‹ Histoire générale de l'architectureChapitre 4 sur 108 · Comment, ad Ep. II ad TimoLh.^ c. ni · texte numérisé non relu

Comment, ad Ep. II ad TimoLh.^ c. ni

Qii LIVRE TROISIEME.

la raison liumaino, qui se rcWoltait contre l'abus de pouvoir et la foi aveugle, ainsi que contre les arrêts autoritaires de rp]glise. Cette légitimité se faisait sentir de temps en temps et s'attaqua h l'ossification d'une foi purement d'estime traditionnelle. Sans légitimité, aucun progrès ne serait possi])le au genre humain. Les vices et les griefs sous le rapport de la mo)-alité ecclésiastique n'étaient pas seulement restés en permanence depuis longtemps, mais ils avaient augmenté en étendue et en profondeur avec le temps.

On ne toucha pas aux doctrines de la foi ni aux moyens de salut, mais on mit à découvert les vices et les points vulnérables du clergé, et de sa discipline comme corporation morale et fermée. Ces vices devaient d'autant plus scandaliser, qu'ils reposaient sur une coutume sacrée et le triomphe de l'esprit sur la chair, ce levier de l'ascétisme, et (pu'. ces vices appartenaient à une époque qui avait montré l'abandon le })lus al)solu dans le saci'ilice de la fortune, du sang, de la tranquillité et du bonheur. On aperçoit tout d'abord la dégénérescence du symbolisme. Né comme un accessoire ou hors-d'ceuvre po(''ti((ue et intuitif de la nature humaine et des réminiscences de l'antique paganisme germanique et celte, le culte des saints avait pris une direction aussi grossière que bigarrée, fastueuse et surchargée. Le culte était moins destine' h la piété et à la consolation du peiqjle en peine de son salut, (pi'au gain matériel et d'utilité au clergé qui en prolitait : dans ce but il était aussi adroit ([ue persévérant. Aucun moyen ne ])arut faux ni indigne aux gouvernants ecclésiastiques et aux calculateurs intéressés; ils exploitaient les sujets élevés aussi bien que les vulgaires, les sujets anciens comme les nouveaux, et cela avec la même prestesse. La vierge Marie, les immortels patrons protecteurs et les martyrs de l'église militante et triomphante, ne suffisaient plus; les lieux saints de Rome, de Saint-Jacques de Compostelle et de Jérusalem abandonnée, ne suffisaient non plus au goût des pèlerinages dci» fidèles et à la passion pour le gain du corps qui veillait en calculateur habile à la conservation des bonnes doctrines. Le nombre des lieux où s'op('raient les miracles, où l'on raclietait ses péchés, où l'on adorait (pielque saint, se multiplia énormément dans le courant du quinzième siècle, surtout depuis les guerres d'Italie. Zurich, par exemple, possédait huit cents saints et deux cents saintes. Ghaflue affaire, chaque chose, môme lasypbilis, avait son divin patron. L'artificier adressait ses prières à sainte Barbe, l'homme alla([ué de

la variole implorait sainte Anne et Job. L'adoration des reliques, autrefois limitée au cei'cle étroit de la tradition et de la loi sacrées secoua tous les scrupules de la convenance et du sentiment du beau. Cette adoration suivit une voie déréglée, une direction fantastique, n'ayant en vue que d'offrir de nouveaux et piquants appas à la populace mobile, souvent grossière et ennemie du travail. Quant à l'homme éduqué et instruit, il se révoltait souvent contre ces manœuvres. On exposait à Trêves, en 1512, à ceux qui n'étaient point satisfaits de « la robe sans coutures du Seigneur, entre autres du lait de la Vierge, des morceaux de la vraie croix, du foin de Bethléem, la jambe de l'âne de Balaam, les pantoufles de sainte Glaire, le peigne de sainte Anne, les bottes de Joseph, le prépuce de Jésus et môme un fragment des ténèbres d'Egypte, et, enfin une penne de l'aile de l'archange Michel. » Si Luther n'était arrivé, disait avec raison l'abbé du monastère Neuhausen de Worms, ils auraient voulu persuader aux gens qu'ils avaient mangé du foin.

