‹ Histoire générale de l'architecture (volume 3)Chapitre 4 sur 298 · Pott, De l'Inégalité des Races humaines · texte numérisé non relu

Pott, De l'Inégalité des Races humaines

pique , mais on les observe également dans les divers rameaux de la race blanche. Il faudrait être aveugle pour ne pas saisir celles qui séparent la race ariane et la race sémitique, le Grec et l'Arabe, par exemple. Si ces différences sont prouvées par la religion, la politique, les mœurs et les langues, elles le sont encore davantage par les beauxarts, et surtout par l'Architecture. Nous avons donc dû étudier l'histoire politique et morale des peuples dont nous nous occupons, au point de vue de l'Architecture ; car ce n'est ni l'histoire stérile de la bâtisse, ni l'histoire sèche de la colonne et de l'astragale que nous faisons ; mais c'est du génie qui a présidé à la conception et à la manifestation des œuvres d'architecture que nous voulons retracer l'origine et le développement historique. C'est pour cela que nous avons dû embrasser quelquefois la religion, la politique, les mœurs, les tendances et la littérature des nations qui ont laissé une Architecture. Nous avons été aussi bref que possible pour ne pas nous écarter de notre sujet. Nous renvoyons, pour des développements plus étendus, à un autre de nos ouvrages ' .

Le sol que les- Arabes habitaient, la nature qui les entourait et les éternelles angoisses dans lesquelles ils se trouvaient pour subvenir à leur nourriture et à celle de leurs troupeaux, ont formé leur esprit, leur caractère, leurs idées et leurs mœurs, qui sont communs à tous les rameaux de la race sémitique. L'Arabie, grande presqu'île occidentale de l'Asie, située entre 12° /iC et 34° 7' de latitude Nord et entre 30° 15' et 57° 30' 30'^ de longitude Est, a 2,7/i3,900 kilomètres de superficie, avec une population d'environ 12 millions d'habitants. Sa plus grande longueur, de l'isthme de Suez à la mer d'Oman, est de 2, /(GO kilomètres, et sa largeur, sous le 22^ parallèle, de 2,000 kilomètres. Ses côtes et le désert du nord participent de la nature aride des déserts africains, tandis que ses plateaux élevés et intérieurs du sud ressemblent aux régions élevées et occidentales de l'Asie, ou aux plateaux africains de l'Atlas, ou enfin à la nature de la Catalogne. Quelles que soient les conquêtes faites par les Arabes et les colonies lointaines établies par eux, ils ont constamment conservé intacte leur nationalité et ne se sont mêlés à d'autre sang que dans une très-infime proportion. Ils ont repoussé et refoulé, de chez eux et partout, l'étranger, imitant en cela le désert où ils sont nés. D'après les con-

1. Théologie coswogonique, ou Reconstitulion de Vanclennt et primitive loi. 1 vol. in-18, Paris, Aniyot, 1853.

naissances superficielles que nous possédons sur l'Arabie, il paraîtrait que la presqu'île arabique est entourée de chaînes de montagnes qui forment au centre un vast(i plateau élevé au moins de 1,000 mètres au-dessus du niveau de la mer, montagnes qui s'abaissent en masses énormes vers la côte et y forment des sites d'une grande beauté, d'un aspect unique et imposant. Au nord, entre la Syrie et l'Euphrate, s'étend un désert immense, le désert de Syrie. Dans le nordouest, entre le golfe de Suez et celui d'Akabah, la presqu'île est hérissée de montagnes ; là se trouvent le Siiiaï et l'Horeb de l'antiquité, le Tbor moderne. La côte septentrionale, le long de la mer Rouge, est nommée Hedschaz ; elle est limitée à l'orient par des montagnes élevées, arides et à pic. Les plus hautes terrasses naturelles circonscrivent le Yémen, pays de côtes du sud-ouest de la presqu'île, et qui touche, à l'orient, à l'Hadramaout, qui lui-même conline au Sedschir, toutes deux provinces maritimes du sud. L'étroite côte la plus méridionale, sur la mer Rouge, est nommé Tihamé. A l'est, enfin, sont les provinces d'Oman , de Bahreïn et de Hedschr. Au sud des montagnes centrales d'Aared ', entre l'Yémen, l'Hadramaout, l'Oman et le Bahreïn, se trouve l'immense désert de sable que les Arabes nomment Al-Ahkaf. Le centre supérieur, au nord des monts Aared, nommé Nedschd, t;st une région élevée dont les roches arides s'élèvent jusqu'à 2,800 mètres dans l'espace. Il existe dans les déserts de petites oasis fertiles et arrosées par des sources. Mais il n'y a pas de pays qui, malgré ses montagnes, soit aussi dépourvu d'eau que l'Arabie : aucune rivière considérable ne coule en cette contrée, qui n'a pas d'inclinaison pour ainsi dire. Le nombre restreint de

1 . La nature de quelques montagnes connues de l'Arabie , témoins peut-être de la première consolidation de la surface du globe incandescent, conduit à penser que cette contrée est une des plus primitives de notre planète et qui n'aurait pas subi de révolutions physiques postérieures à sa formation première. Sur la route de Djeddah à Taïf, " on enti'e, dit M. Ch. Didier, dans une gorge assez large d'abord , mais qui va bientôt en se rétrécissant et s'élève par degrés. De grands blocs de schiste poi'phyritique s'étendent d'un côté et de l'autre en couches horizontales. Le montKarah, dont nous gravissions alors les premières pentes, dressait devant nous, comme pour nous défier, ses flancs crevassés, déchirés, ses crêtes nues, taillées en dômes et en aiguilles. Les montagnes de première création revêtent des formes beaucoup plus fières , beaucoup plus âpres que celles des époques postérieures. Squelettes du monde primitif, elles ont été, on le voit, agitées, tourmentées par des convulsions profondes, et dévastées par des l'évolutions effroyables. Tel est le caractère du mont Karah , masse granitique surgie au commencement, comme le mont Sinaï, des entrailles du globe. " (Ch. Didier, Séjour che;: le grand chérif de la Mekke, p. 224.)

petites rivières qui naissent dans les montagnes se perdent dans le sable et coulent vers la mer, qu'elles atteignent rarement, par des pentes insensibles. Les rivières de l'Arabie tarissent, pour la plupart, quelques semaines après la saison des pluies. La cause du manque d'eau vient de l'absence de chaînes assez élevées pour conserver sous ce climat bridant des amas de neige suffisants pour alimenter les rivières.

