‹ Histoire générale de l'architectureChapitre 8 sur 108 · Filippo di I.orenzo lui succéda jusqu'en · texte numérisé non relu

Filippo di I.orenzo lui succéda jusqu'en

parapet règne au-dessus de la corniche. Entre la retombée des cintres des arcades, sur l'axe des piliers, et dans un encadrement simple et élégant, triangulaire, sont représentées, la face latérale comprise, la Justice, FEspérance, la Foi, la Prudence, la Force et la Tempérance.

Des voûtes d'arête couvrent l'espace aéré et dont les nervures sont riches et vigoureusement profilées. Dans son ensemble, ce chefd'œuvre de l'architecture toscane du quatorzième siècle représente parfaitement dans son but, et d'une manière on ne peut plus digne, le pouvoir politique de la République florentine. En sa qualité d'architecte de la cathédrale de Florence, notre architecte changea de style dans la décoration extérieure du chœur de cette église, où règne le plein cintre au lieu de l'ogive qui se voit dans les murs latéraux. La Renaissance était sur le seuil de son apparition.

Il existe dans l'église Or Saint-!Michel à Florence, anciennement grenier au grain, une ceuvre d'architecture décorative due à André di Gione et qui porte la date de 1359 : l'auteur avait alors trente ans. Nous parlons du magnific[ue tabernacle c[ui fait l'admiration de tous ceux cpii visitent cette église. A quatre faces, d'une composition architectonique des plus nobles et des plus heureuses, ce petit monument, haut de 10™, 50, et qui a environ 4 mètres de largeur, nous présente la riche et élégante imagination d'un architecte consommé dans son art. Le profil de toutes les moulures est inspiré de réminiscences de l'anticpie. Sur le soubassement, partie qui doit soutenir, et qui là^ soutient avec puissance, s'élève le petit monument sur quatre solides piliers d'angle, reliés entre eux par un plein cintre. Tient alors une frise ornée de bustes et terminée au-dessus par une petite corniche légère à feuilles en guise de modillons. Au-dessus de cette corniche et sur Taxe des piliers, s'élèvent deux clochetons à pinacles, seule réminiscence du style ogival dans l'œuvre. Entre ces clochetons, l'artiste a placé un fronton triangulaire 'équilatéral : le tabernacle est terminé par un dôme surmonté d'une statue do saint Michel, comme amortissement. Le monument est parsemé de mosaïques de couleur et de marqueterie en verre qui produisent un effet magique. L'ensemble a un aspect de noblesse, particulier à toutes les œuvres d'Orcagna. On retrouve dans la composition sévère de l'architecte le talent supérieur du peintre décorateur. Les architectes étrangers de la Renaissance se sont certainement inspirés du style du tabernacle d'Or San ^Michèle, et surtout des beaux profils de ses moulures.

Le monument d'Or Saint-Michel a 32"%63 de longueur sur 22™, 07 de largeur dans œuvre.

Il existe en Italie deux façades d'église des plus remarquables et des plus riches. La première est celle du dôme ou cathédrale de Sienne. Ce monument a été commencé en 1180 et décoré de marbres en 1260; sa façade a été composée, dit-on, par Nicolas de Pise en 1284. Cette façade a trois portes d'entrée, une au centre et deux latérales plus petites. Les voussures de ces portes sont profondes et toutes trois à plein cintre et d'égale élévation. Elles sont couronnées de frontons obtus, dont les deux côtés au sommet forment un angle droit. Sauf ces frontons, c'est la même disposition qu'à l'église de Verceil, mais où les voussures latérales sont moins élevées cj;ue celle du centre. Au-dessus et sur l'axe de la porte du milieu, il y a l'invariable grande rose vitrée de l'ancienne architecture romano-italienne. Un cordon horizontal à consoles, à la hauteur du sommet des trois frontons, termine le rez-de-chaussée. La rose est flanquée à droite et à gauche de deux clochetons vigoureux, mais en porte-à-faux sur les voussures des portes latérales ; ils ne sont pas sur l'axe de Ja partie de construction qui sépare entre elles les trois portes. A droite et à gauche du portail, s'élèvent deux autres clochetons très ornés, mais plus vigoureux encore que ceux du milieu. De chaque côté de la partie centrale, et un peu plus bas que le point de centre de la rose, un fronton, cette fois aigu, couronne cette portion de la façade. Le fronton qui s'élève au-dessus de la rose est également aigu. Les porte-à-faux ne proviennent peut-être de ce que l'architecte avait besoin, pour placer sa rose, d'un espace plus large que celui que lui donnait le centre des parties de construction qui séparent les trois portes? Nous pensons que la partie supérieure de notre façade qui s'élève au-dessus des trois voussures des portes et du cordon à consoles, date de l'année 1339 et qu'elle fut conçue par Giovanni de Pise, mort en 1320, et exécutée sur ses dessins.

