‹ Histoire générale de l'architectureChapitre 102 sur 108 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le commencement du dix-huitième siècle en Angleterre a été marqué par un style d'architecture on ne peut plus excentrique, et des plus Lizarres. Un homme de lettres, auteur de pièces de théâtre médiocres, s'imagina être architecte; il pratiqua cette profession non avec talent mais avec la plus surprenante intrigue, ce qui s'est vu quelquefois et ce c[ui se voit encore souvent de nos jours. Intrigant de cour, il lui dut ses succès; car il n'avait aucun mérite comme artiste sérieux et convaincu. L'auteur du style en question a été Jean Yanhrugh, né vers 1672 d'une famille de Gand, que les cruautés du duc d'Alhe avaient forcée de s'expatrier. Il sauta à pieds joints pardessus toutes les règles de l'art qu'il s'ingénia de pratiquer, il s'affranchit des principes qui concourent à élever des monuments revêtus du cachet du Leau et de l'élégance; il ne suivit que son caprice désordonné; aussi ses œuvres sont-elles des combinaisons maladroites de formes et de singularités inconnues du passé, et c'est avec raison qu'on a critiqué de son temps et depuis les élucubrations indigestes de son cerveau.

Sous le règne de la reine Anne, Marlborough remporta, le 2 août 1704, contre les Français, sous Tallard, et les Bavarois, la bataille de Blenheim en Bavière; pour honorer cette victoire, la nation vota la construction du palais de Blenheim, offert au duc vainqueur, avec le domaine qui en dépendait. Ce palais, bâti par Vanbrugh, a 96'",75 de longueur sur 57™, 90 de profondeur (il s'agit ici des façades latérales^. Le corps principal du palais est de SS^jôO en retraite sur les ailes ; ce corps a 28'",3Û de profondeur. Dans la façade principale les ailes sont reliées à la partie centrale par une portion circulaire (le quart

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d'un cercle). Quant au style des façades il manque totalement d'unité et d'harmonie; sa grande étendue seule, en serrant les paupières, lui prête une apparence de grandeur. Les colonnes du portique de l'avant-corps central sont hors de toute proportion et ressemblent à des chandelles. L'effet pittoresque produit par le jeu des ombres et de la lumière, sauve un peu les énormes défectuosités de cet édifice; les différents ordres, les parties rustiques, les colonnes et les corniches, forment ensemble un trop violent contraste. Commence en 1705, le palais fut achevé en 1722, année de la mort du duc.

En 1702, Vanbrugh bâtit Gastle Howard (dans le comté d'York), pour le troisième comte de Garlisle, comte marshal d'Angleterre, huitième grand officier d'État. La façade de cet immense palais est entièrement rustique, avec des pilastres mal appliqués ; elle consiste en un rez-de-chaussée et un étage. Les fenêtres sont circulaires et trop hautes, les avant-corps sont nombreux et monotones. La seconde façade est moins mauvaise : là les pilastres corinthiens sont placés à égale distance les uns des autres. On y voit une coupole élevée et qui ne manque pas d'effet.

Vanbrugh bâtit encore un manoir considérable à Eastbury dans le Dorsetshire, et auprès de Bristol, un château nommé King's Weston où l'architecte sut grouper ses cheminées d'une manière pittoresque; quant à l'ensemble, il est au-dessous du médiocre. Dans la façade qu'il exécuta à Grimsthorpe, dans le Lincolnshire, il se complut à imiter Blenheim et Gastle Howard. Là il existe également une coupole qui s'élève sur un vestibule de 33"\50 de longueur et 12'", 20 d'élévation. Vanbrugh ne forma pas école, heureusement, et il n'eut point de successeur légitime. H va sans dire que ce constructeur n'échappa pas aux honneurs. Gharles Howard nomma Vanbrugh Glarencieux roi d'armes, en laissant de côté les hérauts, qui protestèrent contre cette nomination, C[ui resta comme toujours, comme en pareille occasion, sans aucun effet.

Archer, autre constructeur, paraît avoir été imitateur de Vanbrugh, et fut le seul qui semble avoir apprécié le mérite de ce dernier, ce qui lui fait peu d'honneur. L'Eglise de Saint-Philippe, à Birmingham, a été élevée par Archer. On a dit de Saint-Jean de Westminster, avec ses quatre clochers, qu'il était un chef-d'œuvre d'absurdité, on le comparait à un éléphant couché sur le dos, gigotant dans le vide avec ses quatre jambes.

On avait quitté en architecture la voie tracée par Inigo Jones, mal interprétée par Wren, et l'on suivit la décrépitude française et hollandaise en fait de style : décrépitude qui devint plus intense et que manifestent les lourdes masses et la maçonnerie inintelligente et inintelligible de Vanhrugh, dont le monde ne s'attrista pas, mais qui firent gémir le peuple. Quel que fût le nombre des élèves de Wren, il n'y en eut qu'un seul qui devint célèbre à juste titre : il s'agit de Nicolas Hawksmoor. A cet architecte est due l'église de Sainte-Marie Woolnolh, dans Lombard Street, commencée en 1716 et terminée en 1719. L'extérieur ne manque pas de hardiesse et d'originalité : l'intérieur produit de l'effet et a de belles proportions. Le plan de cette église est presque un carré dont les angles nord-ouest et sudouest sont tronqués à l'intérieur à 45 degrés pour y pratiquer les escaliers. Les grandes lignes forment un carré dont les côtés sont égaux aux deux tiers de la largeur intérieure, le sixième restant de chaque côté est destiné aux enlre-colonnements des colonnes et des piliers des murs à l'intérieur. Les colonnes, au nombre de douze, sont placées sur les côtés du carré intérieur : aux angles elles sont accouplées à une distance d'un diamètre. L'ordre choisi est le corinthien, les colonnes sont cannelées et surmontées d'un entablement orné qui a pour hauteur un quart de l'élévation de la colonne. L'espace ainsi enceint par les colonnes, se continue pour former une claire-voie, percée sur les quatre côtés d'une fenêtre circulaire dont le diamètre est égal à un des entre-colonnements du dessous. La liauteur de cette claire-voie, l'entablement compris, est la moitié de l'ordre inférieur, ce qui fait, qu'avec son piédestal, la hauteur totale de la partie centrale de l'église égale sa largeur intérieure. Une proportion sesquilatérale est obtenue de cette manière dans la coupe ainsi qu'en plan. L'extrémité orientale offre une niche carrée pour y placer un autel : le plafond de cette niche est circulaire et, orné de caissons. Les galeries sont admirablement conçues et, ne nuisant nullement à l'effet général, ne détruisent pas non plus l'élégance et la simplicité de la conception. Les plafonds sont partout horizontaux et divisés en compartiments ornés. Quant à ce qui concerne la construction, il y a eu une prodigalité de matériaux inutile, la proportion des superficies aux points de supjjort étant 1 : 0'",263. La façade se compose de trois grandes niches à plein cintre rustiquées, s'élevant sur un haut piédestal également rustique, ornées de ren-

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foncements aveugles, répètes dans le bas entre les niches. L'ensemble repose sur un soubassement, dont les ouvertures correspondent naturellement à celles du haut. Les niches dans les renfoncements sont décordes de colonnes doriques placées sur des piédestaux, et le dessus de l'entablement de l'ordre est de niveau avec le point de centre de chaque niche, cpii forme aussi le dessus d'une imposte. Cette façade est terminée par une corniche qui fait le tour de l'édifice : le centre de la partie septentrionale est surmonté d'une balustrade. Quant à l'ensemble des détails, il n'est pas du goût le plus pur, mais les masses sont très pittoresques, et si bien adaptées au besoin de l'aspect et des lieux, qu'on peut oublier leurs défauts.