Dans un pareil pays, rebelle à l'agriculture, il ne peut pas y avoir de propriété, excepté pour quelques chefs, partant point de notion du mien et du tien. Aussi les Arabes ont-ils toujours été nomades et pasteurs depuis qu'ils existent, et le sont-ils encore de nos jours. L'aridité du sol, la crainte de la mort par la faim, ont engendré l'esprit de vol et de rapine, et cet esprit est endémique à la contrée; il empêche le sentiment de la justice, de la saine morale, et il entretient la brutalité et la férocité.

La vie de nomades pasteurs, les querelles et les luttes sanglantes pour la possession de l'eau et des pâturages, les guerres, les séparations de familles amenées par l'accroissement du nombre de leurs membres, les tribus nouvelles constituées contre les menaces du dehors, les groupes ou hordes innombrables avec leurs traditions, leur histoire, leurs aventures, leurs sympathies et leurs haines, le détail minutieux et même fastidieux de leurs mœurs monotones et tristes, leurs coutumes, leur étroit cercle d'idées, ont toujours et uniquement absorbé leur mémoire et leur esprit. Chez les Arabes, point d'observation des phénomènes de la nature, point de notions scientifiques, même les plus rudimentaires, point de progrès, mais l'immutabilité : tels ils sont aujourd'hui, tels ils furent au commencement ^ L'Arabe n'a qu'une poésie et une rhétorique où ne se manifestent que les éternelles misères de la vie du désert, les guerres intestines de horde à horde, la tristesse de caractère et l'ignorance de la marche du monde avec ses accidents et ses événements. Cette poésie, en résumé, ne consiste au fond qu'en déclamations fantastiques, en combinaisons verbales, qui ne saisissent et qui n'intéressent que les esprits atrophiés, les natures malades, ignorantes, aimant le merveilleux; elles n'intéressent

1. " Des chérifs furent frappés par des crayons qui écrivaient sans encre et par des allumettes chimiques qui brûlaient sans feu » ( Ch. Didier, Séjour chez le grand chérif de la Mekke , 1857, p.287); ce qui n'empêche pas l'auteur de dire que " la nation arabe est savante et lettrée, aussi éminente dans la science et dans l'art, etc. » p. 300. Ouvrage curieux sur l'Arabie et ses habitants.

2k CHAPITRE PREMIER.

que les âmes sentimentales, amoureuses du surnaturel, et dénuées de raison, cette étincelle divine qui a rejailli sur l'homme.

L'Arabe, le Sémite, avec son esprit d'égoïsme, de détrousseur par nécessité, est parfaitement aj)propné au sol de l'Arabie. Mais, hors de son pays, dans des régions septentrionales habitées par des hommes de la race ariane, fiers de se nourrir de leur travail laborieux et assidu, l'Arabe et ses cousins ont toujours été et sont encore un fléau, une désolation , un ingrédient de corruption et de dissolution sociales. Au delà du /i2^ degré de latitude comme sous le 22'', il abhorre le travail manuel, et tout travail pénible en général qui doit lui procurer sa subsistance. Chez lui, il avait peu de besoins, et en eùt-il eu davantage, les déserts ne lui offraient point de quoi les satisfaire. Là, il n'avait pas besoin de travailler. Mais lorsqu'il se répandit isolément ou par essaims parmi les races laborieuses, d'un autre sang et d'un autre esprit, pouvant avouer tous les mobiles qui dirigeaient leur activité matérielle et intellectuelle, l'Arabe continua à ne pas vouloir travailler. Ne pouvant plus conquérir de troupeaux par la violence et le rapt, à trait d'arc, jet de javelot ou de lance, plus tard, à coups de pistolet ou de carabine, son esprit turbulent et inquiet s'escrima à des combinatsons subtiles et aléatoires qui consistent, dans les temps modernes, à faire prendre, par l'adresse ou par la ruse, un corps à des choses abstraites ou imaginaires n'existant que dans la fiction. Qi^iand on les analyse, ces combinaisons ne sont toujours que de purs expédients ne servant qu'à des coups de main d'argent. Ils représentent, sous une forme régulière et pacifique, les rapts faits à coups de fusil dans le désert sur un ennemi inférieur en dextérité, en force et en audace. Ces combinaisons sont envisagées comme profitables au bien par la foule ignorante et niaise, qui, trop souvent cupide par absence de jugement et de conscience, ne s'aperçoit pas qu'elles ne sont que des razzias complètes sur la fortune et le bien publics. Toutes les spéculations des Arabes et de leurs cousins ne sont faites que dans un esprit personnel et égoïste. L'enfant du désert est aussi indépendant que son compagnon le chameau, ce vaisseau de la terre, comme il le nomme. Ainsi que dans le désert, il ne voit que lui et le salut de sa tribu ; car les Sémites reconnaissent avec une grande profondeur d'esprit la puissance et la conséquence de la solidarité qui doit exister entre eux, aux moments solennels et difficiles, dans les riches contrées éloignées du désert, qu'il leur a été permis d'habiter jusqu'à présent. L'histoire confirme les raisonnements et les inductions ethnologiques que nous

venons de poser. Ajoutons encore que les Arabes ont une morale spéciale à eux qui diffère essentiellement de celle des races arianes. Dès la plus haute antiquité, ils étaient ce qu'ils sont aujourd'hui.

L'histoire universelle prouve que hors de l'Arabie, en tous lieux où l'Arabe se trouve, il reste essentiellement Arabe. Sa nature ne varie pas. II s'est fixé, par moyens groupes, depuis quinze ou dix-huit siècles, au milieu des races caucasiques de l'Occident, et il n'y a point conquis de patrie, il n'y a point dépouillé sa nationalité du désert. 11 est resté Arabe et Juif au sein des Français, des Italiens, des Allemands et des Anglais : il a même déteint sur eux.

