‹ Histoire générale de l'architecture (volume 3)Chapitre 197 sur 298 · Acropole de Tiryns · texte numérisé non relu

Acropole de Tiryns

mur d'enceinte n'a point de tours, mais seulement des angles et des saillies répondant à la ligne brisée de la crête du rocher. Deux grandes portes conduisaient dans la partie supérieure de la forteresse. Il paraîtrait que l'une d'elles, la principale, répondant à un abaissement naturel du sol, se trouvait à l'angle sud-est. Une porte extérieure, maintenant disparue, conduisait de la route de Nauplie dans une galerie ou passage renfermé dans des murailles doubles et qui était en outre fermé par une autre porte intérieure. A l'extrémité septentrionale de cette galerie aboutissait la seconde porte principale, dont la disposition peut mieux se comprendre. Une large route carrossable, appuyée sur un puissant mur de soutènement, conduit du nord le long du mur oriental vers la porte. A la droite de l'entrée, qui a environ 4" 90 de longueur, s'élève encore aujourd'hui un avantcorps, de l'apparence d'une tour, de dix mètres de hauteur et de 6™ 50 carrée. On n'a pu pénétrer dans la cour du château proprement dit par deux portes extérieures, qu'en traversant une porte intérieure, dont la place ne peut plus être fixée aujourd'liui.

Mais les murs de Tir\ns ne formaient point des masses solides ; ils étaient sillonnés de passages souterrains. C'est ce qu'on voit le plus clairement dans cette partie du mur d'enceinte située entre les deux portes d'entrée du sud-est et de l'est. Là, toute l'épaisseur du mur est de 8™ 15 ; son noyau, composé de trois rangées de gros blocs superposés, forme 4™ 90 d'épaisseur; de chaque côté s'étend une galerie ou corridor large de 1"» 62 et de 3"" 90 de hauteur. Les parois de ces couloirs ou galeries, comme on les a appelées, consistent en quatre blocs de pierre superposés, dont les deux supérieurs sont en encorbellement, afin de former plafond ou voûte, leur inclinaison intérieure donnant un angle de k^ degrés; le tout couronné d'une pierre en forme de coin pour faire clef. Le plus oriental de ces deux couloirs, qui est parfaitement conservé dans une longueur de 29 mètres et fermé à l'extrémité par de la maçonnerie primitive, a dans son mur extérieur six baies ou ouvertures ressemblant à des barbacanes qui descendent jusqu'au sol et qui, dans leur partie supérieure, sont taillées en forme d'ogive dans la pierre. Leur distance l'une de l'autre varie entre S"" 08 et 3™ ZjO ; leur longueur est de même inégale ; elle varie de l"' /i6 à 1™ 78. Peutêtre la galerie occidentale ou intérieure avait-elle également une suite de fenêtres, afin d'être éclairée par le passage conduisant à la porte.

On trouve aussi des traces de corridors semblables sur d'autres points du mur d'enceinte, et il est probable que des recherches appro-

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fondies prouveraient que toute la partie supérieure de la forteresse était circonscrite de murs ainsi sillonnés de couloirs. Mais il est difficile d'apprécier l'usage opportun de ces galeries pour la défense contre l'ennemi ou comme asile pour la garnison. Il est donc plus probable qu'elles furent utilisées comme magasins, pour conserver des vivres ou des armes. Peut-être aussi ces galeries percées de grandes ouvertures servaient-elles d'écuries pour les chevaux ou pour le bétail. En tout cas, il faut encore admettre une ligne de défense extérieure en avant du mur percé de fenêtres de ces galeries.

Tandis que la forteresse supérieure était ainsi située derrière des murs doubles et même triples, avec deux portes d'entrée également doubles, la partie septentrionale de la forteresse était en communication avec la ville par des issues très-simples. C'est ainsi qu'on remarque sur la face occidentale, vers la partie la plus étroite de la citadelle, dans un angle rentrant du mur d'enceinte , une poterne d'environ deux mètres de longueur. En face, dans les ruines de la muraille, est l'entrée actuelle de l'enceinte castrale ; mais il est incertain qu'il y en eût une dans l'antiquité.

Plus que toute autre forteresse de la Grèce, la situation de Tiryns était exposée à des attaques de l'ennemi. Toute sa force reposait donc dans ses murs, célèbres dès l'époque d'Homère, et qui passaient, aux yeux des Grecs postérieurs, pour le type et le modèle de la construction cyclopéenne dans sa forme la plus puissante. Comme merveille, Paiisanias les compare aux pyramides d'Egypte, et si sa remarque que la plus petite pierre de Tiryns ne pourrait être traînée par un attelage de mulets est une exagération , il est cependant certain qu'en général les pierres de toute acropole grecque sont effectivement d'une telle dimension ; les plus grosses ont une longueur de 2™ 30 à 3" 25. Le grand nombre de blocs qui gisent à terre laissent présumer une hauteur considérable. La dimension des pierres est garant de la solidité du mur; elles ne sont maintenues ensemble que par les lois de la pesanteur, car elles sont superposées brutes. De là le grand nombre d'interstices qui existaient entre elles et qui , pendant la construction, demandaient à être remplis et bouchés par de plus petits matériaux.

Proitos bâtit Tiryns pour en faire une place d'armes : c'était une forteresse destinée à commander les côtes et à empêcher des débarquements ennemis. La tradition glorifia ce rocher en en faisant le siège royal de Proitos et le Heu de naissance d'Heraklès.

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Les murs de Tiryns furent détruits vers /i64 avant l'ère vulgaire'. Au nord de la plaine d'inachos etd'Argos, contre le mont Euboia, haut de 750 mètres, sur une colline rocheuse du second gradin des montagnes qui terminent la vallée dans cette direction, colline d'environ 315 mètres de longueur, était bâtie l'acropole de Mykène^. Mykène est placée dans l'angle le plus caché de la vallée de l'Inachos, là où les rochers se réunissent pour former les défilés du nord qui conduisent à Némée. Ce qu'Athènes fut pour l'art dans la splendeur de son développement et de sa perfection, Mykène le fut pour l'antiquité héroïque. Là, on rencontre les différents genres de monuments les plus grandioses dans toutes les formes de construction dont le développement était surtout dû au caractère de cette époque : là on trouve des murs, des portes castrales, des trésors et des tombeaux royaux cyclopéens. Il s'y trouve même de la sculpture monumentale qui dépasse en âge tous les autres monuments de ce genre de la Grèce.

l'2fi. — Acropole fie Mykène.

A Porte des Lions.

B Petite Porte septentrionale.

C Fondations d'habitations.

D Restes du Palais des Atrides.

E Trésor.

F Tre'sor d'Atre'e.

Ces monuments de l'antiquité, qui ne sont réunis sur aucun autre point de la Grèce dans une telle conservation , deviennent encore plus importants par le seul fait que le lieu même oi^i ils se trouvent fut un des centres les plus connus de la Grèce homérique, que les poëmes épiques parlent précisément des princes qui dominaient là sur la contrée et sur le peuple, possédant assez de butin en or et en tributs conquis par la guerre, pour laisser après eux des monuments indestructibles de leur empire, tels que ceux dont nous allons nous occuper.

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