‹ Histoire générale de l'architecture (volume 2)Chapitre 97 sur 309 · Kwlia · texte numérisé non relu

Kwlia

2. Vdjez, dans Salzenberi;, la traduction allcniaïule de l'ouvrage de Paul le Silencieux, par F. Kortiim.

SAINTK-SOPllIF.. 7/t7

troisième fois sons la figure d'un eunuque enveloppé d'un vêtement resplendissant de blancheur, il conduisit les mulets du trésor dans un souterrain voûté, et là il les chargea de quatre-vingts fois cent pièces d'or, qu'ils apportèrent à l'empereur; celui-ci reconnut dans cette caravane si riche en or, et si inattendue , la main miraculeuse de l'ange.

C'était donc un ange qui avait donné le plan, le nom et Vargenl pour la construction de celte merveille du moyen âge. L'empereur encourageait les travailleurs par sa présence, et au lieu de prendre, suivant l'usage oriental, un moment de repos après ses repas, il allait visiter les ouvi-iers pour accélérer les travaux, qui le furent encore en outre par l'argent que Justinien leur donnait avec une grande munificence. Lorsqu'il venait visiter les œuvres, il était vêtu d'une robe de toile, la tête ceinte d'un mouchoir, et il tenait une canne à la main.

Le mortier employé dans la maçonnerie de Sainte-Sophie était préparé, dit-on, avec de l'eau d'orge; les pierres de fondation furent cimentées avec une matière argileuse, également préparée à l'eau d'orge. Lorsque les murailles furent élevées de deux coudées audessus du sol, on avait déjà dépensé /i52 quintaux d'or. Les piliers étaient liés à l'intérieur et à l'extérieur par des liens en fer et enduits intérieurement de chaux préparée à l'huile, avec une espèce de stuc, imitant le marbre de diverses couleurs. Les poteries pour la voûte de la coupole, qui est encore aujourd'hui l'étonnement des hommes de l'art et des curieux par sa hardiesse et sa légèreté, étaient confectionnées d'une argile légère , extraite dans l'île de Rhodes. Ces poteries étaient tellement légères, que douze d'entre elles ne pesaient que le poids d'une brique ordinaire. Le moule leur imprimait les paroles suivantes : C'est Dieu qui Va fondée, et elle ne sera pas ébranlée. Dieu la protéfjera dans l'aurore.

Lorsque la niche, en forme de coquille, du côté de l'Orient, fut terminée, niche dans laquelle devait être placé l'autel , il s'éleva entre l'empereur et lès architectes une dissension sur la manière dont serait éclairé ce lieu, s'il devait l'être par une ou deux fenêtres voûtées et ouvertes (ât{(l;). Alors l'ange reparut encore devant Justinien, mais cette fois dans la pourpre impériale et en souliers rouges. 11 dit à l'empereur que la lumière devait pénétrer dans l'édiûce et tomber sur l'autel pair trois fenêtres, en l'honneur du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

On avait passé sept années et demie à la préparation des matériaux

qui devaient servir à la construction de Sainte-Sophie, qui dura ellemême huit années et demie, de façon qu'on mit seize années à élever ce monument remarquable. Lorsqu'il fut entièrement achevé et orné de tous les vases et ustensiles sacrés, l'empereur s'y rendit dans un char à quatre chevaux, le soir de Noël de l'année 538. On tua mille bœufs, mille moulons, six cents cerfs, mille porcs, dix mille poules, et, pendant trois heures, on distribua trente mille mesures de grain aux pauvres de la ville. L'empereur, accompagné du patriarche Eutychius entra dans l'église, et, se précipitant seul depuis l'entrée jiiscju'à l'autel , il s'écria dans un transport d'allégresse et d'admiration : Que Dieu soit loué, il m'a jugé cligne de terminer un tel ouvrage! Je t'ai surpassé, à Salomon !

