Moyen Age mon. etarch., pi
2. La Renaissance monumentale en France, par Ad, Ijerly, t. I.
l'année 1520, fit reconstruire toute l'aile parallèle au bas côté de la cathédrale. Par son amour éclairé pour les lettres et par son zèle à seconder leur renouvellement, François P'" le chargea d'attirer en France les savants étrangers.
En 1535, Godinet, célèbre architecte, né à Troyes, donnait le dessin d'un magnifique puits qui était placé au milieu du cloître des chanoines. En 1535 le cardinal Louis de Bourbon avait fait commencer, de ses deniers, et selon (nute prol)a]»ilité, ])ui' Godinet, le grand corps de logis dit de Henri II.
Juscpi'à présent nous nous sommes occupé des grands monuments historiques de la Renaissance. Nous ne devons pas omettre de passer en revue les œuvres d'architecture d'une moindre importance : il s'agit des constructions entreprises à l'épocpie non par la souveraineté de l'État, mais par des particuliers ; nous entendons parler des châteaux et maisons élevés soit par les rois, soit par certains fonctionnaires publics. Ces édifices ne sont pas la moindre partie de nos gloires architecturales.
Parmi les maisons et les châteaux de la vallée de la Loire, nous nommerons, du règne de Louis XII, le château d'Aînay-le-Vieux, de 1505, de Meillant, riche en détails élégants, et d'Azay-le-Rideau, avec sa magnificence décorative ; de Saint-Amand, avec ses splcndides lucarnes de la fin du règne de François I", le château d'Un de la transition (1502 à 1532), de Bénehart de 1530, très orné; de 1530 également celui de Glienonceau ; celui de Montsoreau avec sa belle tour très ornée; de Lude, aussi d'une rare élégance, terminé en 1535, du Perché, de répoc|ue de transition; les châteaux de la Baslie, d'Urfé, du règne de François I" ; deBoisy, de l'époque de transition ; de Morand, belle renaissance ornée, du règne de François I'"' ; de Saligny, du château ducal de Nantes commencé par François II et terminé par Anne de Bretagne ; le château de Haute-Goulaine, de la transition ; une merveilleuse maison à Paray-le-Monial, riche en belles décorations du règne de François I'"' ; l'hôtel d'Anjou ou du Figuier, à Angers, de 1520, très classic|ue ; enfin le château d'Amboise, de la transition primitive.
Nous n'oublierons pas d'énumérer encore dans la ville d'Orléans la maison dite de Diane de Poitiers, rue des Albanais, celle dite de P''rançois I''"", rue de Recouvrance, que le roi fit bâtir à ses frais pour un valet de chambre du dauphin, nommé Guillemin Tautin : le dau-
phin fut plus fard Henri II, né en 1518 ; de Jean d'Alibert, Marché à la volaille, n° 5; celle dite d'Agnès Sorel, rue du Tabour, 15, dont l'architecture est de cent ans plus jeune qu'Agnès; du Lion rougo, du règne de Louis XII, rue Pierre-Percée, n" 4 : (dite) de du Cerceau rue des Hôtelleries Sainte-Catherine, n" 52; de Jeanne d'Arc, rue du Tabour, n°^ 39-41, qui offre encore un style d'un siècle plus jeune que l'époque de l'héroïne. Enfin, terminons cette liste de maisons remarquables d'Orléans en nommant celle qui commence l'angh', formé par les rues Roche-aux-Juifs et de l'Ormerie et qui date de 1588.
Tous les monuments que nous venons de citer datent, comme on l'a vu, de la transition du style ogival à celui de la Renaissance, ensuite de la Renaissance primitive ou fleurie et enfin de la Renaissance que nous nommerons classique, ayant eu des précurseurs comme Lescot, Philibert de l'Orme, Rullant et autres. Les architectes y déployèrent un goût pittoresque tout en observant de l'ordre et de la variété dans l'ornementation, autre presque dans chaque consiruction.
Rappelons encore ici que la Renaissance a été le résultat d'un profond mouvement européen de l'esprit, une réaction heureuse contre l'ensemble de l'ordre social développé au moyen âge. L'église monument fut délaissée pour l'habitation particulière, qui reçut un emménagement plus convenable, un plus grand nombre de pièces et plus aérées, offrant une solitude agréable C[uand on l'exigeait et qui commençait à être ornée de tableaux et des produits d'une industrie nationale ou étrangère que le commerce faisait affluer en France. De gracieuses façades ornaient les nouvelles maisons des villes au commencement du seizième siècle et se distinguaient par leui' originalité on ne peut plus variée.