Nous avons déjà dit que tel qu'il est encore aujourd'hui, tel fut l'esprit du peuple arabe dans l'antiquité, dans tous les pays oi^i il put se répandre. Seulement alors, ce fut par d'autres moyens que l'Arabe manifestait les tendances naturelles et immuables de son caractère, et qu'il continua l'activité cupide et déprédatrice de sa nature. C'est surtout dans les pays maritimes du bassin de la Méditerranée qu'il propagea ses doctrines et ses principes subversifs de toute saine morale, de tout ordre et de toute paix. C'est là, qu'à la faveur du trafic et du brocantage en gros et en détail, il se cantonna avec tous ses vices dès les temps les plus reculés. Après avoir envahi en guerrier féroce l'Egypte, on sait quelle horreur l'Arabe y inspira. Plusieurs fois, il prit et anéantit Babylone et Ninive. Les Grecs, qui avant Pisistrates, ne connurent en fait d'étrangers que les Phéniciens et quelques autres peuples d'origine ou de mélange sémitique de l'Asie Mineure, leur appliquèrent très-justement l'épithète de barbares. Les Arabes commerçants ou Phéniciens apportaient dans les marchés grecs de l'ambre, des objets en acier, des tissus de laine de diverses couleurs, surtout rouges, des ustensiles en argent, de l'ivoire, des sièges, des épices de l'Inde et de l'Arabie, de l'ébène, des pierres fines, de l'or, de l'argent, de l'encens, du baume, de la myrrhe, du storax, des herbes pharmaceutiques, des grenades puniques, de l'étain, etc., etc. Le commerce de ces objets suffît pour prouver qu'il y avait des rapports directs et fréquents entre les Grecs et les Arabes. Les premiers devinèrent bientôt l'esprit des derniers. Aussi, avant Selon, le droit de citoyen n'était-il accordé qu'à des Grecs de naissance, et cela évidemment dans le but d'empêcher les Athéniens de mêler leur beau sang d'autochthones à du sang étranger, impur et barbare. Mais, à la fin du vi*' siècle avant l'ère vulgaire et sous Kleisthènes, on se relâcha de l'observation de cette loi sage par des vues politiques, celles d'augmenter et de fortifier le Demos, le parti

populaire. On ponnit alors aussi Vrpifiarnie, le mariage entrecitoyens athéniens et femmes étrangères. Le négoce et la navigation amenèrent une foule de femmes orientales dans les villes et dans les familles grecques. C'est de ce fait que résulta principalement avec le temps la décadence morale de la Grèce antique, son affaiblissement social et enfin la conquête romaine. L'esprit arabe, agissant comme un mordant, avait presque tout anéanti : religion, justice, courage, honneur, dignité, estime de soi, unité morale et politique!

Les Sémites n'ont pas d'histoire!, parce que celle des nomades ne consiste qu'en généalogies , par la raison que leurs mœurs ne changent et ne peuvent pas changer aussi longtemps qu'ils restent errants dans les contrées qu'ils habitent. Quand ils abandonnent ces contrées, ils se perdent comme peuple au sein des autres races. Chez eux, la forme principale de la parole est l'unité, l'immobilité; ils ignorent la distinction, le nombre et la séparation ; aussi leur langue est-elle sans harmonie, mais saccadée et âpre. Ils confondent aussi le temps; ils reconnaissent peu de différence entre le présent et l'avenir. Ils ignorent l'analyse, les combinaisons réfléchies, les déductions rigoureuses. Le Sémite est polythéiste par nature. Quand il a emprunté aux races arianes ou tatares un certain monothéisme, il n'a jamais pu concevoir qu'un Dieu un, pour lui indécomposable, sans les personnes, sans les hypostases. Et qu'est-ce qui peut résulter d'un multiplié par un, multiplié par un, etc.'? Avec son monothéisme atrophié, irrationnel, sans science, et d'où l'on ne peut déduire de synthèse pour l'univers, le Sémite est intolérant, impitoyable. Sa foi est de convention, ses éléments ne sont que nominatifs et non réels; aussi n'a-t-elle jamais pu s'accommoder des libres recherches de la science. Le Sémite n'a pas non plus la faculté de la constructivité, parce qu'il ne comprend pas la multiplicité dans l'unité, et en fait d'organisation sociale il n'a connu que celle de la tribu. Quant aux devoirs, il ne tient compte que de ceux envers lui-même. Le Sémite n'a qu'une conception partiale, ignorante et incomplète des attributs de la Divinité, dans laquelle sa puissance absorbe sa bonté. Cette conception exclut le libre arbitre, réglé et gouverné par la raison, la conscience et la vertu ; elle y substitue l'arbitraire et le fanatisme, et

L II n'y a pas de justice distributive sans la connaissance des hypostases de VÉire, attendu que l'un ne donne pas la loi de la création des êtres et des corps , ni celle des appropriations normales de choses qu'ils peuvent avoir.

l'élément moral, dans l'idée de la justice divine, en est banni. L'ensemble de l'esprit sémite est le résultat d'une infériorité des facultés morales et intellectuelles et de l'ignorance des choses de ce monde.

Nous prouverons surabondamment, dans la suite de cet ouvrage, que les monuments arabes ont été conçus par des Arians et appropriés par eux aux idées du Koran; car, avant l'islamisme, il n'a pas existé d'édifices sémitiques.

Les principaux traits du caractère arabe que nous venons d'analyser ont déjà été saisis par les auteurs anciens qui en furent frappés. Seulement, les connaissances d'alors n'étaient point assez développées pour que ces auteurs remontassent jusqu'aux causes réelles des effets des phénomènes qu'ils signalent. L'ethnologie comparée leur était inconnue.