Ce qui donnait surtout prise sur le clergé, c'était sa décadence en fait de moralité et de science. Les auteurs du temps nous font connaître que des milliers de moines séculiers et cloîtrés étaient à pemo capables de lire leur bréviaire en latin: ils étaient tout à fait incapables de suivre le cours accéléré que parcouraient les sciences.

De nombreux passages, dans les œuvres des auteurs du temps, prouvent suffisamment que les ecclésiastiques ne mettaient aucun empêchement aux jouissances matérielles, mais qu'ils furent même les précurseurs dans cette voie qui était celle du grand nombre. Nicolas de Glamenges, célèbre professeur et proviseur du collège de Navarre, mort en 1440, s'explique à ce sujet assez longuement dans son ouvrage De corrupto Ecclesiœ statu, sous la rubrique de ruina Ecclesiœ (de l'année 1406). On retrouve déjà les mêmes plaintes dans le Liber gomorrhaeus du sévère et rigide cardinalévêque d'Ostie, Pierre Damien, mort en l'année 1072; on crut néanmoins, on ne peut plus sérieusement à cette époque, améliorer la moralité par la loi coercitive du célibat, tandis que, pour l'intelligent Grégoire VII, cette loi devint un levier sacerdotal politique contre l'État. La musique religieuse elle-même, image et expression de l'esprit du temps, devint molle, badine, souvent sensuelle; il arrivait parfois que les chantres étant en état d'ébriété pouvaient à peine se maintenir jusqu'à la fin des exercices pieux de commande.

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L'image de la mort, représentée depuis les maladies pestilentes des (quatorzième et quinzième siècles, avec un sentiment du vrai et d'une manière habile, avertissait mais n'effrayait plus, quoique les hautes et tristes murailles qui entouraient les églises, les parois moins sombres des hôtels de ville, rappelassent, avec une éloquence muette, la fin certaine des choses et des convoitises terrestres. Parmi ces danses des morts ou danses macabres, il en existe une dans l'église Notre-Dame de Lûbeck, du milieu du quinzième siècle, car elle est citée dès l'année 1463: il y en avait une autre très célèbre du peintre Nicolas Manuel de Berne, qu'il avait exécutée dans le couvent des Dominicains de cette ville; elle n'a été conservée que par des représentations très fidèles: cette peinture datait de l'année 1516 à 1518. Dans un tableau placé dans le grand escalier de l'hôtel de ville de Bâle, on voyait des papes, des nonnes, des prêtres et des défenseurs séculiers de l'Église, précipités dans l'enfer par la main et sous la conduite du diable; on voyait aussi, sans rougir et sans amendement, dans un tableau du couvent Rilti de Zurich, les hauts dignitaires de l'Église coiffés du bonnet des fous. On riait là comme partout ailleurs des saillies spirituelles, mais toutes choses restaient comme par le passé. Les archevêchés, les chapitres métropolitains, les églises collégiales et les couvents ignoraient souvent la discipline et l'honnêteté sévères ainsi que les commandements de leur règle. On cherchait à imiter le luxe et l'éclat de la cour papale et on ne s'inquiétait guère de l'avenir, englouti qu'on était dans l'actualité. Excepté Ximénez en Espagne, nulle part dans le reste de la chrétienté il ne s'éleva de réformateur des ordres religieux. Par des querelles, l'ivresse, la débauche, la grossièreté et l'ignorance, ces derniers devinrent un sujet d'horreur et çà et là d'ennui de la part des laïques qui observaient, examinaient et réfléchissaient. « Si vous autres prêtres, répondit l'empereur Charles V à Augsbourg, au prélat qui lui faisait ses doléances, étiez pieux, vous n'auriez eu que faire d'un Luther». Ce fut en vain que, dans la seconde moitié du quinzième siècle, l'abbé Gonthier demanda une réforme au couvent Saint-Pierre d'Erfurt, de l'ordre des Bénédictins, anciennement si moral et si intellectuellement cultivé. Il échoua devant cet abaissement invétéré. La congrégation qui, vers 1320, possédait quinze mille cent sept couvents dirigés par des abbés, soi-disant le tiers des biens-fonds de la chrétienté, n'était plus capable d'un essor ni d'une réforme: la

