‹ Histoire générale de l'architecture (volume 3)Chapitre 198 sur 298 · Pausaiiias parle de Tiryns, I. il, ch. xxr · texte numérisé non relu

Pausaiiias parle de Tiryns, I. il, ch. xxr

2. Pausanias, 1. ii, ch. xvi. — E. Curtius, *t»c(oV'-''nnefc2i. T. II, p. 400 à 414.

ACROPOLE DE MYKÈNE. 409

Ce sont les chants d'Homère qui consacrent la gloire de ces murailles, et, de leur côté, ces murailles sont les témoins véridiques d'Homère. Elles prouvent qu'il y eut un Agamemnon et avant lui « plus d'un brave. » Toute l'importance de Mykène appartient à l'âge héroïque ; elle fut le siège des Pélopides; elle fleurit et déchut avec eux. Mykène ne fut détruite qu'en /i68 avant l'ère vulgaire.

Deux ravins s'étendent de l'est à l'ouest, du haut en bas de la montagne; circonscrit par tous les deux, le rocher castrai s'étend dans la même direction, et à l'est il est contigu à la montagne; plus bas, au sud-ouest, sur les reins delà hauteur, était située la basse ville. L'acropole a à peu près 'la figure d'un triangle dont la base se dirige au sud-ouest et dont un angle est tourné à l'est et vers la montagne. Au sud s'étend un ravin profond avec des rochers escarpés et le lit d'un torrent qui ne coule qu'au printemps. Sur le côté opposé, au nord, les pentes sont moins rapides et on y voit de la verdure. Sur les bords de ce rocher saillant et plat, d'environ 325 mètres de longueur, se trouve la vieille muraille d'enceinte dont l'excellente conservation prouve l'habileté de ses constructeurs. Les matériaux se composent d'une brèche dure de couleur foncée. Le mur s'étend dans un contour non interrompu et à une assez grande hauteur. Ce n'est qu'au sud qu'on perd sa trace, le long d'un escarpement presque à pic, sur lequel on crut peut-être inutile d'établir une défense aussi forte que le reste. Ainsi qu'à Tiryns, les quartiers de roche de 6 mètres sont superposés presque bruts dans plusieurs endroits, et les intervalles en sont remplis au moyen de pierres plus petites. Mais la plus grande partie du mur consiste en pierres polygonales juxtaposées avec beaucoup d'art; elles sont tellement polies et adhérentes sur leurs joints latéraux que, malgré le tracé de la diversité interminable des lignes des joints, elles semblent former un parement solide et parfait. Il y a enfin de grandes étendues de murs construites en assises horizontales avec joints d'équerre, entre autres les deux avant-corps qui enveloppent le corridor ou passage conduisant à la porte des Lions. Cette diversité de maçonnerie, à partir du système cyclopéen le plus brut jusqu'à la construction habile ressemblant à la construction en pierre de taille, prouve, par l'égale nature des matériaux, qu'on bâtit à diverses époques et que l'histoire de Mykène s'étend plus loin qu'on ne serait porté à l'admettre d'après les rares témoignages que nous en avons.

L'enceinte castrale suit exactement la sinuosité du sommet du rocher

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en formant une infinité d'angles, de ressauts et de retraites. Il n'y a de corps saillants, avec apparence de tours, qu'aux portes d'entrée. La porte' principale se retrouve sur la face occidentale, au fond d'un passage formé par deux murs composés de blocs de dimension colossale. Le mur de gauche appartient à l'angle d'un bastion élevé sur un avancement du roc; il est établi sur des rochers escarpés qui s'élèvent du sol en rétrécissant la voie. Le mur du sud, qui est en face du précédent, est à proprement dire un bastion véritable, une tour formant avant-corps d'équerre sur une partie de l'enceinte et qui peut avoir été construit postérieurement pour la défense de l'entrée. Il est remarquable que là les joints verticaux de plusieurs assises soient perpendiculaires les uns sur les autres. Ces deux ailes de maçonnerie forment une ruelle de 16 mètres de longueur, dans laquelle les ennemis ne pouvaient s'avancer que sur huit hommes de front environ, exposés des deux côtés aux flèches, aux frondes et au jet de pierres des assiégés.

Plan (le la Porte des Lions il Mvkènc.

12S. — Coupe (le la Porte des Lioiiff il Myliène.

La porte d'entrée n'est pas tout à fait au milieu de la ruelle, mais un peu sur la droite. Comme l'entrée est encombrée, il est difficile de fixer sa hauteur primitive. On peut l'estimer de ^™50à5"'20. Cette porte n'est point un corps spécial de construction; elle n'est qu'une baie ménagée dans le mur; Elle se compose de quatre parties : de deux jambages hauts de .5"" 35 environ, légèrement inclinés vers l'axe vertical de la porte au sommet, de l'architrave ou linteau reposant sur les jambages et long de 4"" 80, de 2 mètres de hauteur et de 1™ 20 d'épaisseur, et enfin du bas-relief encastré dans une ouverture triangulaire produite au moyen de la suppression des pierres formant parement.