« Il est remarquable, dit Pline l'Ancien ', qu'une moitié de ces nombreuses races (arabes) vit du commerce et l'autre du brigandage. En général, ils sont les peuples les plus riches, parce que les plus grands trésors des Romains et des Parthes s'accumulent chez eux; car ijs vendent ce qu'ils tirent de la mer et de leurs forêts, tandis qu'ils n'achètent rien en compensation. » — « Sur ces entrefaites, dit Ammien Marcellin -, les Sarrazins, que nous ne devrions jamais souhaiter avoir ni pour amis ni pour ennemis, couraient çà et là, ravageant en peu de temps tout ce qu'ils pouvaient rencontrer, semblables aux vautours rapaces qui, lorsque des airs ils aperçoivent une proie, s'abattent dessus et s'envolent aussitôt s'ils l'ont manquée. — Chez ces peuplades, tous, sans exception, sont guerriers, à moitié nus, couverts de vêtements de couleur jusqu'à mi-corps ; ils se montrent en tous lieux sur leurs chevaux agiles, sur leurs chameaux souples, tantôt pacifiques, tantôt hostiles. Jamais aucun d'eux ne touche à une charrue, ni ne plante un arbre, ni ne cherche sa nourriture, en général, par l'agriculture. Ils sont toujours errants dans des contrées éloignées, sans maison, sans séjour fixe, sans lois. Ils ne séjournent pas longtemps dans le même climat; ils ne se plaisent pas non pi lis longtemps dans la même contrée. Leur existence est une perpétuelle fainéantise. » — « L'empereur Trajan a donné à ce pays (l'Arabie) le nom de province et un proconsul , le forçant à se soumettre à nos lois , en étouffant quelquefois l'esprit turbulent de ses habitants , lorsqu'il inquiéta sérieusement la Médie et les Parthes

1. Pline, llisl. nat.y 1. vi, cli. xxxji. 2. Amm. Marc, 1. xiv, ch. iv.

par des guerres '. » — « Les Arabes Nabathéens, dit Diodore -, vivent donc de brigandage, font des excursions continuelles chez leurs voisins, qu'ils pillent impunément, parce qu'ils sont très-difficiles à vaincre à la guerre. » Les Arabes étaient aussi des voleurs d'hommes, ainsi que Diodore nous l'apprend par l'histoire du Grec Jambulus '. — Slrabon dit que les Arabes sont meilleurs négociants et trafiquants que guerriers ^ il revient nombre de fois sur ce point. « Les Arabes (Nabathéens) sont sobres et industrieux, et à tel point que ceux d'entre eux qui perdent une portion de leur avoir sont légalement punis, tandis que ceux qui augmentent leur fortune , au contraire , sont récompensés ^ » Strabon dit encore que la ciselure, la peinture et la sculpture leur sont étrangères.

En parlant de la science des nombres. Platon dit" : « Ainsi on peut mettre cette science au rang des meilleurs et des plus puissants moyens d'éducation, poin'vu que d'ailleurs on ait soin, par d'autres règlements et d'autres disciplines, d'étouffer tout sentiment bas, tout esprit d'intérêt dans l'âme de ceux à qui on voudra rendre profitable l'étude des nombres; sans quoi, au lieu de lumières, on leur donnera, sans s'en apercevoir, cette habileté misérable qui ne sert qu'à tromper les autres, comme nous le voyons dans les Égyptiens, les Phéniciens et beaucoup d'autres nations , devenues ce qu'elles sont par la bassesse de leurs autres professions et des voies qu'elles prennent pour s'enrichir, soit qu'on doive en attribuer la faute à quelque législateur peu clairvoyant, ou à quelque accident fâcheux, ou à une disposition d'esprit naturelle à ces peuples. » Les Égyptiens dont parle ici Platon sont ceux de la décadence de la civilisation nationale des bords du ISil, quand des princes imprévoyants ouvrireiU le pays aux races arabes qui l'avoisinaient.

Le mélange de sang et d'idées arabes dans les rameaux de la race européenne, leur influence et leur action incessantes sur l'esprit et le .caractère des nations occidentales depuis des siècles, sont les causes principales des désordres qui bouleversent et désolent l'Europe depuis la chute de l'empire romain. Ces mêmes causes ont également amené la disparition du sentiment du vrai et du beau dans la société, comme aussi dans les beaux-arts et dans toute la poésie en général. Aussi est-ce

1. Amru. Marc, I. xiv, ch. viii. 4. Strabon, 1. .\vi, p. 780.

2. Diodore, 1. ii, ch. xlviii. 5. W., 1. xvi, p. 783. .3. Id., ibid., ch. lt. 6. Platon, Des Lois, \. v.

avec une ardeur infatigable et une incessante activité que l'on cherche de nos jours à approfondir ces causes au moyen de l'ethnologie. Nous avons jeté, il y a quelques années, des jalons dans la voie de ces études nouvelles, et nous avons eu la satisfaction de voir nos efforts recevoir l'assentiment des hommes qui cherchent la vérité. L'étude des races humaines est aujourd'hui continuée avec une grande persévérance. Toutefois, une quantité d'écrivains, voyant la nécessité, l'urgence même de cette étude, voyant encore que le courant de l'opinion publique est entraîné du côté des résultats de cette même élude pour en tirer de salutaires conséquences, cherchent à donner le change au public. Ils élucident seulement la question physique des variétés humaines, qui n'est pas, à la vérité, sans intérêt pour la science. Mais il y en a une autre qui est infiniment plus importante, qui est pour ainsi dire la seule qui importe : il s'agit des facultés, des penchants, des tendances, des qualités et des vices, en un mot de l'ensemble du caractère et du sentiment moral chez les diverses races humaines, et principalement chez les races auxquelles nous, hommes du Nord, aux yeux bleus et aux cheveux châtains, hommes de travail et de pratique, n'appartenons pas. C'est cette étude qui importe h la société moderne; car ses résultats et ses enseignements doivent l'aider à sortir des ditlicultés dans lesquelles elle s'agite depuis si longtemps. Ces enseignements doivent encore la remettre sur la voie du beau, du vrai et du saint; car Ce n'est qu'en connaissant et en pénétrant dans la source et la cause de l'arbitraire et du laid, du vice en général, qu'on peut y remédier avec efficacité et les saper à la base. C'est aussi en recherchant les causes de la décadence de l'art, qu'on peut découvrir celles qui s'opposent à sa manifestation dans le beau, ainsi qu'à sa renaissance. Il importe peu à l'ordre social qu'on sache que les cheveux, les dents, les ongles et la peau de telle race diffèrent de ceux de telle ou telle autre race; c'est de l'histoire naturelle qui ne touche que trèsindirectement le monde moral et intellectuel, ainsi que la source des beaux-arts. Chacune des variétés humaines a trop fortement inculqué le cachet de son caractère aux beaux-arts qu'elle a fait naître, pour qu'on ne se préoccupe pas, dans une histoire de l'art monumental, des causes morales et intellectuelles qui ont produit de préférence telle forme, tel détail. Il est donc impossible de tracer l'histoire de l'Architecture avec vérité, si l'on ne tient aucun compte des idées et des inclinations qui, pour un observateur intelligent et profond, différencient si essentiellement les races humaines entre elles.

