LOUIS XI
contre la noblesse; il était d'autant plus porté à octroyer des prérogatives, à accéder à des exaucements destinés à amener et à développer la prospérité des villes, qu'il n'avait pas à redouter que le sentiment naissant de leur puissance pût devenir dangereux. Aussi l'influence de la bourgeoisie s'éleva-t-elle à vue d'œil : par les besoins nouveaux et par la prospérité naissante, les artisans eurent un débit considérable de leurs travaux; leurs droits et la revendication de leur salaire étaient assurés par les tribunaux des villes; les négociants s'enrichissaient dans les foires, où ils pouvaient se rendre par des routes sûres. L'échange des lettres se faisait facilement par les postes royales : le commerce maritime avec le Levant augmenta considérablement par la chute de l'empire grec; le Rhône conduisait les produits français à Gonstantinople, produits que le Danube bloqué, et Venise notre ennemie, ne pouvaient plus y transporter : les rapports avec l'Espagne et avec les trésors de Lisbonne devinrent de plus en plus actifs, et enfin nos villes situées sur la Manche trouvaient une compensation à l'inimitié des cités bourguignonnes, dans leurs rapports d'amitié avec les villes de la hanse septentrionale.
Louis XI encouragea l'exploitation des mines, fort négligée jusqu'alors ; il en régla les conditions par son ordonnance de 1471 ; il fut le premier roi qui respecta le travail, en accordant ses bénéfices aux propriétaires ou fermiers des mines, qu'il affi'anchit d'impôts pendant vingt ans; il nomma un fonctionnaire, général maître, gouverneur et visiteur des mines. Il encouragea encore l'établissement de la culture des vers à soie, des fabriques de draps, des postes, il favorisa l'introduction des premiers imprimeurs à Paris ; il projeta l'uniformité des poids et mesures dans tout le royaume ; il fut sensible au grand mouvement qui saisit son époque en faveur de l'étude de l'antiquité qui ouvrit l'ère de la Renaissance : il accueillit et secourut les savants grecs chassés de Gonstantinople, il augmenta les privilèges de l'Université de Paris, il y fonda une école spéciale de médecine, il augmenta la bibliothèque commencée par Charles V, qui avait été dispersée dans les guerres civiles et étrangères. La littérature eut sa renaissance, représentée par Ph. de Comines, Charles duc d'Orléans, René d'Anjou, Nicolas Gilles, Robert Gaguin, etc. Les universités devinrent accessibles à quiconque voulait les fréquenter. Il établit aussi, en 1467, l'inamovibilité des fonctionnaires, à certaines conditions.
La tranquillité s'établit dans l'intérieur du royaume ; l'activité nationale, qui s'éleva à la suite d'une guerre défensive qui avait duré cent ans, se porta comme toujours sur l'industrie et l'agriculture ainsi que sur les arts et la science, dont les conséquences furent im nouveau développement du travail de l'esprit et de la raison, et la liberté du travail amena la prospérité nationale.
Le genre de vie de Louis XI était d'une grande simplicité et telle était aussi sa cour. Il se vêtissait d'étoffes communes, le plus souvent de gros drap gris; presque toujours en voyage ou à la campagne, il emjDêcliait par là le luxe de se répandre.
La Pragmatique sanction de Charles VII, de l'année 1438, qui garantissait les droits et les libertés de l'Église gallicane contre les empiétements de la cour de Rome, avait été abolie par Louis XL Le parlement de Paris osa s'élever contre le pape ; il refusa d'enregistrer l'édit concernant cette suppression, soumit au roi un compte des sommes qui, après cette suppression, s'en iraient annuellement de France à Rome; l'opinion générale fut en faveur du Parlement: la Pragmatique fut rétablie avec des modifications en 1472, et par l'édit du 16 août 1478 tout envoi d'argent à Rome fut défendu.
Un regard impartial jeté sur la situation de la France à la fin du quinzième siècle, en ne perdant pas de vue que la tyrannie de Louis XI ne s'élevait particulièrement que contre la polyarcbie ou régime des chefs de la féodalité et la destruction du pouvoir qui avait troublé, déchiré le royaume par la barbarie et un esprit de parti égoïste, odieux qui le mena même au bord de l'abîme, les efforts de Louis XI, disons-nous, pour remettre de l'ordre dans l'État, paraîtront en général avantageux et fructueux pour l'avancement de la liberté commune des temps qui allaient suivre; il fut le prince qui effectua le déblai de la vieille société féodale de France, d'où devait, dans la suite, s'élever ce qui à juste titre a été nommé chez nous, comme ailleurs, la Renaissance.
Si Louis, dont les principes de gouvernement étaient meilleurs que la plupart de ses actes, brisa la puissance des grands avec ruse et violence, son despotisme, prudemment calculé, favorisait la bourgeoisie et sut mettre de l'ordre et de la régularité dans l'administration politique et judiciaire de son royaume.
C'est sous le règne de Louis XI, de 1461 à 1483, que s'éleva le dernier style ogival qui porte le nom de /Haiiiboyant. C'était un