Moyen âge monumental et archéologique^ pi
il était terminé en 1510, car une pierre lancée par imprudence du haut de la grande voûte tua cette année Eustaclic le Quieux, cinquantequatrième aLbé de cette communauté célèbre. L'architecte de Tédifice fut Jean Leveillé, maître maçon du pays. La façade est une œuvre très remarcjuable.Tout y est magnifique, riche par son ornementation. Le bas offre trois portes d'entrées, deux petites latérales et une spacieuse au milieu. Ces portes sont décorées d'un graud nombre de statues, de bas-reliefs, la porte principale est remarquable par la dentelle de pierre de l'arc d'ouverture, qui se détache d'une manière extrêmement pittoresque. Louis XII et François !''■■ firent des dons importants pour l'achèvement de cette église. Près des hauts contreforts à retraites, C[ui flanquent le portail se trouvent deux élégantes tourelles hexagonales, ornées de panneaux et contenant des escaliers qui conduisent au haut de la tour, qu'elles décorent admirablement. Cette belle tour fut achevée vers l'an 1514. Le tympan de la porte de gauche est couvert d'élégants arabesques qui datent de 1516 et prouvent C{ue le style de la Renaissance et dit de transition, s'intro- <luisit en Picardie dès le règne de François I".
L'église de Saint-Vulfran d'A])beville * date du règne de Charles VIII. La première pierre de sa riche façade fut j^osée en l'année 1488. On ignore C[uel en fut l'architecte : un seul nom est parvenu jusqu'à nous, celui d'un maître maçon de Tours, appelé Crétel, qui fut chargé de continuer l'œuvre. Cette église a trois portes, deux petites latérales dont les voussures ogivales sont ornées de tympans très aigus; celle du centre, plus considérable, avec voussure également ogivale, est surmontée d'un arc à talon allongé avec pédicule <iu sommet et soutenant un l)0U(iuet. Ce qui est surprenant c'est que nombre de parties de cette façade présentent des réminiscences du style du quatorzième siècle.
L'hôtel de ville de Noyon, des dernières années du quinzième siècle et du règne de Louis XII, est aussi un monument du style flam- Itoyant, mais très peu orné. La porte principale d'entrée est du style du dix-septième siècle. A sa gauche est une petite porte, surmontée d'une fenêtre avec tympan en accolade. Le rez-de-chaussée est divisé horizontalement en deux parties égales : celle du bas est pleine, dans celle du haut il y a six fenêtres étroites flanquées de chaque côté d'un
1. Moyen âge monumental et arcltéolooique, pi. 339. — Détails^ id., pi. 408.
mince clocheton : elles sont à ogive et surmontées d'un tympan on talon coiffé au sommet d'un bouquet. Au premier étage il y a sept fenêtres d'égale hauteur, trois de' ces fenêtres, celles du centre et les deux latérales sont plus larges que les quatre autres. Ces fenêtres sont séparées par des niches surmontées de dais et elles sont ornées de chaque côté de minces clochetons : au-dessus de la plate-bande, il y a des tympans en accolade ornés de touffes de feuillage. Au-dessus règne un attique divisé en deux parties horizontalement. Dans celle du bas, il y a quatre œils-de-bœuf entourés d'une lourde guirlande. L'attique avec la corniche, le fronton central et les lucarnes sont modernes ' sans doute de l'époque de la porte d'entrée -.
Le merveilleux portail de la cathédrale Saint-Pierre de Troyes ■date de 1506; ce fut maître Jean de Soissons qui en dirigea les travaux* : elle ne fut terminée qu'en 1590. Cette façade appartient au style le plus fleuri du style flamboyant; elle a trois portes, le bas de la tour du nord seul existe. Les contreforts de ce portail sont très saillants et forment trois grandes divisions dans lesquelles sont pratiqués trois porches qui précèdent les portes d'entrée. Toutes les surfaces sont décoratives, d'une grande richesse et abondance de détails ascensionnels, composés de petites niches aux statuettes de formes géométriques et l'ensemble de cette décoration ressemble à une œuvre de filigrane enveloppant toutes les surfaces. Ce portail ne manque pas de bon goût ; on n'y voit pas une exubérance déplacée, comme il en existe dans beaucoup de monuments de cette époque. Son aspect d'ensemble témoigne du déclin du style ogival, l'architecte parait s'être douté qu'un nouveau style allait paraître, peut-on croire.
Nommons encore ici le beau jubé de l'église de la Madeleine, de la même ville, et qui se rapproche du style du portail de la cathédrale. Ce jubé date de l'année 1506.
Les restes du palais des ducs de Lorraine, à Nancy, enseignent que cet édifice appartenait à l'époque de transition de l'architecture du moyen âge à celle de la Renaissance; on y voit un mélange de flamboyant avec des éléments classiques, mais inhabilement ajustés entre eux.
La petite église de Montdidier, dans la Somme, terminée en 1515,
1. Détails de l'hôtel de villo. Moijcn âge monumcnlal cl archcologlqvc, pi. 408.
2. Moyen âge monumenlal et archcologicjne, pi. 193. — Jubé, ici., pi. 242.
est encore un de ces édifices où expire le dernier style du moyen âge et où perce déjà la transition qui s'effectuait.
Il nous reste encore à parler d'un monument qui rentre dans la catégorie de ceux dont nous venons de nous occuper; il s'agit du curieux hôtel de ville de Saint-Quentin* dont la date certaine est 1509. Au rez-de-chaussée on voit une suite d'arcades qui forment galerie ouverte sur la place. Ces arcades, au nombre de sept, consistent en piliers flanqués de colonnettes et qui supportent sept arcs de forme ogivale un peu épatée et qui sont ornés de feuillages. Au-dessus de cette galerie à jour règne un cordon formé de moulures horizontales et de feuillages courants. Les sept arcades alternent : au centre en est une un peu plus large que les deux autres qui la flanquent; ensuite viennent de chaque côté deux arcades semblables à celle du milieu, et deux petites forment de chaque côté la clôture latérale de l'édifice.
Au-dessus du cordon en question on voit neuf petites fenêtres qui par conséquent ne sont pas sur les axes des arcades : ces fenêtres sont également ogivales et ornées de touffes de feuillages; un meneau vertical les sépare en deux baies se terminant au sommet par des meneaux curvilignes. Ces neuf fenêtres sont séparées les unes des autres par des niches hautes et étroites posées sur des consoles formées de touffes de feuillages. Les arcades du rez-de-chaussée sont séparées, entre les ogives, par d'élégants petits clochetons appliqués contre le mur. Audessus des fenêtres de l'étage règne un second cordon, ou corniche, couronné par trois grands pignons ou frontons égaux, ornés de rosaces à compartiments formés par des dessins géométriques.
Ce monument est élégant et d'un aspect agréable quoiqu'il sente encore son origine ogivale. La date de l'hôtel de ville de Saint- Quentin est aussi bien constatée par le style des ornements et des figures grotesques multipliées dans les chapiteaux, corniches, voussures, etc., que par le rébus du facétieux chanoine Gh. de Bovelles.
D'un mouton et de cinq chevaux
Toutes les tètes prendrez , . . . . mcgccg
Et à icelles, sans nuls travaux
La cjueue d'un veau joindrez v
Et au bout ajouterez
Tous les quatre pieds d'une chatte ; . . . . nii
Rassemblez, et vous apprendrez
L'an de ma façon et ma date. . . . mcccggv un 1509.