ANGLETERRE
CONSIDÉRATIONS Gi-Nl'U.VLi:s.
Pendant que l'Italie au (|uinzième siècle et que la France au seizième, virent s'élever un nouveau style d'architecture Lien caractérisé, inspiré en partie des monuments classiques de l'antiquité, mais en partie aussi par la connaissance de la littérature grecque et romaine, et des nouvelles idées qui, naturellement, s'en développèrent, l'Angleterre resta en arrière du grand mouvement intellectuel du reste de l'Europe. Dans ce pays, les études classiques furent presque entièrement négligées : son éloignement de l'Italie, le peu de rapports de l'Angleterre avec ce pays, furent cause que les lumières qui s'élevèrent dans la patrie des Brunellesclii et des Michelozzi, n'y pénétrèrent que très tard et ensuite que faiblement. De plus, d'autres causes intérieures, surtout des causes politiques, empochèrent la naissance de la culture littéraire, causes ciui rejetèrent l'Angleterre dans une barbarie plus sombre que celle c[ui existait antérieurement. Dans la première moitié du quinzième siècle, les Anglais, en sacrifiant leurs meilleures forces à la conquête inconséquente de la France, assumèrent le rôle de concfuérants : ils ne furent pas longtemps heureux dans leur entreprise et durent éprouver amèrement les vicissitudes du succès. Dans la seconde moitié du même siècle, l'Angleterre fut bouleversée et ruinée par d'horribles luttes et par des guerres civiles, amenées par les prétentions des deux branches de la maison d'Anjou, de York et de Lancastre; ce fut une époque où l'on ne pouvait éviter la hache du bourreau et le poignard de l'assassin qu'en trouvant la mort sur le champ de bataille ; où la corruption des
mœurs ({ui suit ordinairement la guerre civile monta à un point dont, pour le bonheur de l'humanité. Thisloire n'offre que rarement des exemples.
L'étude de la littérature classique resta donc dans la plus profonde décadence. L'explication des auteurs anciens cessa non seulement entièrement, mais sa préparation, l'étude de la grammaire déclina si fortement que la nécessité d'une réforme se fit sentir, si cette explication ne devait pas se perdre entièrement. Il y eut quelques timides essais pour parer à ce mal ; à Oxford, Jean Holt composa une nouvelle grammaire avec le titre de Lac puerorum. Ce travail n'eut pas de succès ; ensuite les livres étaient très rares et d'un prix élevé. Cependant la renaissance italienne des lettres eut une faible influence en Angleterre : mais les relations entre les deux pays furent maintenues par les rapports ecclésiastiques ; ce qui prouve qu'on appréciait à cette époque les travaux des savants italiens en Angleterre, c'est le remerciement de Humphred. duc de Glouster, au père Candide Decembrio pour sa traduction des livres de la République de Platon. Ce document paraît dater de Tannée 1440.
Humphred était le plus jeune frère de Henri ^' et régent pendant la minorité de Henri \l : il fut assassiné en prison en l'année 1446. On a trace, en 1406, d'un Italien savant à Oxford, et qui se nommait Gornelio Yitelli : il passe pour le premier qui enseigna les humanités en Angleterre. Dans ces temps malheureux, il paraît que son action ne fut que médiocre. Ce fut peut-être lui qui enthousiasma Jean comte de ^Vorcester pour la littérature ancienne. Ce personnage se rendit en Italie, où il fut un des auditeurs, à Padoue, de Cuarino et d'autres savants de l'époque : il employa une partie de sa grande fortune à l'acquisition de manuscrits quil rapporta en Angleterre et dont il fit présent à l'Université d'Oxford. Peu après son retour il fut attiré dans les luttes sanglantes des maisons de York et de Lancastre; il dut porter sa tète sous la hache du bourreau en 1470, quand Edouard 1\ fut chassé par le comte de Warwik, Le comte de Worcester tenait pour la maison de York.
Gène fut que lorsque Henii \ll monta sur le trône en 1485 qu'arrivèrent des temps plus calmes et plus heureux, (jui faisaient espérer une réforme dans les sciences. Mais il n'en fut rien : le i-oi, occupé uniquement d'asseoir sa puissance et de rétablir ses finances, n'avait aucun sentiment lil)éral. ni aucun amour des lettres : ensuite, il y
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eut dans les dernières années du (juinzièrac siècle des malheurs extraordinaires, une peste affreuse qui affecta surtout Oxford, en lit une solitude et enraya tous travaux littéraires.