En 558 , un tremblement de terre renversa la partie orientale de Sainte-Sophie. Les architectes attribuèrent cet accident à renlèvemcnt trop précipité des éciiafaudages lors de la terminaison des derniers travaux. On reconstruisit la partie ruinée en briques fabriquées dans l'île de Rhodes, et on lui donna quinze pieds d'élévation de moins qu'auparavant. L'échafaudage en outre resta sous l'œuvre pendant une année entière. Ensuite, rapportent naïvement les auteurs, on remplit l'église d'eau à hauteur de huit coudées, et on y jeta toutes les pièces de charpente ayant servi à échafauder, afin, dit-on encore,

de ne pas ébranler le monument comme la première fois par le choc de ces pièces tombant d'une certaine élévation sur le sol. Le plan de Sainte- Sophie est celui de la basilique : il est cependant moins oblong que ceux des basiliques romaines; il ressemble par sa forme générale aux basiliques de Kano et surtout d'Otricoli près Rome'. Au centre s'élève sur quatre énormes piliers la coupole principale (Tpoù>.- Xo;). Elle est tellement sin-baissée, qu'elle n'a d'élévation qu'un sixième de son diamètre, qui est de 35 mètres. Le sommet de cette coupole est à 61°', 26 au-dessus du sol de l'église. A l'orient et à l'occident de cette coupole principale se

Saiiito-Suiiliie tle Constantinople.

1. Afo7iiimeiili initii-hi innlili. 'Ir., di C. A. UuaUani, 17K1.

SAINTE-SOl'Ill

troLivciil cIl'lix demi-coupoles autour desquelles viennent encore s'en ranger trois autres, de façon que toute la toiture est composée de neuf coupoles qui s'élèvent les unes sur les autres par étages et par gradation de grandeur et d'élévation. La longueur dans œuvre du nord au midi de Sainte-Sophie est de 74 mètres ; sa profondeur, de l'est à l'ouest, de 81"", 85.

Les coupoles remarquables par leur dimension , antérieures à Constantin, sont celles du Panthéon, de la salle de Bains dite temple de Minerva Médica, des Thermes de Caracalla et de Dioclétien à Rome, et celles des temples de Mercure, de Diane, d'Apollon ou de Proserpine et de Vénus dans le voisinage de Pouzzole. Toutes ces coupoles ou dômes reposaient sur des tambours cylindriques de plus ou moins d'épaisseur, de plus ou moins d'élévation.

La dilïérence de l'art de voûter chez les Grecs et chez les Romains consistait en ce que chez les premiers la voûte ne présentait toujours que des surfaces sphériques, tandis que chez les Latins la voûte n'offre que des surfaces • cylindriques , à l'exception des quelques coupoles que nous venons de mentionner. Le dôme de l'église de Sainte- Sophie avait pour but de couvrir l'intersection

d'une croix de 35 mètres carrée. C'était là aussi le problème que s'étaient posé les architectes. 11 s'agissait d'allier, de marier la forme de la basilique avec la coupole, toujours d'un aspect si imposant et si majestueux. La forme circulaire ou octogonale n'offrait pas assez d'espace pour l'objet qu'on avait en vue. Le plan de Sainte- Sophie fut conçu et satisfaction donnée aux exigences déterminées à l'avance.

Indépendamment des quatre gros piliers principaux qui supportent la grande coupole centrale, il y en a encore quatre autres , dont deux vers l'est et deux vers l'ouest, qui, rangés dans un demi-cercle, soutiennent, avec les quatre gros piliers, les deux grandes demi-coupoles et les six coupoles moyennes. Dans l'espace entre les grands et les

Sainte-Sophie de Coiistantinoiile.

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petits piliers se trouvent de chaque côté de la coupole deux colonnes de porphyre avec bases et chapiteaux en marbre blanc. Ces huit colonnes proviennent du temple du Soleil à Rome, bâti par Aurélien : une matrone romaine, nommée Marina, les avait reçues en dot; elle les offrit à Justinien. Sur les C(Jtésdu nord et du midi, entre les quatre grands piliers, quatre colonnes du plus beau granit supportent, sur chaque face, la galerie des femmes. Ces colonnes provenaient du temple d'Artémis à Éphèse. Le préteur Constantin les envoya à Constantinople, car elles étaient les plus belles et les plus grandes de toutes celles connues alors. Les vingt-quatre autres colonnes qui supportent les galeries des bas côtés ou collatéraux du nord et du sud sont en granit égyptien. Elles sont placées quatre par quatre dans six espaces latéraux, ainsi qu'on le voit dans le plan. Ces vingt-quatre colonnes de marbre égyptien , les huit colonnes de porphyre et les huit colonnes de marbre vert ou serpentin forment ensemble le nombre de quarante, en si grande vénération chez les Orientaux. Ce nombre, quand il est appliqué à l'Architecture, est réputé comme celui de la grandeur et de la magnificence. C'est ce qui fait encore nommer aujourd'hui les ruines de Persépolis Tschil-Minar, c'est-à-dire les quarante colonnes.

