LES PAYS-BAS
La proximité et les relations politiques des Pays-Bas avec la France, la langue française qui y était presque nationale, enfin, le fait que les fortes têtes des Pays-Bas venaient étudier à Paris et prenaient souvent séjour dans nos provinces : toutes ces circonstances avaient exercé vme assez puissante influence sur la nation soumise au sceptre de l'empereur Charles V et de son fds Philippe IL
Ces petits Pays-Bas n'étaient point en arrière des autres pays sous le rapport scientifique; chez eux s'élevèrent des savants tels qu'Agricola, Jean Murmel, Alexandre Hégius, Désiré Érasme, etc.
La politique égoïste et l'élucuhration religieuse de Rome se confondirent sous Philippe IL Charles-Quint avait comprimé avec vigueur le protestantisme, dont le culte extérieur fut défendu ; son aveu avait même amené la mort sous Charles. Lorsque Philippe II ordonna l'exécution des résolutions du concile de Trente, les intérêts religieux se joignirent à ceux de l'Etal. Cuillaume d'Orange se convertit à la nouvelle religion. En l'année 1567, Albe parut dans les Pays-Bas. Egmont et Horne payèrent de leur tête leur confiance dans le tigre espagnol. Pendant six ans, jusqu'en 1573, il désola les Pays- Bas par sa fureur cannibale. Requesens, successeur d'All)e, put tolérer, mais non soumettre ; sa mort épargna aux habitants des Pays- Bas le danger des talents guerriers de cet Espagnol adorateur de fétiches. Le sud du pays se sépara du nord : le premier était devenu espagnol. La mort secoua le joug de Philippe II, ainsi que le célèbre manifeste du 26 juillet 1581.
Toutefois, l'idée d'une république ne s'était point encore développée dans la nation ; la confiance manquait, car on était sans secours, sans appui de l'étranger. En 1583, quelques provinces élurent pour leur comte et libérateur Guillaume d'Orange, qui fut assassiné en 1584. Anvers fut pris : Elisabeth d'Angleterre offi'it des secours, Leicester devint gouverneur des Pays-Bas de 1585 à 1587. Il fut
oppose par Oldcn Barneweld, grand pcnsionnairo depuis 1586, ef également par Maurice d'Orange. Le sort de YAi^mada de Philippe II, la prise de Breda et d'autres villes, l'ascendant de Henri IV en France, commencèrent à amener l'indépendance des Pays-Bas depuis 1593, indépendance due au mérite du grand pensionnaire en l'année 1609.
Les Pays-Bas furent troublés par les discordes politic|ues, religieuses et les guerres, enfin par le gouvernement odieux d'un tyran imbécile, entêté et cruel : toutes ces circonstances furent défavorables aux arts et spécialement à l'architecture; ils ressemblaient à l'Allemagne au seizième siècle.
Parmi les monuments les plus intéressants des Pays-Bas, il faut d'abord nommer l'ancien palais des évêques de Liège, dans cette ville, sur la place Saint-Lambert. Cet édifice ancien fut deux fois la proie des flammes, en 1185 et en 1505, à l'occasion d'une révolution populaire. L'évêque Evrard de La Mark en commença la réédification en 1508. La façade sur la place Saint-Lambert date de l'année 17.3?», à la suite d'un incendie. Au centre est une cour carrée de 59'", 60 de longueur sur 44'", 60 de profondeur, entourée d'un péri*style de 5 mètres de largeur, orné de belles voûtes surbaissées. L'entrée de la belle cour est sur la place Saint-Lambert, il y en a une autre à gauche sur le péristyle de face. Le style de ce monument est fantastic[ue et pompeux, par une grande richesse dans l'ornementation. Les arcades sur la cour sont formées par une ogive ayant la forme de celles du style anglais dit de Tudor. Les piliers sont courts et ramassés : ils posent sur une base très ornée et sont couronnés de forts chapiteaux. A son passage à Liège en 1577, Marguerite de Valois, première femme de Kenri IV, fut logée dans ce palais (aujourd'hui palais de justice), « qui est pour une maison de ville, ditelle dans ses mémoires, le plus beau et le plus commode qui se puisse voir, ayant plusieurs belles fontaines et i)lusieurs jardins et galeries, le tout tant peint, tant doré et accommodé avec tant de marbre, qu'il n'y a rien de plus magnifique et de plus délicieux. » — Les colonnes en question, d'une partie du péristyle, ont une singulière ressemblance dans leur composition avec quelcjues supports de statues du portail nord de la cathédrale de Chartres.
La bourse d'Anvers, incendiée en 1858, construite en 1531, était un intéressant monument de la Benaissance des Pays-Bas. Gomme
LES PAYS-liAS.
le palais c'piscopal de Liège, elle renfermait une vaste cour ouverte de 55 mètres de longueur sur 45 de profondeur, entourée d'un péristyle spacieux formé par quarante-quatre colonnes légères et élégantes eu pierre, dont les fûts étaient décorés de sculptures dans le
bas; sur une annelurc s'élevait le haut de la colonne surmonté, non d'un chapiteau, mais d'un tailloir assez haut formé de moulures circulaires près le fût de la colonne. Les arcades sur la cour contenaient une réminiscence ogivale, la moitié supérieure d'un quatre-feuilles. Les voûtes du péristyle étaient de forme surbaissée, dont l'extrémité
klk LIVHE TROISIÈME.
des nervures contre le mur posait sur des consoles à moulures sans ornementation. La disposition des nervures de ces voûtes était originale. A l'extérieur, les arcades étaient ornées de moulures avec feuillages. Pour l'histoire de l'art la disparition de ce monument est regrettable.
L'hôtel de ville d'Anvers est un monument de la basse Renaissance, et date de l'année 1581. On voit dans la salle dite des mariages une très belle cheminée, conçue et ornée avec magnificence. Eu 1560, l'architecte Cornélius Floris en avait donné le dessin; son œuvre fut la proie des flammes : l'hôtel de ville fut mis dans son état actuel, dans l'année citée. La façade principale est formée de cinq ordres superposés.
La cathédrale de Tournay est ornée d'un curieux jubé qui date de l'année 1566, dû aux frères Floris, artistes célèbres d'Anvers; ce jubé est remarquable par sa forme et son style.
Le Palais de Justice de Bruges, ancienne résidence des comtes de Flandres jusqu'en 1430, où Philippe le Bon le céda au magistrat du franc, après avoir fait élever pour lui l'hôtel ou palais des Princes, détruit aujourd'hui. De cet ancien édifice il ne subsiste qu'une partie de mur latéral avec quatre tourelles le long du canal : la façade et le reste du monument datent de l'année 1722. L'intérieur de ce Palais de Justice est orné, dans la salle du Conseil, d'une remarquable cheminée datée de 1529. Le foyer et ses accessoires sont en marbre noir, tout le reste est en marbre blanc et contient l'histoire de la chaste Susanne ; au-dessus de ses sculptures est placée la statue de l'empereur Charles-Quint, entouré d'une foule de génies, de blasons, de fleurs sculptées, etc. 'A la droite de la cheminée, l'artiste a placé Charles le Téméraire, et (probablement) Marguerite d'Angleterre ; à gauche, Marie de Bourgogne; toutes ces figures sont de grandeur naturelle; l'œuvre entier est exécuté avec un talent et une finesse peu communs. Le gouvernement de Juillet fit mouler cette splendide cheminée, cette reproduction entière est à présent au musée du Louvre à Paris, salles de la Renaissance.
Quant à l'architecture des dix-septième et dix-huitième siècles, elle a suivi les mêmes variations qu'en France.