‹ Histoire générale de l'architecture (volume 2)Chapitre 92 sur 309 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Lorsque l'empire d'Occident approcliait de sa fin, l'empire d'Orient conservait encore pour quelque temps sa grandeur et sa puissance. Quoique des guerres et des invasions étrangères secouassent violemment quelques parties de l'empire, son centre cependant restait intact et libre. Rorhe, au contraire, vaincue par les Barbares, succomba dans la lutte. La magnificence de ses monuments disparut, et aucun de ses princes ne fut à même de contribuer à sa renaissance. Ces circonstances malheureuses empêchèrent momentanément les arts de fleurir; un nouvel essor était impossible. Alors ils allèrent se réfugier en Orient, et c'est à Byzance qu'ils cherchèrent principalement de l'encouragement auprès des princes et de leurs courtisans. Presque tous les successeurs de Constantin s'efforcèrent d'embellir la capitale, en suivant le plan et les idées de son fondateur, afin de la rendre de plus en plus digne du séjour de l'empereur.

Un des changements les plus importants que l'empereur Constantin l" introduisit arbitrairement dans l'empire et qu'il accomplit même en partie avec une sorte de violence, c'était la division de l'empire en fondant une nouvelle capitale. Lorsqu'il transporta le siège du souverain de l'immense cité de Rome dans la petite ville de Byzance, l'ouest de l'État resta abandonné à son sort; En établissant la capitale à plus de 130 myriamètres de l'ancienne, peut-être n'eut-il d'autre intention que d'échapper à la facilité des invasions des peuples germaniques du nord. A Constantinople, le nombre des chrétiens

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l'emporta dès le principe sur celui des 'païens. L'empereur protégeait les chrétiens, tout en continuant néanmoins à sacrifier aux dieux du paganisme, lors même qu'il fut devenu maître de Rome et qu'il eut proclamé le signe de la croix comme devant orner l'étendard impérial. Mais c'est par l'influence des femmes qui entouraient l'empereur, c'est par Fausta sa femme, et sa mère Entropie, c'est surtout par Hélène, mère de Constanlin, si connue par sa ferveur et son zèle pour le culte chrétien, qu'il se montra aussi bienveillant envers les sectateurs de la foi nouvelle. Byzance fut nommée Constantinople, d'après le nom de son fondateur. Dès les premiers temps de la naissance de cette ville, on y demandait des églises plutôt que des temples, et l'on pouvait en bâtir non-seulement dans les faubourgs, mais au cœur même de la ville, qui s'agrandit rapidement. Dans l'espace de huit années, depuis l'an 329 jusqu'à l'an 337 , elle fut portée au nombre des grandes villes populeuses de l'époque, parce qu'on y introduisit de force des populations vagabondes de tous les points de l'Orient. Il entrait dans les vues de Constanlin que la nouvelle capitale devînt aussi une ville toute chrétienne; et dans cette intention on dépensa des sommes immenses pour son embellissement, mais qui ne furent d'aucun profit aux arts et à l'industrie. On éleva des palais et des églises avec une telle promptitude que plusieurs des monuments les plus splendides tombaient déjà en ruine quelques années après leur érection. Selon l'esprit du temps, une ville grecque ou romaine devait être ornée de nombreux objets d'art; mais l'art ayant péri , on transporta à. Constantinople, de toutes les parties de l'empire, les monuments d'art des temps passés , pour ensuite les exposer dans les rues et sur les places publiques, parce qu'on n'osait se permettre de les abriter dans des monuments couverts et fermés. Les provinces de l'empire furent dépouillées de leurs richesses; Rome, Athènes, Rhodes, Chios, Chypre, la Sicile, les villes de l'Italie, de la Grèce et de l'Asie Mineure fournii'cnt des œuvres d'art en tout genre à la nouvelle capitale de l'emiiire '. Cassiodorc- citi' une Pythie, les Muses de l'IU'licon en bronze et des trépieds de Deljihes, qui s'acheminèrent vei's Constantinople. Selon Eusèbe', on voyait dans les rues de Constantinople la statue de Pan, de Cybèle, de la Minerve de Linde, de l'Amphitrite de

1. S.iiut Jérôme dit, dans sa Chronique, qu'il semble que Ciinstantiu ait dépouillé entièrement l'Orient pour enrichir la seule ville de Constantinople.

2. Cassiodore, Histoire ecclésiastique, 1. il, cil. XX, édit. de 1729, in-folio.

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