Hawksmoor ne fut pas aussi heureux dans son église de Saint- George, Bloomsbury. En plaçant le roi George P"" au sommet de la flèche de la tour il a véritablement mis le roi à la tête de l'église, avec des lions, des lionnes, s'agilant dans des recoins, ce qui fut un chef-d'œuvre d'absurdité. Quelques parties de cet édifice ne sont pas conçues sans talent. Au nombre des édifices élevés par Hawksmoor, nous citerons encore Christ Church,Spitalfields, Saint-George, dans le Middlesex et Saint-Anne, Limehouse : il a aussi reconstruit certaines parties de Ail Soûls, à Oxford et particulièrement un nouveau quadrangle au collège de la Reine, terminé en 1734. Né en 1666, Hawksmoor mourut en 1736.

George I" protégea peu les arts : les œuvres d'architecture exécutées sous son règne, n'ont été que le résultat de l'impulsion donnée avant lui aux constructions. Jacques Gibbs, né en 1683, succéda à Hawksmoor dans la faveur publique. L'église Saint-Martin in the Fields, commencée en 1721 et terminée en 1726, est la meilleure œuvre de cet architecte. Comme la plupart de ses prédécesseurs, Gibbs s'inspirait comme Wrcn du romain classique : il n'y a pas vestige dans ses œuvres de la belle architecture florentine des quinzième et seizième siècles. La longueur de Saint-Martin est de 50"', 88 hors œuvre et sa largeur de 24™, 20. Sa longueur, le porticj[ue inclus, est de deux fois sa largeur, dont un tiers, à l'ouest, est occupé par le portique et le vestibule. Le portique est hexastyle et de l'ordre corinthien, dont le tympan est orné de l'écusson royal. Les entre-colonnements sont de 2 diamètres et demi ; la saillie du portique est de 2 diamètres; ses côtés sont ornés d'antes à leur jonction avec le corps de l'édifice, à une distance de 1 diamètre cl demi du pilastre. Les façades

latérales du nord et du sud se composent d'un rez-de-chaussée et d'un étage, séparés par une fascia ou large Lande, et ornés de fenêtres rustiques. Entre ces dernières, les murs sont décorés de pilastres de la même dimension que celle des colonnes du portique, et distants les uns des autres de 4 diamètres : mais aux faces ouest et est, les façades se distinguent par des colonnes isolées accouplées avec des antes. Les façades latérales sont reliées aux grandes lignes du porticjue par des colonnes placées en retraite contre le mur et accouplées avec des antes, afin de produire un jeu de lumière qui prête un grand effet aux autres parties. L'intérieur est divisé en trois nei's inégales séparées les unes des autres par une rangée de quatre colonnes corinthiennes sur piédestaux élevés jusqu'à la hauteur des bancs. De leurs entablements isolés s'élève un plafond elliptique, couvrant la nef centrale. Ce plafond est formé par des arcs doubleaux entre lesquels la voûte est transversalement percée dans les espaces audessus des entre-colonnements par des arcs demi-circulaires qui naissent au-dessus de l'entablement de chaque colonne. Quant à la couverture des bas côtés, on voit des arcs semi-circulaires qui ont leur naissance au-dessus des entablements et qui aboutissent au nord et au sud à des consoles des murs latéraux; par leur jonction avec les arcs longitudinaux d'une colonne à l'autre, ils forment des pendentifs produisant de petits dômes ou coupoles déprimées au-dessus des bas-côtés ; quant à la tour et sa flèche, ensemble de 74 mètres d'élévation, elle a un grand défaut, celui d'écraser impitoyablement le portique, qui souffre sous cette masse verticale, démesurément élevée.

Gibbs ne fut pas aussi heureux dans sa conception de l'église de Saint-Mary le Strand. Il n'existe pas une partie dans ce monument où l'œil puisse se reposer avec plaisir. Il est haché en petits détails qui, quoique n'offensant pas le goût, détruisent toute idée de masse et de grandeur dans l'œuvre.

En 1747 Gibbs bâtit Radcliff Library à Oxford. Cette bibliothèque est une rotonde sur un soubassement rustique, avec nombre d'entrées et de niches. Au-dessus s'élève une colonnade de l'ordre corinthien composée de colonnes accouplées, de deux rangs de fenêtres qui alternent avec des niches. Au-dessus de l'entablement existe une balustrade continue bien réussie, dont les parties pleines sont ornées de vases ; audessus s'élève une simple et élégante coupole de 30'", 50 de diamètre

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et 42'", 65 d'élévation. Cet oxlérieur est imposant et correct. On peut critiquer les fenêtres supérieures qui ressemblent à des mezzanines, ainsi que les frontons inutiles au-dessus des portes. L'intérieur est une salle circulaire ornée de pilastres d'ordre ionique. Gribbs bâtit encore l'hôpital Saint-Barlhélemi, de 1730 à 1733; l'église de Saint- George, Hanover Square, qu'on lui attribue, n'est pas de lui. A Derby, il a bâti une nouvelle église d'ordre toscan avec un clocher dans le style du moyen âge, et enfin le palais sénatorial et un nouveau bâtiment à King's Collège de Cambridge. Gibbs mourut en 1754. Il suivit les règles sévères de son art, il dessinait rigoureusement ses projets en se conformant, autant qu'il était en sou pouvoir, aux principes que lui avaient laissés ses devanciers. Mais il n'avait pas en partage les hautes qualités de l'esprit susceptibles de le diriger dans sa science mathématique et professionnelle. Son imagination était sans ampleur, et il lui manquait les idées de simplicité, et la grâce et le charme dans ses conceptions. En 1728, Gibbs publia dans un grand volume in-folio certains monuments et quelques-unes de ses propres compositions. Il est aussi l'auteur du monument de Mathieu Prior (poète et diplomate anglais) dans l'abbaye de Westminster; Prior mourut en 1721 : le buste du poète diplomate est de Coysevox et un présent à l'auteur de Louis XIV.

