MAISONS GRECQUES
neté que pendant l'exercice de ses fonctions politiques et religieuses. Hors de ces fonctions, il rentrait simplement dans la vie privée qu'il aimait, et alors il n'existait plus pour lui d'autre distinction que le respect, la reconnaissance et l'amour ([u'on lui témoignait, si toutefois ses actions l'en avaient rendu digne. 11 n'habitait point de palais, mais une simple maison tout aussi modeste que celles de ses concitoyens suffisait à la grandeur et au bonheur de l'État.
Le gynécée n'était point une prison, il n'était point non plus un harem à toujours fermé, mais un espace limité, essentiellement assigné à l'existence du personnel féminin de la maison. Cela était surtout vrai pour les jeunes filles qui devaient vivre dans la retraite jusqu'à leur mariage et ne quittaient leur parthénon qu'à certaines occasions pour assister au spectacle d'un cortège ou d'une fête ou même quelquefois pour y prendre une part active. Après le mariage, la femme vivait retirée dans le gynécée, aucun homme étranger n'osait y pénétrer; cela était conséquent et moral. La femme mariée fréquenlait l'andronitis, mais elle le quittait aussitôt que des hommes étrangers s'y présentaient; alors elle se retirait dans le gynécée qui n'était une retraite absolue que pour les jeunes filles de la maison.
Par la distribution de la maison grecque, l'on voit que les esclaves des deux sexes vivaient également séparés; les hommes avaient leur logement et leurs occupations dans l'andronitis. les femmes dans le gynécée. Cela maintenait les bonnes mœurs.
(t Si quelqu'un de vous connaît encore aujourd'hui l'habitation d'Aristides, de Miltiades et des hommes qui furent célèbres alors, disait Démosthènes ', si quelqu'un de vous sait comment elle était disposée, il verra qu'elle n'était pas plus belle que la première venue du voisinage. Car ils n'administraient pas les affaires de l'État dans le but d'augmenter leur fortune particulière, mais chacun pensait devoir agrandir la puissance de la souveraineté. »
Les auteurs qui ont entrepris la restitution de la maison grecque ont admis arbitrairement qu'elle était isolée des quatre côtés. Cela pouvait être le cas pour celles de la campagne et pour celles qui étaient situées près de la ville ; mais les maisons de la ville étaient mitoyennes. Plusieurs passages d'auteurs grecs le prouvent; lorsque les Platéens résolurent d'en venir aux mains avec les Thébains, pour se concerter entre eux, sans être découverts dans les rues, ils percèrent les mui's
1 Démosthènes, 3" Olynthieiine, p. 36, édition Reiske. 1770.
mitoyens de leurs maisons '. Dans son plaidoyer sur l'héritage de Philoktémon , Isée parle aussi d'une maison mitoyenne. Dans son discours contre Androtion , Démosthènes emploie une phrase qui indique la mitoyenneté des maisons en citant une fuite par le toit, dans la maison voisine.
11 reste à faire remarquer qu'anciennement en Grèce l'homme privé ne pouvait encore posséder une habitation spacieuse et élégante; la richesse et l'étendue étaient réservées aux monuments publics, séjour habituel des hommes. La maison particulière n'avait pas alors, à coup sur, déjà deux péristyles. Sur le devant de la maison était situé l'a'A-h, le péristyle, auquel on arrivait par l'a-j^sioc Oupa, porte ou entrée du péristyle, où se trouvaient les salles et les pièces qui appartenaient à l'andi'onitis. De l'autre côté du péristyle et en face comuKMK'ait le gyna'konitis, séparé du péristyle par une porte, (( Il n'est pas d'usage dit Plutai-que, d'entrer dans une maison étrangère, sans avoir frappé auparavant à la porte ; on a aussi aujourd'hui des portiers, et anciennement il y avait des heurtoirs (ou marteaux) à chaque jioite, qui annonçaient l'arrivée d'un étranger, afin que la maîtresse de la maison ou ses filles ne fussent pas surprises- ». S'il y avait eu deux péristyles, la surprise eût été assez difficile.
Nous avons dit plus haut que les maisons grecques n'étaient rien moins (pie spacieuses et riches jusqu'à la guerre du Péloponnès(^ ; il en fut certainement de même pendant cette guerre à Athènes; la campagne était préférée à la ville. Isokrates, dans son Aréopagitique, dit que les Athéniens vivaient dans une plus grande sécurité à la campagne, où leurs maisons avaient une plus belle et plus riche disposition que dans les murs de la ville, et que beaucoup de citoyens n'assistaient même pas aux fêtes de la ville, préférant le séjour rural et la jouissance de leur avoir à celle que donnait le bien public.
Ce ne fut que vers l'époque macédonienne, quand l'esprit public eut disparu de plus en plus, et qu'on ne se contentait plus de la participation à la splendeur de l'État, que, l'égoïsme s'étant inlr(Kluit dans la société grecque, les maisons particulières s'agrandirent et devinrent plus splendides; alors, dès ce moment, on négligea les monuments publics.
(( A cette époque-là, à la vérité, la puissance de l'État était dans son plus grand éclat, auciui citoyen ne s'élevait comme simple particulier
l. Tluu'ydido, 1. II, cil. m. — 2. tMiitarquo, />« la Curiosité, cli. m.
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au-dessus de la masse du peuple. On irouve, au contraire, que les monuments et les établissements publics étaient si grandioses, si étendus et si magnifiques, que la possibilité de les surpasser n'est point permise h la postérité. J'entends parler des propylées, des quais et des chantiers pour la construction des vaisseaux, des portiques, du Pirée et de tout ce dont vous voyez encore la ville ornée. Aujourd'hui quiconque administre les affaires de l'État possède une fortune personnelle d'une étendue démesurée, de sorte que plusieurs d'entre eux se sont élevés des maisons particulières plus splendides que les monuments publics, comme aussi plusieurs ont seuls acheté plus de biens fonds que vous n'en possédez tous ensemble, vous qui administrez la justice. » Telles sont les paroles de Démosthènes dans son discours contre Aristokratès. 11 répète encore ces paroles dans son discours sur l'ordonnance de l'i^tat.
Les toits des maisons grecques étaient en général plats, en terrasse, de sorte qu'on pouvait s'y promener. Les toits à versants n'étaient cependant pas exclus. Bâties en pierre, en briques ou en bois, les maisons n'étaient parées sui' la façade que d'un enduit, dans la com])osition duquel les Grecs étaient très-experts. La décoration intérieure était fort simple. Le sol était généralement en terre batlue ou pilonnée, ou carrelé en carreaux de terre cuite. Les dalles de marbre ne parurent que plus tard, et nous n'entendons parler de mosaïques (|ue sous les rois de Pergame.
Mais la terre battue pour le sol des salles de la maison grecque n'empêche pas d'admettre un planclier polychrome fait avec le concours du goût vi de l'art. C'est ce qu'entend Pline', quand il dit que les ]Kivinienla, planchei's battus, doivent leur origine aux Grecs, chez lesquels ils étaient travaillés à la manière de la peinture jusqu'à ce qu'ils fussent remplacés par les lithostrota ou travail en mosaïque.
Jusqu'au iv« siècle les parois des murs paraissent avoir été simplement blanchies. Dans Alcibiades nous voyons le premier exemple de la peinture des murs. En effet, il enferma Agatharchos dans sa maison, et ne lui rendit la liberté qu'après qu'il l'eut décorée de peintures et qu'après l'avoir récompensé largement pour son travail -. Hippias imposa les portes dont les vantaux ouvraient sui' la l'ue en y foi'manl saillie, (les portes étaient précédées de grilles ou de clôlnns, (|ue