Poïitiaiii cpislolœ, 1. IX
plus aux envahissements des Turcs contre lesquels ils demantlèrent des secours. Ainsi Pliilelphe, qui lit Jjaptiser sous le nom de Xénophon son fils qui avait pour mère une Grrecque, demandait deux ans avant la chute de Gonstantinople. dans un éloquent et persuasif mémoire, adressé à Charles A'II, roi de France, de déclarer la guerre aux ennemis de la foi et de la civilisation; mais il n'eut point de succès, comme on devait s'y attendre. Le prince et la nation restèrent inaccessibles à ses adulations ({ui leur décernaient le prix de la virilité et de la générosité pour la victoire finale remportée sur l'Anglais brutal et pour laquelle il leur souhaitait bonheur.
A cette essence cosmopolite, sans être liée k aucun peuple en particulier, à aucune patrie spéciale, s'unissait aussi la variabilité des auditeurs et des lieux. Italiens et Grecs voyagaient de ville en ville comme professeurs et interprètes de la langue et de la science classiques, tantôt à la cour des princes éclairés et libéraux, surtout à Milan, Xaples et Florence, tantôt à la barre de bourgeois et de conseillers riches et avides de science, comme il arriva à Venise et à Sienne. Ce ne furent pas tant les émoluments accidentels ou annuels qui stimulèrent les nouveaux docteurs en science, mais uniquement l'approbation et la protection qu'on leur accordait; souvent aussi la trau([uillité ou la dispute décidaient de la durée plus ou moins longue du séjour, les menées, la jalousie et la discorde des partis mêmes n'y furent pas indifférentes. Car agitée et querelleuse comme était l'époque, surtout en Italie, les soutiens de la même science, à part leur action commune contre la scolasticpie, arrivaient facilement et volontairement à des querelles plus personnelles f£ue littéraires. Ce fut ainsi (jue Pogge se disputait avec Philel])he et Laurent A'alla, Politien avec ]\Iarullus à Alilan et Bartholomeo Scala à Florence, véritables combats de coqs qui plaisaient autant aux combatttants cpi'aux spectateurs, vulgarisant et popularisant les sujets discutés. C'est ce qui fait reconnaître facilement l'esprit du t('m])S et la décadence du génie de la chevalerie non encore entièrement éteint, mais auquel appartenaient les docteurs ambulants de la science avec leurs disciples, munis de la plume et de la parole.
La profondeur du génie des Italiens i[ui avait produit tant de grandes œuvres, tant de créations extraordinaires, en politique, eu poésie et dans la réflexion, ne se contenta nullement d'une direction grammaticale et dans l'art de bien dire ni ])lus ni moins d'une action
théorique. Leur génie embrassa la substance du passé, il s'occupa sérieusement de philosophie, d'éducation et de moralité. Cette voie fut prise par une faible minorité mais non moins importante. A cette minorité appartinrent surtout Marsiglio Ficin, le prince Pic de Mirandole et Vittorino de Feltre, triumvirat qui, quoique modeste, travailla dans un but unique.
Si l'on observe ce qui leur est spécial, personnel, les Italiens apparaissent tout d'abord, par leur naissance et leur position, destinés à la culture de la langue et de la littérature romaines. Car une indifférence croissante et une réserve envers l'Église comme gardienne supérieure non seulement de la foi du moyen âge, mais encore de son énonciation, aplanirent la voie à la nouveauté en fait de réilexion, de sentiment et des lettres, tandis que la fierté nationale, souvent illusionnée dans la vie réelle, et lasse des tourmentes des partis, cherchait l'unité et la force auprès des ancêtres, ces conquérants et dominateurs du monde, et espérait aussi, en ressuscitant l'ombre intellectuelle de leur langue, donner cà la science et à l'art, la garantie d'un avenir meilleur. Car depuis longtemps Rienzo et l'éphémère république romaine avaient prouvé ce que l'amour de la patrie et de la liberté, l'élan primitif et élevé de l'imagination, pouvaient produire. Ce fut de cette ardeur nationale souvent surabondante que s'éleva eu partie le mysticisme littéraire de Boccace, de Pétrarque et de leurs disciples directs. A ces derniers appartient spécialement Jean dit Malpaghini de Ravenne, l'inconstant mais infatigable et laborieux ami et disciple de Pétrarque, professeur de langue latine et de rhétorique à Padoue et à Florence, mort en 1397, le véritable fondateur et père de la première et féconde école de pliilologir, (lui étendit, mais lentement, le cercle enseignant et l'activité littéraire sur le terrain du grec. Une essence vigoureuse, prête au combat, dominant les finesses les plus étudiées, la construction de la langue, de l'oreille, de l'harmonie, de l'accident, de l'arrondissement du discours, mais par-dessus tout le mouvement étonnant pour rechercher et utiliser les ressources acquises, surtoiit des manuscrits, des médailles et des pierres gravées, toutes ces qualités encouragées par l'intérêt et la générosité d'amis opulents et de protecteurs, donnait de l'élan et lies succès aux affaires littéraires, augmentait le fonds et avec lui le nombre des amateurs. Car il fut bientôt de bon ton d'apprendre le latin classique, les études des humanités semblaient d'après leur
qualification en opposition tranchée avec les onivres intellectuelles en usage jusqu'alors, œuvres en dehors du sentiment populaire et d(^ la voie pour laquelle elles étaient destinées.