Nous arrivons à un style d'architecture dû à un troisième architecte écossais : Colin Campbell, qui avait des idées plus mûries en fait de goût que Gibbs, mais peu de grandeur dans l'imagination : c'était un architecte archéologue s'inspirant des monuments de Rome antique et quelque peu des règles données par Yitruve. Il a élevé des édifices de quelque importance sous le règne de Georges 1" (de 1714 à 1727i, mais il doit surtout sa renommée à trois volumes in-folio qui sous le titre de Vitruvius Britannicics, Londres 1713, contiennent les principaux monuments d'Angleterre. Campboll fut intendant des bâtiments de l'hôpital de Greenwich; il bâtit le manoir de Mereworth dans le Kent, imitation de la villa Capra construite par Palladio auprès de Vérone, ensuite en 1715 le château de Wanstead dans le comté d'Essex, démoli en 1815, dont la façade avait 79 mètres d'étendue. Ce château, d'un caractère classiipie, était un des plus élégants de l'Angleterre sous le rapport du style et du goût. La façade se composait d'une partie centrale plus élevée que les ailes, précédée d'un portique à six colonnes auquel on accédait par un bel escaliei-

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à double rampe; cette partie se composait d'un rez-de-chaussée, d'un premier étage et d'un attique ou mezzanine couronné d'une simple mais élégante balustrade. Les ailes contenaient un rez-de-chaussée et seulement un premier étage. La façade était flanquée à gauche et à droite d'un pavillon sobre d'ornementation, ayant la même élévation que le corps central et orné d'une vaste fenêtre vénitienne. Les murs du rez-de-chaussée étaient en appareil rustique. Le plan, avec deux cours intérieures, était correct, toutes les pièces bien éclairées : le grand vestibule avait 15'", 55 de longueur sur 11"", 00 de profondeur. Colin Campbell mourut en 1734.

Vers 1733. on éleva à Londres le bâtiment des Horse Cuards, Whitehall, d'après le projet de Gruillaume Kent, qui mourut eu 1748. Le bâtiment en question est une des conceptions architecturales des plus lourdes et des plus baroques; c'est un digne pendant à quelques-unes des élucubrations du fameux Dieterlin. Kent a bâti encore, pour le comte de Leicester, le château de Holkham dans le Norfolk, gravé et publié en 1761 par Brettingham.

L'art de disposer et d'orner convenablement les jardins s'éleva, lorsqu'à la sortie du moyen âge l'attention fut portée sur la nature et ses riants paysages. Les Italiens furent les premiers qui dans leurs tableaux copièrent les scènes de leur merveilleuse nature et créèrent la peinture de paysage. L'art réel de l'architecture des jardins ne prit naissance que lorsqu'on ordonna, selon un plan et une idée conçus, les éléments multiples et divers offerts par la nature. Cet art paraît s'être développé d'abord en Italie sous les princes de la maison de Médicis et de celle d'Esté, ainsi que dans les républiques florissantes de Gênes et de Venise; de là il passa en Hollande et en Angleterre; Là, prédominait seulement le sentiment de l'ordre, de l'utilité et de la commodité, tandis qu'en France on éleva les jardins à un art architectural, à une régularité géométrique du beau et tandis qu'on avait introduit les formes végétales dans l'architecture, on arriva à reporter l'architecture sur le règne végétal en négligeant la beauté pittoresque. Dès le seizième siècle, la France offrait déjà des jardins symétriques : mais Le Nôtre, né en 1613 et mort en 1700, fut le véritable ci-éateur des jardins français. Ses successeurs allèrent

Lien au delà de lui dans les eti'orts de parei- la nature du coslunie de la cour; au lieu d'élever la nature à un art, ils en lirent une caricature, une monstruosité ! On ne peut nier cependant que ce style des jardins gagna une puissante harmonie avec la disposition et le caractère des monuments et rjui devait y régner. Ce genre contre nature fut répandu, avec la prépondérance des modes françaises, aussi dans d'autres pays, mais devait bientôt trouver de l'opposition. C'est ce qui arriva d'abord en Angleterre où Addisson et Pope s'i'lcvèrent contre cet engouement. Guillaume Kent rejeta le principe de la régularité géométrique, en dessinant des jardins selon le princijjc que la nature elle-même était l'arclié-type du jardin. Il fut le créateur des jardins, des pleasure grounds anglais. Mais quoique Kent partît du principe qu'il fallait imiter le paysage dans le jardin, il n'y réussil pas dans l'exécution. Son style n'était point la simplicité, mais le maniéré, simplicité qui cliorcliait à être simple. C'est ce qui eut surtout lieu à la suite de la connaissance qu'on eut de l'art de tracer les jardins en Orient et particulièrement les jardins chinois que Cham])ers lit feonnaître en l'année 1772. L'idée de Kent fut bientôt poussée à l'excès en Angleterre où l'on rejeta toute règle. On substitua, à la nature réglée des Français, une nature sauvage et déréglée, ou bien on conçut une nature recherchée, un amalgame, un entassement violent des dispositions et des objets les plus hétérogènes dans un petit espace, provoqués par l'imitation des paysages offerts par la nature indépendante et vraie, imitation surtout qui fit époque dans la phase chinoise où s'immobilisait la mode du chinois. Browne suivit l'invention de Kent; toutefois ses idées furent plus amples, mais terre à terre, ainsi que le témoigne sa composition du parc de Elenheim. Mais il y eut des élucubrations nouvelles de tous genres dans la disposition des jardins. Alors aussi fatigués de ces extravagances, Payne Knight et Uvedale Price fondèrent une meilleure école: le dernier surtout combattit dans ses Essays on tJtepictwcsqne, le style des jardins d'alors : Repton vint ensuite. Pour en revenir à Kent, son style d'architecture se ressent de ce qu'il voulut être peintre et architecte : il ne fut que médiocre dans l'un et l'autre art.

On croit que ce fut vers 1733 qu'on éleva la dernière église en pierre ornée de clochers et de llèches, usage que Wren avait généralisé; cette église est celle de Saint-Ciles dans les champs, dont

Henri Flitcroft fut l'auteur. L'extérieur repose sur un soubassement rustique, les fenêtres des galeries sont semi-circulaires et le tout est couronné d'une corniche à modillons. La tour a 50"", 30 d'élévation, elle consiste en une partie carrée dont le haut est orné de pilastres doriques : au-dessus elle passe à l'octogone en plan, dont les faces sont décorées des trois quarts de la colonne ioni([uc engagée) et qui supportent une balustrade et des vases; enfin au-dessus s'élève la flèche également octogone. Le même architecte bâtit encoi'e l'église de Saint-Olave, dans Southwark.

La vieille souche des Bretons paraît avoir été une espèce d'hommes solides et habiles; la domination romaine n'a pas laissé de trace sensible chez le peuple anglais : toutefois les immigrations des races germaniques et des races franco-normandes ont, ainsi que le prouve la langue anglaise avec ses mélanges, éteint l'originalité de cette nation. Gomme la situation insulaire du pays le garantit des attaques du dehors, mais qu'elle engage au contraire à l'attaque, qu'elle en fit une nation commerçante et maritime puissante, les Anglais ont un caractère qu'ils acquirent eux-mêmes. Gonséquemment ce caractère ne signifierait autre chose que le principe conquis par un enseignement et un exemple précoces d'en acquérir un, c'est-à-dire d'affecter d'en avoir, en persévérant avec une volonté arrêtée dans un principe accepté sans contrainte et de ne pas dévier d'une certaine règle n'importe laquelle, ce qui donne à l'homme la facilité de savoir à coup sûr ce qu'on peut penser de lui, lui des autres.

