‹ Histoire générale de l'architecture (volume 3)Chapitre 190 sur 298 · GRÈGE · texte numérisé non relu

GRÈGE

Nous arrivons à l'histoire de rarchitecture d'un peuple qui, par sa civilisation, par ses beaux-arts, sa littérature, ses travaux dans la science et la -j^liilosophie , attire sans cesse avec un nouveau charme l'attention des esprits supérieurs et des hommes de goût. Si l'étude plus approfondie des antiquités asiatiques démontre aujourd'hui que la Grèce ne fut en quelque sorte qu'un écho retentissant d'une civilisation plus ancienne et d'un ordre encore plus élevé, elle ne doit pas pour cela nous faire méconnaître le rôle éminent que le peuple de ce pays a joué dans l'histoire du monde. La Grèce n'a tiré que jusqu'à un certain degré de son propre fonds les éléments de sa grandeur intellectuelle ; dans l'origine, les Grecs apportèrent de l'Asie et reçurent de l'Egypte les éléments de leurs croyances, de leurs institutions et de leur philosophie; mais ils surent en métamorphoser et faire fructifier largement les germes , et répandre dans tout le monde occidental les idées et les opinions qu'ils s'étaient faites. Tout ce qu'il y a de beau , de vrai, d'utile dans notre civilisation actuelle de l'Europe, émane des Grecs. Quelque grande que fut la déviation, quelque fausse et déplorable que fut la voie suivie durant le moyen âge, alors que les nations européennes se guidèrent par des idées contraires à leur caractère et à leur esprit, toujours est-il qu'elles en revinrent à la fm aux éléments qui avaient constitué la société grecque. Ce fait positif, tout à la gloire de cette dernière, prouve en outre l'excellence et la vérité de la civilisation grecque, qui était basée sur la raison. La lutte ostensible entre l'intelligence et la sentimentalité se poursuit depuis plus de trois siècles et demi; elle se continue aujourd'hui avec succès pour la vérité

et le retuLir aux opinions (jui assurèrent incontestablement aux Grecs, pondant longtemps, le bonheur et la paix intérieure. La civilisation de l'antiquité est sé-rieiisement étudiée: on commence à pénétrer intimement dans le génie et l'esprit véritables de la civilisation de la Grèce, dont toute la beauté est en voie de nous être enfin révélée. De grands et de sérieux travaux se font en ce moment, au sein des races germaniques, sur sa théologie, ses beaux-arts, sa littérature, ses sciences et sa politique ; le moment n'est pas éloigné où le vieux monde sera régénéré par une nouvelle synthèse, grefl'ée sur celle des Grecs, en tenant toutefois compte des connaissances acquises et des découvertes faites depuis le siècle de la Renaissance.

L'Architecture grecque doit donc fixer notre attention d'une manière toute spéciale ; aussi allons-nous lui consacrer une étude approfondie et détaillée. Mais avant de nous occuper des monuments eux-mêmes, nous donnerons d'abord quelques pages à l'histoire des Grecs et à l'analyse des éléments qui concoururent à foimer leur esprit et leur goût.

Dans les contrées les plus orientales de l'Asie, en delà des séjours des peuples sémitiques, était le siège d'une race considérable, la grande famille des Arians, qui occupa dans la suite le plateau septentrional de l'Iran. De cette souche, un rameau descendit, en partant du cours supérieur de l'Oxus, dans les vallées de l'Indus et du Gange. Un autre rameau se dirigea à l'Ouest, et après des luttes et des séjours plus ou moins prolongés sur sa route, il passa enfin dans la presqu'île de la Grèce, en traversant l'Asie Mineure. L'époque à laquelle ces Arians quittèrent leurs séjours inconnus ou au moins incertains pour se diriger vers l'Occident, est au delàde toute tradition historique connue. Il est également impossible de savoir si le rameau qui vint en Europe y pénétra en masse, ou s'il y arriva par fractions et à des époques diverses. La parenté des langues prouve néanmoins que la race celtique, ainsi que la race germanique et la race gréco-osque, appartenait à la variété ariane. C'est sur ce fondement que repose le fait, que leurs ancêtres auraient émigré de l'est en Europe. On comprend qu'il est question ici de la première population de l'Europe , de celle qui s'y rendit par le ïaurus et non par le nord de la mer Noire. Une seconde alluvion de peuples indo-caucasiques suivit [ilus tard cette dernière voie.

