant pour construire des temples et des monuments de tout genre. Le Parthénon est dorique : le petit temple de la Victoire sans ailes, au contraire, était ionique; le temple d'Apollon à Pliigalie, les propylées d'Athènes et d'Eleusis étaient doriques à l'extérieur et avaient des colonnes ioniques à l'intérieur. Le grand temple de Déméter à Eleusis était dorique, la porte d'entrée qui y conduisait, ou, plus rigoureusement, la porte de la ville était ionique.
On voit dans un bas-relief du palais de Khorsabad un pavillon au bord d'un fleuve , dont les colonnes à chapiteau présentent des volutes'. Cette ornementation était donc en usage en Assyrie, d'où elle a pu passer en Asie Mineure, pour aller jilus tard, mais en se modifiant, en Grèce.
On a découvert à Kouyounjik. un bas-relief représentant des captifs chargés des dépouilles de la guerre. Parmi elles, se remarque une sorte de vase posé sur un pied, formé d'une colonne avec chapiteau à volute, portant le caractère complet de la colonne ionienne. Cet exemple encore prouve l'usage de la volute sur les bords du Tigre-.
En Egypte aussi, à Karnac, dans le grand palais, .se trouvent des piliers carrés de granit qui offrent le type de la volute ionienne'. On aurait donc deux prototypes très-anciens, l'un en Asie, l'autre en Afrique, de ce bel ordre, auquel les Grecs, avec leur sentiment universel du beau et leur aptitude originale, ont su donner toute la grâce, toute l'élégance possible de conception. En Egypte, le chapiteau à volute, si diversement employé sous les Ptolémées et les Césars, date cependani du commencement de la xvni^ dynastie; il était inspiré de la plante aquatique qui était commune dans la haute Egypte, comme le papyrus dans la basse Egypte.
On présume généralement qu'un des plus anciens temples de l'ordre dorique est celui d'Assos, ville située sur la côte méridionale de la Troade, en face de l'île de Lesbos. Ce monument était, pense-t-on, consacré à Poséidon. Dirigé de l'est à l'ouest, élevé sur trois marches, ce temple hexastyle, de 13 mètres de largeur sur 23"" 50 de longueur.
1. liotta et FlanJiu, Moiiumenl de Xinief, [il. 114, reproduit par la vignette u° 121, llluslraled llandbooU of Architecture, de Fergussou, t. I, p. 179.
2. Vo}'ez la vignette de la page 444 dans liiscoveries in the /tuins of Siuiveh and Babijlon, etc., by Austiu H. I.a.vard. 1853.
3. I.epsius, Moiiuineiils de l'È^yile et de h \ubie, t. II, 1" division, pi. 80.