Nous n'avons pas à nous occuper des circonstances, des rapports biographiques des hommes moins créateurs qu'actifs qui ont propagé par la parole et la plume la semence qui venait d'être jetée, qui cultivaient la plante délicate qui venait de naître, en la jirotégeant de l'ivraie et des insectes malfaisants.
Ce fut avec Guarino de Vérone ;de 1370 à 1460 ., disciple de Jean de Ravenne et professeur actif des deux langues grecque et latine à Florence, à Bologne, à Padoue, Venise et Ferrare, qui lutta durant la première moitié du quinzième siècle et comme collecteur de manuscrits grecs et professeur public des deux langues et des branches diverees de littérature à Florence et à Ferrare, tpie lutta, disons-nous, Guarino avec le Sicilien Jean Aurispa de 1369 à 1459 . Tous deux, nonagénaires et des premiers parmi les précurseurs des nouvelles études, étaient surpassés en connaissances d'une grande ampleur, en sagacité et en expositions vives et nettes, par l'ardent et querelleur Pogge Bracciolini ide 1380 à 1459^, né dans les environs d'Arezzo, d'origine obscure, jeune encore, sous la discipline de Jean de Ravenne et du Grec Emmanuel Ghrysoloras, et élevé tellement ensuite par ses facultés et par ses connaissances qu'il fut pendant cinquante ans employé comme secrétaire apostolique: ses fonctions lui donnèrent des loisirs pour s'adonner à des voyages et à des travaux scientifiques : à ï'dgG de soixante-douze ans il se rendit à Florence pour v occuper le poste de chancelier de la république; il mourut en terminant sa vie active et aventureuse, à l'âge de soixante-dix-neuf ans, dans sa maison de ^'aldarno. Son principal mérite ne consistait pas dans la perfection acquise de la doctrine, mais bien dans son zèle ardent,, infatigable, souvent dangereux, onéreux et pénible pour la découverte de manuscrits qu'il rechercha au delà des Alpes, en Suisse, en Allemagne, en France et même en Angleterre. ([u"il publiait ensuite avec prom])tit\ule et succès. C'est ainsi qu'il découvrit lui-même à Saint- Gall, dans une tour obscure et malpropre, les Institutions de Quintilien, plusieurs livres de V Argonautiiiiie de "N'alerius Flaccus, les Commentaires de l'éloquent Asconius Pedianus sur huit discours de Cicéron, tandis qu'un moine de Trêves lui envoyait uii manuscrit de Plauto peut-être aussi un autre de Lucrèce, en échange d'argent et
(le remerciements. Car ces barbares, comme les appelait non sans raison cet Italien si gonflé d'amour-propre, n'avaient nullement conscience des trésors qui dans des recoins poudreux attendaient chez eux quelque savant allant à leur découverte et pour ainsi dire à leur délivrance.
Gomme écrivain, le Pogge, qui traitait surtout des sujets populaires de philosophie et l'histoire, a développé autant de profondeur et de solidité dans les études, qu'une manière spirituelle dans leur exposition.
Léonard Bruni, nommé l'Arétin d'après sa ville natale (de 1370 à 1444), initié à la langue latine par Jean de Ravenne, à la langue et à la littérature grecques par Emmanuel Ghrysoloras à Florence, influa sur la littérature classique latine et grecque, uniquement comme fonctionnaire et comme auteur. Il dut cette influence à sa position, à ses penchants et aux facultés que lui avait données la nature. Chancelier à Rome et à Florence pendant de longues années, il eut l'occasion et même la vocation de développer ses aptitudes diplomaticjues et historiques par la réflexion et son activité professionnelle; il ne fut pas seulement souple et élégant dans l'expression verbale des deux langues, mais il est évident que les types anciens qu'il étudia eurent de l'influence sur la politique et l'histoire moderne de Florence qu'il écrivit, et qu'il eut une correspondance féconde dans laquelle il témoigne de la connaissance qu'il avait de son époque, et qu'il fut d'un secours riche et abondant, par ses conseils et son action, à l'étude de l'anticjuité, et particulièrement aux traductions. Ce fut encore ainsi que Niccolo Niccoli (mort en 1437), Florentin riche, intelligent et spirituel, hâta par un commerce actif, et en procurant libéralement les moyens d'étendre l'industrie de la copie des manuscrits, l'action, la valeur et la forme de l'étude croissante des œuvres littéraires et des langues latine et grecque. D'un autre côté Laurent Yalla (de 1400 à 1456), Romain, toujours prêt à batailler, fut actif par la parole et la plume, savant profond, avec une finesse supérieure dans la langue et la critique — traducteur en latin d'Hérodote et de Thucydide — et François Philelphe dé Tolentino (de 1398 à 1461), un peu trop badin et trop orgueilleux, mais surtout puissamment actif qui passa la plus grande partie de sa vie à Florence sous Gôme et Laurent de Médicis, chef d'une école de philologie, actif par la parole et la plume jusque dans une vieillesse avancée, aimé des uns, haï des autres. Enfin dans
la seconde moitié du quinzième siècle, le nol)le Vénitien Hermolaus Barharo ide 1453 à 1493) et le bourgeois florentin Ambrogini, nommé d'habitude Ange Politien ide 1454 à 1494) du lieu de sa naissance, Monte Pulciano : il n'eut peut-être pas son pareil sous le rapport de l'ampleur et de la profondeur de ses connaissances, la rigueur de sa critique et la beauté de ses sentiments poéticjues; il était de plus d'un caractère ouvert, aimable, mais atteint d'assez de vanité pour qu'il expliquât ses propres poésies tout en s'occupant à commenter les classiques. Son ami intime Marsiglio Ficin et Pic de la Vlirandole, appartiennent plutôt à la classe philosophique, qu'au domaine de la langue et de l'éloquence, quoiipi'ils y fussent naturellement versés avec une grande perfection.