La seconde façade en question est celle du dôme d'Orvieto*. Ce monument a été commencé en 1290 et exécuté sur les dessins de Lorenzo Maitano. La disposition de cette splendide façade est la même que celle de Sienne, mais d'un ensemble plus correct et plus

1. Voyez la belle et curioiise monographie do la cathédrale d'Orvieto, par Benois, Resanofl' et Krakau, Paris, 1877. 1 vol. in-folio.

architectural, et cette fois sans porte-à-faux. La voussure de la portt, principale au centre est à plein cintre, tandis que celles des deux portes latérales sont à ogive. Les frontons qui couronnent les voussures sont aigus, surtout les deux latéraux. Les frontons au-dessus de ceux que nous venons de nommer, sont également très aigus. Audessus de la porte du milieu, s'élève la grande rose circulaire, invariable dans l'architecture italienne des douzième et treizième siècles. Deux tours carrées, plutôt que des clochetons, flanquent les extrémités de cette façade, et deux contreforts ornés s'élèvent avec hardiesse sur l'axe de la construction qui sépare les portes entre elles. Gomme à Sienne, ces tours carrées et ces contreforts sont couronnés de pinacles, d'un caractère élancé qui s'approche intimement de ceux du style ogival du Nord, Enfin la travée centrale, comprenant la grande rose, se termine par un fronton aigu, dont les côtés sont ornés de feuilles à crochets et qui ont un grand rapport avec celles qui sont en usage dans le style ogival du treizième siècle.

Il va sans dire qu'il y a dans ces deux façades de petites galeries aveugles ornées ou non de statuettes. Les parties planes réservées à la peinture, sont occupées par des sujets religieux, comme de droit.

En étudiant de près ces deux magnifiques façades, il semble que leur conception ait épuisé dans ce genre le goût des architectes. La richesse, l'élégance et la convenance des dispositions d'ensemble, pouvaient servir de types, qu'on n'imita toutefois point dans la suite. A Florence, à Milan, à Bologne et ailleurs, les façades des grandes églises ne furent pas exécutées. La Renaissance archéologique commençait à poindre et l'on attendit. Une ère de nouveauté et de goût différent, commençait à se manifester. Le roman gréco-romain était toujours appliqué avec quelques modifications peu heureuses, quand tout à coup un vent du nord apporta un nouveau style en Italie, qui venait d'être créé au delà des Alpes. L'influence de ce style, venait de la France, sa patrie. Le rez-de-chaussée du portail de l'église abbatiale de Saint-Denis, inaugurée par Suger en 1140, se compose de trois portes; celle du centre est à plein cintre, les portes latérales sont à ogive. La cathédrale de Sens est de la seconde moitié du douzième siècle, on y voit apparaître l'ogive en compagnie du plein cintre; il en est encore ainsi de la cathédrale de Noyon, de même date que celle de Sens. L'architecte français Guillaume de Sens restaura la cathédrale de Ganterbury, où il fusionna l'ogive avec le plein cintre. Enlin

l'église Saint-André de Yerceil, élevée en 1219 par le cardinal Guala Bicchieri, qui avait été légat du pape en France et en Angleterre, est ogivale à l'intérieur et complètement romane à l'extérieur. Le nom de l'architecte de cette église est Briginthe; le cardinal l'avait amené d'Angleterre : mû par un sentiment de patriotisme, il donna au chœur la forme carrée comme on la voit dans la plupart des cathédrales et des églises d'Angleterre.

L'importation de l'ogive en Italie a été française et non allemande, parce que l'emploi de cette forme en France a précédé celui de l'ogive en Allemagne. Il est question d'un maître Jacques, d'origine allemande, dit-on, qui aurait conçu dès 1228 le projet primitif de l'église Saint-François d'Assise dans le style ogival. Mais à cette époque le système ogival était à peine connu en Allemagne : on n'en trouve que quelques rares exemples, et là encore l'ogive est accidentelle, simplement décorative, le roman domine toujours. A l'époque dite, l'école allemande d'architecture en était encore aux essais, aux tâtonnements, elle cherchait à s'assimiler le style ogival; donc Lien loin d'être en état de faire école en Italie en commençant par un monument conçu et étudié dans son ensemhle et dans tous ses détails d'après des principes et une méthode particuliers, qui se développaient seulement en France.