Sur ces quarante colonnes du rez-de-chaussée reposent soixante autres de la galerie supérieure. De ces dernières, huit sont placées sur chacun des trois axes formés par les colonnes de porphyre : en tout donc quarante-huit; et des douze restantes, six sont adaptées, de chaque côté du point central, sur les quatre colonnes de serpentin. Le nombre total donc des colonnes principales forme la somme de 60.

Au-dessus des portes d'entrée, il y a encore enfin quatre colonnes moyennes et trois autres plus petites qui, ajoutées aux soixante en question, forment la somme totale de cent sept, nombre mystique et appliqué aussi aux colonnes destinées à soutenir la maison de la Sagesse. Les soixaiite-sept colonnes de l'étage sont également de marbre ou de granit, parfaitement polies et lisses, mais couronnées d'eiKahlements et d'archivoltes des plus fantasques et n'appartenant à aucini des onlres grecs. Us ne sont point non plus .semblables entre eux. L'espace vide qui se trouve entre 1rs quatre grands arcs qui prennent leur naissance sur les gros piliers des angles du nord et du midi est seul rempli par la face de la galerie des femmes et par les fenêtres supérieures à trois -étages superposées les unes sur les autres, sept d'abord au bas ; ensuite le même nombre au second étage, et terminé

DÉCADENCE DE L'AHT. 751

enfin par cinq fenêtres au troisième étage ou rangée supérieure. Les arcs de l'est et de l'ouest sont restés vides, et la vue s'étend sans interruption de l'entrée prinripaln jusqu'au maître-autel et à l'abside orientale. Dans les quatre pendentifs de la coupole on voit encore des chérubins de taille colossale et exécutés en mosaïque. Sur les archivoltes de ces quatre grandes arcades on aperçoit également encore des mosaïques représentant la Vierge et les Saints. La grande coupole est éclairée par vingt-quatre fenêtres placées en contre-bas de sa naissance.

Sous le règne de Constantin furent bâties Sainte-Sophie l'ancienne, à Constantinople, l'église du Saint-Sépulcre à Jérusalem , de forme circulaire; des églises à Antioche, à Nicomédie, à Mambre, à Héliopolis en Phénicie. Hélène, l'impératrice mère, fit construire des églises à Bethléem et sur le mont des Oliviers '.

Plusieurs des successeurs de Constantin s'efforcèrent de suivre les volontés de ce prince en enrichissant la capitale de nouveaux monuments splendides, afin de la rendre toujours de plus en plus digne du séjour et du siège de l'empereur, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer plus haut. L'empereur Julien (mort en 363) n'empêcha pas l'édification de nouvelles églises chrétiennes. 11 eut seulement un retour vers le génie de l'antiquité ariane, et voulut aussi rebâtir le temple de Jérusalem. L'empereur en chargea l'architecte Alyppius d'Antioche ; mais ce projet ne fut pas exécuté. Théodose (mort en 395) favorisa de nouveau l'architecture chrétienne. Ârcadius (mort en /t08) éleva des thermes, et, dans le voisinage du forum de Constantin, il jeta les fondements du Palatium Lausiacon, qui devait embrasser dans ses murs une collection précieuse de monuments historiques et d'objets d'art.

Pendant le v' siècle, des coups mortels furent portés aux beauxarts. Des hordes barbares envahirent l'empire, pénétrèrent jusqu'à la capitale et occupèrent encore toutes les provinces. En /i09, les Yisigoths, sous la conduite d'Alarich, prirent Rome, sans cependant mutiler les monuments. En ^37, Genserich, roi des Vandales et de la secte des ariens, ordonna une persécution contre les catholiques africains. En hh5, du temps du pape Léon, parut Attila le Hun, surnommé le Fléau de Dieu, qui mit en ruine une partie de Rome. En /i76, du

1. Voyez la Vie de Constantin, par Eusébe Pamphile, 1. m, ch. xxv à lviii; I. :v,

ch. XLIII à LX.

temps du i)ap(' Siiiiplice V, Odoacre, chef desllérules, envahit encore l'Italie.