An reste, cotte polémique intéressée sur l'égalité et l'inégalité des races humaines marche à sa fin; les défenseurs d'une race unique, ceux qui prétendent que le Nègre, avec son visage repoussant, est sorti de la même famille qu'un Âristote, un Platon, un Alcibiades, ou un Alexandre, perdent du terrain de, jour en jour. La science moderne fait remporter des victoires de plus en plus brillantes à ceux qui soutiennent l'inégalité, victoires que l'histoire et l'appréciation des aptitudes intellectuelles', et parmi elles les beaux-arts, viennent appuyer et couronner.

Ce sera un des sujets de ce livre. -

Si l'on ne veut pas, en traçant l'histoire de rArchilectiire. n'en faire qu'une nomenclature sèche, sans intérêt général, qu'une froide compilation de dates et une série de descriptions d'œuvres seulement remarquables par elles-mêmes, le tout sans ordre réel et sans chronologie exacte, il faut nécessairement la lier à l'histoire universelle des hommes et à l'histoire de chaque peuple en particulier. On apercevra, dans ce travail, une analogie frappante entre les formes des monuments des divers pays et les traditions et les idées de ceux qui les ont élevés, quelle que fut la différence de leurs mœurs et de leur religion comme l'étendue de la distance qui les séparait.

C'est donc surtout l'Iiisloire primitive du genre humain, des religions, la filiation des peuples, leurs migrations, les temps et les circonstances sous l'influence desquelles chaque pays s'est peuplé, la formation des empires enfin, qu'il faut étudier avec soin. De cette étude surgiront des faits qui expliqueront l'analogie dont'nous venons de parler; et de cette analogie naîtront, d'un autre côté, des enseignements sur l'histoire primitive des hommes, que les simples textes des historiens anciens n'ont pas été à même d'évoquer des ténèbres dans lesquelles ils sont restés ensevelis jusqu'à ce jour. Qu'on ne soit donc pas surpris de trouver en tête de cet ouvrage, sur l'histoire de l'Architecture, quelque pages qui appartiendraient, au premier coup d'oeil , plutôt à l'histoire universelle qu'à celle dont nous allons nous occuper.

L'Architecture, le premier de tous les arts, cette partie si remarquable des créations de l'intelligence humaine, est aussi une des branches les plus essentielles et les plus intéressantes de l'histoire générale, non-seulement comme œuvre de sentiment, mais encore comme une source riche et féconde en documents historiques. L'his-

toire de rArchitecturc doit donc marcher sur la même ligne que l'histoire universelle; son importance est bien démontrée par ce fait, que, pour quelques peuples anciens, les monuments sont leur seule et unique histoire.

11 faut donc commencer d'abord, à l'aide de la géographie physique de la terre , par découvrir le point du globe qui indique naturellement où fut la souche du genre humain , la patrie du plus ancien groupe d'hommes, le vagina geiHiimi d'où sortirent les divers peuples. Il faut chercher le siège primitif de l'espèce à laquelle nous appartenons dans les régions supérieures de la terre ', sur des plateaux considérablement élevés au-dessus de la mer, qui avaient un climat assez tempéré, une fertilité assez naturelle, une végétation assez abondante , pour offrir à l'homme ce que ses besoins physiques les plus essentiels pouvaient exiger. Ensuite, nous interrogerons les plus anciennes traditions nationales , et enfin l'histoire, pour corroborer et certifier même ce que la géographie aura révélé. En résumé, de cet ensemble d'études et d'observations il ressortira que les origines qui semblent se rattacher à la table des descendants de Noé, et qui ont eu cours pendant tout le moyen âge, doivent être bannies pour toujours de l'histoire vraiment sérieuse.

La géographie nous indique trois points principaux qui, propres cà avoir été habités primitivement par l'espèce humaine , offrent effectivement aussi le siège de trois races d'hommes distinctes entre elles. C'est dans de hautes montagnes, sur des plateaux d'une élévation considérable au-dessus du niveau de la mer, qu'on doit chercher la patrie des hommes primitifs, avons-nous dit. Le premier point est le versant méridional des montagnes qui, de la mer Noire, s'étendent, vers l'est, jusque dans l'Inde, où leur extrémité orientale, l'Himalaya, le lieu le plus élevé de la terre, sépare, par une barrière insurmontable de sommets inaccessibles et couverts de neiges perpétuelles, l'Asie centrale de l'Asie méridionale. Ces montagnes, avec l'immense plateau qui s'étend au nord , ont toujours été regardées comme les séjours primitifs de la race caucasique ou blanche , quoiqu'on n'ait pu

1. Les historiens et les archéologues qui, par calcul ou par ignorance, suivent toujours les traditions juives et qui placent les premiers hommes en Ai-ménie, dans la Mésopotamie, en Arabie ou même dans des plaines plus basses encore, laissent totalement déserts les points élevés du globe, la patrie et le séjour primitifs de l'homme; ils font nécessairement de notre espèce une sorte d'amphibie, car avec leur système il n'y a pas à sortir de cette alternative.

32 CHAPITRE PRKMIER.

déterminer d'une manière précise le point a])solii de ces contrées qui fut le berceau de cette race. An delà du plateau en question, et encore plus au nord, du côté septentrional des montagnes nommées Imaiis par les anciens, et à l'orient du même plateau, les formes physiques des habitants, les langues monosyllabiques, et une végétation particulière, indiquent une autre race d'hommes, la race mongolique ou jaune. Le haut plateau central de l'Afrique, où se trouve le lac Uniamezi, et au sud, est le siège secondaire d'une troisième race, celle des nègres, ou race noire.