1. Ziai Î^L>r vcn 0)îi^fciiâ, »on iî. ÏD. (Sîcttting. Dans îKlicinifitci^ 'iJinfcum fiiv *l>f)ilo« togit, ucn 2Ccl(ïcv iinb 3iit\à.)i. 1841, p. 161-175.

ACROPOLE DE MYKÈNE.

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La pierre du bas-relief a 1" 70 d'épaisseur, 3" 20 de longueur et 2™ 90 d'élévation. La pierre dans laquelle est taillé ce bas-relief est un bloc de calcaire gris fort dur, tirant sur le jaune, comme il en existe dans le voisinage. Le bas-relief lui-même, la plus ancienne sculpture européenne connue, porte un cachet si exotique et si étranger, que rien en lui ne peut être nommé grec , sinon la matière dont il est composé et le sol sur lequel il repose. Le triangle isocèle aigu qu'il forme est divisé au centre par une colonne verticale qui se détache, comme le reste de la sculpture, du fond par des contours peu accusés et mous. Le socle, le fût et le chapiteau de cette colonne ont une apparence qui s'éloigne de toutes les formes architectoniques grecques. Le socle ou soubassement est composé de deux plinthes verticales, dont celle du

Porte des Irions U Jlykène.

haut est supportée par deux pieds en forme de scotie, comme l'indique la figure n° 129. La colonne s'élève verticalement en grossissant vers le haut. Au-dessus de la terminaison du fût en calotte sphérique s'élève un lourd chapiteau composé de deux tailloirs entre lesquels on voit quatre disques ou corps sphériques. De chaque côté de la colonne se dressent deux lionnes, les pattes de devant appuyées sur le socle et celles de derrière posées sur l'architrave ; toutes deux dans une ordonnance symétrique, comme dans un blason. Les têtes des deux animaux sont mutilées, et comme il n'y a pas dans les angles, entre le

chapiteau elles faces du triangle, assez d'espace pour avoir contenu les deux tètes d'animaux, on doit supposer qu'elles étaient en ronde bosse, abandonnant audacieusement la nature du bas-relief. Ce n'est qu'ainsi qu'on peut s'expliquer comment les deux têtes ont pu être brisées sans laisser de traces sur le fond. Ces lionnes sont là comme les hautains gardiens du château qui présentaient à l'ennemi leur tête terrible. Ces animaux expriment la puissance guerrière des Atrides; la tradition rapporte aussi qu'Agamemnon portait sur son bouclier un monstre à tête de lion. La manière la plus naturelle d'expliquer la colonne, c'est de l'admettre comme symbole d'Apollon, que les descendants d'Agamemnon invoquaient comme le protecteur de l'entrée de la forteresse paternelle. Sur la face inférieure de la puissante architrave l'on aperçoit les deux trous, de chacun 8 centimètres de diamètre, qui servaient à l'assujettissement des deux vantaux de la porte.

Il existe une plus petite porte bien conservée , formée de trois blocs de pierre, dans un rentrant du mur septentrional, sous le sommet à pic de l'acropole. La baie a en bas l^'OS, et au sommet l^l'd de largeur. Sur son linteau est posé un bloc de pierre triangulaire qui donne à cette porte une élévation totale de /i"'50. Une rampe avec mur de soutènement y conduit; en sorte que, par exception àl'usage général, la gauche de ceux qui montaient longeait le mur d'enceinte. Le sol rocheux est égalisé en contre-bas de la porte , et on y voit des pas d'homme taillés dans le roc.

L'intérieur du château est extrêmement exigu, par rapport à son importance historique, comme le remarque déjà Thucydide'. Cet intérieur ne forme pas une surface plane ; il est en pente abrupte vers la porte des Lions, et s'abaisse en pente douce à l'est. Au bord de ce sommet de l'acropole s'étendent encore les fondations de murailles épaisses, en sorte qu'il ne restait qu'un espace fort exigu pour les châtelains, qui habitaient derrière leurs triples murailles.

La ville de Mykène s'étendait sur la montagne située plus bas que l'acropole, à l'ouest, et qui se dirigeait au sud. C'est dans l'enceinte de .cette ville, dont la rue principale suivait la dii'ection des reins de la montagne, que se trouvaient les principaux édifices de la ville. Aux deux côtés des traces de cette grande rue on retrouve des ruines d'anciens monuments, et surtout quatre constructions souterraines, dont deux sont situées sur le versant oriental et deux autres sur le versant

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