PIERRE LESCOT
rer, sans. prévoir que la dorure ne pouvait (ju'en diminuer la beauté. »
La fontaine des Nymphes, dite depuis des Innocents, est l'œuvre de Lescot. Commencée vers 1550, elle était située au coin méridional des rues Saint-Denis et aux Fers; elle offrait une travée sur cette dernière rue et deux sur la première. Cet élégant petit monument s'élevait sur un soubassement très simple, orné seulement de ressauts, au sommet de plaques rectangulaires en marbre, à la partie supérieure desquelles et au milieu on voyait des tètes de lion. Venait ensuite un petit lilet et puis une bande ou tœnia. Ce soubassement avait 3'", 20 d'élévation et 5"', 14 de longueur sur la rue aux Fers, le double de longueur sur la rue Saint-Denis. L'édifice offre une sorte de second soubassement supérieur orné d'une plinthe à moulures et de ressauts, couronné d'une gracieuse corniche. Les parties centrales, formant panneaux, sont ornées de magnifiques bas-reliefs. Vient ensuite une arcade plein cintre, vivifiée par une archivolte et une clef ornée. Des deux côtés de l'arcade s'élèvent deux pilastres d'ordre corinthien, soutenant un bel entablement dont la frise est convexe ; au-dessus s'élève une partie carrée ornée de bas-reliefs. Enfin un fronton obtus termine le petit édifice, qui est un des plus élégants que nous ait laissés l'architecture de la Renaissance. Deux arcades semblables à celle que nous avons décrite formaient la fontaine du côté de la rue Saint-Denis. La hauteur totale de la fontaine des Nymphes était de 4"', 20; elle fut démolie en 1783 et replacée en 1788 sur la place du Marché des Innocents. Les chefs-d'œuvre de sculptures qui ornent ce délicieux petit morceau d'architecture sont de Jean Goujon.
François I" ayant eu honte de si mal loger Charles-Quint au Louvre à son passage à Paris en l'année 1540, conçut le projet de rebâtir le vieux Louvre de Charles V. Après avoir dressé et fait agréer ses projets, le roi nomma Lescot architecte de cette reconstruction en 1546, et il dirigea les travaux jusqu'à sa mort en 1578. Le nouveau Louvre fut la création capitale de Lescot'. L'angle sud-ouest de la cour du Louvre peut passer à juste titre pour le plus beau morceau de l'architecture dans le second style de la Renaissance française. Belles proportions, unité dans les parties diverses, élégance d'ensem-
1. Voyez le Louvre ancien et moder)ie^ pnr Violet-le-DiiCj Alhcncum du 15 mars 1856, p. 214 à 216.
Lie et majestueux effet, tout cela est réuni dans ces hcUçs façades. Les fenêtres du rez-de-chaussée sont enfoncées dans les murs pour en perspective produire un plus grand effet. Les fenêtres du premier étage sont merveilleusement proportionnées et le petit attique est comme le couronnement de l'ensemble dont une partie du toit est habilement dissimulée. Les magnifiques avant-corps rompent agréablement la monotonie qu'auraient pu produire, sans eux, les longues