LA RENAISSANCE ET LES TEMPS MODERNES
Nos livres d'enseignement , par une manière de procéder erronée et incomplète, n'admettent, pour l'Antiquité, que l'histoire des diverses variétés des races humaines qui , considérées sous le rapport de l'ethnologie et de la philologie, ont formé un ensemble historique en se fixant au pourtour du bassin de la Méditerranée. Ces livres laissent de côté les Indiens asiatiques, les Arabes, les Celtes et les Germains, qui ont cependant eu de nombreux et de fréquents rapports avec les peuples dont les capitales étaient Thèbes, Memphis. Carthage, Athènes et Rome.
Thèbes et les habitants de la région dont elle était le centre, cantonnés dans un coin solitaire de l'Afrique et difficilement accessible aux étrangers, ont développé une civilisation particulière et différant essentiellement de toutes les autres; Carthage aussi a eu la sienne, marquée au coin de l'imperfection et de l'immoralité; celle d'Athènes et du reste de la Grèce a été brillante de beauté, comme I. 2
un météore resplendissant au milieu des ténèbres ; la civilisation romaine, composée de mélanges divers et hétérogènes, était toute de conquête. L'histoire des Arabes est restée obscure, fragmentaire et très-incomplète. On ne la connaît, pour ainsi dire, que par les points de rapprochement qu'ils ont eus avec les nations arianes. Leurs monuments sont nuls comme architecture,' quant à la science et au sentiment du beau. Les Arabes ont surtout exercé une fatale influence sur les civilisations pour les faire tomber en décadence. Leur histoire mérite donc à ce point de vue d être étudiée.
Quant aux Indiens, ils ont été un peuple des plus inai'cjuants dans l'histoire de l'antiquité; ils ont laissé des monuments d'architecture importants, dignes d'étude, et surtout une littérature variée et riche; ils ont eu une action des plus directes et des plus considérables sur les idées des peuples anciens.
Les Germains et les Celtes, ou plutôt les descendants des Cimbres, ont rempli, à leur tour, un rôle capital en détruisant la suprématie des Romains sur l'occident de l'empire, suprématie qui menaçait d'asservir et de corrompre tout à fait les peuples qu'ils avaient conquis. Les quelques monuments germains et gaulois que le temps a respectés aident à révéler leur génie et à faire connaître le caractère de leur ordre social. Plus tard, l'influence germanique se manifesta dans l'architecture du moyen âge, et surtout dans l'ornementation des édifices, de ce côté-ci des Alpes, et elle a pénétré aussi, avec plus ou moins de puissance et de développement, dans la manifestation des beaux-arts en Italie et en Grèce.
Quand les civilisations, dont nous venons de parler, eurent fourni leur carrière et accompli leur mission providentielle, sur leurs débris s'éleva une civilisation nouvelle, composée d'éléments contradictoires et antagonistes. Cette nouvelle civilisation, au lieu de faire le bonheur des hommes de ce coin du globe appelé Europe, fut un vrai fléau et replongea la raison et l'esprit humains dans les ténèbres en s'efforçant de les ramener, ainsi que les conséquences qui pouvaient en découler, au niveau de ces races bédouines, que l'on dirait maudites et perdues, des déserts de l'Arabie et du nord de l'Afrique.
Enfin, l'ère moderne, ouverte par la Renaissance, fut une réaction contre l'ordre social des mille ans qui précédèrent le xvi'= siècle. Les trois grandes périodes de l'histoire ne sont donc pas séparées l'une de l'autre seulement par le hasard ou par la chronologie : elles sont au contraire intellectuellement articulées et procèdent logiquement Tune
de l'antre. L'Architecture a suivi pas à pas le développement et la décadence de la culture de l'esprit humain.
Voilà pourquoi la division en trois périodes a été adoptée dans le présent ouvrage : la première, l'Antiquité, comprend les phases orientale, égyptienne, grecque, étrusque et romaine ; la seconde, le Moyen Age, embrasse la phase germanique avec une religion sémitique ; et la troisième, enfin, la Renaissance et les temps modernes, comprenant la réaction contre la phase précédente et une réconciliation complète avec l'antiquité.