Dans les châteaux et les maisons on voit une innovation hygiénique inconnue au moyen âge, qui dédaignait la nature et tout ce qui en dépend : il ne s'occupait que du salut spirituel pour avoir une bonne place au paradis futur, comme on appelait cela, et que le clergé escomptait. L'Italie et la Renaissance amenèrent donc un grand progrès qui retira l'homme de la malpropreté monacale et cléricale. Chateaubriand, dans son Analyse mlsoimée de lliixtoiy'e de France, dit que c'est au moyen âge que la France devint sale. Cela n'est pas étonnant quand on songe au soin que les anciens prenaient de leur corps, à la
multiplicité des bains établis clans les villes, au bien-être et au luxe qu'on y rencontrait, et quand on voit ensuite, dans le moyen âge, prédominer des doctrines pour lesquelles le corps n'est qu'un objet de mépris, une cause de damnation, une vile guenille.
La Renaissance, renouant les traditions de propreté des temps antiques , commença à réagir beureusement contre ces malsaines absurdités. Alors on établit aussi des fontaines abondantes sur les places publiques, dont bon nombre sont des cbefs-d'œuvre de style et de grâce ; on disposa dans les habitations particulières des pièces a\^-pe\ées baigneries ou baignières, comme les nomme P. de L'Orme. Longtemps avant le seizième siècle, des bains avaient été établis ou disposés dans les nouveaux palais d'Italie et qui furent imités chez nous dès le règne de Charles \lll, à son retour de l'expédition guerrière d'Italie. Ce roi fut sans doute émerveillé à l'aspect du monument duPoggio-Reale près de Naples, construit sur les dessins de Giuliano de Majano, pour le roi Alphonse \, vers le milieu du quinzième siècle. Cet édifice était carré en tous sens. Au centre, de chaque côté il y avait un portique à arcades, à l'angle ducjuel étaient des pilastres de l'ordre ionique et des escaliers, élevés sur de hauts piédestaux. Aux c{uatre encoignures existaient des salles. Le second étage était décoré de pilastres corinthiens, entre lesquels existaient des fenêtres avec fronton. Les entablements sont courants sans interruption; dans l'intérieur il y avait un péristyle carré avec galeries et deux étages. Au centre de ce péristyle, des c|uatre côtés, il y avait une suite de marches formant un carré qui donnaient accès au fond pavé en dalles, orné de sièges, de tables et de jets d'eau. On admirait les belles et harmonieuses proportions de cet édifice qui, vers la fin du quinzième siècle, frappa l'esprit de nos compatriotes qui accompagnaient le roi Charles YIII. — Alphonse V mourut en 1458, âgé de soixante-quatorze ans, et son architecte termina sa carrière en
Ce fut surtout au milieu du seizième siècle que s'éleva le goût des inscriptions et devises dont on orna les maisons et cpielquefois aussi les châteaux. Jacques Cœur avait déjà mis sur sa maison de Bourges, sculpté en pierre : A vniUan^ v» rien impossible; Louis XII avait adopté pour devise : Cominus et Emimis; François P"", Nutriico et Extingvo, avec une salamandre; Henri II, Donec Totwn impleat orbem; Henri IV, Duo protegit unus, avec deux épées. Au châtea»
RÈGNE DE FRANÇOIS I-. ^k9
de Ghenonccaux, Mti par Thomas Bohier, intendant dos finances sous Charles VIII, sa devise se trouve partout : S'il vient à point, il onensouverra. — La maison de Baïf, située sur la paroisse de Saint- Nicolas du Chardonnet, avait sous chaque fenêtre de chambre des inscriptions grecques en gros caractères, tirées d'Anacréon, de Pindare, d'Homère et de plusieurs autres auteurs qui attiraient agréablement les yeux des doctes passants. Si les saints catholiques furent éclipsés par les Grâces, les Muses et un autre symbolisme des vertus, l'Olympe polythéistique revendiqua ses droits et reprit son poétique empire. — Sur la tourelle d'une cocpette maison de rannée 1561, à Breteuil, dans l'P^ure, nous avons relevé l'inscription suivante :
Peu à peu à graïul l)ien on parvient Quand par labeur d'estre riche on afTectc Avec espoir persévérer convient, Car pierre à pierre est une maison faite.