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CHAPITRE VII

Dans la rue de la Culture-Sainte-Catlierine, existe un hôtel qui est un des plus curieux morceaux d'architecture privée de la Renaissance qu'il y ait en France. Cet hôtel est appelé hôtel Carnavalet^ Le président de Ligneris, président au parlement de Paris, l'un des trois ambassadeurs c[ue François P'' envoya au concile de Trente en 1545 et qui fut ensuite président à Mortier, mourut le 11 août 1556, dans l'hôtel qu'il avait fait bâtir et qui porta son nom jusqu'en 1578, que Théodore de Ligneris, son fils. Tayaut vendu à Françoise de la Beaune,^ dame de Carnavalet, prit le nom de Carnavalet qu'il porte encore aujourd'hui. Cette habitation est attribuée à cpiatre des plus célèbres architectes de l'épocfue de sa constructien, Pierre Lescot, Jean Goujon, .Jacques Androuet du Cerceau et Jean Bullant. Ce qui est certain, c'est c[ue la porte d'entrée sur la rue est de J. Goujon; elle est ornée de refends vermiculés, de deux bas-reliefs et d'un écusson en cartouche, découpé, au milieu duquel il y a des armoiries. Ce morceau était si fort admiré, et à juste titre, des connaisseurs, que François Mansart avant entrepris de restaurer ou de modifier cette façade, ne loucha pas, en grand artiste qu'il était, à ce que Jean Goujon avait fait, tout en remaniant cette façade, c'est-à-dire l'ancienne, attribuée à Jean Bullant, mort on 1578.

Dans le tome II, page 149 de Y Architecture françoise de J.-F. Blondel, il existe une petite vue de la façade du corps de bâtiment donnant sur la rue Culture Sainte-Catherine qui nous décèle la façade avant le complet remaniement, en 1660. de cette partie de l'hôtel et

1. Moniteur des arrhitectes, 1866, 1867. Plans, larades, détails, pi. 71. l'I, 'h, 79, 86. — Blnndel, Arcliitecturc franeoise^ t. II, p. 149.

dont rarchitecturc porte le style et le caractère de celle du milieu du seizième siècle. Dans le remaniement de cette partie de l'iiotel, tout ce qui appartenait an seizième siècle a disparu pour faire place à une architecture belle en elle-même, mais plus simple et plus froide que celle qu'elle remplaçait.

L'hôtel Carnavalet se compose d'un hâtiment sur la l'ue Cullurc- Sainte-Gatherine, d'une cour de 20'", 80 de profondeur sur 17'", 80 de largeur. Le bâtiment princijial est au fond: il existe ensuile ime aih; à droite et une autre à gauche. Le corps de bâtiment en vtie, en entrant, est bien du milieu du seizième siècle, quoique simple d'ornementation et offrant quehpie peu de maigreur par la disposition des lignes et des surfaces. On admire au premier étage quatre grandes figures en bas-relief, représentant : le printemps avec le signe du bélier, l'été avec le signe du cancer, l'automne avec le signe de la balance et enfin l'hiver avec le signe du capricorne. Ces sculptures sont nobles et pleines de vie et ont sans doute été composées par Jean Groujon ou exécutées sous sa direction.

Le rez-de-chaussée, seul des deux ailes, date encore du commencement de la Renaissance, dont il porte le caractère. On attriljue à l'Italien Paul Ponce les mascarons des clefs de voûte des ai-cades surbaissées de l'aile de droite. Les bas-reliefs de l'étage datent de la Restauration entreprise par Mansart en l'année 1660 et ne sortent pas de la médiocrité; ils représentent quatre déesses symbolisant des lois : .Junon, Hébé, Diane et Flore. — Gomme à l'aile droite, ctdle de gauche, avec ses fenêtres à plein cintre au rez-de-chaussée, possède de très beaux mascarons aux clefs de voûte de ces fenêtres ; ces mascarons sont également attribués à P. Ponce. Quant aux bas-reliefs de cette aile de gauche, ils sont moins médiocres que ceux de droite, mais d'un autre sculpteur. Ges quatre figures représentent la terre, l'eau, l'air et le feu, les f[uatre éléments des choses admis par les philosophes de l'antiquité.

L'architecture de cet hôtel n'a rien de la vigueur du style de P. Lescot, ni de l'élégance gracieuse du goût de Philibert De L'Orme, mais elle se rapproche du vitruvien Bullanl. — Quant à la face sur la cour, du bâtiment sur la rue Gulture-Sainte-Gatherine, l'autoriié de la clef de voûte, les belles renommées, etc., toutes ces belles sculptures sont incontestablement dues au talent supérieur de Jean Goujon.

^Gk LIVRE TROISIEME.