Si une noble passion d'apprendre, si une disposition ardente et juscfu'à un certain point romantique, avaient stimulé l'élan de l'esprit, par les études romaines, élan (fui dirigea cette passion pour la connaissance delà langue et de la littérature grecques, l'Italie eut un aiguillon actif dans les souffrances et les dangers courus ])ar les Byzantins, pour lesquels on avait montré jusqu'à lors de l'indifl'érence ou même de la haine. Moins cette haine dans le schisme de la chrétienté, appela de secours énergiques contre l'invasion des ennemis mahométans de la foi, plus au contraire la compensation fut considérable sous le rapport du Ijien intellectuel, à l'abri des attentats matériels. Des émigrants volontaires ou forcés de l'Orient furent acquis à l'Occident cultivé et particulièrement à l'Italie, soit comme témoins vivants d'une dette d'honneur formée par la faiblesse et la discorde, soit comme hérauts et maîtres d'une science ol)scurémeut pressentie mais réputée nécessaire. Alors s'éleva comme patriarche primitif et fondateur d'une école littéraire Emmanuel Ghrysoloras (do 1350 à 1415\ appartenant à une famille ancienne et distinguée, d'une culture profonde et variée, de mœurs pures qui empêchaient l'avarice et la vanité. Il fut envoyé par l'empereur Jean Paléologue auprès des puissances de l'Europe pour en obtenir des secours en hommes et en argent contre les Turcs. Il se plut tant en Occident ([u'après avoir rendu compte de sa mission à l'empereur, il revint en Italie, d'abord à Venise et puis à Florence où il fut nommé professeur de langue grecque en l'année 1396. .Lorsf|ue. l'empereur Emmanuel vint en Italie vers la fin du quatorzième siècle, il attira Ghrysoloras à Milan, où il enseigna également le grec ; peu après
Jean Galéas, duc de Milan, l'engagea à venir à Pavic. En 1404 il alla comme ambassadeur d'Emmanuel d'abord à Venise, et dans la môme année, sur les instances de son élève Léonard Brunus, il alla à Rome. En 1413 il accompagna le cardinal Zabarella envoyé auprès de l'empereur Sigismond pour convenir du lieu où devait se tenir \m concile futur. Enfin, après être retourné à Gonstantinople, l'empereur grec l'envoya avec d'autres ambassadeurs au concile de Constance, ouvert en l'année 1414. Ghrysoloras mourut le 15 avril de l'année suivante. Complètement naturalisé et maître de la langue latine, il travailla très activement à répandre la langue et la littérature grecques : il eut de grand applaudissements et le bonheur de voiises efforts couronnés de succès. Des jeunes gens et des hommes d'un âge mûr, tels que Niccolo Niccoli assistaient à ses conférences sur Homère, Platon et Démosthène; ses disciples comme Philclphe, Pogge, Léonard d'Arezzo, qui avouait lui-même « qu'il revoyait dans ses rêves ce qu'il avait appris pendant le jour^), glorifiaient son nom. Il n'y eut pas jusqu'à la curie romaine, si craintive et si méfiante, qui ne rendit hommage à cet étranger, en l'envoyant comme amljassadeur à Constance, ainsi que nous l'avons dit, où il mourut dans un âge peu avancé.
