Description de l'Égijple. Antiquités, t. 11, pi
le roc; sa façade est en pierre de taille. En avant de ce temple, il y avait des pylônes, des cours et des salles; il reste aussi des vestiges d'escaliers. Ce petit édifice offre des voûtes ; il paraît qu'on employait déjà cette invention pour couvrir de petits espaces. Ces voûtes sont formées d'assises de pierres horizontales, avec encorbellement dans le vide. Dans la cour qui précédait le temple, il y avait des galeries formées de colonnes polygonales à huit pans en avant desquelles se trouve une longue avenue de Sphinx (n" 2 de notre plan gètiin-al de Thèbes) qui se dirigeait sur le INil et vers le palais de Kourna. Dans le voisinage de ce temple de Thoutmès III, on a découvert im tombeau avec une porte voûtée à plein cintre , dont les légendes hiéroglyphiques ne laissent aucun doute sur l'époque oi!i il a été construit. La baie de cette porte a l^Ol de hauteur et 0, 81 de largeur.
Un des plus importants monuments de Thèbes (n° 6 de noire plan général de Tlièbcs), sur la rive gauche du Nil, était l'immense palais bâti par Aménophis III. On en retrouve aujourd'hui les débris dans une longueur de 580 mètres : on y voit des fragments d'architraves, des portions de colosses, des fûts de colonnes et des fragments d'énormes bas-reliefs ; là se trouvaient plus de dix-huit colosses dont les moindres avaient 6"" 50 de hauteur. Vers l'extrémité orientale des ruines et du côté du fleuve , s'élèvent encore , en dominant la plaine de Thèbes, les deux fameux colosses, d'environ 20 mètres de hauteur, dont l'un, celui du nord, est si célèbre sous le nom de Colosse de Memnon '. Formés chacun d'un seul bloc de grès-brèche, transportés des carrières de la Thébaïde supérieure, et placés sur d'immenses bases de la même matière, ils représentent tous deux un roi assis, les mains étendues sur les genoux, dans une attitude de repos. L'inscription sur le dossier du trône du colosse du sud porte : « L'Aroëris puissant, le modérateur des modérateurs, etc., le roi soleil, seigneur de vérité (ou de justice), le fils du soleil, le seigneur des diadèmes, Aménothph, modérateur de la région pure, le bien-aimé d'Amon-Ra, etc., l'Horus resplendissant, celui qui a agrandi la
demeure à toujours, a érigé ces constructions en l'honneur de
son père Amon, et il lui a dédié cette statue colossale de pierre dure, etc. » Sur les côtés des bases on lit : « Le seigneur souverain de la région supérieure et de la région inférieure, le réformateur des
1. Momiments de VEgijpte et de la Nubie, etc., par Lepisius, fol. Il" vol. I" division, pi. 91.
TEMPLE DE SEMNEH. 217
mœurs, celui qui tient le monde en repos, l'Horus qui, grand par sa force, a frappé les Barbares, le roi soleil, seigneur de vérité, le fils du soleil, Aménothph , modérateur de la région pure, chéri d'Amon-Ra, roi des dieux. » Aménophis III occupait le trône d'Egypte dans le XV® siècle avant l'ère vulgaire. L'assertion de Pausanias' que d'après les Thébains de son temps ce colosse n'était point l'image de Memnon , mais celle d'un homme du pays nommé Phaménoph , se trouve ainsi justifiée. Ces deux colosses décoraient, suivant toute apparence, la façade extérieure (de l'est) du principal pylône de l'Aménophéion. Dans la décoration de la partie antérieure du trône de chacun d'eux on voit des figures de femmes debout qui n'ont pas moins de 5 mètres de haut : l'une est la mère, l'autre la femme du roi. Sur un autre point des ruines de l'Aménophéion existent deux blocs de grès-brèche , d'environ 10 mètres de long chacun, et présentant la forme de deux énormes stèles. Leur surface visible est ornée de tableaux et de magnifiques inscriptions : les textes en sont expressément relatifs à la dédicace de l'Aménophéion aux dieux de Thèbes par le fondateur de cet immense édifice. On y lit : a Le roi Aménothph a dit : Viens, ô Amon-Ra, seigneur des trônes du monde, toi qui résides dans les régions de Oph (Thèbes)! contemple la demeure que nous t'avons construite dans la contrée pure, elle est belle : descends du haut du ciel pour en prendre possession! » Suivent les louanges du dieu mêlées à la description de l'édifice dédié, et l'indication des ornements et décorations en pierre de grès, en granit rose, en pierre noire, en or, en ivoire et en pierres précieuses, que le roi y a prodigués, y compris deux grands obélisques dont on n'aperçoit plus aujourd'hui aucune trace (étaient-ce bien des obélisques? n'étaient-ce pas plutôt des stèles?)
Quant aux sons que la fameuse statue de Memnon (d' Aménophis II!) a dû rendre au lever du soleil, le phénomène s'explique facilement. 11 est constaté que les granits et les brèches produisent souvent un son au lever du jour : les rayons du soleil, venant à les frapper, sèchent l'humidité abondante dont les fortes rosées de la nuit ont couvert leur surface ; il résulte donc de la continuité de cette action que des grains ou des plaques de la brèche cèdent ou éclatent tout à coup, et cette rupture subite cause, dans la pierre rigide et un peu élastique, un ébranlement, une vibration rapide qui produit un son particulier.