Blondcl. l. II
salle du Palais de justice de Paris est encore une œuvre de de Brosse, qui fut achevée en 1622. De l'ordre dorique, cette salle est d'un style hardi et vraiment cavalier.
Tallement des Réaux rapporte que la marquise de Rambouillet (née en 1583, mariée en 1600 et morte en 1665) aimait les belles choses, qu'elle était une personne habile en toutes choses. Elle fut elle-même l'architecte de l'hôtel de Rambouillet qui était la maison de son père, a Mal satisfaite de tous les dessins qu'on lui faisoit pendant la faveur du maréchal d'Ancre (tué en 1617), car à cette époque on ne savoit que faire une salle à un côté, une chambre à l'autre et un escalier au milieu, dit des Réaux. Un soir donc, après y avoir bien rêvé, elle demanda du papier, en s'écriant : J'ai trouvé le moyen de faire ce que je voulais. » — Le dessin de la marquise fut suivi de point en point. « C'est d'elle qu'on a appris à mettre les escalliers à costé (dans un des angles du fond de la cour), pour avoir une grande suite de chambres, à exhausser les planchers, et à faire des portes et des fenêtres hautes et larges vis-à-vis les unes des autres. Et cela est si vray que la reyne mère, quand elle fit bâtir le Luxembourg, ordonna aux architectes d'aller voir l'hôtel de Rambouillet, et ce soin ne leur fut pas inutile. » Mme de Rambouillet est la première qui s'est avisée de faire peindre une chambre d'une autre couleur que de rouge ou de tanné. — La marquise ne pouvait supporter le feu ni la chaleur, qui la rendaient malade. Elle emprunta aux Espagnols l'invention des alcôves, qui furent dès lors fort en vogue à Paris. « La chambre bleue, dit Sauvai, si célèbre dans les œuvres de Voiture, estoit parée d'un ameublement de velours bleu, rehaussé d'or et d'argenté »
Henri II fut le dernier roi qui habita le palais des Tournelles. Après la mort de ce prince, arrivée en 1559 à la suite d'un tournoi qui s'était donné sous les murs de l'enceinte de ce palais du côté de la rue Saint-Antoine, Catherine de Médicis en lit commencer la démolition.
Aujourd'hui, rue Saint-Antoine, l'hôtel de Béthune, situé sur une partie de l'emplacement du palais des Tournelles, existe encore, au moins dans sa cour. Cet hôtel, bâti pour Maximilien de Béthune, duc de Sully, l'ami et le ministre de Henri IV, est l'œuvre de Jean
1. Les Historiettes de Tallemant des RéauX; édit. Techener, t. II, 1854, p. 485 à 487.
Androuet du Cerceau*, qui l'éleva de 1624 cà 1630. Il porte le n" 143 de la rue Saint-Antoine. Les trois façades de cette cour ne manquent pas d'élégance, l'architecture en est correcte, richement ornée de sculptures, disposées autour d'une assez vaste cour quadrangulaire. On y voit des génies tenant des casc[ues et des armes diverses ; dans les trumeaux sont placées des figures représentant les saisons ; il y existe plusieurs étages de fenêtres, décorées de curieux mascarons et de rinceaux. Une des statues de cet hôtel a servi de type à Ingres pour son tahleau de la Source.
En comparant entre elles les maisons de la première Renaissance C|ui existent à Orléans, le style de l'hôtel Carnavalet du milieu du seizième siècle et celui de l'hôtel de Sully, on pourra se faire une idée du développement qu'a subi, en déclinant toutefois, l'architecture domestique ou particulière qui, pendant longtemps, a évité la sécheresse et la monotonie de rarehitecture monumentale ou officielle.
L'élégante rotonde de la Visitation fut commencée en 1632, par François Mansart, et dédiée à Notre-Dame des Anges en 1634. En 1635 Jacques Lemercier bâtit l'église de la Sorhonne -, dont le dôme et la façade septentrionale sont comptés au nombre des meilleurs ouvrages de cet architecte. — En 1636 le cardinal Richelieu fit élever par Jacques Lemercier, pour sa résidence ordinaire, l'édifice qui porta d'abord le nom de Palais-Cardinal et qui, depuis plus de deux siècles, est désigné sous celui de Palais-Royal. Dans la seconde cour, à main droite, il reste un corps de logis à petits pilastres doriques dont l'arcliitecture appartient au dix-septième siècle. Quelques proues de navires, sculptées en relief, entre les fenêtres du rez-dechaussée, rappellent que le cardinal posséda la charge de surintendant général de la navigation. Le portail de l'église de Rueil a pour auteur Lemercier et il est dû à la munificence de Richelieu ; il est orné des ordres dorique et ionique; l'église de Rueil date de l'an 1584. Le même architecte construisit l'église des Oratoriens^ (l'Oratoire aujourd'hui) de 1621 à 1630. En l'année 1624, Louis XIII posa la première pierre de la continuation du Louvre qui consistait dans le grand dôme de IHorloge, la suite de l'aile occidentale, le pavillon
1. Blondel, Arcltitccture française^ t. II. — lierty, Renaissance.