Lorsque le cardinal-légat Guala Bicchieri, en quittant l'Angleterre, traversa la France avec son architecte, il n'y a pas de doute qu'il visita les lieux où il y avait des monuments remarquahles et que architecte prit des dessins et des notes sur les édifices construits un demi-siècle auparavant ou en voie de construction. De ces études est résultée l'église de Saint-André de Yerceil, d'où l'emploi de l'ogive a rayonné sur le reste de la péninsule. Nommons d'abord la cathédrale d'Arezzo, attribuée encore à un Jacques dit Allemand, et continuée en 1275 par Margaritone avec un legs fait par Grégoire X. Cette construction, interrompue par une guerre avec Florence en 1289, ne fut terminée que plus tard. Margaritone avait suivi le pape à Avignon. La cathédrale d'Arezzo a la forme d'une basilique à trois nefs avec un chœur à trois pans. Les arcades de la nef sont ogivales : l'église est voûtée. Les piliers de la nef sont formés en plan de quatre polygones tronqués et de quatre colonnes engagées, ce c[ui est surtout remarquable : la moitié de ces piliers, en plan, s'élève jusqu'à la naissance des voûtes d'arête.

La cathédrale de Sienne, commencée au milieu du douzième siècle, consacrée en 1180, fut décorée de marbre en 1260: elle est formée par trois nefs, d'un transept et d'un chœur à terminaison carrée. Les piliers de la nef sont carrés flanqués comme à la cathédrale d'Arezzo de quatre colonnes engagées. Les arcades de la nef sont romanes, c'est-à-dire à plein cintre. Elles sont couronnées d'une sorte de frise ou corniche à consoles, au-dessus de laquelle il y a des pilastres sur lesquels s'élèvent les arcs-douhleaux. Les travées de la nef ne sont plus carrées, mais transversalement oblongues; leur voûte est par conséquent ogivale. La façade, composée, dit-on, par Nicolas de Pise en 1284, est de 1339, au moins dans sa partie supérieure.

Enfin nous citerons encore la cathédrale d'Orvieto, commencée en l'année 1290 par l'architecte siennois Lorenzo Maitano. C'est une basilique romane sans voûte, terminée carrément à l'orient. Les arcades de la nef principale sont formées de colonnes couronnées de puissants pleins cintres énergiquement profilés. Au-dessus des arcades de la nef centrale, existe une corniche à consoles : vient ensuite l'étage supérieur, mur sans ornements, percé de fenêtres ogivales dans l'axe des arcades. Sur les bas côtés il y a une suite de petites chapelles circulaires en saillie sur le mur des bas côtés.

Il existe à Milan un édifice assez étendu et d'une forme particulière, qui appartient à la fin de la période ogivale d'Italie; il s'agit de la partie la plus ancienne du grand hôpital, élevée en 1457 sur les plans d'Antoine Philarètc. On y trouve les formes de la renaissance archéologique, réminiscence de l'architecture romaine de l'antic[uité, mêlées d'une manière heureuse de formes ogivales. Le grand hôpital de Milan était destiné aux hommes, aux femmes malades et aux enfants illégitimes. L'appartement des hommes avait la forme d'une croix dont les bras avaient environ 102 mètres de longueur sur 19™, 60 de largeur. On voyait dans les intervalles quatre cours environnées de portiques, de loges et de chambres pour le directeur et les gens attachés au service des malades. L'hôpital des femmes, dans la môme forme que celui des hommes, en était séparé par un cloître de 102 mètres de longueur et de 52 mètres de largeur, au milieu duquel une église servait pour les deux hôpitaux. Cet hôpital est construit en brique.

Quant à l'architecture décorative, nous nommerons les mausolées

tics Scaliger, à Vérone, celui do Gan Grande, mort eu 1328, de Gan Mastino, mort en 1350, et de Gan Signorio, mort en 1375. Ges petits monuments sont une inspiration du style ogival du Nord, mais adapté avec une grande originalité et complètement italianisée dans leur •caractère.

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