Une grande évolution morale eut lieu en Angleterre à partir du milieu du règne d'Élisai)eth jusqu'à la réunion du long Parlement en 1640. L'Angleterre devint la nation d'un livre, et ce livre était la Bible. La popularité de la Bible était due encore à des causes autres que la religion. L'ensemble de la prose anglaise, à l'exception des traités oubliés de Wiclif, s'était élevé depuis la traduction des livres appelés saints, faite par Tyndall et Goverdale. Aucune histoire, aucun roman, aucune poésie, sauf les vers peu connus de Ghaucer, ne purent avoir aucun ascendant pratique sur la langue anglaise, au moment où la lecture de la Bible fut ordonnée dans les églises. Les légendes et les chroniques, les chants guerriers et les psaumes, les archives politiques et les biographies, la voix des prophètes, les paraboles des évangélistes, les récits de missions, les périls maritimes et ceux au sein des païens, les arguments philoso-

pliiques, les visions apocalyptiques, tout cela fut lancé, jiri'cipité suides esprits la plupart inoccupés et ignorants de toute renaissance de science rivale. '

La révélation de l'abondance de la littérature grecque et latine évoqua la révolution de la Renaissance; la révélation de rancienne littérature hébraïque appela la révolution religieuse. La première de ces révélations changea de fond en comble les idées sociales cl ouvrit les temps modernes; la seconde ne fut pas aussi profonde, aussi radicale, ni aussi universelle, elle resta locale. En traduisant la Bible en allemand, Luther donna une lecture au public, mais pour pouvoir s"adonner à cette lecture, il fallait apprendre à lire, c'est aussi ce que voulut et recommanda Luther. Aucune version ne pouvait transporter dans une autre langue le charme particulier du langage qui donnait leur haute valeur aux auteurs de la Grèce et de Rome.

Les lettres classiques restèrent pour cette raison en la possession des savants, c'est-à-dire dans celle du petit nombre; parmi ceux-ci, en en exceptant Golet et More ou les grands hommes qui ressuscitèrent le génie de l'antiquité aryenne à Florence et ailleurs, l'action directe des lettres classiques resta pour le moment purement intellectuelle. La version anglaise de la Bible, œuvre d'un bout à l'autre de l'esprit sémitique, comme simple monument littéraire, reste le plus noble exemple de la langue anglaise. Cette traduction constitua l'ensemble littéraire pratiquement accessible à l'anglais du peuple, elle devint la littérature nationale, et fit contracter l'habitude d'introduire dans la parole et l'écriture, des idées et des tournures de phrases bibliques. De là aussi l'enthousiasme et cet attachement traditionnel à l'architecture ogivale du moyen âge qui, dans sa monotonie et son expression de mélancolie, représente fidèlement les aspirations véhémentes et illusoires du génie judéo-arabe, rêvées par un peuple ignorant, et dominé par un esprit anliesthétique, et ne jouissant pas des merveilles qu'une nature, autre que celle du sol (|u'il habitait, déployait comme par exemple celles de l'Inde, et de la Grèce et de l'Italie. De là aussi une des causes qui empochèrent les idées de l'antiquité grecque et latine de prendre pied en Angleterre au seizième siècle et d'être rebelle à l'introdudion de l'architecture de la Renaissance qui ne reproduisait pas les types du style traditionnel du système ogival. Nous avons déraoniré, ailleurs, ([ue l'ar-

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cliileclure ogivale n'a pas eu le sentiment religieux par origine, mais uniquement une nécessité de construction ^

Jusqu'au milieu du siècle dernier, les monuments romains furent seuls connus et plus particulièrement par les travaux d'Antoine Dosgodets qui avait puLlié en 1682 Les édifices antiques de Bome, dessinés et mesurés très exartement. Cet ouvrage, avec les livres de ^'ilruvc, avait fait en grande partie la source où puisèrent les architectes français et du reste du continent, quand ils n'étaient point allés eux-mêmes à Rome. Les merveilleux monuments de la Grèce antique n'étaient connus que par ouï-dire; ils n'avaient point été étudiés et mesurés par des architectes français ou anglais.

Enfin, en 1762 parut le jaremier volume d'un ouvrage intituh^ <.(Antiquities of Athens •^\)ar Jacques Stuart, d'origine écossaise. Ce livre devait former ([uatre volumes in-folio ; les trois derniers ne parurent qu'après la mort de l'aiiteur (1788 ,1e second en 1790,1c troisième en 1794 et le quatrième en 1815. Au nombre des œuvres de Stuarl, sont la maison de lord Ausou dans Saint-James Square, Belvédère auprès d'Erith, dans le Kent, Montagne's House dans Portman Square, la chapelle et l'infirmerie de l'hôpital de Grrecnwich, un arc de triomphe et une tour des vents octogone et d'autres édifices, à Shuckburgh dans le Straflbrdshire, et pour lord Spencer son hôtel dans Saint- James's Place. L'apparition des Antiquités d'Ai/iènes ouvrit les yeux sur le trouble confus et cette saltation bâtarde de formes rectilignes eonstructives à des décorations colossales. Mais la purification du style qui fut amenée par la connaissance des édifices grecs purs, style qui peut être considéré comme étant encore très universellement répandu, tomba bientôt après dans l'extrême opposé; on imita sans réserve les monuments grecs, dont la simplicité et la stabilité de lignes n'avaient été exécutées qu'en petites dimensions; on imita ces monuments dans de plus grandes proportions, de sorte qu'on les grandit d'une manière monstrueuse dont le résultat fut de produire un vide et un creux colossaux. Quant à l'accomplissement du but proposé, l'exigence actuelle des vastes et hauts emplacements divers se dresse devant l'architecte puriste comme autant d'ennemis qu'il n'a jamais pu vaincre à cause des points d'appui qui diminuent la surface donnée, et de l'architecture horizontale des Grecs. Il dut se

1. Venez notre Il'Mvire yrnrralc de l'arcliH'.'clur:. t. II. p. S41 A siiiv.

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résigner presque toujours en face du despotisme prosaïque du ])ul prescrit et sacrifier l'idéal architectural grec pur dans les espaces intérieurs aux voûtes hardies des Romains; mais il chercha au moins à conserver pour les façades l'unique étage, l'étroit entre-colonnement, la rigueur des entahlemeuts, selon les préceptes rigoureux des écoles grecques.

Mais là encore il fut confondu par le J)ut moderne, son ennemi impitoyahle. Ce Lut exigeait dans une construction à deux étages deux rangées de fenêtres Tune sur l'autre, en sorte que d'hahitude une véritable architecture fut employée relativement sur ce point, c'est-à-dire un fronton grec appuyé sur des colonnes, tandis que les autres furent abandonnés à la pauvreté, restés souvent même privés d'entablement fictif. Et si pour surcroît de malheur on demandait un passage carrossable, le portique grec, salut de l'architecte, était directement rendu impossible. On a des exemples de ce qui vient d'être dit, dans les châteaux de Blenheim, de Wanstead, de Kedlestone, etc.

Le collaborateur de Stuart, Nicolas Kevett, mort eu 1804, voyagea eu Italie et visita avec lui Athènes en 1750. Il éleva les portiques ouest et est du château de lord De Spencer, à West Wycombe ainsi que quelques temples. Pour sir Lionel Hyde il bâtit l'église de Ayot Saint-Laurent, dans le Hertshire, dont la façade est un portique dorique couronné d'un fronton aplati et bas ; de chaque côté une colonnade ionique rejoint le centre avec un élégant tombeau vide. Il ajouta aussi un portique à la façade orientale de Standliucli, dans le Wiltschire.

