‹ Histoire générale de l'architectureChapitre 91 sur 108 · ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

ALLEMAGNE

Vers la fin du quinzième siècle, surtout sous le règne de l'empereur Maximilien I'^'", et d'autres princes allemands, on commença à mépriser, à déjouer les importunités et les usurpations exercées par la hiérarchie ecclésiastique et qui étaient devenues plus révoltantes, plus odieuses et plus perverses sous l'Espagnol Borgia comme pape Alexandre VL

Le développement général de la culture intellectuelle et littéraire de l'Europe et ses conséquences, se déduisent d'eux-mêmes et demanderaient un exposé qiie le cadre de ce livre ne peut et ne doit embrasser. Nous dirons cependant que l'esprit humain, en Allemagne comme en Italie et en France, se dégagea de la foi autoritaire et de l'obéissance servile, qui commencèrent à ne passer que pour des usages surannés ; en même temps il s'éleva un avant-goût de la liberté qui excitait à l'action de la raison, à la reconnaissance et à l'aveu pour les imposants exemples que fournissait l'antiquité polythéistique. Il existait alors deux courants pour la culture intellectuelle : l'un appartenait à la science constituée en corporation, l'autre était du domaine scientifique et des sentiments du peuple. A la fin tous deux se lièrent et se fortifièrent réciproquement, sans abandonner néanmoins leur indépendance et leur direction propres.

C'est à cette époque que se constituèrent les langues nationales qui servirent à vulgariser les faits historiques, d'autres à alimenter avec abondance l'imagination dont elles répandirent les bienfaits en Allemagne, comme presque partout ailleurs. Alors on voit aussi

l'architecture de la Renaissance déloger en grande partie le vieux style ogival : la science vainquit les inventions d'une imagination égarée, et la liberté dans l'élégance se substitua à la routine des combinaisons géométriques, jamais adoptées par le bon goût des Italiens, qui ne s'écartèrent pas des traditions que les Grecs leur communiquèrent en passant par Rome.

A la suite de longues guerres avec les Germains, après les essais incessants et infructueux pour s'établir en vainqueurs sur la rive droite du Rhin, les Romains furent obligés d'abandonner la conquête des rives orientales de ce fleuve. La Rhétie seule leur resta. Gomme ils furent continuellement occupés à se défendre, ils ne purent songer à élever des monuments (comme ils le firent dans la Gaule), au milieu des forèls qu'ils envahissent de temps en temps pour se retirer sans cesse sur la rive gauche du Rhin, où ils étaient presque chez eux. C'est pour cette raison qu'on n'a pas découvert de monuments d'architecture romains sur les rives droites de ce fleuve, à peine celles de quelques forts militaires qu'ils avaient élevés pour leur défense.

Lorsque arriva la Renaissance, les artistes n'eurent donc en Allemagne aucune idée de l'architecture romaine classique ; on peut par contre admettre que quelques-uns d'entre eux se rendirent du sud de l'Allemagne en Italie, eu suivant la voie qu'avait prise le commerce, et où ils purent visiter et étudier les monuments anciens ainsi que ceux de là Renaissance italienne.

La Renaissance des lettres classiques en Italie avait précédé l'invention de l'imprimerie en Allemagne : dès le cjuatorzième siècle les Minnesiinger, poètes c|ui composaient des poésies galantes, étaient descendus au raug de maîtres chanteurs, dont la plupart étaient artisans. Le goût s'était tellement corrompu que les cours des princes, qui avaient été au treizième siècle le séjour acquis des poètes, étaient devenues le théâtre des boufl'ons et des jongleurs. Tout cela changea avec la clarté qui venait de poindre en Italie. Toutefois le développement des études classiques et leurs conséquences eurent lieu plus tard et plus lentement en Allemagne que dans d'autres pays.

L'invention du papier-chiifon avait eu lieu en Allemagne dès le commencement du quatorzième siècle ainsi que celle de la gravure en bois. Vers 1450, Martin Schôngauer fut le plus ancien graveur dans cet art; Jean Gutenberg, Jean Faust et Pierre Schoeffcr lut-

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taient pour la gloire d'avoir inventé l'imprimerie ; le premier livre imprimé fut un psautier et un brevet d'indulgence en latin, du pape Nicolas V, de 1454.

Parmi les savants célèbres de cette époque, étaient Jean Wessel, admirateur de Platon; Nicolas de Guse, cardinal, un des promoteurs des lumières en Europe, initié à toutes les sciences, connaissant les langues grecque, latine, hébraïque, aussi distingué comme philosophe que par l'élévation de ses vues et le brillant de ses lumières, profond mathématicien, le premier qui s'aperçut que le mouvement des étoiles fixes selon les tables alphonsincs ne concordait pas avec les observations faites par Ptolémée. Le cardinal eut assez d'indépendance et surtout de courage pour proclamer de nouveau le double mouvement de la terre, c'est-à-dire qu'elle tournait autour du soleil, qu'il existait plusieurs mondes et enfin que les planètes étaient habitées. Ce prêtre distingué mourut en 1464.