Nous ne nous occuperons principalement dans ce livre que de la race caucasique, la plus excellente des trois, et plus particulièrement encore du rameau arian, qui est beaucoup plus étendu et qui s'est divisé bien plus anciennement que les autres rameaux de la même race. C'est ce rameau qui a développé au plus haut degré la philosophie , les sciences et surtout les beaux-arts, et qui en est le dépositaire depuis cinquante siècles. Aussi loin que remonte l'histoire de la race caucasique, on ne la rencontre jamais à l'état rudimentaire, dans lequel on aperçoit partout ses deux parentes. L'image du monde, par exemple, s'est révélée primitivement chez elle, au sens intérieur, comme un vague pressentiment de l'harmonie et de Tordre dans l'univers. La race blanche seule a été en possession d'une théologie savante, et par conséquent vraie. Elle a, en out/e, une histoire. Longtemps avant les temps historiques, on la voit dans une phase guerrière et combattant les noirs non à pied, mais montée sur des chariots de guerre. Cette coutume s'est perpétuée pendant un temps immémorial chez les Indiens, les Assyriens, les Égyptiens, les Perses, les Grecs et les Galls, et dénote, dans l'origine même, une sorte de science militaire, un art à travailler le bois, les métaux, le cuir; car on sait positivement que les Iraniens, ou blancs primitifs, connaissaient le tissage des étoffes, qu'ils s'étaient . fixés dans des districts formant des villages, ornés, avec les premiers rudiments de l'Architecture, de pyramides et de tumulus, ou montagnes factices de terre. La science moderne commence à constater l'existence d'une race noire au sein même de l'Asie, dont on retrouve des débris çà et là. Ces noirs asiatiques formaient une transition entre la race blanche et la race des nègres véritables, qui est encore en possession aujourd'hui du continent africain. Mais il s'est écoulé une longue suite de siècles depuis la constitution de la terre jusqu'à ce que son refroidissement ait permis la venue de la race blanche.

Par des calculs analogiques, les géologues sont arrivés à penser qu'il a fallu quelque chose comme neuf millions d'années, pour que la terre passât d'une température moyenne de 22 degrés R. (27,50 cent.) à celle de 8 degrés R. (10,00 cent.), c'est-à-diro depuis l'époque houillère jusqu'à présent. M. Roué remarque qu'il a fallu 353 millions d'années pour que la croûte terrestre passât de l'état de matière fondue à l'état rigide, et pour qu'il s'établît à sa surface une température stable. La science admet que les plantes formant les couches de houille ont eu besoin, pour leur croissance, d'une température de 22 degrés R. Aujourd'hui la différence est de H degrés (17,50 cent.). Des expériences intéressantes ont été faites sur le refroidissement des laves et du basalte en fusion, qui ont eu pour résultat de démontrer que, pour produire l'abaissement de température dont il est question, il n'a pas fallu moins de neuf millions d'années, comme nous venons de le dire plus haut. Il a fallu également une longue suite d'années à l'homme pour arriver aux temps historiques; et il eut longtemps à se débattre avec les autres races inférieures, avec la race noire surtout, pour arriver à la place que la race blanche est parvenue à prendre.

Tout ce que la science enseigne met en droit d'admettre que l'Asie fut le siège primitif de l'espèce humaine. Il y a, au centre de l'Asie, des plateaux immenses qui, dans leur ensemble, embrassent les deux cinquièmes du continent asiatique et une aréa de 18,660,000 kilomètres carrés, c'est-à-dire trente-cinq fois la superficie totale de la France. Cette masse de terre se développe dans une longueur de 8,890 kilomètres à travers l'Asie, en partant de la Corée et en allant aboutira la mer Noire. Sa plus grande largeur vers l'orient, du sud au nord, ou plutôt du sud-ouest au nord-est, est de 2,960 à 3,700 kilomètres, en partant du versant méridional dans la province de Yunnan jusqu'aux hauteurs nord-est des Toungouses; mais à l'extrémité orientale de l'Iran cette largeur n'est plus que de 1,100 kilomètres, en partant du versant escarpé du bord de la mer d'Oman ou de l'ancienne Gédrosie jusqu'au nord, au versant septentrional de la Ractriane. Le plateau se resserre ensuite , d'abord enti-e la mer Caspienne et le golfe Persique; il reparaît derrière l'agglomération des hauteurs de l'Arménie pour se rétrécir en Asie Mineure, jusqu'à un dixième de sa largeur orientale. Ce haut plateau colossal de la terre apparaît d'une manière complexe, selon sa forme, son étendue ou articulation horizontale et verticale. Il se compose de deux hauts

3/j CHAI'ITUK [MiKMlKli.

plateaux (lilTr-ivuts, qu'on peut considérer comme deux terrasses distinctes, l'une plus haute et plus étendue, l'autre plus basse et plus restreinte; car elles ont des formes, des dimensions et des altitudes absolues différentes.

La première de ces deux terrasses est la Haute Asie Orientale, avec le plateau du Tibet et de la Haute Mongolie, et le désert de Gobi ou de Chamo, de 2,600 à 3,250 mètres d'élévation moyenne au-dessus du niveau de la mer, mais s'élevant et s'abaissant plus fortement sur plusieurs points. La seconde terrasse est la Haute Asie Occidentale , embrassant le système des plateaux de l'Iran , de 3,8/i0,000 à Zt, 390, 000 kilomètres carrés de superlicie environ, et d'un dixième de la superficie totale de l'Asie et d'une élévation de 1,300 mètres audessus de la mer. Le plus occidental de ces deux plateaux est, pour cette raison, plus tempéré et plus doux que le grand plateau oriental élevé de l'Asie. Ce qui prouve que l'Asie centrale est un plateau élevé et trèsélevé, c'est que tous les grands fleuves de cette partie du monde, excepté l'Euphrateet le Tigre, y prennent leurs sources. Tels sont, à l'ouest, le Gihoun (Oxus), le Sir-Deria-Schoun (Jaxartes); au nord, l'Obi (Obius), le Jénisséï, la Lena; à l'est, l'Amour, le Houang-Ho: au sud, le Kin- Scha-kiang, le May-Kaung, le Meïnam, le Tliai-Youan, l'iraouaddy, le Brahmapoutre, le Gange et l'iiidus. C'est encore à la partie septentrionale de ce plateau, et comme lui servant de contre-fort ou de culée, qu'appartiennent les plus hautes montagnes de la terre : l'Himalaya (séjour éternel de la neige en sanscrit) du Cachemire septentrional , à l'est et au midi l'Himalaya principal, avec le pic de Kunchinginga, de 8,588 mètres d'altitude.