Constantin Lascaris, parent de Jean, tous deux de race impériale et fixés en Italie comme fugitifs après la chute de Constantinople, enseigna avec im éclatant succès, en présence de compatriotes et d'étrangers, à Rome, à Naples et 'à Messine; il mourut en 1493. Gomme auteur il s'est surtout distingué par sa grammaire, premier livre grec imprimé en Italie, avec la date du 30 janvier 1476, in-4"; Jean Bessarion, né à Trébizonde en 1395, avait fait ses études à Constantinople ; entré dans l'ordre de Saint-Basile il étudia l'éloquence sous Gemiste Plethon, un des plus grands admirateurs de Platon, admiration qu'il sut faire passer à ses élèves. Les empereurs de Byzance et de Trébizonde employèrent Bessarion dans différentes ambassades; l'empereur Jean Paléologue l'emmena, comme archevêque deNicée,aux conciles de Ferrare et de Florence, où il s'employa beaucoup pour amener l'union des deux Eglises grecque et latine. Pour le récompenser le pape Eugène IV le nomma cardinal. Bessarion resta en Italie et s'y adonna à l'étude de la langue latine. Nicolas V lui conféra la dignité d'évêque de Tivoli et la mission de cardinal-légat à Bologne, où il fit de grands efforts en faveur et
pour l'avancement des sciences. Sous Pie II Bossarion fut nommé patriarche de Constantinople. Il mourut en 1472, à Ravenne, après avoir été chargé d'une ambassade en France par Sixte IV, mais qui fut malheureuse. Il avait étal)li une lilihliothèque considérahle pour les savants fugitifs grecs qui s'étaient retirés en Italie à la suite de la prise de Constantinople et qu'il avait protégés tout particulièrement. Cette l)libliothèc|ue se composait surtout d'auteurs classiques de l'antiquité, et contenait six cents manuscrits qui lui avaient coûté 653 600 francs de notre monnaie actuelle. Bessarion a traduit en latin les mémoires de Xénophon, la Métaphysique d'Aristote et de Théopliraste ; il avait activement contribué à l'élude sérieuse de la langue et de la littérature grecques, à celle encore de la philosophie de Platon, qu'il défendait avec génie sans rabaisser Aristote, et s'ac- ({uit ainsi une gloire impérissable. Gémiste Plethon, né à Constantinople, fut protégé dès l'année 1426 par l'empereur Emmanuel Paléologue; en 1438 il assista au concile de Florence: d'abord grand adversaire des Latins, auxc[uels il se rallia dans la suite. C'est à lui qu'on doit la renaissance de la philosophie de Platon en Italie : ce fut lui au moins qui la fit aimer à Côme de Médicis, ce qui eut pour résultat de la répandre et de la faire généralement apprécier. Gémiste eut de forts démêlés avec ses compatriotes et, par suite, il retourna dans sa patrie vers 1441, où presque âgé de cent ans il exerça une charge de juge en Morée jusqu'à sa mort en 1451. On a de lui des notes sur Thucydide, une dissertation sur le Saint-Esprit, deux discours sur les transactions politiques du Péloponèse, un extrait en latin des dix premiers livres de la géographie de Strabon et t-'ufin l'oraison funèbre de l'impératrice Cléopé, morte eu 1433. Démétrius Clialkondylas, né à Athènes en 1428, élève de Théodore Gaza, vint en Italie en 1447: il séjourna à Rome pendant quelques années; en 1450 il se rendit à Pcrugia, où Campanus fut son élève. Plus tard, vers 1471, Laurent de Médicis l'attira à Florence après qu'il eut enseigné le grec à Padoue de 1463 à 1469. Il vécut à Florence jusqu'cà la mort do Laurent en 1492; de là il se rendit à Milan, où il enseigna la langue et la littérature grecc[ues jusqu'à sa mort, arrivée en 1511. On a de lui une grammaire grecque et des éditions des œuvres d'Isocrates, d'Homère et de Suidas. Jean Argyropulos, né à Constantinople en 1415, visita l'Italie vers 1434; il passe pour avoir été recteur de l'université de Padoue en 1443. Il avait
abandonné sa patrie après la prise de Gonstantinoplc par les Turcs, revint en Italie, y obtint l'affection de Gôme de Médicis, fut le précepteur de Pierre et de Laurent, ses fils : fuyant la peste, il se réfuj^na à Rome, oi^i il se procura une grande aisance en expliquant publi([uemcnt les œuvres d'Aristote; il fut maître d'Ange Politien, de Donatus Acciaiolus et de Jean Reuchlin, et mourut de la fièvre vers 1490, à l'âge de soixante-quatorze ans. Ayant été appelé à Florence en 1456, il y enseigna le grec pendant quinze ans et y eut de grands succès. Orand admirateur de la philosophie d'Aristote, il s'occupa beaucoup des œuvres de ce grand homme; il traduisit sa Physique en latin, les livres sur le ciel, de l'âme et l'éthique, un commentaire sur la morale nicomachéenne, etc. Argyropulos a puissamment contribué à ouvrir la voie au retour de la science et de l'érudition. Au nombre des Grecs qui vinrent en Italie nous citerons encore Théodore Gaza, né à Thessalonique en 1398: il arriva dans ce pays en 1430, antérieurement à la prise de Gonstantinoplc. Après s'être initié aux principes de la langue latine sous la direction de Victorin de Feltre, à Mantoue, il enseigna le grec comme premier recteur de l'Académie établie à Ferrare, de 1441 à 1450, Le pape Nicolas V l'appela à Rome en 1451, pour lecpiel il traduisit plusieurs auteurs grecs. Ayant présenté au pape sa traduction latine de l'Histoire des animaux. d'Aristote, reliée magnifiquement et n'en n'ayant reçu que cinquante écus d'or en retour, il jeta cette somme dans le Tibre en s'écriant « pereant nummi, pereant labores » ; il retourna bientôt après à Ferrare et ensuite dans l'Abruzze, où Ressarion lui procura un bénéfice; il y mourut en 1478, au moment d'entrer dans sa quatre-vingtième année. Il a écrit une grammaire grecque en quatre livres, estimée encore de nos jours, et traduit les Problèmes d'Aristote avec ceux d'Alexandre d'Aphrodisias, la 7'«c^içne d'Elien, le Traité delà composition de Denys d'Halycarnasse, et l'Histoire des plantes de Tliéophraste. Gaza a mis en grec deux ouvrages de Gicéron, le Traité de la vieillesse et le Songe de Scipion; il est encore l'auteur d'une paraphrase en grec de la Ratrachomyomaachie, et enfin d'une lettre en grec à Philelphe, sur l'origine des Turcs.
