Litre des Bois, 1. i, eh. v, v. 16; 1. n^ Chron. m, v
7/|2 LIVRt; SECOND.
Voici maintenant les diverses dispositions des églises grecques, telles que les rapporte Thomas Hope dans son Histoire de l'Architeclure. Nous avons suivi en général cet auteur souvent ingénieux, clair, mais dont le livre est fait avec une légèreté qui le rend fort incomplet. Nous avons rectifié seulement des expressions et quelques détails de cet appréciateur habile du l'histoire de l'Architecture :
(I Aux angles d'un vaste carré , dont les côtés se prolongeaient à l'extérieur en quatre nefs plus ou moins longues et souvent égales entre elles, s'élevaient perpendiculairement quatre piliers, liés au sommet au-dessus du chapiteau par quatre arcades qui reposaient sur eux; les pendentifs entre ces arcs étaient disposés de manière à former avec eux, vers leur partie supérieure, un cercle horizontal, qui devait porter la coupole. Cette coupole ne devait point, comme celle du Panthéon à Rome ou celle du Saint-Sépulcre à Jérusalem, reposer sur un mur de forme cylindrique, placé entre elle et le sol; mais elle s'élançait dans les airs au-dessus de ces quatre immenses arcades, et, pour qu'elle réunît autant que possible la légèreté et la solidité avec son grand développement, elle était construite avec des tubes de terre cylindriques et creux, agencés l'un dans l'autre. Des demi-coupoles fermaient les arcs sur lesquels s'appuyait le dôme central, et couronnaient les quatre nefs ou bras de la croix. L'inie de ces nefs, terminée à l'ouest par l'entrée principale, était précédée d'un portique ou narthex; la nef opposée, celle vers l'est ou l'orient, formait le sanctuaire; tandis que les deux branches latérales, celles du nord et du midi, étaient coupées dans leur hauteur par une galerie destinée aux femmes; souvent il s'en échappait encore de petites absides couronnées de demi-coupoles ou de chapelles surmontées de petites calottes sphériques. On perça des fenêtres à la base des coupoles et des demi-coupoles qui couronnaient toutes les parties des églises grecques. Les prêtres grecs jugeant convenable de dérober aux yeux des laïques le miracle sans cesse renouvelé de la consécration du pain et du vin, en chair et en sang, se réservèrent seuls le privilège d'en être témoins ; on ferma le sanctuaire par une cloison, munie de portes par lesquelles le prêtre sortait après la consécration pour distribuer l'hostie aux fidèles; les images de saints qui ornaient cette cloison lui firent donner le nom d'iconoslasis.
« On voyait donc partout des arcs sur des arcs, des coupoles sur des coupoles; toutes les surfaces rectilignes, carrées, angulaires des temples d'Athènes se changèrent dans les églises de Conslanlinople en
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surfaces circulaires et curvilignes, concaves à l'intérieur, convexes à l'extérieur. Les Romains avaient couiuicncé par priver l'arcliilecture des anciens Grecs de tout ce qu'elle avait de rationnel et de conséquent; mais ce fut la Grèce chrétienne qui effaça les dernières traces encore respectées par les Romains, et le même peuple qui avait créé l'architecture grecque lui porta aussi les derniers coups'. »
Lorsque dans les basiliques romaines les artistes ajoutaient des chapiteaux aux colonnes enlevées à des édifices plus anciens, ils imitaient du moins grossièrement les chapiteaux corinthiens et composites, parmi lesquels leur ouvrage devait figurer. Mais ici, soit pour s'épargner la peine de copier, soit pour se donner le mérite de l'invention, les architectes renoncèrent aux saillies hardies et aux entailles profondes des anciens ordres grecs; les nouveaux chapiteaux, quoique toujours placés sur des fûts circulaires, ne furent plus guère que des blocs carrés , effilés par le bas, de manière à s'adapter exactement aux fûts, et décorés soit de feuillages en bas-relief, soit de lignes croisées et entrelacées, ornements dont l'architecture grecque et le sol des bâtiments romains offraient déjà les rudiments, mais moins variés et moins compliqués. On voit encore des chapiteaux de cette espèce à Constantinpple dans Sainte-Sophie; à Ravenne, devenue depuis la résidence des exarques grecs, dans Saint-Vital ; et à Venise, longtemps tributaire des empereurs grecs, dans Saint-Marc, et dans d'autres constructions de la même époque-. Les artistes byzantins ne suivaient pas de règles positives, ils avaient de plus un goût bizarre et fantastique; ils défigurèrent les profils, en ne leur donnant plus entre eux les proportions convenables, basées sur les mathématiques, ni les saillies voulues pour le jeu des ombres et des lumières. Ils copiaient sans science et sans s'astreindre à une fidélité scrupuleuse.
