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DES BATIMENTS DESTINES POUR L HABITATION DES COMMERÇANTS

Les bâtiments les moins importants, quant à leur décoration, sont, sans contredit, ceux destinés à l'habitation des commerçants ; néanmoins ils doivent avoir leur caractère particulier et une plus ou moins grande simplicité, à raison des différents quartiers où ils se trouvent élevés, aussi bien qu'une disposition intérieure assortie aux diverses professions des personnes qui les font bâtir ; beaucoup de solidité, une économie louable, des corps de logis distribués convenablement, et pour le logement du maître et pour les magasins où l'on doit déposer les marchandises, ou pour les ateliers destinés à la main-d'œuvre ; enfin des cours principales, d'autres destinées pour le service journalier, sont autant d'objets qu'il faut avoir en vue dans la composition d'un tel bâtiment. Un architecte attentif doit faire en sorte néanmoins, lorsque ces édifices de la dernière classe se trouvent placés dans le quartier le plus intéressant d'une cité et qu'ils avoisinent quelque édifice de marque, de s'attacher à rendre leur ordonnance extérieure le moins triviale qu'il est possible, afin d'éviter une disparité choquante qui ne se remarque que trop ordinairement dans les rues des grandes capitales : ce n'est pas que nous exigions une symétrie absolue entre un bâtiment de ce genre et un bâtiment d'une autre espèce; mais du moins prévenus qu'ils se trouvent répandus en bien plus grand nombre dans nos cités, cette raison seule doit nous porter à faire en sorte que leur esprit n'ait rien de rebutant. Il serait donc intéressant que les architectes choisis pour en donner les projets fussent des hommes d'un mérite reconnu et

d'excellents citoyens. Une maison sise rue des Mauvaises-Paroles, près de la vieille poste, une autre cul-de-sac du Coq, etc., sont peutêtre des exemples à citer pour ce genre. Persuadés de ce que nous avançons, nous prendrons soin, dans la suite de ce cours, de donner les dessins exécutés par leurs ordonnateurs. Quoique ces dessins soient simples, il est peut-être plus essentiel de les offrir à nos élèves que tout ce que nous présentent la plupart des gravures dont Paris abonde : compositions arbitraires, incorrectes et souvent mal entendues, qui toutefois ne sont que trop exactement imitées par les hommes médiocres; ce qui détourne le plus grand nombre de nos disciples de la route qu'ils devraient tenir pour observer, dans ces genres de productions, la vraie simplicité, l'esprit de convenance et le raisonnement de l'art.

Au nombre des architectes de génie de la Renaissance, postérieurs à l'école primitive et pittoresque, décorative et indépendante, il faut ranger François Mansart, artiste d'un goût pur, élevé, original, doué d'un grand talent architectural. Son style est sévère, simple, élégant. Il a conçu ses façades en employant une agréable et grande sobriété de détails et beaucoup d'étude dans les jirofils. Il avait au suprême degré le don de se servir de Tornementation avec mesure, avec sagesse, en ne la jilaçant que là où elle devait concourir à animer et donner de la vie à l'œuvre. Quand il l'appelait à son secours, il la concevait avec une remarquable finesse de dessin et de conception. Dans ses compositions, chaque chose est raisonnée et à sa place, et elles ont toujours une magnificence qui ne fut pas atteinte par ses confrères contemporains Sa tendance était un retour à l'antiquité classique, et sans connaître à fond l'architecture romaine, il s'en approche avecun goiit épuré et en s'astreignant au climat et aux mœurs de répocj;ue. Une partie de ses œuvres est détruite ; celles qui sulisistent sont disséminées et n'ont pas eu la chance d'être rassemblées et publiées. On trouve dans les archives des monuments historiques une splendide reproduction de l'aile qu'il ajouta en 1635 au château de Blois, commandée à F. Mansart par Gaston de France, duc d'Orléans, frère de Louis XIV.

A la fin du seizième siècle et dans les premières cinquante années du dix-septième siècle, l'architecture française a pris une direction

qui témoigne d'une décadence relative et qui naturellement lui fut désastreuse, surtout par un appauvrissement sensible. Le style s'attrophia, il devint mesquin tout en visant au pompeux, ce qui accéléra la décadance dont il ne s'est pas relevé depuis. Alors aussi l'ornementation est placée arbitrairement, elle est illogique ; le style en général penche de plus en plus au goût dépravé, et prépare la venue de l'abâtardissement qu'il déploie avec usure depuis le milieu du dix-septième siècle jusqu'à nos jours, l'Acadéziiie des beaux-arts contribuant avec puissance à cette chute du goût.

Mansart avait étudié son art sous Germain Gautier, son oncle, architecte du roi, et ses premiers ouvrages furent, en 1620, la restauration de l'hôtel de Toulouse (qui a fait place à la Banque), où il construisit une galerie appelée la Galerie dorée, de 40 mètres de longueur sur 7 de largeur; ensuite le portail de l'église des Feuillants, entre la rue Saint-Honoré et le jardin des Tuileries*, édifice aujourd'hui détruit; le château de Berny, celui de Balleroi en Normandie «t une partie de celui de Choisy-le-Roi ; on a encore de lui l'église des Filles Sainte-Marie, à l'extrémité de la rue Saint- Antoine à Paris, €t qui date de 1632. Mansart est l'auteur du château de Maisons, à quatre lieues de Paris ^, qu'il bâtit pour René de Longueil, surintendant des finances ; point d'architecture plus élégante que celle de ce château. Il fut encore chargé en 1653, par la reine Anne d'Autriche, d'élever le Val-de-Grâce ^, comme monument de sa piété : c'était après la victoire sur la Fronde. Mais toujours mécontent de ce qu'il érigeait, il exigea souvent qu'on abattît ce qu'il avait élevé, diton; on fit craindre à la reine qu'il ne fît de môme au Val-de-Grâce ; la reine lui enleva les travaux, dont d'autres architectes furent chargés : Gabriel le Duc le termina. Le portail de l'église des Minimes, qui n'existe plus, fut le dernier ouvrage de F. Mansart.

F. Mansart est un des architectes dont les productions font le plus d'honneur au règne de Louis XIV: né en 1598, il mourut en 1666. Il ne faut pas le confondre avec son neveu Jules Hardouin Mansart, plutôt constructeur habile qu'architecte artiste. On trouvera dans l'œuvre de Jean Marot la reproduction de la plupart des

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