Parmi les Italiens, disciples des Grecs, que nous venons de nommer, se distinguèrent surtout Pogge, Philelphe, Politien et Victorin de Feltre, Ce dernier fut presque le seul esprit pédagogique pratique qui, de mœurs pures et d'un désintéressement réel et sous la
protection du comte François de Gonzague, fonda une école et une maison d'éducation pour la jeunesse noble et des classes élevées, ce qui lui valut une réputation distinguée et bien méritée.
En deçà des Alpes il y eut peu de Grecs et d'Italiens qui enseignassent verbalement; le Grec Andronique Kontoblacas professa sa langue à Bàle en l'année 1474, Andronique Galliste de Thessalonique vint en France dans la seconde moitié du quinzième siècle, et Hermonyme de Sparte fut le premier Grec de naissance c[ui professa la langue et la littérature grecques en France; quelcjues Italiens y vinrent aussi ; mais à peine laissèrent-ils de leurs traces. Il n'en fut pas toutefois de même des hommes intrépides qui d(^ l'Allemagne, de l'Angleterre et d'ailleurs se rendirent en Italie, d'où ils rapportèrent une ample moisson. Parmi eux il faut nommer en tête Rodolphe Agricola, Conrad Celtes, Jean Reuchlin et Erasme de Rotterdam. Agricola, né en 1442, de parents riches, dans un village auprès de Groningue, fut initié aux études classiques par Thomas a Kempis à Zwoll, ensuite il le fut encore à Louvain et puis à Paris, Il poursuivit ces études par une vocation toute particulière, et s'étant perfectionné dans le latin et le grec, il visita plusieurs fois l'Italie. Agricola fut le premier Allemand qui se distingua dans son pays par ses discours et ses conférences; il y fit preuve non seulement de son érudition, mais encore de beauté et d'élégance dans l'élocution et dans la délicatesse de sa prononciation : il fit l'admiration du public. De retour en Allemagne, il réussit à faire progresser l'éloquence et les sciences. Ardent, d'un caractère ouvert et indépendant, ayant une cori-espondance étendue, on pourrait le nommer un des chevaliers errants des sciences archéologiques en Allemagne. Il mourut en l'année 1485. Conrad Cehes, disciple d'Agricola, né en 1459, alla entendre les grands docteurs de l'Italie : il fut imitateur heureux de la poésie latine do l'antiquité; l'empereur Frédéric III le couronna à Nuremberg en 1487 comme Poeta Cœsareus laureatus, poète lauréat impérial, honneur qui n'avait été accordé jusc[u'alors à aucun littérateur allemand. Celtes travailla avec succès à répandre la science nouvelle dans les hautes classes. Il fut le premier qui introduisit en Allemagne l'étude de la langue grecque : avec un zèle infatigable il forma de jeunes élèves auxquels il chercha à inculquer l'amour de la littérature classique; il mourut en 1508, étant seulement âgé de quarante-neuf ans. Celtes fut encore fondateur des deux sociétés sa-
vantes du Rhin et du DanuLo. Il avait sans doute pris pour modèle l'académie platonicienne de Florence, et dans ces fondations résidait sa plus grande force pour conil)attre les obstacles et les inimitiés manifestes des ennemis de la renaissance de la science et de la littérature classiques. La voie qu'il avait frayée par l'esthéticfue et l'histoire, fut suivie par ses amis et ses disciples directs, Pcutinger, Pirkheimer et Guspinien, et malgré ses faiblesses et ses défauts, cette voie fut peut-être la plus sûre pour réveiller les hautes couches de la société et pour en constituer les aides et les alliés destinés à combattre les défenseurs naturels de la vieille philosophie d'école, c'est-à-dire les moines et les scolastiques.
Par bonheur pour les études classiques, deux jeunes gens s'élevèrent et suivirent une carrière plus scientifique : ils arrêtèrent Tajjiatissement et l'éparjjillement de la science qui ne voulait être oratoire ni vocale, ni morale ni pédagogique. Ce mérite revint surtout à Jean Reuchlin et Didier Erasme. Le premier, d'un caractère ouvert, droit, mais prudent et circonspect, devint l'homme politique et le sage de l'antiquité ressuscitée, l'orateur qui savait animer, le bel esprit critique de l'étude de l'antiquité romano-grecque.
Jean Reuchlin, né à Pforzheim en 1455, vint jeune encore pour étudier à l'université de Paris, où il cultiva la langue et la littérature grecques; il s'occupa surtout d'Aristole, qu'il étudia dans le texte original. Il séjourna quatre ans à Râle, où il fut professeur extraordinaire et fit un emploi fécond des connaissances acquises. Mais non encore pleinement satisfait de ses devoirs de professeur, il se rendit à Orléans et à Poitiers et s'engagea dans les détours et les basfonds inextricaldes du droit romain, qu'il enseigna en même temps que la philologie à son retour en Allemagne, surtout à l'université de Tubingue, fondée en l'année 1477. En l'année 1482, Reuchlin accompagna en Italie le comte, plus tard duc de Wirtemberg, Evrard le barbu ; il y retourna deux fois dans les années suivantes, il s'y lia avec Marsiglio Ficin, Politien et Pic de la Mirandole; de retour dans sa patrie il fut nommé assesseur de la cour suprême, et à plusieurs ambassades extraordinaires. Après la mort de son protecteur en 1496, il fut obligé de se soustraire par la fuite aux persécutions de son fils, Evrard II : il vint à Heidelberg et y trouva un asile dans le palais du chancelier de l'électeur palatin, l'évoque de Worms, Dalberg. Là il chercha à se perfectionner dans ses études, ({u'il fit
profiler aussi à d'autres par sa société, des leçons et l'application. Il revint en 1499 dans sa patrie, après l'apaisement des troubles dont elle fut accablée, après être retourné à Rome chargé d'une mission de l'électeur palatin Philippe : là il présida pendant onze ans la ligue de Souahe, fonction qu'il dut à son érudition, sa connaissance des affaires et à l'incorruptibilité de ses mceurs.