A cette simplicité et à cette pureté, que les deux derniers architectes nommés s'efforcèrent d'introduire dans les constructions élevées en Angleterre, voie dans laquelle ils fireut enti-er pas mal d'artistes, fut livrée une lutte par le mauvais goût de Robert Adam, architecte à la mode, dont le coup d'coil avait été corrompu par les plus mauvaises œuvres d'architecture de la décadence romaine. Adam avait visité la Dalmatie : en 1764, il publia le palais de Dioclélieu à Spalatro. Les ornements de mauvais goût de ce palais furent employés à décorer les maisons qu'élevait Adam, au moment même où parurent les Antiquités. (V Athènes de Stuart et où les types grecs et romains étaient employés en même temps. Cependant, les mauvaises élucubrations d'Adam ne furent pas seulement tolérées, mais elles trouvèrent de plus des admirateurs. Le meilleur échantillon du style

t'reinli' d'Adam, qui mourut en 1792 à l'âge de quatre-vingt-qualrc ans, c'est le château do Kedlestone dans le Derbyshire.

Il nous reste à parler, pour clore l'histoire de l'architecture au dix-huitième siècle en Angleterre, d'un architecte aussi célèbre dans son pays que I. Jones et Wren. Il s'agit de sir William Chambers, né en 1725. Il fut d'abord subrécargue et alla en cette qualité aux Indes Orientales; là il s'éprit de l'architecture chinoise pour laquelle il eut un goût décidé. Il y dessina des costumes et des monuments, ce qui décida de sa vocation. Il fut choisi pour donner des leçons de dessin au prince de Galles, depuis Georges III, qui, lorsque roi, le nomma contrôleur général de ses Ijâtiments. Chambers eut une telle vogue (|u'il bâtit dans pres(pie toutes les parties de l'Anglelerrc et même jusqu'en Irlande.

Chambers est le seul architecte de la fin du dix-huitième siècle qui mérite quelque attention dans une liistoire de l'architecture. Gel artiste a bâti une villa pour le comte de Besborough àRochampton, dont le portique n'est pas sans mérite; ensuite l'observatoire de Richmond et la plupart des fabriques des beaux jardins de Kew où il employa des sommes considérables à développer son goût pour le genre chinois; enfin un marché à Woodstock, d'un style simple et approprié au but en vue. L'œuvre principale de Chambers, c'est Somerset House, dans le Strand à Londres, élevé de 1776 à 1786 sur l'emplacement du palais du protecteur Somerset ^ Cet hôtel forme un rectangle de 243'", 75 de longueur sur 152'", 40 de profondeur, au milieu duquel il y a une cour de 104'", 50 de longueur sur 64'", 00 de profondeur, avec un passage ou rue allant du nord au sud à travers les côtés de l'est et de l'ouest. Du côté de la rivière, le palais s'élève sur une terrasse de 15 mètres de largeur, dont le niveau est à 15 mètres au-dessus de celui du fleuve; cette terrasse s'étend dans toute la longueur de l'hôtel. La façade sur le Strand a seulement 41 mètres de longueur. Cette façade est composée d'un soubassement rustic^ue qui supporte dix colonnes corinthiennes sur piédestaux, couronnées d'un attique qui s'étend au-dessus des trois entre-colonnements du centre, flanqué de chaque côté d'une balustrade. L'ordre embrasse deux étages. Il y a neuf arcades spacieuses au soubas.se-

1. Le duc de Somerset, oncle du i<ii IJlonaril VI. exerça son prnteclorat du 28 janvier ir)47 jusijn'en ].Vf9.

ment, dont les trois ouvertes du centre donnent accès à la cour. Do chaque côté ces arcades contiennent des (onètres d'ordre doricjue, décorées de pilastres avec entablement et fronton. Les clefs sont sculptées en relief avec neuf têtes représentant l'Océan et les huit principaux fleuves de la Grande-Bretagne. Les trois arcades d'entrée ouvertes susdites conduisent à un vestihule qui donne communication du Strand avec la cour intérieure. Ce vestihule est décoré de colonnes d'ordre dorique, dont l'entablement supporte une voûte. La façade de ce corps de Ijâtiment, vers le rectangle, a 61 mèti'es d'étendue, longueur plus considérable que celle de la façade sur le Strand. Cependant sa décoration et son style correspondent avec cette dernière; la seule différence entre elles, c'est qu'il y a là des pilastres au lieu de colonnes; les portes et les fenêtres diff"èrent aussi.

La façade sur la Tamise est semblable à celle que nous avons décrite. Le projet primitif était que l'étendue de la terrasse serait de ■335 mètres. Cette terrasse est supportée par une arcade gigantesque; elle est en outre munie d'une balustrade. Au centre de la terrasse il y a un grand arc qui offre une communication aux vaisseaux : les côtés de cet arc sont ornés de colonnes accouplées de Tordre toscan, dont la corniche s'étend dans toute la longueur de la terrasse.

L'architecte de ce palais ou hôtel y a déployé du talent, mais non du génie. On y voit maintes fautes ; cette gigantesque construction en impose par ses dimensions, mais elle n'a rien de sympathique ni de majestueux.

En 1759, sir William Ghambers publia un traité sur la partie décorative de l'architecture civile, dont Joseph Gwilt a donné une édition augmentée en 1825. Ce livre autant (jue sa date le permet, esl resté jusqu'à ce jour le guide de ceux qui étudient l'architecture en Angleterre. On trouve dans cet ouvrage une variété de dessins pour les difl'érents membres et parties des édifices. Chambers mourut en

8ous le règne de Georges II (de 1727 à 1760^ quelques memlu'i'S de la noblesse anglaise, ayant une fortune considérable, s'appliquèrent assidûment et avec succès, non seulement à acquérir la théorie, mais encore la science prati(j^ue de l'art. Parmi ces genlilsliommes, il y en eut qui avaient un talent réel. Avec un noble désintéressement les comtes de Pembroke et de Burlington se dévouèrent, non seulement à encourager les études et travaux des autres, mais ils

/»58 LIVRE TROISIKME.

on! produil d'assez beaux momiinents eux-mOmes, ou fait construire sous leur direction les édilices dont ils avaient conçu les projets. Le nombre de ces estimables nobles fut un grand avantage pour eux el ])0iir le pays. Ils possédaient ce juste sentiment que leur grande fortune, leur rang et leur influence sur la société les obligeaient à les utiliser au bénéfice de la communauté aussi bien que pour leur propre satisfaction. Ces gentilshommes ne se contentèrent pas seulement de s'instruire par les livres et ce qui les entourait chez eux: ils voyagèrent dans les pays étrangers, pour admirer les restes de l'art antique qui sont les meilleures archives pour découvrir les meilleurs principes des arts du dessin et de la stabilité de la construction.

Lord Burlington protégeait Giacomo Leoni, vénitien de nation; il avait été architecte de l'électeur palatin. On suppose que ce fut ce lord qui l'engagea à venir en Angleterre dans le but d'éditer les o'uvres de Palladio qui parurent en 1725. Ensuite il publia une édition de l'ouvrage sur l'architecture d'Alberti, en y ajoutant quelques-uns de ses propres projets. MoorPark House, dans leHertshire. es! sa plus grande œuvre. Leoni fit de grandes additions à Lyme Hall, dans le Gheshire, à Bodecton Parc, dans le Sussex et ailleurs. Il mourut en 1746.

