‹ Histoire générale de l'architecture (volume 3)Chapitre 202 sur 298 · MONUMENT DE KEN CH REM · texte numérisé non relu

MONUMENT DE KEN CH REM

tandis que leurs parois intérieures s'élèvent d'aplomb dans une hauteur de 3 mètres à o"'25 , les faces extérieures, au contraire, s'inclinent vers l'intérieurpar unangledeGo degrés, viennent aboutir au parement intérieur à une distance de 33 ou 66 centimètres. Sur l'arasement des murs intérieurs on voit encore des ouvertures carrées destinées à recevoir la portée des poutres qui portaient la couverture horizontale des salles intérieures. Les murs sont construits en une sorte de pierres de taille de moyenne grandeur; dans leurs assises règne la ligne horizontale, et une inspection minutieuse montre que le mortier fut employé originairement dans la construction. Les jambages des portes sont bien conservés; Ton voit distinctement les trous dans , i

lesquels étaient poussés intérieurement les verroux. Les salles étaient donc disposées à l'intérieur, de manière à ce qu'elles pussent être fermées et défendues. Audevant de la porte d'entrée extérieure il existe des traces de murs anciens, et sur le versant de la montagne, vers la mer, on reconnaît une plaine artificiellement nivelée. L'ensemble de ce monument semble donc un ouvrage d'architecture militaire, destiné à un poste d'observation de la route et du voisinage, qui n'a pas appartenu à

Kenchreai, mais qui fait partie des plus anciens monuments historiques de la contrée.

Les entraits ou maîtresses poutres ou poitrails étaient en pierre; c'est ce que l'on doit admettre par le peu de profondeur des trous destinés à leur portée. Peut-être étaient-ils soutenus par des piliers. Selon Mure, la construction serait un intermédiaire entre le cyclopéen et le polygonal, consistant en gros blocs irréguliers offrant une tendance à des formes quadrangulaires et à des assises horizontales^

lofi. — Coupe transversale du monument de Kenchreai.

— Coupe longitudinale du monument de Kenchreai.

1. lîoss, Jïïcifcu ini $clotpnticJ, p. 142 et suiv. — K. Curtius, ^cUiVcnncfoS, t. II, p. .365, 366, 564. — Leake, Morra , t. II, p. 339. — Pf/op., p. 251. — Si,]), à

Entre Argos et Epidaure, près de Lessa (aujourd'hui Ligurio), on rencontre les ruines d'un autre monument pyramidal ; son plan a environ 13 mètres en carré; l'amorce de ses faces est encore visible. La petite ville antique de Lessa était située sur le mont Arachnaion, dont un piton la domine à une élévation de 1150 mètres. De là, on dominait le golfe saronique et ses côtes orientales. Il y a donc lieu d'admettre que ce monument en pyramide était, comme celui de Kenclireai, un poste d'observation. Là était aussi, dans la série des signaux faits par des feux pour annoncer au château des Atrides la chute d'Ilion, la station intermédiaire des montagnes de la Mégaride à Mykène'.

Au sud d'Argos, non loin des rives occidentales du golfe d'Argos, sur la rive droite d'une petite rivière, et dans la plaine d'Élaios, on trouve encore des ruines de la catégorie de celles dont nous venons de parler : la base en construction polygonale d'un monument de 13 mètres carré, avec séparation dans l'intérieur-. La position stratégique de ce monument nous autorise encore à le regarder comme un poste militaire d'observation. Il y en avait sans doute plusieurs autres se rattachant à la fondation de la puissance de Danaos qui débarqua non loin de ce lieu. C'est l'apparence pyramidale de ces petites forteresses ou grands corps de garde qui fait nommer ces lieux Pyramia par Plutarque.

A deux mille pas au nord de la citadelle de Tiryns, passait à travers la plaine la route stratégique antique d'Argos à Epidaure; elle touchait à un monument à faces extérieures inclinées ou de forme pyramidale élevé en mémoire du combat entre Proitos et Akrisios et de leur réconciliation. Pausanias' dit qu'on y avait représenté des boucliers de forme argienne dont on se servit alors pour la première fois. 11 ajoute que, comme ceux qui étaient tombés des deux côtés étaient des concitoyens et des parents, on leur érigea un tombeau commun. C'était sans doute encore un poste avancé d'observation , ou peut-être cet édifice indiquait-il la limite des territoires des deux villes voisines*.