chaii' consumait l'esprit, la jouissance effrénée des sens dévorait la dignité de l'âme ; du ciel toutes choses devenaient terrestres et se moquaient de la discipline. Mais malgré tout, l'orgueil et l'arrogance du passé se maintenaient dans les communautés conventuelles sans souffrir d'atteinte. Appuyé sur la règle, la tradition et l'usage, on bravait les remontrances en les employant comme les piliers d'une puissance éternelle ; on se Loucha les yeux et les oreilles, pour ne voir ni entendre les signes et les faits qui annonçaient un revirement nouveau. La papauté elle-même n'osa porter la main sur les Dominicains. Alexandre VI disait qu'il aimerait mieux lutter avec les rois les plus puissants qu'avec les frères de saint Dominique. Ces paroles ne fussent-elles qu'une défaite, elles témoignent néanmoins •de la puissance considérable de ceux qu'elles concernaient.

L'éducation emboîta le pas avec la décadence de la discipline et de la moralité ; abandonnée par la science et le dévouement professionnel, elle penchait de plus en plus vers le trivial et la bassesse. Gomment celui qui avait charge d'âmes pouvait-il, conscient de ses fautes, soigner avec inspiration le troupeau qui lui était confié, ■entouré qu'il était de concubines, d'enfants et de parents cupides! On épouvanta par conséquent les fidèles qui lui étaient confiés, soit par l'image du diable, des sorciers et des malins esprits, soit en les récréant par des farces qui tuaient le temps ou par les histoires insensées des saints. L'un racontait les facéties de saint Pierre, ■comment il avait trompé ses hôtes, un autre criait comme le coucou, un troisième caquetait comme une oie. Les supérieurs firent les aveugles en présence des désordres, soit qu'ils fussent en général à la recherche des plaisirs mondains, ou qu'ils subissent les conséquences de la direction ignominieuse mais commode de l'éducation et •de l'instruction du temps. Au nombre des causes principales de cette ruine, il faut ranger l'entrée dans les ordres de quantité déjeunes ■campagnards qui, pour plaire à leurs parents, choisissaient de bonne heure, comme garçons, sans vocation et sans amour, la carrière ecclésiastique : on eut parfaitement conscience des résultats de ce fait, mais on n'y mit aucun obstacle à cause de sa commodité et ■encore par intérêt.

Les conciles de Constance (en 1414) et de Bâle (en 1431) avaient généralement fait connaître la décadence dans laquelle se trouvait l'Église et avaient fait reprendre courage, quoique cette conscience

se nuançât naturellement diversement chez les fidèles. L'incapacité et la corruption morale du clergé furent généralement senties et déplorées, La cour de Rome consentait volontiers à renouveler derechef les instructions disciplinaires tant et tant de fois déjà rappelées; mais dès qu'une réforme de la curie elle-même ou des modifications dans les dispositions importantes qui étaient favorables à ses intérêts étaient demandées, elle s'y opposa avec opiniâtreté et en persécuta les auteurs. Révoltés de l'excès d'abomination, quelques hommes isolés, d'une puissance élevée d'esprit, se montrèrent comme accusateurs intrépides et ardents: ils furent persécutés et assassinés. Le moine Carme Thomas Gonecte ayant prêché la morale en Flandre, fut brûlé h Rome en 1432. Le Dominicain André, archevêque de Laubach et cardinal dans la Garniole, très désenchanté de la sainteté papale, à laquelle il avait cru loyalement, mais amèrement désillusionné comme ambassadeur impérial à Rome, fut raillé et persécuté par Sixte IV, lorscju'il crut devoir en toute innocence lui faire des représentations évangéliques et demander un nouveau concile à Bâle (en 1482i, pour obvier à la corruption criante du temps: il mourut en prison dans cette ville en 1484. Jérôme Savonarole, Dominicain à Florence, commença également à s'élever contre les immoralités et les affaires jjolitiques non seulement en censeur, mais encore en pro])lièle: il fut victime de la haine de la cour de Rome, et brûlé à Florence en 1498. Jean Vitrarius de Tournay condamnait également la corruption ecclésiastique, « Il vaudrait mieux couper la gorge à son enfant, disait-il, que de le mettre en religion non réformée. Quiconque entendait la messe d'un prêtre tenant une femme en sa maison pèche mortellement. Le chant de musique, qu'on exécute à Notre-Dame, n'est que de paillardise et provocation de })aillar(lise. » Toutefois Jean se rétracta en 1498, Tous ces hommes attendaient encore de nouvelles institutions et de nouvelles lois pour remédier aux plaies de l'Église, Mais le Chartreux Jac({ues, àEifurt. jeta un regard plus profond dans cette décadence ecclésiastitpie, lorsqu'il déplorait la masse énorme d'opinions et d'usages superstitieux : et le maître es arts de la Sorbonne, Jean Laillier, avait conscience (en 1484 et les années suivantes: de la corru|iii])ilité et Je la puissance coercitive de la hiérarchie ecclésiastique; car la religion, disait-il, avait perdu sa véritable force en faisant une fausse application de cette puissance en la sécularisant. En Allemagne le caractère national. ])lus fortement enclin

