Chartreuse de Pavie
Pavie, de 40 mètres de longueur, œuvre d'Ambroise Fossano dit Borgognon, earchitecte, peintre et sculpteur lombard ou piémontais ;
elle termine à l'ouest l'église abbatiale bâtie en 1396 par Marco di Campione et date de l'année 1473. Cette façade manque d'unité architecturale, mais elle rachète cette défectuosité par la richesse et l'élégance des détails.
Cette façade s'élève sur une plate-forme de trois marches qui s'étend dans toute sa longueur; quatre pilastres et deux tourelles, correspondants à la disposition intérieure du plan, divisent cette façade en cinq parties verticales de même largeur; c'est dans ces' divisions qu'est répandue la profusion de sculptures qui en forment le caractère particulier et qui offrent tant d'intérêt au spectateur. La partie centrale est ornée d'un portique richement décoré, soutenu sur cjuatre colonnes corinthiennes isolées, surmontées d'un pleincintre : au-dessus s'élève une sorte de triforium d'ordre toscan, qui règne dans toute la longueur de l'édifice et qui sert de base à une portion carrée, percée d'un grand jour circulaire, portion ornée d'une frise qui contient la dédicace de l'église : « Mariae Virgini Matri ftliae Sponsœ Dei » ; cette partie carrée est couronnée d'un fronton orné de modillons. Une seconde galerie ou triforium termine les trois divisions du centre, plus élevées c|ue les deux latérales. Il est à présumer c[ue cette façade ne fut jamais achevée. Cependant l'accumulation de détails est rompue par des ouvertures judicieusement adaptées, et là où le jeu d'ombres et de lumières n'a pu être atteint, l'artiste en a produit l'effet par des marbres de couleur.
On voit dans cette façade le type des riches balustres servant de meneaux dans l'architecture du règne de Louis XII et de François 1", si souvent employés dans le style de ces époques et qu'on trouve aussi dans les œuvres de menuiserie. Au nombre des autres architectes célèbres de la Toscane, du quinzième siècle, il faut nommer Augustin di Guccio, plutôt sculpteur, auteur des nombreuses et élégantes sculptures qui se trouvent dans la petite église de la confrérie de Saint Bernard de Pérugia (1462) ; dans la même ville il éleva de 1459 à 1481, dit-on, la porte de Saint-Pierre, monument d'un goî'it pur et tout à fait dans le style antique, mais restée inachevée ou endommagée dans sa partie supérieure.
Dans un style se rapprochant du palais Riccardi de Michelozzi, Benoit da Majano commença en l'année 1489 à bâtir le palais Strozzi à Florence, qui ne fut terminé qu'en 1533 par Simon Cronaca : ce dernier est l'auteur de la corniche grandiose du sommet de ce pa-
lais qui a encore une apparence de forteresse. Gronaca éleva aussi
la belle sacristie de l'église du Saint Esprit
à Florence. y
Julien da Majano, frère aîné de Benoît, \^
exerça particulièrement son art à Rome et à Naples. Dans la première do ces villes, il éleva vers 1465 le grand palais de Venise', qui a encore une physionomie toute militaire. Au-dessus du toit orné de crénaux s'élève une tour carrée restaurée sous Pie IV (de 1559 à 1566), mais d'un autre style. La façade intérieure est défigurée par des fenêtres établies irrégulièrement. La grande cour n'est point achevée, une petite partie seulement, avec les arcades superposées qui devaient la circonscrire, est terminée. La petite cour, d'un bon style, a deux étages de galeries dont les arcades inférieures à piliers octogones sont surmontées de colonnes corinthiennes.
Corniche du pakàs Sti'uz/.i.
1. C'est ce palais qu'habita Charles YIII penilant son séjour à Rome.
12'j LIVRE TROISIEME.