GUERRES D'ITALIE ET LA NOBLESSE FRANÇAISE
et tiennent à reprouchcs de gentillesse Lien lire ou bien escrire. » De retour de ses expéditions militaires le chevalier français méprise les Italiens à cause de leur mollesse, qui semble inséparable d'une haute culture de mœurs et d'intelligence. Toutefois les idées nées à la vue d'un art brillant, opèrent un changement dans son esprit, et imperceptiblement les sciences et les arts de l'Italie envahissent sa patrie. Le plus rude coup qui frajipa la vie féodale, fut celui qu'elle reçut du nouveau genre de guerre des temps modernes, l'introduction de l'artillerie et la prépondérance de l'infanterie. Le chevalier dans sa lourde armure, sur son cheval pesamment harnaché, ne décide plus comme autrefois de l'issue d'un combat : son armure est pour lui dès lors plus un fardeau qu'une protection. Il en fut de même des châteaux féodaux dont les murs résistaient aux canons de gros calibre aussi difficilement qu'à la puissance concentrée de la royauté. Ge fut ainsi que tout concourait à modifier l'ensemble de l'esprit et de l'essence de la noblesse.
Cependant les anciennes traditions furent si fortes, le sentiment et la conscience de la capacité guerrière furent si puissants, que la chevalerie ne put abandonner que lentement et avec peine son caractère féodal. On voit par les faits i-apportés par les chroniqueurs et les historiens combien peu d'influence les guerres d'Italie eurent elles-mêmes. Ils ne rapportent presque que des faits de guerre ; ils alternent en tous cas en s'étendant à des descriptions de fêtes dont l'éclat ne consiste qu'en tournois tels qu'ils avaient lieu durant le moyen âge. Ce ne fut que sous le règne de Henri II que les temps modernes commencent à faire brèche, et Brantôme raconte une fête donnée à ce roi à Lyon par le cardinal de Ferrare, dans laquelle on voyait, selon l'usage de l'antiquité, des gladiateurs, une naumachie et enfin une tragédie pour clôture, jouée par des acteurs et des actrices italiens, divertissements cjui, ainsi que le constate l'historien, ne furent jamais vus auparavant en France '.
Du temps de Louis XII et de François I" on cherche en vain dans la masse des mémoires quelque indice artistique ou littéraire, on n'en
1. Brantôme, Mém. Henri II : « Celte entrée donc fut accompagnée de plusieurs très belles singularitez, l'une d'un combat à outrance et à l'antique, de douze gladiateurs vestus de satin blanc les six, et les autres de salin cramoisi fait à l'antique romaine... La troisième belle chose aussi fut cette belle naumachie, ou combat de galères tout à l'antique. »
trouve même que rarement et isolément sur des édifices et des sculptures italiens. Ce fut donc à peine que l'action de l'Italie s'étendit dans les mœurs françaises. Toutefois on nous apprend que sous Louis XI, à Toccasion de son entrée à Paris en 1461, on vit des si-
rênes, représentées par trois belles filles nues, qui reçurent le roi et que le chroniqueur décrit naïvement'. On nous raconte quelquefois
1. Les Chroniques du roi Louis AT, par Jean de Troyos, page 16 : « Et si y avoit oncores très belles filles faisans personnaiges de seraines toutes nues, et leur veoit- 011 le beau tetin droit séparé, rond et dur, qui estoit chose bien plaisante. Mon-