Malgré les nomln-euses vicissitudes de sa vie, qui devait recevoir des contre-coups malheureux, Reuchlin s'appliqua avec ardeur et désintéressement à la culture des sciences, surtout sous le rapport des langues et de la pliilosophii'. Il était au service de quicontpie voulait apprendre : son savoir avait de l'étendue et de la profondeur, il connaissait moins le latin ([ue le grec et l'hébreu, il élevait les individus et l'école par des conseils et la pratique, composait des grammaires et des dictionnaires : il encourageait la recherche des manuscrits et les faisait imprimer. La vie active de Reuchlin contribua à amener le combat de la lumière avec les ténèbres, combat (pii remjîlit les propylées de l'histoire de la réforme en Allemagne. Le savant ardent, tranquille, assidu et infatigable, l'homme d'affaires et le politique réfléchi et discret, au fait des accidents de la vie, devait malgré lui devenir chef et conducteur du parti de la nouvelle école littéraire, ennemie de la scolastique et de la contrainte munaoale, dont elle sonnait l'attaque.
La seconde puissance C{ui avait pris insciemment la même tâche, s'éleva dans la personne d'Érasme de Rotterdam né en 1467. Son esprit ne plongeait pas, comme ses cocombattants antérieurs, dans la profondeur et non plus dans l'immensité, mais il s'adonna aux saillies imjtétueuses et à l'élégance. Il fut, comme cosmopolite, d'une grande activité pour le développement intellectuel de l'Europe, prenant personnellement une part ardente aux affaires littéraires de l'Itabe, de la France et de l'Angleterre; deBàle, comme dans sa patrie, il eut une inlluence décisive sur l'Allemagne : il fut un savant dans le sens le plus ample, infatiga])lement actif, il était pénétrant et plein d'esprit, ses pensées étaient lumineuses, ingénieuses, il aimait le beau et le vrai, il excellait dans l'exposition d'un sujet et surtout dans la langue latine. É rasme eut une part considérable par ses écrits, sa fré([uentation avec les hommes haut placés et les savants, à la situation intellectuelle de son époque, à son instigation et son appui rehitifs à des entreprises et des fondations littéraires, il concourut à
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la dilï'usion multiplo, la sûreté et la cousidératiou do la science et de l'art. Il réussit à faire mépriser le formalisme et la stérilité de la scolastique, en employant une verve sereine, un sérieux énergique ; il exposa dans toute leur nudité la superstition, l'ignorance, la sottise et la trivialité de la moinerie et de la pédanterie sans esprit qui était à sa suite : ses railleries leur firent des plaies incurajjles ; il s'ojDposa avec constance et gaieté aux préjugés c{ui naissaient et revêtaient une nouvelle vie, en les attaquant sous toutes leurs faces. La postérité a reconnu en lui un des instruments les plus habiles comme promoteur, et à préparer la réforme religieuse, c[uoiqu'il se gardât par crainte et prudence de participer ostensiblement à ce grand événement et c[u'il ne se départît pas du principe d'après lequel les idées peuvent par des rapports significatifs être insensililement rectifiées, mûries et même suscitées. Jl demandait qu'on cherchât soi-même ces rapports pour les découvrir, qui dans un sens propre, ne pouvaient leur être accordé à la légère.
Malgré la diversité de son action littéraire, Erasme n'avait cependant C[Vi'un but unique, la renaissance des études classiques au moyen de l'enseignement et de l'imprimerie. Ces études devaient ouvrir les issues closes du sanctuaire de l'antiquité, au moyen de grammaires, de dictionnaires perfectionnés, et puis encore par la connaissances des choses; la presse, de son côté, devait mettre en circulation un choix d'auteurs grecs et romains et agir encore par des traductions en langue vulgaire de ces auteurs. Sénètpio, Cicéron, Térence, Horace, Lucien et Plutarr[ue furent les favoris d'Érasme, auxcjuels il voua aussi ses soins et son attention. Personne autre ([ue lui d'en deçà des Alpes n'avait su donner avec autant de succès un corps à l'expression. A la clarté sans recherche il joignait la rigueur de pensée, et rendait dans des imitations la langue habituelle et cultivée de Rome, d'une manière exemplairement correcte et élégante. A ces imitations appartiennent surtout ses innombrables lettres, dialogues et proverbes, dans lesquels les sujets les plus divers de la vie journalière, sont traités d'une manière aussi délicate que spirituelle. Mais ses œuvres ne manquent pas non plus de peintures, de jeux de mots et d'expressions vigoureuses et équivofjues: car l'auteur suivait en partie le goût du temps, mais aussi ses propres fantaisies pour y trouver une compensation à la jouissance des sens dont il était privé. Quelquefois aussi il osait, cependant avec une modération ré-
fléchie, attaquer ironiquement quelque vice du temps. C'est ce qu'il a fait en particulier dans son célèbre Eloge de la folie, que Holbein orna de frappantes gravures qui rendirent l'œuvre populaire. Il est hors de doute que Lucien a servi de modèle à Tironie galante touchant surtout les moines et les prêtres.