Lorsque les ancêtres des Hellènes se séparèrent de la grande famille ariane en quittant TOrient. ils n'étaient pas dans un état sauvage pri-

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mitif ; ils apportèrent certains éléments de civilisation dans l'oiiest. Les dénominations pour les champs, pour la maison, pour les animaux domestiques, ainsi que pour certains ustensiles, sont les mêmes en sanscrit qu'en grec; la connaissance et l'usage de ces choses existaient donc avant que les rameaux ne se séparassent. Lors de la seconde immigration des peuples arians, ceux-ci rencontrèrent les Illyriens et les Thraces, qui étaient les descendants des premiers colons dont nous avons parlé plus haut. C'étaient des pasteurs primitifs, rudes, incultes comme les contrées et surtout les montagnes qu'ils habitaient. Ils avaient un esprit très-guerrier. Ces peuples, ainsi que leurs langues, subsistent encore aujourd'hui chez les Albanais, chez les Roumains de la Valachie et de la Moldavie et chez les habitants du sud des Balkans. Malgré l'influence du latin, que la langue des Thraces a subie dans le cours des siècles, malgré les invasions et les destructions venues à travers les régions orientales des Balkans , la langue roumaine, par la richesse et l'abondance des mots qui la composent, autant que par certaines formes qui lui sont particulières, présente la parenté la plus frappante avec la langue albanaise, composée elle-même des indestructibles restes des dialectes illyriens.

Il n'existe point de vestiges de races non grecques en Épire , en Thessalie et sur les plateaux du Péloponèse dans les temps historiques, à l'exception toutefois de quelques noms de localités fort peu helléniques, et il est constant aussi que la langue grecque ne s'est assimilée aucun élément exotique. A partir des monts Acrocérauniens et du versant septentrional de l'Olympe, jusqu'aux caps Malée etTenare, le pays fut occupé par les Indo-Caucasiens ou Arians. Les îles de la côte de l'Acarnanie ont dû être peuplées aussi de très-bonne heure par eux; car le nom d'Epire, c'est-à-dire le continent, ne peut provenir que de la population grecque primitive. L'acception du mot continent s'étendait anciennement au sud, jusqu'au golfe de Corinthe.

La Grèce, située entre les où" 10' et 42" de latitude septentrionale et entre les 18° 25' et 21° k' de longitude occidentale, est une des trois grandes presqu'îles méridionales de l'Europe. Dans l'antiquité elle avait 66(3 kilomètres de longueur, du cap Tenare au mont Orbelos, et 355 de largeur, de Dyrrhachion à Neapolis. Son contour est excessivement échancré : il forme 5,333 kilomètres décotes, tandis que l'Italie n'en a que /i, 296 et la France que 2,037. La Grèce est coupée en tous sens par de hautes montagnes, dont la mer vient baigner

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le pied. La plupart des contrées qui la composent étaient fertiles, riantes et pittoresques ; elles offrent une grande diversité de sites formés par des plaines, des vallées, des plateaux et des montagnes. Le climat de la Grèce est en général doux et tempéré. (( Douce et suave est notre atmosphère, dit Euripide. Le froid de l'hiver pour nous est sans rigueurs, et les traits de Phœhus ne nous blessent point'. » Le soleil y est éclatant et vivifie prodigieusement les teintes diverses du sol, des rochers, de la végétation et des eaux. L'azur du ciel n'y est pas toujours égal et uniforme ; des nuages viennent fréquemment rompre la lumière du soleil sur certaines parties du paysage et briser la monotonie qui est souvent éternelle ailleurs, comme, par exemple, en Egypte.

L'aspect riant et souvent grandiose d'un tel pays avait nécessairement produit un bonheur, une joie, un contentement et une multiplicité de traits originaux dans le caractère de ses habitants, qui formaient des Grecs anciens le plus policé, le plus aimable, le plus élégant et, sous le rapport moral, le plus noble des peuples. Nous parlons des Grecs, bien entendu, avant qu'ils n'aient subi l'influence du contact avec certains peuples de l'Orient, avant que les idées d'un orientalisme dégénéré les fissent ce qu'ils furent après Alexandre. Anciennement le physique n'pondait parfaitement au moral. Les types que nous a conservés la statuaire des écoles d'Egineet d'Athènes, nous montrent la figure humaine dans tout son beau idéal , dans toute la plénitude de beauté parfaite dont la nature l'avait primitivement douée.

Il n'y a pas d'autre pays que la Grèce, où toutes les sortes et toutes les formes de la vie naturelle aient été en contact aussi direct, et où elles se soient mêlées aussi diversement, ce qui devait avoir les suites les plus heureuses pour sa civilisation.

La chasse et l'élève des bestiaux dans les montagnes, la culture de la vigne et du blé dans les vallées, la navigation et la pêche sur les côtes et dans les îles ; chaque activité, en un mot, dans ses conséquences et ses images particulières pour la religion ainsi que pour la composition de la légende, se trouvait en Grèce. Ce fut du génie multiple et brillant, souverainement sain effort du peuple grec, relativement petit en nombre et occupant un territoire qui ne comprenait environ qu'un huitième de la superficie de la France, que sortit la conception de l'ar-

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