Une étendue de pays aussi développée que celle de l'Asie centrale, circonscrite d'une manière aussi absolue par des chaînes de montagnes, franchissables seulement par des défilés dangereux, un plateau aussi concentré en lui-même, avec un aussi petit nombre d'échancrures, est resté longtemps immobile, c'est-à-dire qu'il faut que ses habitants y soient restés longtemps ù\és avant d'avoir osé s'en éloigner. La race noire asiatique en fut chassée ; elle y habitait primitivement, comme ayant été plus propre à subir la température torride qui régnait à une certaine époque sur la terre. On commence à avoir la certitude du séjour d'une race noire en Asie ; on en retrouve des vestiges dans les montagnes de Kouenlouen, dans le Kamaoun, sur le versant sud-est de l'Himalaya, entre les rivières de Kali et du Gaggra, à l'ouest du Ne\-pâl : tels sont aussi les Bhills de Malva, les Parians de Malabar, les Samongs

des îles de la Malaisie et la race noire de l'île de Kormose. En parlant, des Indiens, Hérodote fait remarquer qu'il y en a de la même couleur que celle des Éthiopiens; il décrit leurs mœurs qui ressemblent à celles des nègres que la civilisation des blancs n'a point encore fait changer. L'agriculture, avec les arts industriels qui en sont le résultat, a toujours été et restera à jamais impuissante à se substituer à la vie nomade, prescrite, pour ainsi dire, par la nature elle-même, aux contrées de la Haute Asie. Toutefois, ces contrées offrent des productions qui leur sont propres, et qui sont recherchées par les habitants de régions plus fortunées et plus tempérées. Quand une fois ils ont profité des avantages produits par l'industrie, les habitants de la Haute Asie y renoncent difficilement. Le génie du commerce n'est pas longtemps à découvrir et à utiliser les nécessités réciprpques de la vie, et c'est à travers la Haute Asie que devaient passer les caravanes qui mettaient les pays les plus avancés de l'extrême Orient en communication avec ceux de l'Occident. C'est ainsi que le commerce des choses utiles a amené une sorte d'animation au sein de ces plateaux arides et sous ce climat rigoureux. Mais il ne fut jamais donné aux populations de ces contrées d'arriver à une civilisation supérieure, par suite de leur instabilité et parce que, pour elles, les besoins de la vie y sont très-médiocres, et qu'ensuite ces besoins ne peuvent être satisfaits sans le concours de l'art et de l'industrie. D'un autre côté, l'habitant nomade des steppes est facilement ému par la pompe d'un culte mystérieux : plus sa conscience est vide d'idées sur le monde intellectuel, plus ses doctrines religieuses sont superficielles, surtout quand elles lui sont apportées toutes formulées. Il les adopte sans examen, quand ceux qui les importent lui paraissent posséder des aris qui lui sont iiicomiiis, tels que l'écriture, par exemple.

Le point, auquel se rattachent les plus anciens souvenirs liisloricpK^s, se trouve dans l'Asie occidentale, entre les 30" et /iC de latitude Nord et les 50° et 70" de longitude Est. C'est en suivant le cours su])érieur du Jaxartes, de l'Oxus et de l'indus, que la race caucasique ou ariane descendit du haut plateau asiatique, aux alentours des sources de ces deux premiers lleuves vers Pamère, Belour et l'occident du Petit Thibet, où est aussi le Kouenloiien, le paradis des Chinois. Au delà des limites du pays ordinairement compris sous la dénomination d'Aria (Iran), c'est-à-dire dans le Touran, Pline place des peuples très-antiques, tels que les Ariacœ, Antariani, Arimaspi, Aramaei, qui font supposer que des tribus nomades envahirent de tout temps la Soghdiane et

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la Baciriane, et que ces tribus étaient parentes par la langue, parce qu'elles portaient des noms qui, jusqu'à un certain point, ne peuvent être expliqués qu'au moyen du zend. Les Ariacae et les Antariani rappellent d'une manière directe l'antique Aria (Ar^^a, en zend). La fréquence du mot açpa (le cheval, en zend) pour des noms d'hommes ou de lieux, de celui 6!arvat, qui a la même signification, est une preuve suflTisante de la grande extension de la langue zend. Cette langue était en usage jusque chez les Arimaspes (de açpa, le cheval) et les Ari ou Ariyaman, qui ne pouvaient pas être des Arméniens, mais qui étaient des Arians. En descendant du haut plateau asiatique, la race caucasique se rendit sur la terrasse secondaire de l'Iran, l'Airjanem Vaêgo, le premier pays créé, le pays sacré du Zend Avesta, et peut-être rArjànaka de l'histoire du Cachemire. Le rameau le plus pur de la race blanche, le rameau indo-cimbrique, se dirigea plus tard vers le nord-ouest, traversa la haute Soghdiane (la grande Boukharie), au nord du Jaxartes, et passa dans les grandes plaines entre le sud de l'Oural, le nord des mers d'Aral et Caspienne qui, depuis le refoulement des Cimmériens, furent ai)pelées la grande porte des migrations des peuples de l'Asie en Europe : ce rameau poursuivit enfin sa course vers l'Europe. Un rameau métis, provenant d'un mélange de sang inconnu, et qu'on nomme sémitique, qui reconnaissait comme lieu commun d'origine le haut pays du Nord-Est, le lieu d'oîi sortirent aussi dans la suite les Zoroastriens, s'étendit au sud des montagnes qui commencent à l'orient par le Indou-Khou ou Paropamise des anciens, et finissent par le Taurus dont l'extrémité va al)outir à la mer Egée. Cette grande migration s'étendit dans des pays plus tempérés, plus méridionaux et plus à l'est vers les rives de l'Indus, et à l'ouest vers celles de l'Euphrate. Parmi les empires que ce rameau constitua, celui de l'Assyrie supérieure est un des plus anciens connus ; mais il ne faut pas le confondre avec la pro\ince d'Assyrie sur le Tigre, de beaucoup postérieure h l'empire dont il \ient d'être question.