Au pied sud-ouest de la montagne de la pointe occidentale de la presqu'île de l'est de la Lakonie, au nord de la presqu'île Onugnathos, se trouvent, au pied d'un rocher à face à pic, les ruines d'un édifice

Stuart., p. 23. — Expéd. de 31oréc, t. II, pi. 55. Stackelberg, La Grèce, Vues Pitt. et Topog., titre de l'Areadie. — Mure, Tour through Greece, t. II, p. 187.

1. E. Curtius, !)]clcVoiincfLH% t. II, p. 418, — 2. Id., t. II, p. 372.

3. Pausaiiias, I. ii, eh. xxxv. — 4. E. Curtius, *}]clo^HMnicfii>5, t. 11^ p. 384.

TEMPLES GRECS PRIMITIFS. ' /i21

pyramidal en pierre de taille, enteuré de trois côtés d'un fossé de G"" 50 de largeur et de \^o5 de profondeur; le quatrième côté est appuyé contre le roc'. La situation de ce petit monument porte à admettre qu'il fut un guet de l'espèce de ceux que nous venons de décrire.

Il existe un autre monument de l'époque pélasgique dans le sud de l'île d'Eubée, dans la montagne d'Ocha, au-dessus de Karystos. Il consiste en une petite construction rectangulaire oblongue, élevée en blocs de pierre de la nature de l'ardoise ; posés horizontalement en assises irrégulières. A l'intérieur, ce monument a 10 mètres de longueur sur 4"* 90 de largeur; les murs en sont à plomb, de 1"' 95 d'épaisseur et hauts de 2"'/(0 à l'intérieur, La couverture est formée de dalles en pierres en encorbellement à l'intérieur, laissant une ouverture au centre du toit. La face sud principale a, avec une porte d'entrée, deux petites fenêtres. On n'aperçoit aucun détail ni ornement architectonique dans ce petit édifice que M. Ulrichs pense avoir été un temple de Héra; mais M. Ross croit plus justement que ce genre de construction appartient aux chalets destinés aux pâtres de la montagne.

Il n'y avait encore qu'un petit nombre de temples en Grèce dans les temps héroïques. Les lieux réputés sacrés ne formaient qu'un espace découvert limité par une défense, entouré d'un bois sacré; au centre s'élevait un autel rustique. Nous avons cependant quelques renseignements vagues et épars sur quelques-uns des temples des âges héroïques. Deukalion avait dédié un temple à Zeus Olympien à Athènes 2. Du temps d'Erechthée, roi d'Athènes, Sciras, prêtre de Dodone, fonda un temple d'Athéné à Phalère*. Agamemnon en éleva un à Mégare qui fut dédié à Artémis, lorsqu'il vint dans cette ville pour engager Calchas à le suivre à la guerre de Troie''. Aleus, descendant de Pélasge, éleva un temple à Athéné, à Tégée'\ dans le sud-est de l'Arkadie. Épopée, prince de Thessalie, en bâtit un à Athéné, à Sicyone, en reconnaissance d'une victoire •"'. Quelque temps avant la destruction de Troie, Pitthéos, grand-père maternel de Thésée et roi de Trœzène, dédia un temple à Apollon Théarée (qui rend des oracles) ; c'était le plus ancien que connût Pausanias''. A son retour de son expédition en Crète, Thésée éleva plusieurs temples à Trœzène^. Il y avait à Orchomènos, en Béotie, un très-ancien temple dédié aux Grâces, qui appartenait aux

1. E. Cnrtius, $cUn>cniicfL-iéi, t. II, p. 295. —2. Pausanias, 1. I, ch. xviii. 3. Ici., ch. XXXVI. — 4. Id., ch. XLiii. — 5. 1. viii, ch. iv. 6. 1(1., 1. II, ch. VI. — 7, 1(1., 1. II, ch. XXXI, XXXII. 8. M., 1. II, ch. XXXI, xxxii.

