‹ Histoire générale de l'architecture (volume 3)Chapitre 112 sur 298 · ÉPOQUE GRECQUE SOUS LES PTOLÉMÉES · texte numérisé non relu

ÉPOQUE GRECQUE SOUS LES PTOLÉMÉES

DE l'année 332 jusqu'à l'année 30 avant l'ère vulgaire.

Alexandre le Grand détruisit la puissance des Perses; en 332 il soumit l'Egypte à son sceptre. Après sa mort, Ptolémée P"" Soter obtint le gouvernement de l'Egypte (32/i) ; il fut le fondateur de la race royale des Ptolémées ou Lagides. La conquête grecque eut une trèsfaible inllaence sur les institutions locales de l'Egypte; la civilisation égyptienne conserva son caractère national, ses mœurs, ses coutumes, ses arts et particulièrement son architecture, qui continuèrent à fleurir sous les Lagides, sans subir aucune altération étrangère; les temples construits à cette époque en sont la preuve. Ptolémée était un prince habile, mais sans moralité, qui comprit que l'intérêt des Égyptiens était aussi le sien. Il s'occupa de l'achèvement de sa capitale, étendit le commerce des Égyptiens, et concilia leur religion, ses institutions et son culte avec son système politique; il créa une flotte, et forma une armée considérable, ce qui était facile pour un roi qui avait un trésor public immense et une flotte dans la Méditerranée. Avec le temps, il opéra aussi une fusion des religions grecque et égyptienne, et même une fusion des deux peuples. Mais l'esprit grec étant fortement en décadence, et beaucoup plus en décadence encore que l'esprit égyptien, ce dernier conserva la prépondérance dans les arts. Tous les moyens susceptibles de les favoriser furent au pouvoir des premiers Ptolémées. Pendant une longue suite d'années et un règne pacifique, toutes les villes commerciales et toutes les côtes de la Médi-

terranée et de la mer Rouge obéissaient à Philadelphe, ou étaient tout au moins sous son influence; toutes les richesses, toute l'activité industrielle et tous les métiers étaient attirés au sein de la capitale.

Sous le premier des Ptolémées, tout un quartier de la ville d'Alexandrie, appelé Bruchion. était déjà orné des palais fondés par Alexandre et de ceux des grands dignitaires de l'État, ainsi que des monuments publics. Dans le Bruchion se trouvait encore l'édifice appelé Sema, dans lequel étaient les dépouilles mortelles d'Alexandre, qui avaient dû être déposées dans le temple d'Âmon. C'est aussi dans ce quartier qu'était le musée, établissement destiné aux savants et aux bibliothèques ; ce musée, commencé par Ptolémée-Soter, ne fut achevé que sous Philadelphe qui y plaça les livres rassemblés par Soter'. Le quartier Rhakotis, qui touchait au sud-ouest au Bruchion, était également orné des plus beaux édifices. Rhakotis était le siège, le centre du commerce : c'était aussi le quartier de la ville qui contenait le plus grand nombre de monuments religieux; le dieu du commerce ne devait naturellement pas y manquer.

Comme exemple des supercheries employées par les Ptolémées pour fusionner l'ancienne théologie égyptienne avec celle de la Grèce et de l'Asie Mineure, nous dirons que ce dieu du commerce, appelé Sérapis, venait de Sinope où il avait reçu la forme qui le rendait apte à se prêter aux explications et aux symboles les plus divers. Tacite raconte comment Sérapis fut amené de Sinope à Alexandrie par un prêtre Timothée, de la race des Eumolpides ^. Le Sérapéion était situé dans RJiakotis, sur une éminence artificielle, entouré des quatre côtés de vastes places et voûté en dessous du rez-de-chaussée, où se trouvaient des salles ou souterrains destinés aux cérémonies occultes faites en l'honneur du dieu. Plus haut, dans l'étage, il y avait des sièges et des niches, des salles d'habitation pour les sacerdotes et les croyants qui venaient se soumettre à des privations et à des mortifications. Autour du Sérapéion régnait un portique rectangulaire ; au centre était le Sérapéion proprement dit , composé de colonnes et revêtu

1. Voyez Dissertation sur la Bibliothèque fAhiandrie , par Bonamy. Mémoires de l'Académie des Inscriptions, vol. IX, p. 397. — Description de la ville d'Alexandrie, par le même, id. p. 426. — 3. R. g. *BîanfC/ '-lietmiféte Sdiriften, Sciv^ig/ 1801. 2 vol. iii-8. — L. Kuster, Dissertation sur le Musée d'Alexandrie, dans Thésaurus antiquitatum grœcarum, vol. VIII.

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