Si pendant le v"^ siècle un zèle ardent pour les arts n'embellit point l'empire et sa capitale de monuments nouveaux et remarquables, on s'efforça cependant de conserver autant que possible tous ceux qu'on avait reçus des générations passées. Les invasions, des guerres et des révolutions fréquentes dans l'intérieur,- occasionnèrent plusieurs fois un temps d'arrêt dans les arts. La civilisation, qui était déjà auparavant en cours de destruction, disparut de plus en plus après l'invasion des Barbares; l'amour de l'art et de la science s'éteignit presque entièrement, et ce ne fut qu'h Byzance, dans quelques couvents, qu'il se conserva de faibles restes de la culture qui fut la gloire de la Grèce et de l'Italie. Une race d'hommes plus robuste et plus barbare dans ses idées que les peuples qu'ils soumirent, prirent la place des vaincus ; dans l'ouest de l'Europe, les Germains devinrent le peuple dominant, et les anciennes provinces de l'empire des Césars furent érigées en royaumes indépendants, détruits en partie quelque temps après leur fondation , ou réunis les uns aux autres, ou enfin, soutenant intacte leur indépendance, ils servirent à fonder des empires qui existent encore aujourd'hui. Rome et Constantinople ne furent cependant pas entièrement oubliées. Ces deux capitales restèrent comme des foyers d'où jaillirent les modèles d'art que d'autres peuples reproduisaient grossièrement chez eux.

Le despotisme et les disputes continuelles des sectes en Orient eurent une influence désastreuse sur le caractère du peuple. 11 n'y eut plus d'amour de la patrie; le changement continuel, fréquent, et quelquefois mènie si violent, du souverain de l'Étal, fil que les sujets n'avaient plus d'attachement pour lui. Le peuple s'abrutissait donc moralement, et il s'ensuivit une dépravation de mœurs dont rexem]ile était souvent donné par la cour et son entourage. Plus le peuple était exclu de la participation aux affaires publiques, plus il se mêla, poussé par les moines, aux disputes et aux querelles rcligieu.ses, et le schisme en matière de religion divisa constamment l'État en plusieurs partis. Ce fut vainement que quelques empereurs , hommes de génie et de caractère énergique, cherchèrent à rétablir la bonne intelligence ; loin de produire le bien, leurs efforts donnaient souvent lieu à de nouvelles divisions.

Les arts et les sciences étaient cultivés avec zèle par quelques hommes solitaires; mais le goût, se corrompant toujours de plus en

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jiliis, piviKiil Liiie fausse direction : l'aiiioiir poui- les disputes IIk-oIogiques iniliin directeinent sur les arts et sur la litléralure. Le poids que la constitution politique faisait peser sur l'a^'riculture, l'iiulustrie et le commerce, leur devint funeste; ils souffrirent encore davantage par suite des guerres continuçlles et des ravages qu'exerçaient dans un grand nombre de provinces des peuples barbares et sauvages. Les arts de la paix ne périrent toutefois jamais entièrement. Le luxe de la cour des empereurs d'Orient stimulaii des artistes et des industriels, et quelques princes byzantins donnèrent un certain élan au commercé et aux manufactures. Favorisée par sa position géographique, Constantinople devint le grand entrepôt général de l'échange des marchandises de l'Orient et de l'Occident; car à cette ville finissait l'Asie et commençait l'Europe.

Après un siècle orageux reparurent enfin des temps plus heureux, qui amenèrent des circonstances favorables, et par suite le développement des beaux-arts; lorsque enfin l'empereur Justinien saisit le sceptre de l'empire d'Oiient, en 527. l'Architecture reçut une nouvelle et puissante impulsion. Si nous nous reportons au temps de Justinien, nous verrons une des époques les plus florissantes de l'empire de Hyzance. Bélisaire et Narsès mirent l'Italie et la Sicile sons le sceptre de leur maîfre, ainsi que la partie de l'Afrique qui avait appartenu autrefois à l'empire romain. Ils joignirent encore à leurs conquêtes la Sardaigne et la Corse, et anéantirent totalement par là la domination des Goths et des Vandales sur ces pays. Mais Justinien ne voulait pas seulement briller comme conquérant et comme législateur; il voulait encore acquérir le titre glorieux et inmiortel de protecteur des arts, en leur donnant un appui éclairé et puissant.

C'est ce qu'il exécuta particulièrement à Constantinople en occupant et en recherchant de nouveau les artistes qui , pendant longtemps, avaient été enveloppés dans un oubli complet. La protection que Justinien donna aux arts, à l'architecture surtout, se manifesta d'abord par la construction de Sainte-Sophie, où elle apparut dans toute la splendeur et la magnificence dont elle était susceptible sous ce règne. Tous les efforts imaginables furent mis en œuvre pour élever un monument qui devait se présenter au monde dans toute sa majesté et orné dans sa disposition générale, ainsi que dans son exécution, de tout ce que l'art était capable d'inventer et de produire à cette époque. Justinien éieva encore des monuments religieux en Asie', à Jérusalem

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