Nous nommerons encore comme premiers restaurateurs des lettres en Allemagne et même dans d'autres parties de l'Europe, Rodolfe Agricola ; Jean Reuchlin, qui fit renaître l'étude du hébreu et mort en 1522 ; Conrad Celtes, Bavarois, autre ardent restaurateur des lettres dans sa patrie, versé aussi dans l'archéologie de l'antiquité ; Jean Dalberg, mort en 1503, évêque de Worms ; Jean de Tritheim, mort en 1516, théologien, annaliste savant; Veit Winsheim (Ortelius), né en 1501, professeur de langue grecque à Wittenberg, célèbre par d'excellentes traductions latines de Sophocle, de Théocrite, de Thucydide et de Démosthènes; Thomas Naogeorges, né en 1511, traduisit les tragédies de Sophocle, Joachim Camérarius, très actif dans le développement des écoles de Nurenberg, savant et qui exerçait une activité littéraire au profit et avec une ardeur pleine d'amour pour le bien public : Camérarius a traduit du grec en latin beaucoup d'œuvres des philosophes, historiens, poètes et astronomes de l'antiquité, enrichies de scholies et d'explications ; il avait du goût pour les beaux-arts, et était l'ami d'Albert Durer; Conrad Peutinger, mort en 1547, fut le premier savant qui, à Augsbourg, se soit occupé de recueillir les antiquités.

Depuis que l'empereur Charles IV eut établi la première université en Allemagne, le nombre s'en était accru considérablement. A la fin d'un an et demi, il en fut fondé dix-huit. D'un autre côté, l'esprit de l'époque devint brutal, grossier même chez les catholi-

ques ; chez les protestants les études tliéologiques les rendaient partiaux, mais chez les uns et les autres, le fanatisme, l'esprit de parti, et les allures soldatesques raillaient tous les sentiments humains. Un tel ordre de choses était on ne peut plus contraire en général à la naissance et au développement des arts et particulièrement au sentiment du heau en architecture qui resta nul, taudis que les peintres purent exercer leur art avec un certain succès et en le perfectionnant.

Dans le courant du quinzième siècle, il se développa dans les régions méridionales et septentrionales de l'Europe, une prodigieuse activité scientifique, quoique cette activité eût puissamment aidé l'arrivée de la réforme, elle réagit encore avec la même puissance sur la situation de la science, d'abord sur la théologie où se porta l'esprit de recherche, et ensuite sur l'esprit scrutateur de l'époque ; en général cette activité stimulait les efiorts et l'ambition de la classe savante dont l'essor, par la plus noble élévation dans ses travaux, fut la garantie la plus sûre, que la victoire conquise sur le moyen âge, et n'arrêterait plus dès lors, la marche triomphale de l'intelligence appuyée sur la science, en empêchant de plus une résurrection de la barbarie qu'on venait de vaincre.

L'Italie avait sonné le i^éveil, dont un écho s'étendit sur la France et enfin sur l'Allemagne et d'un commun accord ces trois pays échangeaient entre eux les progrès merveilleux qu'on venait de faire en toutes choses. Toutefois il y eut un temps d'arrêt pour l'architecture. La première édition de Yitruve est de Rome 1484; il y en eut une autre de Venise de 1511 ; l'édition de Philandrier est de Rome 1544 ; Philandrier fut aidé par Joconde et Rabelais, qui se connaissait en architecture. On est en droit d'admettre que parmi les savants allemands qui venaient fréquenter l'université de Paris, il y en eut qui instruisirent leurs compatriotes autant de la science de Vitruve que des monuments qui durent les frapper pendant leur voyage en France. Mais par ses résultats, on peut juger que leur récolte ne fut pas fertile ni profitable à leur patrie.

Au dix-septième siècle l'Allemagne retombe dans une grande décadence en fait de goût littéraire, scientifique et artistique. Elle commença à suivre celle de l'Italie et vers la fin du siècle, celle de la France. En imitant l'étranger, le goût se corrompit davantage à peu d'exceptions près, la dégénérescence arriva à son comble. Au lieu

d'une mobilité indépendante de l'esprit on voit qu'il arriva une pédanterie empesée, exprimée dans les arts comme dans la littérature.

Ce qui a fait défaut à l'Allemagne pour activer le développement du style de l'architecture de la Renaissance, c'est une capitale, où de nouveaux monuments auraient pu donner l'impulsion, et ensuite des types venus d'Italie pour remplacer les édifices grotesques de la fin du quinzième et du commencement du seizième siècle.

Les universités seules étaient des centres intellectuels ; mais dans leur organisation elles suivirent celle de l'université de Paris cpii, au lieu d'imiter la direction humanitaire qui s'éleva en Italie, choisirent la voie théologico-scolastique. A la tête des universités allemandes était toujours, comme chancelier, un prince de l'Eglise nommé par le pape, et comme de raison ce haut fonctionnaire de l'université était sinon opposé, au moins relativement contraire à l'esprit nouveau réveillé par l'époque. Ce fut là une des causes principales qui emjDêcha l'étude précoce des œuvres des auteurs grecs et latins de l'antiquité, étude qui comme ailleurs aurait infailliblement conduit peu à peu l'esprit à une autre étude, celle des monuments contemporains des auteurs en question. Les artistes, sans stimulant du dehors de leur pays, restèrent donc stationnaircs, leur imagination demeura comme figée dans les formes baroques de l'architecture abâtardie de la fin du quinzième siècle ; leurs œuvres témoignent de la caducité dans laquelle ils se débattaient sans pouvoir en sortir.

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