CHARLES VIII ET LOUIS XII
style capricieux, sans ordre, qui mourut par sa propre essence, complètement épuisée.
Lorsque des rapports malveillants s'élevèrent entre Naples et Milan et amenèrent une rupture entre les princes de ces deux maisons, afin de parer le coup qui menaçait de part ou d'autre, Ludovic le Maure, s'adressa à l'étranger et en premier lieu à la France. On dit au roi de France que le moment était propice pour se saisir des droits revendiqués par la maison d'Anjou. Charles VIII, jeune homme de vingtquatre ans, d'un esprit plus chevaleresque que politique, fasciné par une perspective brillante de succès, se laissa entraîner à la conquête de Naples, au désir de rétablir l'empire grec et de chasser d'Europe le Grand Turc, chef des infidèles. Quels n'en auraient pas été l'honneur et la gloire !
Nous avons dit que ce fut la revendication de droits héréditaires qui conduisit Charles VIII, Louis XII et plus tard François I" en Italie; toutefois il existait un stimulant plus profond et plus actif: la France était devenue florissante, elle nourrissait alors dans son sein un peuple nombreux, puissant, riche, belliqueux, plein d'ardeur pour la gloire et redouté de ses voisins, dont il avait en même teriips l'estime. Les frontières du royaume venaient d'être reculées; Charles VII avait réuni à son domaine la Normandie et la Guyenne. Dans les dernières années de Louis XI la Provence et la Bourgogne avaient eu le même sort, et enfin Charles VIII venait d'ajouter la Bretagne à ses États : en un mot, ce stimulant n'était autre que la force exubérante de la nation française qui venait de surgir, c'était encore le désir constant des peuples indo-germaniques du nord et de l'occident d'aller vers le sud, désir du moyen âge tout entier et qui occasionna aussi de nombreuses guerres. L'entreprise fantastique du jeune roi Charles VIII, commencée sans de prudentes dispositions d'exécution, ressemble plutôt à un divertissement plein d'orgueil qu'à une expédition guerrière sérieuse. Elle ne fut qu'une suite non interrompue de fêtes et de solennités, dans lesquelles s'enivrait le jeune roi avec ses jeunes compagnons d'armes. A Turin, la princesse de Piémont commence par une parade aussi pompeuse que fabuleuse : elle est entourée d'une multitude déjeunes femmes*; des fêtes non interrom-
L Le chroniqueur, qui se complaît clans la description de son magnifique cos-
pues suivirent. A Asti, le ruséLudovico Sforza sut fasciner et enchaîner le vain et faible roi, facilement enflammé par cinquante beautés féminines peu farouches : à Pise, ce fut un chœur entier de dames c|ui durent supplier le prince de délivrer la ville du joug florentin. Partout l'armée française est reçue avec des arcs de triomphe, des représentations théâtrales, des allégories histori(|ues, enfin dos fêtes resplendissantes *. Mais le comble de toutes ces expressions de joie et de bonheur eut lieu à Xaples c£ui, par ses fêtes, devint une seconde Gapoue pour le roi et les siens.
Charles fut surtout entraîné par la beauté du Poggio Reale -, palais
ÏÏ
nininlnlni n