temps liéroïqiies, ainsi que celui que le roi Saron fit élever à Arléniis sur le golfe saroiiique'. D'après une tradition postérieure, le premier et plus ancien temple d'Apollon à Delphes, en Phocide, était construit en bois, en branches de laurier, qui avaient été cherchées dans la vallée de Tempe-; il représentait donc une espèce de chaumière, dit Pausanias. Le second temple, disait la tradition, avait été bâti par des abeilles avec leur cire et des plumes. Le troisième était en airain^. Le quatrième temple avait été bâti en pierre par Agamèdes et Trophonios ; il subsista jusqu'à l'incendie de la première année de la 58^ olympiade ou de l'année 5Zi8 avant l'ère vulgaire^. Comme la plus belle des récompenses, Apollon est dit avoir envoyé aux architectes un sommeil doux et imperceptible qui n'eut point de réveil. L'hymne d'Homère sur le Dieu pythique ne connaît que ce quatrième temple en pierre. Sous terre, en dessous du monument, il y avait un sanctuaire, un adyton, formé de cinq pierres colossales, œuvre d'Agamèdes et de Trophonios. C'était un de ces trésors comme il y en avait dans les temps primitifs et qui étaient destinés à conserver les ustensiles sacrés ainsi que des richesses de tout genre. Le nom de Or,(7aufà; se rapporte à un âge anté-hellénic[ue, oi!i l'or en Grèce n'était point encore nommé /^pucoç, mais comme en Italie aû'pov.

Parmi les plus anciens temples de l'époque qui nous occupe, il faut encore citer l'ancien temple d'Artémis, à Aulis, en Béotie, sur le détroit de l'Euripe. Il était eu bois, selon Pline qui en parle ; mais on a oublié en quelle sorte de bois, dit-il. Ce monumeiît datait de quelques siècles avant la guerre de Troie ^ 11 y avait aussi à Sparte un temple très-ancien, celui d'Athéné Poliuchos (qui protège la ville) et Chalciœcos (à maison d'airain). Tyndare, oncle de Pénélope, est réputé pour avoir commencé cet édifice ; après sa mort, ses descendants le continuèrent et employèrent à cet effet le prix des dépouilles remportées sur les Aphidnéens ; mais l'entreprise étant restée de nouveau inachevée, les Lacédémoniens élevèrent longtemps après, vers la 60'' olympiade ou 5/tO ans avant l'ère vulgaire, un nouveau temple qui était d'airain, ainsi que la statue de la déesse, dit Pausanias*^. L'artiste dont ils se servirent était Gitiados, originaire de Lacédémone, qui avait aussi composé plusieurs chants sacrés et entre autrefj un hymne pour Àthéné, sur des airs doriens.

1. l'ausaiiias, 1. ix, cli. xxxviii et 1. ii, ch. xxx. — 2. Ll., 1. x, ch. v. 3. IJ., 1. X, ch. V. — 4. Id. — 5. l'iinc, Hist. nat., I. xvi, cli. LXXix. .;. Pausanias, 1. ni, ch. xvn ; 1. x, ch. v.

RUINE A LYKOSURA.

Un autre sanctuaire des temps héroïques est celui de Stymphale, à six stades de Mantinée, bâti, dit Pausauias', par Agamùdes et Trophonios; il était en charpente de bois de chêne. Il ajoute qu'ils en fermèrent l'entrée par un simple lil de laine, témoignage du respect qu'on avait alors pour les lieux sacrés. Ce temple était consacré à Poséidon Hippios.

Quoique Homère ne cite en fait de temples que celui d'Athéné à Athènes et celui d'Apollon à Pytho ou Delphes, on ne peut en conclure qu'il n'y avait que ceux-là de son temps en Grèce. C'étaient les deux plus importants, mais il y en avait d'autres dans un grand nombre de villes. C'est ce que pourrait prouver un passage de V Odyssée , où le poëte fait la description de la fondation de la ville des Phœaques par Nausithous : (( il éleva une enceinte, bâtit des maisons et des temples et distribua les terres-. » Les compagnons d'Odyssée promettent à Hélios de lui élever un temple riche, en expiation de l'offense qu'ils lui ont faite^. Comme temples également très-anciens, Pausanias* cite encore ceux d'Athéné chez les Phocéens en lonie, et d'Apollon Pythies chez les Samiens ; mais, ajoute-t-il, ils sont moins anciens que le temple des Trœzéniens.

Il est souvent question dans les auteurs anciens de temples de bronze. Ces édifices de petites dimensions étaient élevés en bois de charpente et revêtus de tôles de bronze ou de cuivre repoussé. De là aussi la facilité avec laquelle ils furent incendiés ; car s'ils avaient été en bronze massif, ils auraient brûlé avec plus de difficulté. Ces temples en charpente sont une importation de l'Asie Occidentale.

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