Nous ne pouvons passer sous silence l'histoire de Alansiou House à Londres, résidence du lord maire durant l'exercice de ses fonctions. Cette pile de maçonnerie, ce monument, le plus laid qui ail été élevé sur la surface de la terre, date de l'année 1739 et fui achevé en 1741. Lord Burlington, le grand amateur et connaisseur en fait d'art, avait à cœur que la capitale de son pays fut dotée d'un palais digne du lord maire, et dans cette vue, il présenta au conseil un dessin original de Palladio. Un des conseillers ne demanda pas si le projet était convenable, s'il remplissait le but proposé, mais si Palladio avait fait son apprentissage à Londres, et s'il en était citoyen el de plus architecte. Sur ce point il y eut grande dispute, et qui sait comment la chose se serait terminée, si un disrne conseiller de la ville n'était intervenu en disant : ^ Il est inutile de disputer davantage : chacun sait que Palladio est un papiste et que par conséquent il ne peut concourir. » Le projet de lord Burlington fut rejeté à l'unanimité et, à la place de Palladio, on choisit un protestant et citoyen de Londres. Gel homme d'honneur qui devait édifier le palais du

lord maire et qui cffectivcmeul le bAtit, était (jeorge Dauco, fie profession un charpentier naval, et c'<'st aussi ce que prouva son œuvre.

La façade de Mansion House ressemble tout à fait à un vaisseau très chargé faisant le trajet d'Europe dans l'Inde, avec les enroulements placés d'habitude à la proue et à la galerie des navires. Tous les escaliers intérieurs ressemblent à ceux des navires et le couronnement de l'édifice ressemble à celui qu'on prête à l'arche de Noé.

Le lord maire et les aldermen se conduisirent d'une maniè-re plus sensée lorsqu'ils eurent résolu de jeter un grand pont sur la Tamise, celui de Blackfriars. Le Parlement avait voté pour cette construction la somme de 160 000 livres sterling. Les aldermen annoncèrent un concours : le prix fut accordé à Robert Mylne, qui commença ce ])ont en 1760 et le termina en 1769; il consiste en neuf arclies, sa longueur est de 303 mètres de (juai à quai; il a coulé 152 480 livres sterling.

Henri Herbert, comte de Pembroke, autre amateur d'architecture, embellit considérablement son château de Wilton où il bâtit Palladian Bridge, dont il posa la première pierre en 1739 et la dernière en 1747. Il bâtit aussi la nouvelle lodge dans le parc de Richmond, l'habitation de la comtesse de Sufiblk à Marble Hill à Twickenham, le Walcr liouxe dans le parc de lord Orford à Houghton. Il mourut en 1751.

Thomas Ripley, de simple charpentier, fut élevé par la protection de sir Horace Walpole', au rang d'architecte et devint alors rival de Kent, protégé de lord Burlington, en faveur duquel Pope vida son al)ondance satiri(jue sur la tète du pauvre Ripley. Go dernier bâtit Houghton pour Walpole. mais le projet original était de Campbell, modifié, dit-on, par Ripley. Il éleva aussi Woollerton House pour sii- Horace, et l'Amirauté à Londres, en 1726, que AValpole abandonna à son destin, en disant que a c'est le plus laid des édifices et caché n bon droit par la grille, élevée en 1776 par les frères Adam ». La cause de l'art ne fut pas servie par la rivalité de ces deux liommcs; l'opposition du dehors augmenta seulement la partialité des parlis. Lord Burlington semblait penser que Kent avait des défauts; et sir Horace Walpole ne fut pas moins certain de la supériorité de sou protégé. Le temps a dissipé ces divisions nées de l'amitié, mais il u a

1. Auteur des Aneci/ules th' la peinture en Anglelerre. publié- i-n 17(J1.

460 LIVIIE TliOISlEME.

pas encore fail disparaître les maladresses et les fautes dont elle fvit l'auteur.

Au nombre des monuments modernes d'architecture en Angleterre, il faut nommer les nouvelles Chambres du parlement, commencées en 1840 par l'architecte Charles Barry. Cette colossale construction a en façade 278'", 20 de longueur sur 87"\75 de profondeur, dans sa partie occidentale. Elle couvre une surface de 3'', 240, contient 1100 pièces, 100 escaliers et au delà, 3218 mètres de corridors. La tour royale ou de ^'ictoria terminée en 1857, à l'angle sud-ouest, (|ui contient l'entrée royale, a 22'", 85 carrés, et s'élève à une hauteur de 103'", 60, hauteur de 19"'. 50 moindre que celle de la croix de Saint-Paul. La porte d'entrée a 19'", 80 d'élévation. La tour centrale, de 18'", 30 de diamètre et 91'", 40 de hauteur, s'élève au-dessus d'un vestibule central et octogonal, dont la voûte forme une étoile à huit branches, supportée sans pilier central. La tour de l'horloge qui coniine au pont de Westminster a 12'", 20 carrés, surmontée d'un clocher de 97'", 50 d'élévation au-dessus du cadran.

La grande façade du bord de l'eau est divisée en cinq parties. Celle du miliea est accusée par deux fortes tours peu saillantes. A droite et à gauche, la façade s'étend jusqu'à une aile en saillie de 12'", 20, bornée de chaque côté par deux tours. Cette façade principale de l'est, est ornée de clochetons, de statues et des écussons des rois et reines d'Angleterre, depuis la conquête jusqu'à nos jours. Quant au style adopté par l'architecte, il reproduit le style perpendiculaire ou Tudor, c[ui prévalut en Angleterre de 1377 à 1546, pendant environ 169 ans. Malheureusement, ce style perpendiculaire anglais a un caractère de froideur et de tristesse; ensuite toutes ces lignes verticales sont monotones et l'ensemble des édifices de ce style semble avoir pour origine de forts fils de fer. Les meneaux des fenêtres s'élèvent perpendiculairement de bas en haut, exactement comme les barreaux de fer d'une prison. L'équerre et la règle font tous les frais dans cette architecture, avec une surcharge de décoration mathématique fjui consiste principalement en panneaux de dimensions et de formes diverses. Comme amortissement du mur de la façade, l'architecte a employé les merlons et les créneaux, fidèle en cela aux exemples du passé et (|ui, depuis la poudre à canon, n'étaient })lus d'aucune utilité.

ESPAGNE

Cadevas, J. D. — Ensayo historien soLrc lus diverses geneios de Arqiiileclura em-

pleados en Espana. Madrid, 1848. Ua vol. iii-B"- Voyez la bibliographie pour l'Espagne, p. 1149 de notre deuxième volume.