La renaissance de l'étude des langues anciennes fut plus lente et poursuivie avec moins d'éclat dans les régions occidentales de l'Europe. Un coup d'œil sur l'histoire politique de la France au quinzième siècle témoigne de la position désavantageuse à l'avancement des sciences et au développemeni intellectuel de la nation. Jusqu'au milieu environ de ce siècle, la France fut le théâtre des plus affreuses discordes de famille sous Charles "\'I et des guerres sanglantes avec les Anglais, guerres qui furent sur le point de lui ravir son indépendance. Lorsque cette indépendance lui fut assurée sous Charles VII, par Jeanne d'Arc, aucun de ses rois ne montra un intérêt quelconque pour la littérature. Louis XI, quoique contemporain et même l'ami de Côme et de Laurent de Médicis, avait d'autres préoccupations que celle pour la littérature. Son successeur Charles "\'III, quoiqu'il fit faire une connaissance plus intime entre les deux nations française et italienne, n'eut aucune idée d'encourager les nouvelles humanités.
Parmi les plus ardents opposants de la scolastique, mais avec un médiocre résultat, il faut d'abord nommer Robert Gaguin, né à Collier sur la Lys, près d'Arras, dans les premières années du quinzième siècle ; après avoir fait ses études au monastère de Préavius il entra dans l'ordre des Trinitaires ; son supérieur l'envoya dans la maison des ]\Iatlnirins de Paris y étudier la théologie : il s'y distingua d'une manière particulière et telle qu'il fut nommé professeur de rhétorique en l'année 1463, à la place de Fichet emmené à Rome par le cardinal Bessarion ; et général de son ordre en 1473. Il mourut enlSOl, après avoir été chargé de diverses ambassades en Italie, en Allemagne et en Angleterre par les rois Louis XI, Charles YIII, Louis XII. Indépendamment de ses Annales, on a de lui une traduction des liuit livres des Guerres des Gaules de J. César, entreprise en 1485. Gaguin, homme très savant, était ami d'Érasme.
Parmi les humanistes français il faut encore ranger Guillaume Fichet, né en Savoie, nommé recteur de l'Université de Paris en l'année 1467; docteur en Sorbonne, il ])rofessa le matin, pendant
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vingt-deux ans, la tliéologio et la philosophie, et après midi il enseignait la rhétorique. En 1473 Sixte IV h' nomma son camt'riei- secret et son pénitencier. 0(^ fut en partie à Fichet (ju'on dût réta])lisscinont de l'imprimerie à Paris. Avec son ami Lapierre il lit venir Ulric Gering-, Martin Grantz et Michel Freiherger ; il les reçut dans la maison de Sorbonne. Le cours de rhétorique de P^'ichet fut h; premier professé méthodiquement en France, et Tune des premières productions de l'imprimerie de Paris. Son disciple Gaguin dit de lui : «C'est un homme de grande intelligence et de grand savoir, hahile dans la parole, qui a tiré les études de l'humanité des ténèbres où elles sommeillaient à mon époque ; il encouragea plusieurs à apprendre le latin et à le parler avec élégance. » Son enseignement ne fut certainement pas stérile, puisqu'il forma un disciple aussi distingué que Gaguin. Mais comme ce dernier nous l'apjjrend, Fichet n'enseigna que la langue latine.
Un Français, Jac((ues Le Fèvre d'Êtaples, humaniste distingu(', eut de son côté le mérite d'augmenter l'étude d'Aristote. ^'ers 1409, Evrard de Gonti, Picard, avait commenté longuement une traduction des Pro6/èmes d'Aristote; Nicolas Oresme traduisit Y Économique et l'Éthique politique du même auteur.
Pendant le quinzième siècle, ce fut l'université de Paris qui attira l'attention sur les nouvelles études classiques. C'est en 1430 que certains professeurs de grec, d'hébreu et de clialdéen demandèrent un salaire à l'université pour y enseigner ces langues. Une des quatre nations dont elle se composait, la française, leur accorda cette demande. Il parait que jusqu'à la chute de Constanfinople, la langue grecque fut à peu près .inconnue en France. Le premier (|ui l'enseigna réellement fut Grégoire Tifernas, Italien, qui avait étudié sous des professeurs grecs : il vint à Paris en 1458. En 1473 Grégoire Jérôme de Sparte fut le premier, après G. Tifernas, qui enseigna le grec à Paris, où il eut pour auditeur Reuchlin. Grégoire expliquait des morceaux tirés d'Isocrates et d'Homère : il se procura en même temps des bénéfices comme copiste habile ; car certains de ces auditeurs lui firent copier les morceaux qu'il avait expliqués ou sur lesquels il avait fait des commentaires. C'est encore ici qu'il faut nommer Andronique Gallistos, l'ami de Bessarion, qui après avoir enseigné peu de temps en Italie, vint à Paris, où il mourut. Un autre Grec, mais plus artiste que savant, Georges Clizès, fut recommandé par Philel))he au
roi Louis XI qui, en général, secourait les Grecs malheureux après la conquête de leur patrie par les Turcs.