Dans les premières églises bâties par Constantin F"', dans celle de Sainte-Sophie et dans celle des Apôtres ', nous apercevons déjà les principaux traits caractéristiques dont nous avons parlé plus haut. On y voit la coupole et la croix grecque qui en est la conséquence. Grégoire de Nazianze, parlant des églises de Constantinople, dit: « Parmi celles-ci était la superbe église des Apôtres du Christ, qui se
1. Thomas Hope, Histoire de l'Architecture, p. 110-112 de la traduction.
3. Voyez Vllisloire ecclésiastique de Socrates le Scholastique, 1. i, ch, XVI; 1. ir, cil. XVI, XLIII. — h'Histoire ecclésiastiiiue de Sozoméne, 1. II, ch. IV, 26; 1. iv, 26. — h'Histoire ecclésiastique de Nicéphore, 1. viii, p. 30.
llih LIVRE SECOND.
divise en quatre bras en forme de croix'. » Cette église surpassait toutes les autres en magniliceuce ; on a dû la répéter souvent dans le court espace de temps qui sépara le règne de Constantin de celui de Justinien, c'est-à-dire pendant cent quatre-vingt-dix ans, depuis 337 jusqu'à 527, durant lesquels on prétend que dix-huit cents édifices religieux furent fondés dans l'empire d'Ôrieul -.
En 325, dans la vingtième année du règne de Constantin, la même année que commença le concile de Nicée, et pendant qu'on jetait les fondements des murs et des palais de Constantinople, on vit s'élever aussi dans le sein de la ville nouvelle le temple de la Sagesse divine, de Sainte-Sophie^. Ce monument étant devenu trop petit pour les besoins de la population de la ville, Constantius, fds de Constantin , le fit agrandir treize ans plus tard''. En h^h , sous le règne d'Arcadius , un incendie consuma cet édifice ; le feu y avait été mis pendant une émeute faite par les partisans de saint Jean Chrysostome, lors de la condamnation à l'exil de ce Père de l'Église ^ Théodose le reconstruisit en Zil5. Mais un second incendie le détruisit encore en 532, dans la cinquième année du règne de Justinien , pendant la célèbre émeute des courses*. Justinien fit rebâtir Sainte-Sophie sur une échelle et avec une magniflcence beaucoup plus grandes.
L'émeute des courses avait eu lieu dans le mois de janvier, et déjà le 23 de février suivant on posait la première pierre du nouveau temple'. Au bout de sept années il fut achevé, et, au mois de décembre de l'an 538, on célébra son entier achèvement *. Mais, au bout de vingt années, la moitié orientale de la grande coupole tomba à terre. Alors Justinien, loin d'être découragé par ce nouvel accident, ne restaura que plus solidement et plus magnifiquement encore cette vaste église, qui fut inaugurée de nouveau le 2h décembre, jour do Noël de l'an 5G8.
Les architectes que l'empereur chargea d'ériger ce monument splendide étaient Anthémius de Tralles et Isidore de Milet ^. Les
1. Somnium AnasIasI.v, Carmen ix, t. ]I, p. 79. — 2. Thomas Hopp, p. 112.
3. CoiijliintinofLiUS «ni kct Soêfovuê, ovUidj uni) gcfdiiditlicf) tcfd)viel'«n, «on Scf. ven $,immcr. 2 vol. iii-8 avec planches et cartes. iJitliÇ, 1»22. Vol. 1, p. 33fi et suiv. — Théophanes, Cedrenus, Glycas, Paul Diacre.
4. Théophanes, Nicéphore Call., I. ix, ch. ix. — Socratcs, 1. il, ch. xvi.