Les Sémites ou Arabes suivirent , dans leur migration de l'est à l'ouest, le versant méridional de la chaîne de montagnes qui s'étend du Paropamise jusqu'au sud de la mer Caspienne et qui forme le bourrelet septentrional du plateau occidental de l'Asie. Ils y trouvaient des cours d'eau, des vallées avec des pâturages pour leurs troupeaux, et de la nourriture suffisante pour eux-mêmes. Ils évitèrent le centre du plateau de l'Iran, le désert montagneux du nord de la Caramanie, l'est de rirak-Adjémi et le grand désert salé de Kohestan. Ils traversé-

rent le mont Zagros et arrivèrent enfin sur les rives du Tigre et de l'Euphrate. Là, ils rencontrèrent des races tatares.

Il est dans la nature des peuples montagnards sédentaires de la race ariane, sans des circonstances particulières, de ne songer ni à dominer ni à conquérir. Chaque montagne est une principauté; la chasse et les fruits de la terre appartiennent à quiconque sait s'en saisir; chaque rocher est une forteresse, chaque caverne est une hahitation. Tous les rapports sont isolés, individuels. 11 ne naît de grandes confédérations entre les peuples montagnards que par la passion ou quand la nécessité le commande. Mais d'immenses plaines, au contraire, rassemblent les nomades et donnent naissance à de grands peuples, surtout s'ils ont le génie de l'agriculture. Les chefs pasteurs polygames ont de nombreuses familles, un grand nombre de parents, des richesses en troupeaux, des intérêts communs et collectifs, des rapports aisés, et enfin le besoin de secours réciproques. Leur union est facile et même nécessaire, parce que les peuples de la montagne convoitent leurs troupeaux et leur bien-être, et enfin parce qu'il faut songera la défense. Ensuite une vaste plaine n'offre ni protection ni refuge; la sécurité ne dépend que du nombre et de la force. Au bout de peu de temps, une large vallée ou une vaste plaine ne forme plus de ses habitants qu'un seul et même peuple, surtout si ces habitants sont de race ariane; la voie pour une association civile est bientôt ouverte quand le danger des hostilités avec le dehors nécessite d'établir une montagne artificielle, destinée à l'abri et au refuge, et sur laquelle il est aisé de se retirer avec ce que l'on possède et de se défendre avec succès. Un lieu semblable est une ville primitive, c'est-à-dire une immense enceinte, renfermant un guet élevé, et dans laquelle campent provisoirement hommes et bêtes pour s'abriter d'une surprise de l'ennemi. Une des plus anciennes villes dont on ait connaissance est Bactres : elle devint le point principal de réunion des peuples nomades qui s'avancèrent du Jaxartes au Tigre. Les hordes dont se détachèrent des colonies qui s'avancèrent de ce point central dans les plaines plus à l'occident, vers le Tigre et jusque sur les rives de la Méditerranée, sont nommées Sur, Assur ou Assyriens. L'invention qui consistait à exiger une muraille de pierre dans la plaine, était une des plus importantes des temps reculés dont nous parlons, et un des événements les plus dignes d'attention. On comprendra que cet ai't ne pouvait rester longtemps sans imitation à mesure que les peuples pasteurs s'éloignaient de la ville primitive, et à mesure aussi qu'une réunion collective, au moment de

dangers communs, devenait dillicile et même impossil)le. l'Iiis les peuples s'avançaient, plus aussi le besoin d'(''(lirier une nouvelle enceinle spacieuse, pourvue d'un guet, devenait impi-rieux.

Mais si les Sémites s'étaient répandus dans les plaines lierbagées du haut plateau au sud de l'Indou-Khou, des monts Elbours et du Taurus, la race tatare avait elle-même antérieurement suivi ces monts dans la direction de l'est à l'ouest. Elle y forma les peuples primitifs de la montagne, premiers habitants de la Basse Chaldce, où ils étaient arrivés en descendant au sud ])ar le mont Zagros et sous le nom collectif de Nimrod; elle attaqua les Sémites assyriens, leur lit rebrousser chemin, dispersa les uns, subjugua les autres qui se fondirent avec elle dans la suite. Nimrod attaqua même une ville assyrienne en voie de construction.

Dans Homère, une ville avec des rues est encore une merveille. L'antique Ninive n'était point une ville dans l'acception moderne du mot, mais une ville primitive de l'Oiient, un grand camp national, entouré d'une haute enceinte en pierre artilicielle ou en terre, où les hommes et les troupeaux prenaient asile dans des circonstances critiques et où habitait le prêtre ou le chef de la colonie. Si Ninive avait été la résidence des rois de l'ancien grand empire d'Assyrie, qui dura plus de mille ans, on y aurait découvert des ruines d'un caractère plus primitif et moins arlan que celui clés vestiges déterrés, il y a peu d'années, à Khorsabad et ailleurs dans le voisinage. La ville retrouvée n'est pas la ville capitale de l'ancien empire d'Assyrie ; elle n'est qu'une édition postérieure d'une ville bâtie à la hâte, par une population en déroute, à sa sortie forcée de la Babylonie. Sur le point du haut Tigre choisi pour élever un nouveau camj) retranché, on jKjuvait avoir de prompts secours de la mère patrie.

Ce fut Ninus qui étendit la domination des Assyriens de la plaine dans ces régions ; l'histoire dit qu'il se rendit à Bactres, où il licencia son armée : preuve certaine que là il n'y avait pas d'ennemis à craindre ni à combattre, mais qu'était établi le siège de l'autorité de l'empire d'Assyrie proprement dit.

On trouve chez les peuples sémitiques les nomsdeSem, Dschemschid, Schemiramoth ', Sémiramis. Après ses campagnes et ses voyages, Sémiramis, ({uelle que soit la signification de ce mot, nom de divinité, de femme ou de peuple, de dynastie ou de famille, Sémiramis réside

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