La France ne jouit pas longtemps de la paix que lui procura François I'^'', car sous Henri II de nouvelles guerres éclatèrent : elles se prolongèrent sous ses successeurs, et d'autant plus funestes qu'elles furent suscitées et conduites par le fanatisme religieux. Les persécutions violentes qui s'élevèrent contre les protestants, atteignirent jusqu'aux œuvres d'art, menaçant d'anéantir à nouveau le goût pour les arts insufflé à la nation, ainsi que la culture des sciences et des lettres. Henri H, doué de quelques qualités, ne devint que trop tôt le jouet des factions de son entourage, telles que celle des Guises, du cardinal de Lorraine et de ses maîtresses. Le roi mourut d'accident, comme on sait, en 1559. Peu après, lorsque Catherine de Médicis se saisit des affaires politicjues, le goût des fêtes et de fêtes fastueuses commencées dès son mariage avec le dauphin, le goût des fêtes augmenta de plus en plus. Des sommes énormes furent employées à la sculpture, à des obélisques, à des portiques, à des arcs de triomphe temporaires et faisaient négliger les œuvres d'architecture. Philibert De L'Orme fut longtemps architecte de Henri II et de Catherine de Médicis.

La Renaissance pittoresque et presque fantastique des règnes de Louis XII et de François I'"", se modifia en devenant simple, plus sévère, beaucoup moins ileurie, plus mathématique, mais peut-être moins intéressante, ne captivant pas autant l'imagination c{ue le style qui précéda. Une certaine symétrie, une régularité relative, commencèrent à dominer et dépouillèrent l'architecture de sa luxuriante ornementation qui précéda le règne de Henri H. On voit encore apparaître cà cette époque l'origine d'une nudité future dans le style, qui doit être due, en grande partie, au goût de nos architectes qui visitèrent les monuments de la basse Renaissance italienne, due surtout à l'influence qu'exerçait Yignole autant en France que dans sa patrie. L'architecture, de véritablement décorative cju'elle avait été, devint plane, unie, géométrale, dont la cause fut trop de science qui prit la place de l'imagination poétique et abondante, de l'abondance capricieuse, arbitraire des formes générales et des détails continuellement variés et saisissants dans leur multiplicité.

La primitive Renaissance française en architecture était déjà un soupçon à moitié libre des types antérieurs, suivi d'une imitation archéologique trop fidèle ; alors elle n'inventa souvent plus et se réduisit à copier en modifiant les modèles. Cette manière de procé-

der a quelquefois laissé des vides, des lisses, toujours déplaisants; en procédant même d'une manière assez incertaine, d'essais en essais on arriva peu à peu à la dégénérescence du goût qui s'était émancipé.

La Renaissance française ne put s'assimiler à la fin du seizième siècle, cette eurythmie classique, ce noble et élégant jet de la Renaissance italienne.

Henri II succéda à François r"" depuis 1547 jusqu'en 1559. Comme son père, il fut en guerre avec l'Angleterre et la maison d'Autriche^ ; il persécuta les protestants et obéit comme un serf à sa maîtresse Diane de Poitiers. Il a été le plus parfait danseur de sa cour. Henri II n'aimait pas s'occuper d'alfaires sérieuses ; il était bon cavalier et avait de la passion pour la guerre. Pendant la paix, il n'était jamais oisif, se consacrait à la chasse, au jeu de paume et à l'équitation. Henri II ne s'occupait ])as de littérature ni de beaux-arts. Il laissait ce soin à ses maîtresses et aux personnages auxquels il abandonnait les affaires trop sérieuses pour lui.

C'est sous son règne abrégé, de douze ans, que le goût des beaux meubles s'introduisit en France ; ils furent exécutés dans un style fort élégant et original et des plus purs.

A la mort de François I''"", en l'année 1547, l'œuvre du Louvre n'avait pas encore fait de grands progrès; Henri II la poursuivait avec une plus grande activité. Sous son règne, l'aile occidentale fut achevée et celle du midi à peu près construite, jusqu'au guichet du sud qui se trouve vis-à-vis du pont des Arts. Le pavillon destiné à garnir l'angle formé par la jonction de ces deux corps de logis, fut aussi terminé et prit le nom de pavillon du roi.

Les frises ont été décorées du chiffre de Henri H par les élèves de Jean Goujon : on y voit aussi celui de Catherine de Médicis, des branches de laurier, d'olivier, des guirlandes, des lions, des attributs de guerre et de chasse, des enfants, des satyres, des croissants, des têtes de Diane, enfin des lévriers.

Pierre Lescot fut architecte du roi Henri II ; il en fut de même de Philibert De L'Orme, mort en 1570, onze ans après ce prince.

Il existe rue Pavée, au Marais, à l'angle de la rue Neuve-Sainte- Catherine, un hôtel remarquable, commencé en 1550 par Diane de

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