QUATRIÈME ÉPOQUE
DEPUIS l'année 160 JUSUC'a 33fi AVANT L'ÈRE V l: L G A 1 R E ;
DEPUIS LA LXXXe OLYMPIADE JUSiIU'a LA CXI''; UE P E R I K L È S
A ALEXANDRE LE r, RAND
Les grands événements qui se passèrent dans le courant des guerres des Grecs avec les Perses (500 à /t/j9) influèrent considérablement sur le développement de la civilisation des premiers. Pendant ces luttes, toutes les passions humaines furent soulevées et excitées. La conviction d'avoir consommé de brillantes actions pour ce qu'il y a de plus saint au monde, le bonheur d'avoir sauvé la liberté de la patrie, la joie de ce bonheur presque inespéré, les actions de grâces rendues aux divinités protectrices des vainqueurs, le souvenir pour les guerriers tbmbés héroïquement dans les batailles pour le salut du peuple et de la Grèce, — tout cela émut et anima avec force les esprits et les cœurs. L'immense butin pris sur les Perses, et ensuite les richesses acquises par le commerce donnèrent aux Grecs les moyens matériels de satisfaire leurs tendances, leurs facultés et leurs désirs. Leur penchant naturel et inné pour la culture des arts de la paix, favorisé et nourri par la sage direction que les Pisistralides avaient donnée à l'intelligence grecque, les empêcha de se fourvoyer. Voilà ce qui produisit, vers le milieu du v^ siècle avant l'ère vulgaire, cet épanouissement général de toutes les beautés de l'esprit humain en Grèce.
A partir de la fin des guerres persiques, pendant l'espace de cinquante années, la Grèce marcha rapidement à la plus haute pros- I. 31
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périté'. Dans cet espace de temps, les arts, les sciences et les lettres, protégés par les richesses, fleurirent, et les plus célèbres artistes et auteurs se montrèrent. Ts'ous rencontrons alors, en effet, Iktinos, Mnésikles, Scopas, .Micon, Phidias, Polykleitos, Polygnotos, Zeuxis, Pindare, Hérodote, Platon, etc. Le serment que, selon Isocrates *, les Grecs firent sur l'isthme après leur victoire sur les Perses, de laisser en ruines les temples détruits par ceux-ci, pour que leur aspect nourrît continuellement le sentiment de la haine et de la vengeance, fut plus que contre-balancé par l'ardeur que les Grecs mirent à élever de nouveaux temples. « Voilà pourquoi aussi les Ioniens, dit-il, méritent des louanges, parce qu'ils ont maudit quiconque chan- "•erait quelque chose aux temples incendiés ou les remettrait dans leur état primitif, non par absence de moyens pour les restaurer, mais «afin que par Là ils fussent un souvenir pour la postérité de l'impiété des barbares, et que personne ne se fiàt à ceux qui sont capables de profaner ainsi les choses divines. »
Dans un espace de moins de dix ans, les Grecs créèrent des chefsd'œuvre dans les arts et les lettres, surtout dans l'ai-cliiteclure, la sculpture, la peinture, dans l'art di'amatique et la poésie, dans l'art d'écrire l'histoire, etc., etc., chefs-d'œuvre qui sont restés à un tel deoré l'admiration des âges suivants, que des peuples entiers ont abandonné leurs arts, leurs styles, leurs conceptions pour prendre comme modèles ceux de la Grèce. Cela seul suffirait comme preuve de leur supériorité et de leur excellence!
Nous avons déjà dit dans le cours de ce livre que les nations sémitiques, habitant les bords de la mer et pratiquant un commerce de futilités, inutile au bonheur des hommes, avaient été incapables d'atteindre à la conception des beaux-arts, d'un caractère au moins élevé et beau. On pourrait objecter que les plus sublimes monuments d'architecture n'ont été conçus et élevés dans l'Attique et ailleurs, dans la Grèce, qu'après la guerre avec les Perses, qu'à la suite de l'établissement à Athènes d'une activité et d'une prépondérance maritimes, qui en fit la reine des mers. L'hégémonie maritime d'Athènes ne fut établie par Thémistokles que par nécessité, pour sauver sa patrie de l'esclavage asiatique. C'est au commencement du \^ siècle avant l'ère vulgaire que ce fait a eu lieu, et c'est aussi très-peu de temps après, avant qu'un commerce excessif, des rapports directs et incessants
1. Dioilore (lu Sicile, 1. xii, eli. i. — 2. /'a/ieyi/ciVyi/c, cli. xli.