Nous arrivons à un pays où l'architecture de la Renaissance s'éleva et se développa avec une grande richesse, avec un éclat extraordinaire. Les conquérants maures firent relativement plus en Espagne pour l'avancement des sciences que les habitants chrétiens de cette contrée; la cause en était sans doute dans la prépondérance politique des premiers. Sous quelques princes du milieu du moyen âge, les écoles arabes, leurs traductions de certains auteurs grecs, leur poésie et leurs arts avaient amené la culture intellectuelle à un degré élevé. Alphonse X le savant et Jean II furent les protecteurs des sciences ; les œuvres d'Alphonse de Cartajena, d'Alphonse de Madrigal, des Marques de Santillana et des Enricjue de Villena, étaient connues. En 1474, dans l'année même où Isabelle la Catholique monta sur le trône de Gastille, l'imprimerie fut introduite en Espagne; cette reine eut un imprimeur royal, et aucune ville importante ne manquait d'une presse typographique. L'heureuse réforme de l'université de Salamanque imprima un salutaire essor aux sciences ; des talents hors ligne en furent l'ornement et la rendirent célèbre. L'héritier du condcstable de Gastille explique l'histoire naturelle de Pline, Torres et Salaya enseignent l'astronomie, Ramos et Fermosel en font autant pour la musique, Lebrija et Arius Rarbosa enseignent le latin et le grec. Palentia compose son dictionnaire, traduit Plutarque et Josephe^ Hernando del Pulgar écrit ses hommes célèbres et ses chroniques,

zi62 - LIVRE TROI SIÈME.

Pedro Marfir de. Angieria, ses décaties, Diego de Valera, sa chronique, Alphonse de Gordova, ses taljles astronomiques, Diego de Almela, son manuel historique.

Les Espagnols, nés d'un mélange de sang arabe ou maure avec le sang européen, manifestent dans leur conduite politique et privée une certaine solennité qui s'étend jusqu'au paysan. Ils n'aimaient pas s'instruire à l'étranger, ils restèrent des siècles en arrière des autres nations européennes, quant aux sciences. L'absence de lumières maintenait l'Espagnol dans la superstition et le fanatisme religieux. D'un caractère chevaleresque qui perdit peu à peu sa raison d'être, ce caractère s'abaissa à une vie inactive, suflisammcnt connue sous h; nom de grandesse espagnole. En Espagne comme dans le reste de l'Europe, la guerre fut déclarée au régime féodal, et le moyen par lequel le pouvoir monarchique se consolida, c'était l'inquisition, tribunal de la suspicion. L'esprit espagnol resta romanesque, cruel comme les combats d'animaux, ainsi que l'autodafé d'autrefois L; prouve. Le goiit espagnol surtout dans les arts témoigne en partie de son origine extra-européenne,

Gependant la force des choses, la naissance et le développement des nouvelles idées amenées dans le reste de l'Europe par l'esprit de recherches et d'analyse né au quinzième siècle, saisirent à. la longuela nation espagnole. Nom])re d'Espagnols se rendirent à l'étranger pour rapporter les nouvelles idées dans leur patrie. Pinciano se distingua en Italie, Silicco et Victoria en France ; de célèbres étrangers se rendirent à la cour de Madrid et furent reçus avec distinction dans le palais des rois, comme par exemple Martir de Angieria, Maximo Siculo, Juan Pablo Oliver et Antonio Blaniardo.

En même temps la noblesse castillane condescend à se donner un nouvel éclat en protégeant les arts et les sciences. Les plus hauts fonctionnaires de Gastille se trouvent au nombre des auditeurs du Milanais Pedro Martir de Angieria, tels que le duc de Bragance, D. Juan de Portugal, le marquis de Mondéjor, D. Alphonse de Silva, D. Garcia de Tolède, Yillahermosa, D. Pedro Géron, le marquis de; Vêlez. L'impulsion fut donnée par le trône, elle saisit d'abord les grands qui en firent profiter le peuple. Les mêmes personnages qui cultivaient la littérature classique avaient les moyens, par leur fortune et leur position sociale, d'entreprendre à grands frais de nouvelles constructions. Les nobles que la politique des rois catholiques atti-

ESPAGNE. 463

raità la cour, nourris en fait do goût par rétude des classiifues. ne se trouvaient plus à l'aise dans les cliàteaux et les palais élevés au moyen âge et dont bon nombre avaient été détruits dans les temps de troubles et d'anarchie ; ensuite la loi leur défendait de reconstruire leurs créneaux et leurs tours, et l'entière économie de la vie exigeait des habitations agréables, ornées de galeries et de balcons, de riches vestibules, de plafonds à caissons au lieu des donjons, des salles d'armes et des tours défensives. Les formes du style ogival n'étai(mt plus convenables à cette métamorphose, les merlons, les mâchicoulis, les tourelles, les flèches à jour et les formes pyramidales, n'étaient plus de saison. La Renaissance avec son système horizontal, sa division en étages de peu d'élévation, ses plafonds plats à caissons, ses demi-cintres et projections modérées, l'architecture de la Renaissances offrait toutes les cjualités exigées dans l'édification des palais, ainsi que pour l'habitation particulière et dans lesquels le style ogival en général, quand il était usité, ne paraissait employé que par nécessité et d'une manière insolite. Aussi les plus anciennes constructions de la Renaissance ne sont-elles point ecclésiastiques mais profanes. îSous ce rapport, il en fut en Espagne comme en France, ainsi (fuc nous l'avons fait remarquer.

Si pour la cathédrale de Salamanque de l'année 1512, et pour celle de Ségovie de 1525, on préféra le style ogival, le collège de Saint- Grégoire à Yalladolid, de 1488, fut élevé dans le style de la Renaissance ; il en est de même de celui de Sainte-Croix dans la même ville, de l'année 1480, du palais archiépiscopal de Salamanque de 1521, de la maison des enfants trouvés de Tolède de 1504, monuments élevés sous la conduite d'artistes espagnols formés à l'écohï du style ogival, ce qui ne les empêcha pas de se distinguer dans la nouvelle architecture qui se répandait généralement avec une célérité remarquable. Cette différence qu'on faisait dans la pratique de ces deux styles, prouve qu'on comprenait leur vrai caractère, dû non seulement à la mode, à l'influence des études classiques ou à celle des ruines de l'antiquité, mais bien à l'état nouveau de la société et h ses exigences nouvelles qui introduisirent avec une si grande cél('ri((' l'art que l'Italie venait de créer il y avait un demi-siècle.

Les cathédrales de Salamanque et de Ségovie terminèrent une période de quatre siècles où régna l'architecture du moyen âge en

k&k LIVRE TROISIEME.

pjspagne. Dès les premières années du seizième siècle on voit des imitations imparfaites du style romain, de faibles et laborieux essais dans la réforme qui fut amenée par les progrès faits dans la culture intellectuelle comme par l'évolution des idées qui étaient en éclosion. L'Espagne eut alors des architectes célè])res qui laissèrent des œuvres remarquables dans le style de la Renaissance sans cependant répudier Tarchiteclure des siècles passés. Ainsi on a de Diego de Riano, dans la cathédrale de Séville, trois œuvres dans les différents styles, alors en pratique, le style ogival dans la sacristie des Calices de 1530, le style de la Renaissance dans la sacristie principale de la même année et dans la salle capitulaire une architecture entièrement dans le style classique ou romain, également de 1530.

Les Espagnols s'inspirèrent de l'architecture de la Renaissance italienne, mais d'une manière qui leui- fut propre. L'Italie n'avait pu adopter le style ogival du nord, elle développa le roman ou architecture à plein cintre, dont les formes se rapprochaient du classique romain. Les Italiens purent donc facilement s'assimiler la légèreté du nouveau style. En Espagne régnait seule l'ogive qui était diamétralement l'opposé du style de la Renaissance : les architectes espagnols ne pouvaient donc qu'adopter ses colonnes qu'ils allongèrent, ses semi-cintres, qui durent remplacer les ogives, mais aux dépens des voûtes qui durent s'aplatir et subir un changement dans toute leur structure, se rapprocher du sérieux du nouveau style, en lui sacrifiant sa légèreté et ses riches et fantastiques détails.