Mais le sujet commande d'introduire dans ces ti'ois époques deux grandes divisions ethnologiques, sans lesquelles on ne saisirait et on ' ne comprendrait pas bien l'histoire de l'Architecture et de ses différents styles : l'Architecture si ancienne, si développée, si noble et si belle chez certains peuples ; si rare, si rudimentaire, si récente et si grossière chez d'autres qui leur sont plus ou moins voisins. A des formes et à des dates si différentes, il doit y avoir des causes particulières, nées elles-mêmes des contrastes qui existent dans les races humaines; l'ethnologie va nous venir en aide pour expliquer cette variété de formes et de conception. Ne s'en tenir qu'aux monuments ^ .s^/, seuls ou à leur simple analyse, ce n'est pas pénétrer dans le génie ou l'absence de génie qui a produit les divers styles et les caractères particuliers d'architecture.
Dans l'Architecture de ces trois époques historiques il faut donc distinguer celle qui a été conçue par la race ariane d'avec celle qui a été élaborée péniblement et lentement par les races arabes. Ces dernières n'ont produit que l'incomplet, l'imparfait, le plus souvent même le laid, soit en inventant elles-mêmes, soit en imitant les autres. Avec cette distinction, notre sujet s'éclaircit; on voit que tout a sa raison d'être, et on parvient ainsi à la connaissance vraie et naturelle des causes en vertu desquelles se sont manifestées les architectures diverses et dissemblables qui ont couvert certains pays de la terre. Dans la classification monumentale et architectonique que nous déterminons, il n'y a rien d'arbitraire ni de systématique : elle résulte du concours apporté par l'ethnologie et l'étude comparée des langues, ces sciences modernes qui sont destinées à ouvrir les arcanes de l'histoire primitive, dont l'insuffisance de matériaux et d'éléments a laissé souvent faillir la vérité. L'histoire, telle que nous la possédons, ne rapporte souvent certains faits, soit petits, soit importants, que d'une manière trèsimparfaite ; elle se tait même quelquefois tout à fait sur des causes et
sur des effets que l'histoire de rArchitecture, avec la division que nous y introduisons, évoquera et expliquera.
« Si l'histoire examine et étudie l'homme dans son mouvement et dans son activité dans le temps, l'ethnologie envisage l'homme au contraire dans le repos et le calme. La géographie et la chronologie sont les yeux de l'histoire; l'ethnologie en est le corps entier. » C'est ainsi que s'exprime un écrivain allemand distingué, auteur de plusieurs ouvrages célèbres sur la philologie et l'ethnologie *.
Le tableau du développement de la faculté créatrice et de Tintelli- ' gence humaines , manifestées dans les formes données à la matière inorganique, telles que le porphyre, le granit, le marbre, la pierre, l'airain et le bois, est incontestablement un des spectacles les plus instructifs, les plus beaux et en même temps les plus attrayants pour l'homme instruit, pour l'esprit cultivé et au-dessus du vulgaire. C'est dans les diverses parties de ce tableau qu'on saisit avec facilité le degré d'élévation ou d'infériorité du génie et du caractère d'un peuple, et l'abaissement dans lequel tombent quelquefois les nations. C'est au moyen de l'étude des monuments d'architecture de tous genres, témoins irrécusables du passé le plus éloigné et le plus obscur, qu'il est permis seulement de s'initier avec certitude aux civilisations éteintes depuis une longue série de siècles, afin de les faire revivre dans l'esprit et d'en tirer les leçons pour le présent et pour l'avenir. Ce n'est en grande partie qu'à l'aide de l'histoire de l'Architecture qu'on élucide avec justesse et précision l'essence et le génie des religions, la politique, l'histoire, les mœurs et les tendances des temps passés. L'Architecture est donc une des grandes clefs de l'Histoire. L'histoire de cet art est par conséquent de la plus grande utilité, indispensable aux artistes, aux historiens, aux philosophes et même aux législateurs.
Les historiens et les archéologues, absorbés par un esprit exotique, oriental, funeste à l'avancement de la science, n'ont tenu aucun compte d'un point capital prouvé, d'une manière positive, par de nombreux faits de l'histoire ancienne et moderne; c'est qu'il y a eu et qu'il y a toujours de puissantes et d'indestructibles différences entre les dispositions naturelles des races humaines. Non -seulement ces différences existent entre les races caucasique, mongolique et éthio-