à la piété du cœur, mais aussi à l'instigation des Hussites, amenèrent une pénétration plus profonde qui reconnut Forigine du mal dans la corruption de la doctrine ; on commença donc à retourner à l'étude de l'Écriture sainte comme offrant la source la plus pure. Alors aussi Jean de Wcsel, docteur en théologie à Erfurt, plus tard prédicateur à Worms, attaqua les erreurs sur lesquelles s'appuyait la hiérarchie ecclésiastique; il prescrivait le retour à l'Écriture sainte comme la source de la foi, mais il dut se rétracter à Mayence en 1479 et terminer sa vie en prison en l'année 1482. Par contre Jean de Goch, prieur d'un couvent de religieuses de Malines et qui mourut en 1475, put enseigner, sans attaques ni troubles, que la liberté chrétienne formait l'âme de toute vertu chrétienne, et un plus profond athlète, Jean Wessel, put terminer tranquillement ses jours en 1489, en prêchant activement ses doctrines réformatrices à Cologne, à Louvain, à Paris et à Heidelberg, quoiqu'il exposât une doctrine que Luther reconnut plus tard comme concordant tout à fait avec la sienne. On voit par ce qui précède que, quekpie différent que fût le jugement porté sur la dégradation de l'Église, le sentiment d'une réforme était généralement répandu. 11 n'est donc point étonnant que ce désir se traduisît en espérance et que cette espérance devînt une attente positive qui se formula même dans certaines prophéties. Dès la fin du quatorzième siècle et surtout pendant le quinzième, la hiérarchie ecclésiastique fut souvent ébranlée; malgré de nombreuses tentatives d'amélioration et d'institutions nouvelles, la moinerie n'en devint que plus méprisable. En dépit des persécutions, la liberté de conscience s'était manif^tée dans <juelques pays, d'une manière plus indépendante et plus ostensiblement que dans d'autres, principalement dans l'exercice de la religion et de la constitution de l'Église; mais elle ne put encore vaincre la superstition, offrir un aliment plus abondant aux doctrines religieuses, aux fêtes, aux cérémonies, aux saints nouveaux, comme enfin au commerce des indulgences. Dans beaucoup de couvents les écoles étaient tombées ou supprimées; celles qui subsistaient ne furent actives que dans l'enseignement de subtilités scolastiques ; les hautes écoles ne profitaient qu'aux savants, tels que l'époque pouvait €n produire; les sermons n'étaient en partie que des dissertations théologiques et stériles, ou des louanges mystiques des saints : enfin des expositions allégoriques et grossières, dans lesquelles apparais-

saient quelques bons préceptes faiblement instructifs, mais non aptes à donner quelques lumières sur les sujets religieux.

Quant à la fondation des écoles municipales, elle n'amena qu'un léger commencement dans l'amélioration de la pédagogie.

Tout ce que nous avons reproduit dans cette introduction offre donc le tableau de la décadence profonde et complète de la civilisation basée sur les conceptions juives, et la preuve de la ruine de la religion et de l'ensemble du moyen âge qui dut se soumettre à sa fatalité et faire place à la glorieuse Renaissance qui fut une fête et un soulagement pour les peuples européens.

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