La présence et les travaux de ces liommes développèrent chez nous l'attention pour les nouvelles études crrecques et romaines. Quelques Italiens aimant sincèrement leur patrie s'expatrièrent, non sans regrets, pour venir séjourner à Paris; d'autres furent même appelés pour professer. Au nomhre de ces derniers était Philippe Beroaldo l'Ancien, né à Bologne en 1453; tout jeune homme encore il eut de grands succès comme professeur dans plusieurs villes d'Italie, telles que Parme et Milan. La réputation dont jouissait l'université de Pai'is lui inspira le désir de la visiter : vers 1480 il fut invité à y venir enseigner publiquement la littérature ancienne. Il n'y resta ([ue peu do temps, car il fut rappelé dans sa patrie où il mourut en 1505. Jérôme Balhus (Balhi ou Balho) le suivit et vint à Paris en l'année 1485; en 1489 il obtint une chaire de belles-lettres dans l'université. Ayant eu des querelles avec un professeur français, (juillaume Tardif, il se retira en Angleterre en 1497, ensuite à \'ienne, et mourut en 1535; enfin il faut nommer encore Jérôme Alexander, plus tard cardinal, célèbre en Italie comme professeur de littérature grecc|ue et romaine, et qui fut également appelé à Paris, où il reçut un accueil favorable.
Au nombre des auteurs français qui contribuèrent encore puissamment à l'avancement des études classiques, était Gruillaume Budé, né à Paris eu 1467. Parmi ses œuvres philosophiques, ])hiIologi(|ues et de droit, son traité De Asse, et ses Commentaires sur la tangue grecque, en latin, sont surtout remarquables. Ce dernier ouvrage a beaucoup aidé à l'étude de la littérature grecque en France, et à la manièr(î dont le grec devait être cultivé logiquement. Budé a vivement censuré les désordres de la cour romaine et les dérèglements du clergé. Louis XII l'envoya en mission cà Bome ; François l*"' l'employa comme ambassadeur auprès de Léon X, (jni n'admira pas moins sa vaste érudition (j;ue sa capacité dans les aifaires. Ge fut lui qui détermina François r"" à fonder le collège royal et, de concert avec Lascaris, la bibliothèque de Fontainebleau. Ce furent ses efforts seuls qui empêchèrent le roi François I''' d'ordonner la suppression totale de l'imprimerie, demandée par la Sorbonne en 1533. Budé mourut en 1540.
Du temps de Budé, l'université de Paris maintenait sa réputation ]jlusicurs fois séculaire quoiqu'elle fût en décadence. La philosophie
scolastique et aristolélioune oxorçait un dcspolisiiK; coutro lequel personne n'osait s'élever. L'étude des langues grecque et hébraïque fut tellement délaissée (pie les professeurs de l'université ne connaissaient même pas de nom Homère, Platon, Sophocle, Thucydide etc. ; de là le proverbe du temps : grœca sunt, non leguntur; Aristotc n'était connu que par une traduction dans un lafin barljare. Sous le règne de François r"" un moine prêcheur dit en pleine chaire : « On a inventé une nouvelle langue appelée grecque, il faut s'en garantir avec soin. Cette langue enfante toutes les hérésies. Je vois dans les mains d'un grand nombre de pei-sonnes un livre ('crit en cette langue : on le nomme Nouveau Testament; c'est un livre plein de ronces et de vipères. Quant à la langue hébraïque, tous ceux ([ui l'apprennent deviennent juifs aussitôt. " Conrad Heresbach rapporte ci; fait dans son discours De Laudibus litlcraruin grœcarurii, de 1551, et dans son édition de Strabon de 1549. Enlin vers le milieu du seizième siècle, Claude d'Espence, docteur de Sorbonne, déclarait que de son tem])S on passait pour héréti({ue quand on savait un peu de grec et de latin. « Hoc rudi et inficcto scculo gru'ce posse suspectum, dit-il, hebraice « pêne hu'reticum fuit '. »
Le réveil de la critique philologique s'étendit luenlùL aussi à l'histoire : elle dévoila plus d'une illusion, elle ébranla plus d'une persuasion, sur lesquelles se fondaient la puissance et l'autorité traditionnelles, surtout la puissance, l'autorilé et le prestige du pape. L'histoire dévoilait des droits surannés et commençait à présenter enfin au temps présent le miroir lidèle du passé. Il faut citer comme historiens Claude de Seyssel, Guillaume Paradin, Michel de Castelnau, Machiavel, Guicciardin. J. Nai'di, Philippe de Nei'li, Jean Turnmayer, etc.
Dans le courant du ipiinzième siècle un esprit ])rogressif s'était donc emparé de la jevuiesse et même des générations mûres : ce[ esprit demandait peu de progrès nouveaux en politi(|ue, mais il en exigeait dans l'Eglise précisément par la renaissance des études classiques en Occident, cà laquelle se joignait le désir d'une réforme du chef et des membres ecclésiastiques, désir et tendance qui se manifestaient par la lutte avec la scolastique et ce qui en dépendait. La légitimité de ce désir se trouvait dans les droits imprescriptibles do