‹ Histoire générale de l'architecture (volume 3)Chapitre 87 sur 298 · ChampoUioii, Lettres écrites d'Egypte, p. 2()7 à · texte numérisé non relu

ChampoUioii, Lettres écrites d'Egypte, p. 2()7 à

par les Ptolémées ou les Romains. Un autre obélisque de ce prince a été transporté à Rome; c'est celui élevé devant Saint-Jean-de-Latran ; il a 72 coudées ou 33 mètres d'élévation. Constantin le fit transporter à Alexandrie , et de là Constance l'envoya à Rome où il fut placé dans le grand cirque en 357 de l'ère vulgaire. En 1588, le pape Sixte V le fit élever par Fontana à la place où il est aujourd'hui. Cet obélisque est en granit rose et le plus grand de tous ceux qui sont à Rome. Un second est à Constantinople (Atmeidan). Sur la presqu'île du Sinaï, Thoutmès III fit agrandir le temple fondé par Aménemhé III; il y ajouta un pylône et une construction en saillie. C'est du règne de Thoutmès IV que date la grande stèle placée entre les pattes du sphinx de Gizeh, ainsi qu'un petit sanctuaire taillé dans le roc situé au sud et non loin de Beni-Hassan , et que les géographes grecs ont nommé Speos d'Artemidos (grotte de Pascht).

Le plus grand nombre de monuments de cette époque appartient aux contrées situées au sud de Thèbes. Eileithyia possédait un temple bâti par Thoutmès III; cette ville était remarquable encore par ses hypogées qui sont pour la plupart de l'époque de la grande guerre de l'indépendance contre les Hyksos. Ces hypogées ou tombeaux sont creusés dans la chahie arabique, par conséquent sur la rive orientale du Nil. L'un d'eux, dont la commission d'Egypte a publié les basreliefs peints, relatifs aux travaux agricoles, à la pêche et à la navigation, est des plus anciens. Il a été creusé pour la famille d'un hiéro-grammate nommé Phopé, attaché au collège des prêtres d'Eileithyia (Sowan Kah). Un autre tombeau, celui d'un grand prêtre de la déesse Eileithyia, est du règne de Rhamsès-Méiamoun. Les inscriptions trouvées sur les édifices d'Eileithyia nous reportent aux règnes de Thoutmès III. en partie d"Aménophis III et en partie à ceux de princes postérieurs. Mais les constructions les plus considérables appartiennent au temps d'Aménophis III.

11 y avait dans l'île d'Éléphantine^ deux temples, deux Mammisi, (édifice sacré, figurant le lieu de la naissance du jeune dieu de la triade locale) du règne d'Aménophis III. Le mieux conservé des deux, à la fin du xviu^ siècle, était celui du sud. Ses proportions étaient élégantes, ses piliers élancés, son soubassement élevé; construit sur une terrasse ou plate-forme, on y arrivait par un bel escalier. Ses colonnes étaient d'un goût accompli; leur fût était composé de huit fortes

I. Descr ^}il ion de r Egypte. Antiquités, t. I, pi. 34 à .38.

PALAIS DE LOUOSOU. 211

tiges de lotus, assujetties dans leur partie supérieure au moyen de cinq ligatures transversales si conununément employtV's dans l'architecture égyptienne: leur tiers inférieur était parfaitement lisse, orné au bas de feuilles grimpantes d'une sorte de roseau; et le dessous du chapiteau, dans la partie oi^i il touche aux ligatures, était également enrichi d'un ornement emprunté à des feuilles de roseau ou plantes aquatiques. La base ou plinthe circulaire de ces colonnes était fort saillante, peu élevée et un peu plus large en bas qu'en haut. Quant au temple du nord, il avait absolument la même disposition.

C'est encore au règne d'Aménophis III qu'appartiennent les grottes de Silsilis (Djébel-Selséléh). Les deux rives du Nil, resserrées par des montagnes d'un très-beau grès, ont été exploitées par les anciens Égyptiens, et le voyageur est effrayé, dit Champollion', s'il considère, en parcourant les carrières, l'immense quantité de pierres qu'on a dû en tirer polir produire les galeries à ciel ouvert et les vastes espaces excavés qu'il se lasse de parcourir. C'est sur la rive gauche qu'on trouve les monuments les plus remarquables. — On rencontre d'abord, en venant du côté de Syène, trois chapelles taillées dans le roc et presque contiguës. La plus méridionale date du règne d'Ousiréi de la xvni* dynastie; la seconde date du règne de Rhamsès IL Au nord de ces chapelles, on trouve une suite de tombeaux qui remontent jusqu'aux premiers rois de la xviu^ dynastie. Il existe aussi à 52 kilomètiTS à l'est d'Edfoû , dans le désert compris entre le Nil et la mer Rouge, un temple taillé dans le roc, ou spéos, offrant tous les traits qui caractérisent l'architecture égyptienne de cette belle époque. Une salle ornée de quatre piliers simples précède le sanctuaire de ce temple ; en avant de cette salle est un portique formé de colonnes, dont le caractère approche de celles décrites dans le temple d'Éléphantine.

Dans l'île de Béghé, nommée en ancien égyptien Smm, et voisine de Philœ, on trouve les vestiges d'un temple bâti sous le règne d'Aménophis IL C'était un des lieux les plus saints de l'Egypte, et une île sacrée, le but de pèlerinages, longtemps avant sa voisine, l'île de Philae, qui se nommait Manlak en langue égyptienne.

A Kalabsché, l'ancienne Talmis, à Dakkeh, l'ancienne Pselcis et à Korte, on a retrouvé les vestiges de monuments antérieurs à ceux qui

1. Champollion, Lettres écrites d'Éyupte, etc., p. 182. — Descriplion de l'Egyiite. Antiquités, t. I , pi. 47.

existent encore et qui dataient des règnes d'Aménophis II et de Thoutmès III. Il existe à Kalabsché deux temples, un au-dessus du sol, l'autre au-dessous.

Le premier est situé sur la rive gauche du Nil ; après avoir franchi de hauts pylônes, on arrive à une vaste cour entourée d'une colonnade. De là, on entre dans un pronaos de 2^ mètres de longueur sur 16 de profondeur; puis, on passe dans deux cella de moyenne dimension pour arriver enfin au sanctuaire. Ces trois dernières pièces ont ensemble 23 mètres de longueur sur 15 de largeur hors œuvre. Champollion dit qu'il a acquis la certitude qu'il avait existé à Talmis trois éditions du temple de Malouli, fils d'Horus et d'isis ; une sous les Pharaons et du règne d'Aménophis II, une du temps des Ptolémées, et la dernière, le temple actuel qui n'a jamais été terminé, sous Auguste, Caligula et Trajan.

51. — Plan du petit Temple de Kalabsclie. 52. — Colonne du petit Temple de Kalabsché'.

Le culte local de toutes les villes et bourgades de la Nubie et de l'Egypte n'a jamais reçu de modification; on n'innovait rien, et les anciens dieux régnaient encore, le jour où les temples furent fermés par le christianisme '. Les derniers monuments élevés par les Égyptiens ne contenaient aucune nouvelle forme de divinité. Le système religieux de ce peuple était tellement un, tellement lié dans toutes ses parties, et arrêté depuis un temps immémorial d'une manière si absolue et si précise, que la domination des Grecs et des Romains

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