Pour que ce passage ne parût pas trop accentué, trop puissant, pour que les propriétés contradictoires dans les édifices pussent s'accorder en quelque sorte entre elles, l'art transigea avec les habitudes de l'époque, en cherchant en môme temps à conserver le respect dû aux anciennes formes, tout en charmant cependant par des nouveautés. Les efforts faits dans cette transaction ne purent immédiatement faire revivre les monuments des Césars, on rappela à la vie leurs traits généraux, mais avec un changement on ne peut plus visible dans l'ensemble de l'organisme; le goût arabe, son ornementation, en outre la légèreté des colonnes et des détails du style ogival, se mêlèrent aux formes romaines, et enfin de cette combinaison étrange et surprenante, apparut le style plateresquc^ nommé peut-être ainsi parce que les célèbres orfèvres [plateros] qui florissaient alors, l'appliquèrent avec le plus grand succès dans leurs travaux richement

ESPAGNE. k6b

ornés et excculés avec le plus grand soin et la plus grande patience.

Les éléments qui firent défaut aux autres nations devaient exercer une influence puissante sur le caractère du nouveau style en Espagne. A peine y existait-il quelque monument romain pouvant servir d'imitation, tandis que les architectes de la Renaissance copièrent, non complètement cependant, les édifices arabes quant aux détails, et surtout en empruntant une partie de leur ornementation, les dents de scie, les nébules qui couronnaient les murs des mosquées et introduits par les Arabes; leurs tours carrées, leurs entrelacs de rubans et leurs combinaisons géométriques de joncs et de feuilles de plantes orientales, furent introduits dans le style plateresque et varièrent avec rornementation classico-romaine.

Ce cachet arabe s'observe surtout dans l'ancien royaume d'Aragon, non seulement aux maisons et aux châteaux, mais encore à certaines églises datant de la fin du quinzième siècle ou du commencement du seizième siècle, tout en ayant pour type la nouvelle architecture de la Renaissance. Peu à peu cette physionomie arabe de l'ornementation se perdit : l'ensemble du style devint insensiblement identi(|ue à celui créé par Brunelleschi et ses élèves, et qui se nationalisa en Espagne à l'époque de Badajoz, de Govarrubias et de Yaldevira et d'autres architectes du courant du seizième siècle.

On observe d'abord cette école arabo-renaissance avec ce singulier mélange d'ornementation aux façades qui remplacèrent les façades ogivales : si elles rappellent des détails classiques sans proportion dans leur rapport avec l'ensemble, on n'y voit pas de corniches ni cordons courants, encore moins la combinaison architecturale de parties séparées concourant à un ensemble, en un mot à l'unité de conception. La porte d'entrée sur les façades était ornée de colonnes avec piédestaux et d'arcs ou frontons à plein cintre ; on pratiquait au-dessus un ou plusieurs étages en miniature, le tout était orné avec grand soin; les ornements variaient avec des figures; sur les côtés on plaçait des niches ou des fenêtres dont l'encadrement formait saillie sur le mur et posait sur des consoles. Comme exemple on citera le portail célèbre de l'hôtel des Enfants trouvés à Tolède, ou hôpital de la Croix, que le cardinal P. Gonzalez de Mendoza lit bâtir et dont il chargea en 1504 l'architecte Enrique de Egas. Cet édifice, un des plus anciens en Espagne, est dans le style de la Renaissance ; il exprime

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(U'jà une grande dil'i'ércuce, complètement autre du style ogival et (jui n'avait encore aucune ressemblance avec l'architecture italienne en pratique à cette époque. En 1531 Alonso de Govarrubias. architecte de grand génie, éleva la magniliquo chapelle des Rois nouveaux à Tolède : cet artiste s'écai'tait moins que ses contemporains du stvle classique romain. Dans le cloître de la cathédrale de Gordoue, que l'architecte Fernan Ruiz commença en 1523, la Renaissance se manifeste particulièrement, sinon aussi élégamment que dans certains monuments postérieurs.

Dans ces monuments ainsi que dans d'autres de cette époque, en Espagne, la Renaissance dut prendre un caractère original par les réminiscences, non encore oubliées en pratique, du style ogival dans ses diverses phases, ensuite par la technique usitée antérieurement, par l'action qu'exerça l'ornementation moresque, la physionomie particulière de la statuaire et de la sculpture, le goût qui prédominait dans la société espagnole depuis le temps de Juan II, vers 1479.

Le cloître du grand collège de l'archevêque Fonséca, à Salamanque. commencé en l'année 1521, offre une combinaison du style plateresque avec des formes classico-romaines et quelques réminiscences gothiques : au premier étage, ou voit des arcades formées par des pleincintres et des colonnes cannelées, se rapprochant du style romain antique, au second on observe des colonnes en forme de baluslres, et de petits détails insigniliants inconnus aux anciens. Ce cloître est l'œuvi'e de Pierre de IJjarra et fut terminé en 1531. Nous citerons encore d'Ibarra la chapelle de Piedra Buena, dans l'église conventuelle de l'ordre d'Alcantara ; le grand collège de Guenca à Salamanque; la Casa de ISalinas (magasin au sel); la Porte de la ville de Zamora; tous ces édifices sont également des essais dans l'architecture de la Renaissance, dans laquelle on aperçoit la fusion de plusieurs styles antérieurs.

Dans le cloître de la cathédrale de Gortloue, commencé en 1523 sous la direction de Fernan Ruiz, la Renaissance est déjà plus prononcée sinon aussi magnifiquement développée que dans quelques monuments postérieurs. Nous avons déjcà parlé de Alphonse de Govarrubias, architecte de la chapelle des Rois nouveaux à Tolède ; on a encore de lui le palais archiépiscopal à Alcala de Hénarès, de 1534, avec ses colonnes imitées de l'ordre corinthien. En 1537 il bâtit la façade, le vestibule et l'atrium du magnifi({ue Alcazar de Tolède, et

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eu 1546 le cloître de San Miguel de los Rcyes à ^'alelu•e, richemeul orné de splendides sculptures. Ce fut dans le même goût, mais plus sévèrement et avec une moindre abondance d'ornementation que Barthelemi Bustamante éleva en 1545 l'hôpital de Saint-Jean-Baptiste à Tolède et que Vega restaura le palais de Madrid.

Vers la lin du seizième siècle le style de la Renaissance commence sa transition au classique, l'originalité disparaît en partie et prend en Espagne un caractère particulier de morne sévérité. Alors s'éleva, sous Charles V, le palais inachevé de tirrenade, situé à côté de l'Alhambra, et en 1563 Philippe II lit bâtir l'Escurial, destiné à être en même temps un couvent, un palais et un sépulcre et où Jean de Herrera, l'architecte, a représenté le sombre et fatal caractère de son souverain, dans des masses gigantesques de construction. L'Escurial a été terminé en l'année 1584. Dans les siècles suivants, l'architecture espagnole a suivi les mêmes vicissitudes qu'en Italie et en France.

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