Il y avait trop longtemps que l'état fleurissant de la littéralure était en réputation en Angleterre, que les trésors de la sagesse hellénique y étaient connus, pour qu'enfin la situation du ])ays et (|uel(jues esprits ardents permissent de franchir le cercle ordinaire des connaissances. Parmi ces esprits, on nomme Guillaume Grrocyn, né en 1442 et mort en 1522. Pour apprendre le grec, comme il n'y avait pas moyen de s'y initier à Oxford, il se rendit en 1488 en Italie, Agé déjà de quarante-six ans, Jean Collet et Thomas Linacre suivirent son exemple : le premier était né en 1466 et le second en 1460. Collel avait pour Lut de lire le Nouveau Testament en grec, el Linacre fui compagnon de voyage de Guillaume Tilly de Canterbury son maître, que le roi envoyait comme ambassadeur à la Cour de Piome. Tilly utilisa cette occasion pour faire jouir son disciple de l'inslruction telle qu'on la donnait en Italie. Les Anglais devinrent l<:'s ,iudi leurs d'Ange Politien pour la littérature latine, et de Deraetrius Ghalcondylas pour la littérature grec([ue. Enrichis des connaissances nouvelles, Grocyn revint dans sa patrie en 1490 et les deux autres vers 1492. Jean-Guillaume Tilly, né en 1466, étudiait en même temps que Collet à Oxford ; mais au lieu d'aller en Italie, il fit un pèlerinage à Jérusalem. Pendant son retour, il séjourna cinq ans dans l'ile de Rhodes, où il apprit à fond le grec; de là, il alla à Rome, où il étudia la littéralure romaine sous Pomponius Laetus ; enfin il revin dans sa patrie. Ces hommes sont devenus, dans les dernières dix années du quinzième siècle, les propagateurs actifs des connaissances nouvellement acquises. Ils eurent la bonne chance, avant la fin du siècle, d'avoir pour collègue un des grands hommes de l'époque. En l'année 1497, Erasme de Rotterdam vint pour la première fois en Angleterre, dans le but d'y enseigner le grec. Les premiers résultats ne répondirent pas à leurs espérances ; ils furent d'abord obligés de se former un public, ce c[ui demandait du temps : à Oxford surtout, ils ne manquèrent pas de trouver de l'opposition. Mais les meilleures têtes se joignirent à eux, ils se lièrent étroitement par l'amitié, la bonne cause vainquit, et au commencement du siècle suivant il se forma deux partis tranchés à Oxford, qui. sous le nom de Grecs et de Troyens, se persécutaient: une lutte s'ensuivit qui
eut une fin, pour les nouveaux Troyens, aussi malheureuse que celle des anciens.
A peu près à la même époque qu'en Angleterre, la littérature classique fut introduite en Ecosse; il paraît môme que la nécessité et la réforme de l'instruction publique se fii'ent sentir davantage en Ecosse qu'en Angleterre. L'université de Saint-André fut fondée par Jacques en 1412, celle de Glasgow en 1450. On chercha à relever l'étude de la grammaire par un décret du Parlement, par lequel tout propriétaire de terres était tenu d'envoyer son fils aîné à l'école pour étudier la grammaire et le latin et ensuite de fréquenter durant trois ans une Université pour y suivre les cours de droit et de philosophie. La connaissance de la renaissance des lettres en Italie, ne vint pas directement de ce pays en Ecosse: on ne connaît aucun Ecossais qui y soit allé. Mais cette connaissance vint de Paris, visité par quelques Écossais distingués et influents, particulièrement par Gavin Douglas, dans la suite évoque de Saint-André, et par Patrice Panter, ahhé et secrétaire du roi Jacques lY, et qui s'efforcèrent de fonder un meilleur enseignement dans leur patrie.
Sous l'empereur Domitien, Agricola, après avoir vaincu les Bretons dans ses campagnes de 78 à 85, pour accoutumer, par les plaisirs, au calme et à l'inaction des hommes grossiers qui vivent épars et toujours prêts à la guerre, dit Tacite, les engagea par ses conseils, les aida avec les deniers publics, à bâtir des temples, des forums, des maisons, louant l'activité, gourmandant la paresse; et de la sorte, une honorable émulation remplaça la contrainte. Peu à pou les Bretons se laissèrent aller à la séduction de nos vices ; ils eurent des porti(jues, des J)ains, des i'estins somptueux, etc. \oilk ce que rapporte Tacite dans sa vie d'Agricola. Il n'est rien ou presque rien resté de ces spendeurs romaines en Angleterre; il n'en subsiste que quelc£ues ruines, comme par exemple une arche à Castor dans le Northamptonshire, la portion d'une construction romaine à Leicester, une tour du château de Douvre, dans le Kent, et quelques autres ruines de peu d'importance. Tous ces débris de constructions n'offrent que de la grosse maçonnerie, sans architecture et sans ornementation; ils n'ont pu offrir aucun type à imiter. De plus les édifices romains de la Grande-Bretagne ont été détruits par les Saxons et les Angles, qui commencèrent à envahir ce pays au cin- (fuièrae siècle. L'architecture romaine fut suivie par l'architecture
CONSIDERATIONS GENERALES. kll
anglo-saxonne. Après la conquête par le Normand Guillaume, on vit fleurir en Angleterre le style anglo-normand pendant 124 ans, depuis l'année 1065 jusqu'en l'année 1189. Vint alors le style anglais primitif, qui dura environ 118 ans, de 1189 à 1307; vint ensuite le style anglais décoré, d'une durée de 70 ans, de 1307 à 1377, et enfin le style perpendiculaire, qui prévalut 169 ans, de 1377 à 1546, et employé dans des additions et des reconstructions aussi tardivement jusqu'en 1640.
Les relations non interrom])ues entre l'Angleterre et le Continent pendant le règne de Henri VIII, eurent dans ce pays une grande influence sur les arts du dessin. A cette époque le style de la Renaissance fleurissait en France, dans les Pays-Bas et quelque peu en Allemagne. L'action de ce style se fit enfin sentir en Angleterre dans les dix dernières années du règne de Henri VIII. Ce qui est surprenant, c'est que la renaissance de l'architecture anglaise n'a été que timide, maladroite, d'une conception médiocre et sans goût.